Emilie : Mon chéri...
Gabriel : ...
Emilie : Mon chéri.
Gabriel : Emilie?
Gabriel Agreste fut éblouie par une lumière blanche spectaculaire. Quand elle s'adoucit, il aperçut une belle silhouette féminine, obscurcie par l'effet de contre-jour.
Gabriel : Emilie, c'est toi?
La lumière qui aveuglait partiellement Gabriel finit par s'évanouir. Le visage de la douce Emilie Agreste apparut progressivement. Des frissons envahirent le corps du célèbre styliste lorsqu'il regarda sa femme. Cela faisait des années qu'il n'avait pas connu une telle émotion, celle de voir sa bien aimée vivante lui sourire., le regarder avec ses yeux verts d'émeraude. Gabriel eut une soudaine montée de larmes qui coulèrent le long de son visage ému.
Gabriel : Tu es encore plus belle que le jour où l'on s'est rencontré.
Il ne put résister à l'appel de sa femme lorsque celle-ci lui tendit la main. Gabriel fit de même et approcha sa main de la sienne, excité de pouvoir à nouveau sentir sa douceur.
Nathalie : Monsieur? Monsieur !
Gabriel : Euh...quoi?
Gabriel était accoudé à son bureau, sa lourde tête appuyée contre sa main. Sans s'en rendre compte, il s'était simplement assoupi en plein travail.
Nathalie : Vous n'avez pas encore dormi cette nuit monsieur, c'est bien ça?
Gabriel : ...
Cela faisait maintenant deux jours que Gabriel ne dormait plus la nuit. Bien que déterminé à achever sa conquête des miraculous, il traversait une période de tristesse, d'une peine causée par la disparition de sa femme. Emilie lui manquait tellement, et il ne cessait de penser à elle ces deux derniers jours.
Nathalie : Vous devriez aller vous reposer monsieur.
Gabriel : Non, ça ira.
Gabriel s'était endormi en lisant un vieil article de journal datant des années 90. En ramassant un dossier sur le bureau de son patron, Nathalie aperçut le journal et lut le gros titre en première page.
Nathalie : Le naufrage du Silverstar? C'est un article qui date des années 90. Pourquoi vous intéressez-vou sà...
Gabriel : Ca suffit Nathalie ! Allez voir si tout se passe bien pour Adrien !
Nathalie : Euhm...Bien monsieur.
Désormais seul dans son bureau, Gabriel se frotta les yeux pour essayer de reprendre ses esprits. Il s'était endormi alors qu'il lisait un vieil article daté de 1997 qu'il avait précieusement conservé, avec en première page un drame qui avait marqué l'année : le naufrage du célèbre paquebot Silverstar. Rien qu'en lisant les premières phrases, tant de souvenirs étaient revenus dans sa tête, des souvenirs qui le hantaient et qu'il voulait définitivement oublier, et d'autres qui le bercaient et qu'il gardait à vie. L'homme s'étendit le long de son siège, ferma ses yeux et replongea à cette époque. Il ressentait encore les frissons qu'il avait eu en voyant pour la première fois le paquebot devant lui, arrimé au port, l'odeur de sa peinture neuve lui carésser le nez. Tous ces souvenirs étaient intacts, comme si c'était hier. Pour la première fois depuis des années, il se replongea dans son adolescence, marquée par un drame, mais surtout par la plus belle rencontre de sa vie.
Animation Source - Je te le promets
Partie 1
New York, Avril 1996
Ce matin, le port de New York était bondé de monde qui étaient venus assister au départ du Silverstar. Cet immense paquebot de luxe entièrement construit pour la première classe était si coûteux que seuls les riches et hauts placés de la société avaient les moyens d'y embarquer. New York avait accueillis cette semaine des banquiers du monde entier pour une réunion annuelle. L'enjeu était donc encore plus de taille pour le Silverstar qui devait transporter des milliers d'hommes riches et célèbres à travers l'océan Atlantique. Les derniers passagers étaient en train de monter à bord du paquebot sous le regard bienveillant des contrôleurs.
Contrôleur : Bonjour monsieur, puis-je voir votre billet s'il vous plait. Merci bien.
Alors que le contrôleur laissait passer des hommes et des femmes habillés très élégamment, il fut grandement surpris de voir une femme qui semblait bien venir de la troisième classe. Elle était simplement vêtue d'une tunique brune et d'un pantalon un peu large. Près d'elle, son fils l'accompagnait, habillé d'une chemise blanche, d'un pantalon noir et d'un béret sur ses cheveux blonds..
Contrôleur : Navré madame, mais vous ne pouvez embarquer dans ce bateau qu'avec un billet d'embarquement.
Michelle : Bien sûr, les voici.
La femme tendit au contrôleur les deux billets. D'un regard suspicieux, l'agent examina les billets achetés au nom de Michelle Bellerue et Gabriel Agreste.
Contrôleur : Avez-vous une pièce d'identité à me présenter?
Gabriel : Pourquoi il nous demande notre identité alors qu'il ne l'a pas fait aux autres? Vous nous prenez pour...
Michelle : Gabriel, ne discute pas s'il te plait...
Après avoir calmement apaisé son fils, la mère présenta comme demandé les pièces d'identité au contrôleur.
Contrôleur : Hmmm...Bienvenue à bord du Silverstar.
Rangeant aussitôt les cartes et les billets dans sa poche, la femme prit ses bagages et s'empressa d'embarquer. Le jeune Gabriel passa près du contrôleur, n'hésitant pas à le dévisager du regard. L'heure du départ sonna enfin. Le paquebot fut désarimé du port, puis ses trois cheminées retentirent, annonçant le début du voyage. Le bateau s'écarta lentement du port et entama ainsi sa traversé de l'océan.
...
Dans leur chambre, Michelle venait de vider son dernier sac et commençait à ranger ses habits dans l'armoire à disposition. La chambre était assez simple mais raffinement décorée. Les murs étaient peints d'un blanc cassé contre lesquels étaient déposés des meubles faits en bois vernis délicatement taillé. Une douce odeur d'amande parfumait légèrement la pièce et donnait l'impression à Michelle de revivre. En pliant son dernier linge, elle jeta un oeil sur son fils. Gabriel était allongé sur son lit bien douillet, les mains jointes sous son crâne. Se retrouver dans ce bateau n'était pas vraiment une partie de plaisir pour lui, ni pour elle d'ailleurs. Lorsqu'ils étaient en train de traverser un long corridor pour chercher leur chambre, ils étaient forcés de remarquer les nombreux regards de riches lancés sur eux de par leur différence. Elle les évitait du mieux qu'elle pouvait, mais ce n'était pas le cas d'Adrien qui n'hésitait pas à les défier un à un du regard, ce qui la mettait mal à l'aise. Son caractère avait d'ailleurs souvent tendance à le rendre détestable aux yeux des autres, qui venaient se plaindre auprès d'elle. Mais Michelle ne lui en voulait pas pour autant, car elle était bien la seule à le comprendre au fond. La vie de misère qu'elle et son fils ont vécu avant de monter sur ce bateau était à l'origine de cette froideur chez son fils. Pourtant, elle considérait ça comme une bonne chose, car cela lui avait permit de se forger un caractère intrépide. Parfois même, elle enviait son fils du fait qu'il n'avait peur de personne. Après avoir finit son rangement, Michelle rejoignit Gabriel et s'assit sur le rebord du lit.
Michelle : Tu es fatigué mon chéri?
Gabriel : Non ça va...
La mère caressa la chevelure blonde de son fils. Elle savait bien que quelque chose le tracassait.
Gabriel : Dis moi maman, es-tu sûre qu'on retrouvera notre ancienne vie en France?
Michelle : Bien sûr que oui. Nous n'avons peut-être rien ici, mais chez grand-mère il y a tout ce qu'il nous faut. Tu pourras ensuite vivre ta passion, trouver la femme de ta vie et fonder ta propre famille.
La mère embrassa le front de son fils et le termina sur ces mots rassurants :
Michelle : Je te le promets.
Michelle fut soulagée de voir enfin Gabriel sourire. Il se redressa et embrassa également sa mère. Puis il remit ses chaussures et s'apprêta à sortir de la chambre.
Michelle : Euh...veux-tu vraiment faire un tour avec le monde qu'il y a?
Gabriel : T'inquiètes. Ce ne sont pas des clowns en costume qui vont me faire peur sur ce bateau.
...
Gabriel venait d'avoir dix-huit ans, et s'il était encore en vie aujourd'hui c'était avant tout grâce à sa mère. Quand il n'était encore qu'en primaire, ses parents avaient décidé de quitter Paris pour aller vivre à New York. C'est là-bas que son père lança son affaire et monta sa propre entreprise. Mais une fois arrivé au sommet de sa gloire, il brisa sa famille et décida de quitter sa femme et son fils. Il avait littéralement pillé sa maisonnée, prenant avec lui tout l'argent et les biens de la famille. Michelle et Gabriel s'étaient alors retrouvés dans les rues de New York, sans aucune ressource pour vivre. Pas même la belle-famille ne leur ont accordé la moindre attention. Pendant plusieurs mois, ils avaient vécu dans la rue, le froid, la chaleur, l'humidité, la saleté. La détermination de Michelle lui permit néanmoins de trouver un petit travail en tant que femme de ménage, avec un revenu tout de même insuffisant pour subvenir aux besoins de son fils. Sans relâcher, elle avait continué à travailler jour et nuit pour pouvoir trouver un logement insalubre, de quoi se nourrir, et surtout permettre à son fils de poursuivre ses études. Voyant que sa mère fatiguait à force de se démener, Gabriel avait bien voulu l'aider et trouver lui-même un travail, mais elle refusait catégoriquement. C'était donc dans cette misère que Gabriel avait grandi et s'était endurci. N'ayant jamais pardonné à son père d'avoir imposé de telles souffrances à sa propre femme, le jeune garçon avait nourrit une haine profonde envers les autres et n'avait confiance en personne. Pour lui, la seule personne à qui il devait rendre des comptes était sa mère, celle à qui il devait la vie. Même dans le chaos, elle avait renié ses propres intérêts pour ceux de son fils. Elle s'était dépensé jusqu'à en ne plus dormir pour pouvoir payer ces deux billets d'embarquement sur le Silverstar, afin qu'enfin ils puissent retourner en France, rejoindre la mère de Michelle et retrouver une vie paisible à la campagne. Cette grande mésaventure avait étroitement rapproché Gabriel de sa mère. Elle était pour lui sa seule confidante, celle à qui il pouvait tout dire, celle en qui il avait le plus confiance, et surtout celle qu'il aimait le plus au monde.
Le soleil brillait de mille feux au-dessus de l'Atlantique. Beaucoup de personnes se promenaient déjà à l'extérieur pour profiter du beau temps et de la magnifique vue sur l'océan. Assis bien confortablement sur une chaise longue, Gabriel profitait de son temps libre pour compléter son carnet de dessins. L'art était son moyen de s'échapper et s'exprimer pleinement. Même sa vie dans les rues ne l'avait pas empêché de se vider l'esprit dans ce loisir. Il dessinait sur tout ce qu'il pouvait trouver : journal, carton, mur...L'art l'avait aidé à endurer sa terrible enfance, et jusqu'à aujourd'hui il ne s'en est jamais séparé. Gabiel s'était installé en plein soleil, mais quelque chose vint soudainement lui faire de l'ombre. Mécontent d'être perturbé dans son travail, l'adolescant leva les yeux : deux jeunes hommes d'a peu près son âge s'étaient placés exprès devant lui, les mains dans les poches. Ces deux inconnus étaient habillés en costume noir et chemise blanche accompagnée d'un noeud papillon.
Julien : Regarde moi ça Théo, on accepte les clochards sur le Silverstar.
Théo (à Gabriel) : T'as rien à faire sur ce bateau petit, alors fiche le camp.
Gabriel préféra soupirer et poursuivre son dessin sans même leur prêter attention. Ce n'était pas les premiers "ringards en costume" qu'il avait croisé sur sa route. Dans ce genre de situation, Gabriel aurait déjà donné le premier coup de poing. Mais tenant compte du lieu et du monde, il préféra prendre sur lui. Il sentit alors une main tirer sur son carnet. Théo le lui arracha puis le balança au loin.
Julien : Et en plus de ça il veut jouer les durs avec la première classe.
C'est en ayant été interrompu dans sa détente que Gabriel se révéla. Des frissons de colère remontèrent jusqu'à son visage et le poussèrent à se lever et faire face à ses perturbateurs. Les deux garçons étaient un peu plus grands et musclés que lui, mais ce n'était pas ce détail qui avait empêché Gabriel de se mettre nez à nez face à Théo. Le visage de ce dernier changea radicalement d'expriession. Son sourire moqueur fut effacé par l'intrépidité de Gabriel. Voyant cela, c'est Gabriel qui eut un sourire en coin.
Gabriel : Dégage de ma vue le pingouin.
Théo se saisit alors brusquement de Gabriel par la chemise et leva son poing. Au même moment, une dame en longue robe bleue appela le garçon.
Mère de Théo : Théo, c'est l'heure du déjeuner !
Théo resta le poing levé, fixant Gabriel qui le provoquait du regard comme s'il le défiait de le frapper.
Gabriel : Tu as entendu? Ta maman va te donner à manger..
Mère de Théo : Théo !
Gabriel : Alors va bouffer ton caviar.
Théo : J'arrive maman...
Le garçon reposa Gabriel et lui souffla ses derniers mots.
Théo : On se reverra gamin.
Gabriel : C'est quand tu veux.
Le garçon en costume tourna sur ses talons et partit rejoindre sa famille, accompagné par son ami Julien. Enfin débarassé de ces deux gaillards, Gabriel réajusta sa chemise. Il était parvenu à toucher l'égo de son aversaire, ce qui le rendit pleinement satisfait de l'issue de cet accrochage. Au fond, il savait qu'il allait devoir encore faire face à eux. Mais cela ne le dérangeait pas. Au contraire, il y voyait là un bon moyen de pimenter son voyage jusqu'en France.
...
Longeant la rambarde, une jeune fille se promenait seule sur le paquebot. Sa fine robe blanche se laissait porter par la brise d'air fraiche pendant sa marche, alors que les rayons du soleil faisaient scintiller sa peau douce. Elle regardait l'horizon où se rencontraient ciel et mer quand quelque chose l'interpella. Elle sentit sous sa ballerine un objet qu'elle venait d'écraser involontairement. En remettant ses mèches de cheveux blondes derrière son oreille, elle se baissa et ramassa l'objet : un carnet de dessin. Elle feuilleta alors le carnet avec ses yeux émeraudes et remarqua que tous les dessins étaient signés d'un même nom : Gabriel Agreste. Elle n'eut pas le temps d'en voir plus que la voix de sa mère l'appela.
Mère d'Emilie : Ma chérie, nous allons déjeuner.
Emilie : J'arrive maman.