Cauchemar de prince

 

 

 

 Les ténèbres régnaient en maîtres cette nuit là, la lune et les étoiles étaient absentes. Et étrangement, l'habituelle chaleur nocturne de la savane avait été remplacée par une inquiétante atmosphère glaciale.

 

 Pour la première fois dans sa vie de lionceau, Kopa se trouvait en très mauvaise posture, il était allongé sur le dos, dans les hautes herbes, au beau milieu de la brousse. L'assaillante était au dessus de lui. Elle fixait le jeune prince intensément, ses yeux rouges brûlaient d'une ardente fureur. Kopa était effrayé, allait-il mourir cette nuit ?

 Un inquiétant silence s'était installé depuis maintenant plusieurs dizaines de secondes. Kopa en profita pour plonger au plus profond de sa mémoire, à la recherche de souvenirs lui permettant de se remémorer la façon dont toute cette histoire avait commencé...

 

 

 

 

 Il y a de cela quelques semaines, une nouvelle venue était arrivée au rocher du lion. Il ne s'agissait pas d'une quelconque étrangère ou quoi que ce soit d'autre. En réalité, la reine Nala avait donné naissance à une merveilleuse petite lionne aussitôt prénommée Kiara par ses parents.

 Kopa se souvenait de cette naissance comme si c'était hier : Le splendide levé de soleil, l'impressionnant attroupement des animaux de la savane sous le rocher du Lion, Rafiki brandissant le nouveau-né devant la foule, le sourire aux lèvres de sa mère ainsi que la fierté sur le visage de son père. Ce jour là, le royaume tout entier exaltait une forte impression de prospérité, quant à Kopa, il était le lionceau le plus heureux du monde, ce dernier allait enfin avoir une sœur et il deviendrait le meilleur des grands frères !

 

 Durant les premiers jours qui suivirent cet heureux événement, le jeune prince fit preuve d'une forte volonté à s'impliquer dans son rôle d'aîné. Kiara était encore trop jeune pour parler ou se déplacer sans que ses parents l'agrippent par la peau du cou. Et bien qu'elle passait ses journées dans une sorte de couffin fait de grandes feuilles de bananier, Kopa lui avait appris à grogner, ainsi qu'à sortir ses griffes. Il s'efforçait de faire de son mieux pour être un grand frère fabuleux.

 

 Malheureusement, en dépit de sa volonté, Kopa était un lionceau comme les autres et comme l'aurait fait n'importe quel autre lionceau de son âge, il se lassa assez vite de l'importance qu'occupait Kiara dans la famille royale. Cette dernière était le centre de l'attention de tout le rocher du Lion... Kopa essayait bien de jouer avec sa sœur, mais celle ci était encore bien trop jeune pour pratiquer un quelconque jeu. Le jeune prince avait besoin d'un adversaire à sa taille contre lequel se battre et se chamailler et son père était le seul adversaire convenable à des lieues à la ronde. Malheureusement, ce dernier était bien trop occupé avec Kiara. Il passait ses journées à s'en occuper...

 Kopa avait bien essayé de solliciter sa mère pour se promener et jouer à "explorer la savane", comme ils avaient l'habitude de le faire avant la naissance de Kiara. Seulement, elle aussi ne s'intéressait plus à lui depuis l'arrivée de sa sœur...

 

 Kopa s'ennuyait, il se sentait délaissé de tous. Tout cela à cause de Kiara, qui était devenue le centre de l'attention du royaume tout entier. Il souhaitait plus que tout revenir à son ancienne vie, lorsqu'il était fils unique.

 

 

 Mais si il était face à cette lionne cette nuit, c'était la conséquence directe de ce qui s'était passé plus tôt dans la nuit...

 En effet, en début de soirée, alors le soleil venait de se coucher, le jeune prince, lui, regardait les étoiles depuis le pied du rocher du Lion. Ce dernier pensait à son père, avec lequel il avait l'habitude de contempler le ciel nocturne avant la naissance de Kiara. Ces instants passés avec Simba lui manquaient énormément. Et c'est emplit de nostalgie et d'espoir que Kopa accourut voir son père, le sourire aux lèvres.

 Ce dernier était en train de s'occuper de sa fille lorsque le prince avait débarqué en criant :

-P'pa, ça te dis qu'on aille regarder les étoiles tous les deux ? Avait il crié sur un ton enjoué.

 Simba se retourna subitement vers son fils, lui fit signe de parler moins fort pour ne pas faire peur à sa sœur et dit paisiblement :

-Désolé Kopa, tu vois bien que je suis occupé ce soir, peut être une autre fois...

 Pour le prince, cela avait été la fois de trop ! Ce dernier avait tenté de persuader son père :

-Tu dis toujours ça... Moi j'ai envie qu'on soit ensemble maintenant !

-Écoute Kopa, je te promets que nous regarderons les étoiles dès que j'aurai un peu de temps.

-Mais... Mais... Protesta le prince.

Son père lui coupa la parole, agacé :

-Allez, va te coucher à présent et cesse de discuter !

 

 Kopa, jaloux de sa sœur, sentit ses yeux se remplir de larmes, des larmes de tristesse mais surtout de rage. Et c'est ainsi que, sans même regarder son père, il fonça vers le fond de la caverne, la tête baissée, pleurant à chaudes larmes.

 Il s'allongea à même le sol et en pensant : "Puisque je ne représente plus rien pour eux, je n'ai qu'à m'en aller. Ils ne le remarqueront même pas".

 

 C'est ainsi que Kopa avait décidé de feinter de dormir, il s'en irait quand tout le monde se serait couché. Il allait partir loin d'ici, faire sa vie tout seul, il n'avait besoin de personne pour l'aider et surtout pas ses parents !

 

Après avoir attendu quelques temps et s'être assuré que tous les autres lions dormaient bien à poings fermés. Le prince s'était précipité en dehors de la caverne. Il souhaitait aller le plus loin possible, là où personne ne le retrouverait jamais.

 

 

Cela faisait déjà plusieurs dizaines de minutes que Kopa marchait et ce dernier observa un net changement dans la végétation environente : il y avait de moins en moins d'herbe et la terre était terriblement sèche.

-Je viens de quitter le royaume... Pensa-t-il à haute voix, excité à l'idée de commencer une nouvelle vie loin de ses parents et surtout de Kiara.

 

 Kopa avait reprit sa progression depuis moins de deux minutes avant d'arriver au sommet d'une petite éminence de terre. Face à lui, une vision plutôt inhabituelle : à quelques dizaines de mètres de l'endroit où il se trouvait, en contrebas d'une pente plutôt raide, se dressaient plusieurs termitières toutes plus grandes les unes que les autres. Et à leurs pieds se trouvaient des lions. Il s'agissait surtout de lionnes, la plupart dormaient, cependant Kopa remarqua  la présence d'un lion mâle assez jeune, très maigre et au pelage sombre. Ce dernier était en train de s'agiter à côté de petits terriers, il essayait sûrement de chasser les petits animaux se trouvant à l'intérieur. "Peut être des souris", avait pensé Kopa.

 Allongée aux côtés de l'apprenti chasseur se trouvait une lionne, elle aussi très maigre. Kopa remarqua qu'un bout de son oreille droite était manquant. La lionne regardait le mâle au pelage sombre du coin de l'œil.

-Les hors la loi... Je devrais peut être faire demi tour, père m'a toujours ordonné de ne pas les approcher... Mais après tout, je suis désormais un hors la loi moi aussi ! Se dit le jeune prince en balayant le souvenir de son père de sa mémoire.

-Non, je dois l'oublier, exactement comme eux m'ont oublié... À compter de ce jour, ma nouvelle vie commence : je serai maintenant hors la loi et n'aurai plus besoin de personne !

 

 C'est ainsi que Kopa descendit les trois mètres du versant de la petite crête sur laquelle il se trouvait, puis accourut, enthousiaste, vers les hors la loi.Quand le prince arriva à moins dix mètres de la termitière principale, le mâle, la lionne à l'oreille abîmée ainsi que d'autres hors la loi se tournèrent vers lui, intrigués et surpris mais surtout menaçants. À cet instant, Kopa était le centre de l'attention...

-Bonjour à vous. Avait il audacieusement dit. Je me nomme Kopa, j'étais le prince du royaume avant de...

 À peine avait il prononcé ces mots qu'il y eu comme une sorte de déclic dans le regard de la lionne à qui il manquait un bout d'oreille. Cette dernière avait d'inquiétants yeux rouges et bondit dans la direction du nouveau venu. Tout le monde avait été stupéfait par la vitesse à laquelle tout ceci s'était déroulé, même les autres hors la loi...

 En un seul bond, la lionne avait déjà parcouru la moitié de la distance qui la séparait de Kopa. Et ce dernier ne s'était pas fait prier pour commencer à s'enfuir. Il s'était immédiatement retourné et se précipitait, apeuré, vers la crête d'où il était venu, la lionne toujours à ses trousses.

-Mère ! Avait hurlé le lion au pelage sombre.

 

 La lionne aux yeux rouges avait presque rattrapé le jeune prince quand celui ci arriva au pied de la crête, Kopa avait escaladé tant bien que mal l'éminence de terre et s'était déjà presque rendu au sommet. Il regarda derrière lui et vit, gravissant le dénivelé, son assaillante tout près tendant sa patte griffue afin de saisir une des pattes arrières du prince. Mais au moment où ses griffes allaient atteindre Kopa, la lionne se prit une patte dans une racine qui dépassait du sol. Cette dernière bascula en arrière et dégringola du versant de la crête avant de s'écraser lourdement en contrebas. Kopa n'avait pas le temps de s'attarder sur le sort de son agresseuse, il profita du temps aisni gagné pour finir de gravir la crête et une fois arrivé au sommet, se mit à courir le plus loin possible du territoire des hors la loi. Durant, sa course folle, il avait entendu la lionne rugir de rage dans son dos. Il s'était autorisé à regarder une nouvelle fois derrière lui, se réjouissant de se savoir tiré d'affaire. Mais sa joie ne fut qu'éphémère, en effet, la lionne prit son élan et en un seul bond gigantesque, se retrouva au sommet de la crête avant de s'élancer de nouveau à la poursuite du prince.

 Voyant cela, Kopa fut horrifié et se remit à courir de plus belle et bien qu'il avait de courtes pattes, l'adrénaline qui affluait dans ses veines lui permettait de courir presque aussi vite que sa poursuivante, mais malgré tout, la lionne était légèrement plus rapide, elle allait le rattraper.

 Quoi qu'il en soit, cette course effrénée les avait rapprochés du royaume de Simba. Kopa remarqua le retour de la végétation, les hautes herbes remplaçant le sol aride du territoire des hors la loi.

 Et heureusement pour le prince, dans l'obscurité de la nuit les hautes herbes lui donnaient un avantage conséquent sur la lionne. Certes, elles le ralentissait, mais étant à peine plus haut que celles ci, Kopa devenait plus difficile à suivre pour son assaillante.

 Le cœur du jeune lion battait la chamade, détallant à l'aveugle dans la verdure, sa poursuivante toujours à ses trousses. Ce dernier arrivait à gagner du terrain sur cette dernière. Et après un moment passé à sillonner dans les hautes herbes, Kopa n'entendait plus les lourds bruit de course de la lionne derrière lui. L'avait il semée ? Quoi qu'il en soit, Kopa avait aperçu un tronc d'arbre creux échoué au sol, le lionceau ne perdit pas une seule seconde avant de se réfugier à l'intérieur.

 Tout était devenu silencieux... Kopa entendait uniquement le lourd bruit de sa respiration, il haletait, épuisé...

 Il était tiré d'affaire ! La lionne n'était plus là ! Cette dernière l'avait perdu de vue et avait sûrement abandonné la poursuite.

  Avec méfiance, le jeune lion se risqua à sortir le bout de son museau du tronc, vérifiant si les alentours étaient sûrs.

 Tout semblait calme... Kopa était sortit de sa cachette, avait fait un pas, puis un deuxième. Il balaya les hautes herbes du regard, la visibilité était faible mais il était rassuré de se savoir à nouveau en sécurité. Il soupira, soulagé.

 Soudain, Kopa sentit un souffle chaud au dessus de lui, il se retourna et leva la tête, terrifié : la lionne aux yeux rouges était là, face à lui, leurs museaux ne se trouvaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Le prince recula instinctivement, par peur. La lionne avançait en même temps que Kopa s'éloignait d'elle, son regard traduisait une immense rage et une forte détermination.

 Malheureusement, le jeune lion tomba à la renverse dans les hautes herbes, il se retrouva sur le dos, impuissant. Son assaillante s'était placée au dessus de lui, en montrant les crocs.

 

 

 

 

 Et voilà... C'était ainsi que tout avait commencé. C'était de cette façon que Kopa s'était retrouvé dans une telle situation et c'était comme ça qu'il allait mourir : à cause d'une stupide fugue ! Il regrettait tellement à présent... Le lionceau souhaitait plus que tout revoir ses parents, revoir sa sœur, il ne voulait pas mourir, pas aujourd'hui !

 Brusquement, son assaillante brandit sa patte, ses immenses griffes acérées semblaient être de gigantesques sabres pour le lionceau.

 Kopa ferma les yeux : c'était la fin...

 

 Vingt secondes s'écoulèrent, Kopa avait toujours les yeux fermés mais rien ne s'était passé. Était-il mort ? Une seule façon de le vérifier : le jeune mâle ouvrit ses paupières. Le spectacle qui s'offrit à lui fut plus que déconcertant.

 La patte dressée de la lionne tremblait et de son œil droit coula une larme qui se mit à courir le long de sa joue avant de tomber au sol. Kopa regarda à nouveau son assaillante dans les yeux et celle ci détourna immédiatement le regard. Un regard toujours emplit de haine, mais différent cette fois ci...

 La lionne semblait avoir envie d'en finir avec le lionceau, mais elle n'arrivait pas à exécuterson geste. Ceci paraissait être un obstacle difficile à surmonter pour elle.

 

 Kopa était toujours aussi apeuré et désorienté, il ne comprenait plus rien. Qu'arrivait il à la hors la loi ?

 Soudain, brisant le lourd silence, une voix lointaine se fit entendre :

-Kopa ?! Kopa, où es tu ?!

 C'était Sarafina qui vadrouillait dans les hautes herbes à moins de cinquante mètres de là.

"Elle me cherche. Je suis sauvé !" Se réjouit intérieurement Kopa.

 Sarafina n'avait pas encore remarqué la présence de la lionne et de Kopa. Elle se contentait de crier le nom de son petit fils, en errant dans les hautes herbes.

 L'assaillante, quant à elle, avait bien aperçu Sarafina et s'était par ailleurs baissée afin de ne pas se faire remarquer. Le lionceau s'apprêtait à hurler afin de capter l'attention de sa grand mère, mais brusquement, quelque chose l'en empêcha : La lionne aux yeux rouges venait de lui mettre la patte droite sur le museau afin que ce dernier ne révèle pas leur position.

 Sarafina, toujours en appelant Kopa, continuait sa route dans les hautes herbes, ses appels restaient sans réponse et elle commençait à s'éloigner progressivement.

 À présent, Kopa commençait vraiment à paniquer. Il était si proche d'être secouru, mais ses espoirs commençaient à s'estomper au fur et à mesure que Sarafina s'éloignait...

 

 L'Assaillante, tout en maintenant fermement le museau de Kopa, épiait Sarafina de loin. Elle regarda le prince du rocher du lion dans les yeux, celle ci était en colère, mais semblait hésitante. Ensuite, elle jeta un nouveau coup d'œil en direction de Sarafina, se rendant compte que cett dernière était en train de s'éloigner, puis regarda encore Kopa. 

 Sur ce, elle poussa un profond rugissement vers la Sarafina. Le lionceau était complètement terrifié... "Était-ce son cri de guerre ? Allait elle se ruer sur Sarafina et la dépecer comme un vulgaire gnou avant de s'en prendre à lui ?".

 Mais rien de ce que le prince s'imagina ne se produit : Après s'être assurée d'avoir saisit l'attention de Sarafina, l'assaillante s'enfuit rapidement en direction de son territoire sans un bruit, avec une agilité et une discrétion deconcertantes.

 En moins de quelques secondes, elle avait déjà disparu dans les ténèbres de la nuit.

 

 Il ne fallu pas longtemps à Sarafina pour rappliquer vers l'endroit où elle avait entendu le rugissement.

-KOPA ?! C'EST TOI ?! Criait-elle

 En arrivant sur place, c'est avec stupeur qu'elle découvrit son petit fils, allongé sur le dos, au beau milieu des hautes herbes. Elle s'empressa de vérifier si Kopa allait bien avant de lui demander :

-Mais enfin Kopa, que fais tu ici ?! Nous nous sommes fait un sang d'encre au rocher du lion. Tout le monde te cherche ! Quelle chance qu'on t'ai retrouvé ! Tes parents se sont fait tellement de soucis pour toi...

 Mais le jeune prince avait été bien trop secoué par les récents événements pour répondre. "Je suis sauvé, je suis sain et sauf..." Se contenta t-il de penser. Il avait vraiment du mal à y croire après tout ce qui venait de se passer...

 Pendant que Kopa était perdu dans ces pensées, Sarafina ne cessait de lui poser des questions auxquelles il ne répondait même pas... Le prince était bien trop troublé par l'attitude que son assaillante avait eu. "Pourquoi a-t-elle rugit ainsi ? Pourquoi vouloir attirer l'attention de Sarafina ?"

 

 Quoi qu'il en soit, Kopa avait réalisé quelque chose d'important cette nuit là : Bien plus de personnes ne tenaient à lui que ce qu'il ne pensait... Plus jamais il ne partirait seul, il avait besoin de sa famille tout comme elle avait besoin de lui !

 

 

 

 À son retour au rocher du Lion, Kopa se fit durement réprimender par ses parents, mais au moins, il était rassuré, rassuré de savoir que ces derniers l'aimaient.

 "Comment ai-je pu douter de leur amour pour moi ?", pensa le prince en souriant. 

 

 

 

 

Fin