Chapitre deux
Hargne
La nuit étendait désormais son long manteau sombre sur la Terre des Lions, plongeant le monde dans une atmosphère de bien-être reposant et calme.
Toute la tribu dormait paisiblement dans cette nuit étoilée.
Tous, sauf un.
Mufasa, tête baissée, déambulait dans les hautes herbes, le dos arqué par la souffrance morale qu’il subissait.
Un rocher près d’une rivière se présenta devant lui, et il y bondit, puis s’y laissa tomber de tout son long, ferma les yeux. Les larmes commençaient à perler…
- Taka, tu seras le nouveau Roi.
Ces paroles résonnaient encore dans la tête du jeune lionceau couleur miel. Il se souvenait de cet instant comme s’il le vivait en ce moment même. Son cœur s’était arrêté de battre, tandis que celui de son frère cadet accélérait violement.
- Youpi !! s’écriait Taka, bondissant sur place, faisant voltiger la mèche de crinière noire naissante sur sa tête.
Lui, Mufasa, l’avait baissée.
- Suis-moi, mon chéri… lui avait murmuré sa mère, qui descendait le Rocher.
Trop atterré pour bouger, il fallut bien deux minutes au lionceau pour que ces paroles lui arrivent au cerveau. A contrecœur, il tourna sur lui-même et s’en alla.
Toutefois, avant d’entamer la longue descente, il se retourna une dernière fois ; mais c’était pour voir Taka et son père plongés dans une intense discussion, lui tournant le dos, face au soleil couchant.
Dégouté, il descendit le Rocher du Roi d’un pas las. Car ce Rocher était désormais le Rocher d’un Roi qu’il ne serait pas.
Lorsqu’il arriva sur le sol ferme, il aperçut Uru et Sarabi, toujours près de sa flaque, qui échangeaient quelques mots.
Le voyant arriver, la mère au pelage d’un doux marron fit signe à son fils de la suivre et continua sa marche vers la vaste savane.
Quand Mufasa passa près de Sarabi, cette dernière lui adressa un sourire plein d’espoir, mais aussi empreint d’une certaine tristesse.
Le lionceau n’y fit même pas attention, laissant son amie derrière lui, aussi triste que lui.
Puis, vu que ce dernier ne répondait pas, elle continua :
Uru galopa jusqu’à la rivière qui coulait non loin d’eux, suivie de Mufasa, qui tenait à sa réponse.
Mufasa regarda sa mère avec un regard d’incompréhension totale.
Elle se pencha et lapa l’eau claire de la rivière avec délectation, créant de fines vaguelettes dans le liquide frais.
En effet, les deux reflets semblaient se confondre, mais Mufasa ne le voyait pas, aveuglé par la tristesse et ses sombres pensées.
Voyant bien qu’il ne l’écoutait pas, la lionne l’affecta d’un coup de langue.
Un silence gêné s’imposa, mais il fut vite brisé…
Puis, dans un vif mouvement, elle galopa deux mètres en direction du Rocher…
Et elle s’en alla. Bientôt, elle ne fut qu’un petit point marron au loin, tandis que, rageusement, Mufasa fouettait l’eau de sa patte, déchirant son reflet.
Les larmes du lionceau dégoulinaient sur ses joues, il était seul sous le ciel étoilé, sur le rocher près de la rivière… Ces souvenirs l’avaient envahi en une fraction de seconde…
Il s’assit et contempla les étoiles dans le ciel d’encre…. Elles avaient toujours été là. Même le jour où il était né... le jour où son FRERE était né ! D’un bond rageur, il plongea dans la rivière. Le contact avec l’eu le rafraichit immédiatement, lui procurant une sensation de bien-être. Il se laissa porter au gré du courant.
Il ne remonta que quand cela fut vital, dégoulinant mais déterminé.
Son père allait voir s’il n’était pas capable d’être roi ! Demain, il irait chasser en cachette avec les lionnes, et se porter vainqueur !
Oui, il le savait, c’était totalement interdit, mais il prouverait ainsi sa valeur !!
Ne fallait-il pas être courageux pour être Roi ? Et puis Taka ne l’avait jamais fait, lui !!
Revigoré, il galopa jusqu’au Rocher sans s’arrêter, son cœur battant la chamade non pas d’essoufflement, mais de haine. Une fois arrivé, il grimpa sans faire de bruit jusqu’à la cavité qui servait de lieu de repos. Toutes les lionnes dormaient, immobiles.
Au centre de la salle, éclairée par un rayon de lune, son père et sa mère étaient endormis sur un rocher plat en hauteur, et entre eux se trouvait Taka, roulé en boule entre les deux parents.
Mufasa émit un ricanement dédaigneux, un rictus méprisant sur son visage, désormais changé.
Il ne perdait rien pour attendre, celui-là.
Au lieu de rejoindre les seins, il enjamba précautionneusement deux ou trois lionnes et se laissa choir dans le coin le plus reculé de la salle, sur la pierre dure et froide.
D’un dernier regard, il engloba toute la tribu silencieuse, partie au pays des songes.
Ils allaient voir, TOUS ! Puis, calant sa tête entre ses pattes antérieures, il ferma les yeux.
Et s’enferma dans un sommeil sans rêves.
- Fin du chapitre 2 -