Tout débute par une belle matinée, dans les longues étendues verdoyantes du Far West...

Tout avait pourtant bien commencé. Moi et ma mère étions allées nous promener. Tandis que je gambadais joyeusement, sans trop quitter ma protectrice, nommée Huyana, celle-ci montrait de nombreux signes de nervosité. Elle était toujours très prudente: depuis qu'elle avait été forcée de quitter la sécurité de sa harde, elle restait parfaitement à l'écoute du moindre bruit et du moindre mouvement. Moi, encore une toute jeune pouliche, ne comprenait pas toutes ces précautions. Quel danger pouvait bien nous guetter, sur ces plaines si paisibles? Pourtant, il y en avait bien un. Je le découvris donc en ce doux matin, alors que subsistaient quelques gouttes de rosée sur les brins d'herbe, alors que le soleil réchauffait lentement la prairie de ses timides rayons. Je vis ma mère, alors tranquillement occupée à brouter, relever la tête avec affolement. Surprise, je m'arrêtai et écoutai, senti et observai. Je perçus une odeur que je n'avait encore jamais sentie. Instinctement, je fut saisie d'effroi et voulut faire volte-face en galopant de toute la vitesse de mes fines pattes. Mais j'attendais l'ordre de ma mère. Elle savait toujours quoi faire. Elle me hennit immédiatement de courir me cacher, mais, alors que j'allais obéir à l'impulsion qui m'avait saisie quelques secondes auparavant, l'odeur humée me sembla bien plus forte, et le cougar fut sur nous. Figée de terreur, j'observai la bête souple et musclée bondir vers moi, toutes griffes dehors. Tout sembla se passer au ralenti; je pouvais voir chaque poil du pelage ras de mon agresseur, chaque muscle tendu par son effort, chaque gravillon arraché au sol par le saut de la bête. Soudain, alors que je n'avais même pas eu le temps de comprendre que j'allais mourir, ma mère frappa très fort avec ses sabots sur la joue du puma, qui s'écrasa au sol. Cependant il se releva bien vite, et alors commença un terrible combat, entre le félin et ma mère, l'un cherchant à mordre l'artère pleine de vie de la gorge de sa proie et l'autre voulant à tout prix faire fuir - voire tuer - son adversaire, protégeant son poulain. Folle de terreur pour ma mère, je m'élançai, malgré le hennissement de la jument qui me hurlait de fuir, et frappai de mes petits sabots le flanc de l'énorme cougar. Cette faible tentative d'aider ma mère n'eut pas l'effet escompté: le félin se tourna vers moi, ne semblant ressentir nulle douleur, et il allait m'assener un grand coup de griffes quand ma mère le poussa, et le prédateur rata sa cible, puis il pivota encore vers celle qui l'empêchait depuis qu'il était arrivé de me tuer, de goûter à ma chair toute tendre de poulain...

Ce fut seulement en cet instant que je me rendis compte que j'étais tombée par terre quand ma mère avait poussé notre assaillant. Je tentai de me relever, une fois, deux fois, trois fois: en vain. Mes jambes semblaient être redevenues aussi frêles que le jour de ma naissance, quand j'avais tenté de me hisser dessus. Elles refusaient de me porter. Tremblant de tous mes membres, craignant pour moi et pour ma mère, je me résolus à attendre, forcée de regarder le douloureux spectacle de la bataille pour la survie que représentaient les deux bêtes.

Finalement, ma mère donna un si grand coup de sabot, si plein de haine, sur le flanc du félin que celui devait en avoir presque une côte cassée. Il s'enfuit en glapissant. Alors, enfin, je pus me lever et je me précipitai, emplie de soulagement et de joie, vers ma mère. Celle-ci s'afaissait lentement sur le sol. Je la regardais sans comprendre ce se passait. Elle avait vaincu le puma, pourtant!

Elle fixa ses grand yeux, si doux, aussi bleus que les miens, dans mon regard et parla d'une voix faible:

-Ma chérie... Tu sais, quand tu m'avais demandé où était ton père, et que je t'ai dit qu'il était parti? Tu te rappelles?

-O-oui. soufflai-je d'une petit voix, sans comprendre où elle voulait en venir.

-Je sens que moi aussi je vais partir...

Elle se tut, tentant de reprendre assez de forces pour continuer à parler. Comment expliquer à un si jeune animal le sens du mot "mort", si cruel?

-Tu devras te débrouiller seule, ma fille. termina-t-elle doucement, des larmes roulant sur ses joues.

Je reculai, refusant de comprendre. Seulement alors je prêtai attention aux nombreuses plaies que portait ma mère. Je chancelai.

-Non... Non... Je t'en prie, maman, ne me laisse pas! Reste avec moi! Pourquoi dois-tu partir?

-Je suis... désolée... Je n'ai pas le choix. Le combat m'a épuisé. Je vais mourir. Plus jamais je ne pourrai revenir... 

Elle planta une toute dernière fois son regard dans le mien, puis la petite lueur que j'aimais voir briller au fond de ses yeux s'éteignit, sa tête retomba au sol, ses paupières se fermèrent. Je reculai de quelques pas, fermant fort les yeux pour retenir les larmes qui se pressaient mes paupières, refusant de le croire. J'allais rouvrir les yeux, et elle se relèverait, sans aucune blessure, prête à courir à nouveau! Pourtant, au fond de moi, je savais l'horrible réalité. Ma mère, ma protectrice, celle qui m'avait mise au monde, nourrie, nettoyée... Partie... Elle était morte pour me sauver. Mais qu'allais-je devenir, moi, si jeune, dans un monde rempli de danger? Je l'ignorais. Je me couchai près d'elle et posai ma tête contre la sienne, pleurant doucement. Je sombrai lentement dans un sommeil sans rêve, sans m'en rendre compte.

Je me réveillai en entendant des voix.

-... Tuée par un puma...

-Regarde, le poulain se réveille!

Je clignai des yeux, un peu éblouie par le fort soleil qui dominait à présent la plaine. Trois hommes étaient là, la peau, les cheveux et les yeux sombres, mais possédant un air bienveillant. Je me sentis un peu rassurée. Je poussai un doux hennissement plaintif.

-On les ramène au camp? demanda l'un des hommes, qui, je l'appris plus tard, était un indien, comme ses deux compagnons.

-Oui. Ca nous fera un poulain de plus. Et on prend aussi la jument.

Un indien s'approcha de moi en marchant doucement, en parlant de manière rassurante. Je reniflai sa main, et décidai de me laisser faire. De toute manière, au pire je serai tuée. Et après la mort de ma mère, je me fichais de rester en vie ou non. L'homme me passa la tête dans une corde nouée, et pouvait ainsi être sûr que je ne m'échapperai pas. Je les suivit docilement, regardant à peine où je marchais. J'arrivai au camp des indiens... Là, ils me firent entrer dans un enclos.

Je ne sais pas combien de temps j'y passai. La mort de ma mère avait émoussé mes sens, me rendaient sourde et aveugle. Je mangeais un peu, buvais un peu, dormais beaucoup, et ne prêtait aucune attention à ce qui m'entourait.

Quand je commençai à sortir de ma torpeur, c'était une belle soirée d'été. Il faisait chaud, mais une brise fraîche faisait bruisser les feuilles et l'herbe, j'entendais les cris joyeux des enfants indiens, je voyais la fumée des feux... Tout était si beau que j'eux soudain envie de revenir à la vie, de courir, de manger, de boire. Je m'attelai aussitôt à ces deux dernières activités, puis je me dégourdis les jambes. Que c'était bon!

Peu à peu, je m'acclimatais à la vie avec les hommes. J'avais fait le deuil de ma mère, et si je me rappelais toujours d'elle avec nostalgie, je pouvais être heureuse. Je fis la connaissance de plusieurs chevaux d'indiens. Je me fis plusieurs amis, dont une femelle appelée Dakota. Elle était têtue et malicieuse, et ceux qui ne la connaissaient pas pouvaient croire qu'elle était méchante, cependant elle était profondément attachée à tous les indiens et les chevaux. Chaque matin, un homme m'amenait à boire, ainsi que des pommes, que j'acceptais avec joie.

Le temps passa, les indiens me dressaient pour être la monture de l'un d'eux une fois adulte. Au début, je m'y étais formellement opposée. Je ne voulais pas que quelqu'un me dirige, ou quoi que ce soit!

Mais, alors que j'étais adolescente, une attaque eut lieu. Des hommes, ressemblant peu à ceux à la peau sombre qui étaient désormais mes amis, débarquèrent, tous habillés de la même façon, montés sur des chevaux à la même robe bai, à la même crinière courte, bref, ils étaient tous identiques. Je compris alors, en les voyant



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Commentaires

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Derniers commentaires

29 Janvier 2012
Ancien Modérateur France Fille
Toujours en activité!
Merci!
Eh bien, si j'ai de l'inspiration, sûrement ^^

Invité
Invité
28 Janvier 2012
j'adors c'est vraiment une tres belle histoire ten fera d'autre j'esper^^




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