Dragons fan fiction : Le dragon des terres lointaines

 

Chapitre 1 :

    La journée d'Harold avait pourtant si bien commencée. Dés les premiers rayons du soleil, Krokmou l'avait tiré du lit et ils étaient sortis pour voler tous les deux avant de se rendre à l’arène, où les attendaient les autres dresseurs. Un bon vent soufflait sur l'île, réchauffant agréablement l'air frais de ce début d'hiver. Une mission les attendait. Un ébouillantueur s'en prenait aux navires pécheurs de Beurk. L'idée de donner un coup de main à son père le mettait de bonne humeur et il avait put échanger quelques mots avec Astrid sans se mettre à rougir et à sourire bêtement, une première !

    Et puis... Et puis les jumeaux avaient commencé à se disputer, manquant de détruire divers objets à leurs portée, Varek avait tenté de les séparer et s'était pris un coup perdu sur le nez, avait mit tout le monde en retard en voulant tout de suite se soigner, ce qui leur avait valu d’être réprimandé par Stoïk. Et Rustik...

    Il avait encore brillé par sa bêtise et son orgueil. Le plan prévu ne lui avait pas convenu et il avait tout simplement ignoré les ordres. Résultats ? Un drakkars partit en cendres, un autre coulé au fond de la mer et un Stoïck en colère. Et le dragon sauvage s'était enfuit.

    Une fois de retour dans l’arène, Harold sentit qu'il venait à bout de sa patience.

    Harold avait rarement ressentit autant d'agacement envers son cousin. Encore une fois, il avait réussi à compromettre une mission. Il serra les poings pour les empêcher de trembler sous la colère. Il sentit alors Krokmou s’approcher de lui et glisser son nez sous sa main, l'air de dire : calme toi, ça ne sert à rien de t’énerver contre lui. Harold le regarda dans les yeux et se calma un peu. Mais la colère d'avoir déçu son père et échouer une mission était encore là. Pour ne pas arranger les choses, une pluie froide mêlée de neige fondue se mit à tomber. Il jeta un regard noir à Rustik et se tourna vers ses amis.

    Il monta sur le dos de son dragon sans un regard aux autres, sachant parfaitement que ils étaient surpris de le voir avec un regard si sombre, mais il les entendit s'envoler juste derrière lui. Il laissa son ami dragon planer vers leur maison, en se demandent ce qu'il dirait à son père. L'averse se fit plus fort alors ils se hâtèrent de rentrer à l’abri.

    Dés qu'il ouvrit la porte, la voix grave de Stoïck la Brute retentit.

     Harold referma la porte, tête basse et regarda la silhouette massive qui se tenait devant le feu de l'âtre et qui continua de retourner le couteau dans la plaie :

    Son père l’arrêta d'un geste de la main. Harold sut qu'il ne devait rien dire de plus. Quand la survie de tout le village reposait sur lui, le chef devenait extrêmement insensible aux excuses.

      Il monta directement dans sa chambre avec Krokmou, après avoir dîné dans le silence le plus complet avec son père. Pendant que son meilleur ami réchauffait la pierre sur laquelle il dormait, il se jeta sur son lit, tournait les événements de la journée en boucle dans sa tête. Ces pensées finirent par s'estomper et il s’endormit.

 

     Le lendemain, le ciel s'était obscurcit, mais la neige ne tombait plus. Krokmou et Harold volaient autour du bateau de pèche, scrutant les flots agités pour tenter de voir la présence de l'ebouillantueur de la veille. Les pécheurs remontaient et jetaient les filets en cadence, pendant que Varek, toujours son pansement sur le nez, restait avec son Gronk en vol stationnaire au dessus du drakkar. Les autres dresseurs étaient restés sur le plancher des yaks pour aider à la reconstruction des bateaux endommagés. Après une longue dispute, Rustik avait accepté de rester là bas, même si Harlod pensait que c’était uniquement pour ne pas travailler avec lui. Il espérait que tout se passait bien. Chose peu évidant à savoir quand on parle de Rustik.

     Après un long moment à guetter, perchés sur le mat du drakkar, alors qu'ils avaient déjà repoussé une première attaque de l'ébouillantueur, Harold entendit l'un des pécheurs l'appeler.

     Krokmou déposa son dresseur sur le sol et ce dernier s'approcha du viking qui l'avait interpellé. Celui-ci se tenait avec un autre prés d'un filet de pèche qu'ils remontaient.

    Harold fut surprit et se pencha par dessus la rambarde. En effet, une masse sombre le tirait vers le fond.

      A l'aide du Gronk et du Furie, ils remontèrent le filet et son occupant. Le jeune viking pensa un moment qu'un Mille-tonnaire ou même l'Ebouillantueur s'y était coincé, mais quand il vit le dragon en question était totalement différant. Il ne put empêcher un cri de stupeur.

       Les yeux du reptile étaient fermés et il ne bougeait pas. Il devait faire, à vue de nez, douze bons mètres, et son corps très fin était couvert d’écailles bleues qui reflétait la moindre lumière. Une crinière verte ornait sa tête et sa colonne vertébrale jusqu'à la queue qui se finissait en touffe de crins plumeux. Le filet s'était emmêlé autour de ses quatre pattes courtes, les pattes avant exagérément éloignées des pattes arrières, ainsi qu'aux cornes de cerfs sur sa tête et aux deux fines et longues moustaches.

     Harold ne lui répondit pas, son cœur battant à toute vitesse. Il ne pouvait pas laisser ce dragon comme ça. Il s'accroupit prés de lui et commença à démêler les cordes, délicatement. Il eut un sursaut en voyant ses mains se tacher d'un sang rouge très sombre. Le filet avait entaillé les écailles du reptile en se resserrant autour de lui. Il expira lentement pour se calmer et se remit au travail. Plusieurs pécheurs intrigués se massèrent autours d'eux, certains vinrent cependant lui donner un coup de main, coupant le filet avec leurs couteaux pour libérer le dragon.

      Varek n'avait pas bougé. Son cerveau analysait déjà un maximum de caractéristique de cette espèce totalement inconnue. Rapidement, tous les liens tombèrent, au grand damne de quelques pécheurs qui pensèrent qu'il faudra réparer le filet. Mais le dragon ne bougea pas. Krokmou approcha prudemment et poussa un petit ronronnement. Harold posa sa main droite sur le cou du dragon inconnu et sentit le puissant cœur du furie battre sous sa peau. Lui aussi était inquiet.

     Harold essaya de le calmer.

      Son ami hocha la tête, mais ses yeux pétillait encore d’excitation. Krokmou poussa légèrement Harold du bout du nez et le fixa de ses grands yeux de chats.

 

Chapitre 2 :

     Astrid fut aussi surprise que les autres dresseurs de voir que le bateau de pèche rentrait déjà. La nuit était loin de tomber. Soit la pèche avait était plus que satisfaisante, soit il y avait eu un problème. Perchée à califourchon sur la coque retournée d'un drakkar, elle posa ses outils et descendit. Une mauvaise intuition la poussait à quitter son poste de travail pour courir vers le port. Et si le bateau avait été attaqué par l'Ebouillantueur ? Et si Harold ou Krokmou était blessé ?

     Elle vit Stoïck avancer vers le drakkar qui accostait et elle sut que lui aussi s’inquiétait. Tous les membres restant de la bande le suivirent, accompagnés par quelques villageois. Arrivée en bas, elle vit avec soulagement que Harold, Varek et leurs dragons étaient vivants, ainsi que les pécheurs. Mais quand ce premier franchit la planche et posa pied à terre, elle vit le sang sur ses mains et la tête encore stupéfié et préoccupé qu'il avait. Elle ne put s’empêcher de courir vers lui, de l'attraper par les épaules et de le regarder sous toutes les coutures, persuadée qu'il était blessé.

     Stoïck, avec sa bienveillance habituelle, tonna :

     Son fils s'empressa de tout raconter. Il faillit rire en voyant les yeux ronds de surprise et la bouche bée de son père quand celui-ci vit le dragon serpent. D'un geste, il demanda à quelques hommes forts de porter le dragon blessé jusqu'à l'arène.

      Harold le regarda un instant et décida de ne pas répondre à la provocation. Son cousin, en le voyant, ressentit une colère immense. Encore une fois, cette crevette parlante avait trouvé pour se pavaner devant lui. Un nouveau dragon ? Pas question qu'il garde tous les honneurs pour lui ! Chose rare, une idée germa dans son crâne. Harold avait découvert une espèce, d'accord, mais lui serait le premier à le dresser. Et comme ça, il se montrera plus fort que lui. Il sera donc plus digne d'être le chef de l’académie, place qu'il convoitait depuis longtemps.

      Harold ignorait se qu'il se passait dans la cervelle du viking. Il s’apprêta à suivre les autres quand son père le retint par le bras.

      Stoïck le fixa du regard encore quelques secondes avant de le lâcher. Harold, heureux que cette discussion ne se soit pas plus étendue, couru rejoindre les autres.

      Ses amis étaient déjà dans l’arène, accompagnés de Gueulfor et de Gothi, l'ancienne guérisseuse. Cette dernière était penchée au dessus du blessé et avait pensé les entailles qui couvraient son corps. Elle finit par se relever, et dessina à l'aide de son bâton sur la poussière du sol de l'arène.

      La vieille femme hocha la tête humblement.

      Il remarqua alors que, en effet, le dragon n'avait pas d'ailes. C'était plutôt étrange, car Harold aurai parié qu'il en était capable.

      Son cousin fit une moue grimaçante en guise de réponse, qu'il ignora. Gothi reprit son bâton à deux mains et traça quelques arabesques sur la poussière. Gueulfor se pencha sur les dessins et les traduits :

      Harold sursauta, suivit par les autres dresseurs et Krokmou qui baissa la tête en grondant. Il se tourna d'un bloc vers son mentor pour exiger des explications, mais Gothi fût plus rapide et frappa le forgeron de son bâton.

      Harold poussa un profond soupire. Pendant un instant, il s'était imaginé un scenario catastrophe, lui fuyant avec Krokmou pour cacher le dragon inconnu que les villageois prévoyaient pour le dîner.

      Il évita de justesse un autre coup de bâton et décida de ne rien ajouter. La vielle femme était aussi dangereuse avec son bâton qu'un viking avec une hache.

 

 

Chapitre 3 :

      Chaque jour, Harold allait prendre des nouvelles du dragon inconnu, dès qu'il avait un moment libre dans son emploi du temps surchargé. Il avait toujours sur lui son carnet et un crayon de charbon où il griffonnait tous les détails du cette nouvelle espèce.

      Au bout de quelques jours, le dragon se réveilla. Harold venait tout juste de revenir du travail dont son père l'avait chargé et était en route vers l’académie, quand Krokmou avait soudain levé les oreilles et accéléré. Surpris, il l'avait laissé faire. Ils atterrirent dans l'arène et Harold eu à peine le temps de descendre de selle qu'il vit le dragon debout.

      Ce dernier courbait gracieusement son cou pour les regarder. Ses fines moustaches suivaient la courbe de son corps et ondulaient sous une légère brise. Harold fut émerveillé, tant par la beauté du reptile que par ses yeux. Des yeux bleu profond, éclairés d'une lueur de bienveillance. Le dresseur s’avança vers lui lentement. À ses côtés, Krokmou semblait aussi paisible. Il ronronna doucement en pointant le nez vers son homologue dragon qui baissa la tête respectueusement. Harold sourit, aux anges.

      Une explosion les fit soudain sursauter tous les trois. Il vit une fumée épaisse monter aux dessus des entrepôts.

 

      Il jeta un regard désolé au dragon et monta sur la selle.

      Le furie nocturne l'emporta ensuite vers les docks. Le toit d'une des étables brûlait. Les yaks étaient regroupés à l’extérieur, surveillés par Tempête et Astrid. Varek et les jumeaux faisaient des vas et viens entre le puis et l'étable, en transportant des bacs d'eau. Krokmou descendit pour se mettre au niveau de Tempête.

      Bien vite, les flammes s'éteignirent et laissèrent le toit fumant, mais relativement intact. Les yaks furent rentrés, malgré leur crainte. Cet incident fut réglé rapidement, mais personne ne pu dire comment il s'était déclenché. Une telle explosion était rarement naturelle, mais peut être qu'un dragon sauvage l'avait déclenché. Harold se promit interroger son père le soir venu. Pour l'instant, il se tourna vers ses amis :

      Il n'en fallut pas plus pour que tout le monde s'envole à tire d'aile. Varek fit avancer Bouledogre à côté de Krokmou et demande, très excité :

      Le viking érudit continua sur ça lancé, mais Harold ne l’interrompit pas. Son ami était content de découvrir une nouvelle espèce et cela se comprenait. Krokmou lui donna un coup avec son oreille pour le supplier d’arrêter le babillage du viking.

      Ils arrivèrent en vue de l’arène et il comprit que quelque chose n'allait pas. Peut être cette sensation était dû à la présence de Krochefer devant l'entrée, ou à Rustik qui se tenait face au dragon sans ailes.

      Il voulut entrer sous le dôme de métal mais Krochefer l'en empêcha en rugissant. Instinctivement, Krokmou se plaça devant lui en grognant. Le jeune viking approcha des chaînes du dôme et les agrippa, comme s'il voulait les déchirer pour forcer le passage.

      Son cousin tourna la tête et le dévisagea.

      Il fit face au reptile avec un grand sourire et tendit la main.

      Harold savait que ce dragon était encore sauvage. Mais s'il acceptait les humains parce qu'ils l'avait soigné, un faux mouvement pouvait briser sa confiance à tout jamais. C'était d'autant plus dangereux que personne ne savait de quoi il était capable. Malgré son regard bienveillant, il était tout à fait possible qu'il blesse Rustik si celui-ci brûlait les étapes qui établissait la confiance entre un dragon et un dresseur. Il fallait qu'il arrête son cousin.

      Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le-dit cousin poser sa main sur le museau du dragon, entre les deux moustaches qui surplombaient ses nasaux. Rustik ricana :

      Il tapota la tête du reptile avec un air satisfait. Les autres n'en croyaient pas leurs yeux.

      Kognedur donna un grand coup de poing sur la tête de son frère jumeau qui ajouta :

Rustik se pavana un instant avant de monter sur le dos du dragon, juste derrière ses épaules.

      Le dragon resta un moment sans bouger. Il ne sembla pas décidé à s'envoler, pour peu qu'il puisse, ni même marcher. Il se contenta de bouger lentement la tête.

      Soudainement, le dragon en question baissa la tête et la releva vite, se propulsant en l'air. Il passa entre les chaînes du dôme qui couvrait l'arène. Son corps était suffisamment fin pour se faufiler entre les mailles, mais pas Rustik. Il resta coincé entre deux chaînes, regardant bouche bée son dragon partir. Ce dernier ondulait dans l'air, prenant appui sur les courants aériens.

      Les vikings restés au sol furent surprit.

      Harold observa le lézard scintillant qui semblait danser sur les vagues de vent, chacune de ses écailles arrondies reflétaient la lumière. Ses moustaches suivaient son mouvement en décrivant des courbes complexes mais gracieuses. Le dragon fila vers le ciel avant de survoler le village et de disparaître derrière un nuage. Le jeune dresseur ne fit pas un mouvement, mais il le regretta. Et si le dragon ne revenait plus jamais. Il secoua la tête et se tourna vers son cousin.

      Celui-ci avait réussi à se dégager et était retombé sur ses pieds. Harold passa prés de Krochefer, qui ne fit pas un geste pour le retenir.

      Harold se retint tout juste de frapper son cousin. Krokmou avança prés de son dresseur pour le retenir.

      Il pensa un instant avoir parlé trop durement avec le fort viking mais celui-ci ne lui laissa pas le temps de regretter ses paroles :

      Rustik regarda son Cauchemar Monstrueux pendant un moment, le temps que son cerveau absorbe toutes les informations. Harold comprenait « C'est pour ça qu'il a fait tout ça ? Rustik est jaloux. Jaloux de moi et de l'attention que les gens portent à Krokmou. » Il ne savait pas comment réagir. Durant toute leur plus jeune enfance, Rustik avait toujours prit un malin plaisir à se montrer plus fort que son cousin. La jalousie ne lui correspondait pas du tout, pas plus que la modestie d’ailleurs. Astrid s'avança et essaya de mettre les choses dans l'ordre.

      Rustik jeta un regard noir à la jeune viking. Elle répondit en resserrant ses mains autour du manche de sa hache, comme si elle le défiait de s'expliquer par les armes. Harold poussa un soupir de lassitude en tirant légèrement le bras de son amie pour les séparer. Pourquoi tous les vikings réglaient leurs problèmes en tapant bien fort sur l'autre ? Un énième mystère.

 

 

Chapitre 4 :

      Harold savait comment était son père quand celui-ci était énervé. Mais cette fois, un autre que lui venait le d'apprendre. Il devinait que Rustik n'avait qu'une hâte : échapper au chef du village.

      Et voila, au moment où il profitait du simple fait de ne pas être la source du mécontentement de son père, le voici mit aussi bas que le réel fautif. Curieusement, le mot ''confiance'' revint encore plusieurs fois à la bouche de Stoïk. Harold en compta vingt-six, ainsi que douze fois ''réserves'', comme s'il pensait que plus il répétait ce mot, plus les réserves se garnissaient de nourriture.

      Le jeune dragonnier ne rajouta rien. Il trouvait la punition juste, mais intérieurement, il bouillait de rage à l'idée que le dragon inconnu soit laissé à l'écart et avec lui, toutes ses responsabilités de dresseur.

 

      La journée suivante, la neige tombait par gros paquets blancs. Stoïk obligea quand même les jeunes à aider leurs aînés. Réparer les filets de pèche endommagés, remplir les tonneaux de poissons, s'occuper et nourrir les poules et les moutons, sans oublier de traire les yaks… Malgré l'aide de leurs dragons, les jeunes vikings étaient vite fatigués. Harold, d'habitude très peu sportif comme le prouvait sa fine silhouette, avait mal partout à force de soulever des barils lourds .

      En très peu de temps, tous les villageois avaient été au courent de ce qu'il s'était passé dans l'arène. Le père de Rustik s'était empressé de plaider la défense de son fils auprès de Stoïk en vain.

      L’après midi s'annonçait tout aussi éprouvante que la matinée. Les nuages avaient cessé leurs chutes de neige mais un vent glacial, même selon les critères des îles nordiques, soufflait sur Beurk. Harold se serrait contre Krokmou alors qu'ils descendaient avec les jumeaux vers le port. En arrivant, il fut étonné de voir un immense tas de poissons, amoncelé sur le ponton de bois.

      Krokmou renifla le tas et leva les yeux. Il affichait le même air que quand Harold lui donnait son repas, un air reconnaissant. Le jeune viking suivit son regard et dit aux jumeaux qui étaient déjà en train de se battre :

      La fine silhouette du dragon sans ailes était perchée sur l'un des poteaux qui tenait les planches de bois. Sa crinière émeraude et le plumet de sa queue s'agitaient dans le vent froid. Il fixait de son étrange regard paisible les trois humains et leurs montures.

      Le dragon pencha la tête, comme s'il les écoutait et poussa légèrement les poissons du bout du nez. Harold remarqua que ses écailles bleutées étaient ruisselantes d'eau.

      Krokmou marcha vers lui et avança son museau noir prés des longues moustaches du dragon. Harold s'avança aussi. « Il n'était pas du tout partit pour fuir, mais pour remercier ses sauveurs. Bon, peut-être que Rustik y était aussi pour quelque chose. » Il prit une inspiration, tendit sa main, paume ouverte vers l'avant et détourna légèrement la tête en fermant les yeux. « Pardonne moi, dragon, je ne voulais pas que Rustik soit si arrogant envers toi. Fais-moi confiance, je veillerais à ce que tu sois bien traité parmi nous. » Il sentit un souffle tiède et les fines moustaches tâter la paume de sa main et chatouiller ses doigts. Il se retint de rire. Puis, une peau chaude et écailleuse se posa sur ses doigts. Il ouvrit les yeux et regarda le dragon. L'éclat bienveillant était plus que jamais présent dans ses pupilles bleues.

      Harold sourit et caressa délicatement la tête du reptile. Krokmou, peut-être un peu jaloux, s'appuya contre son ami et glissa son nez sous l'autre main du jeune homme pour réclamer son attention. Kognedur frappa l'épaule de son frère qui tomba de nouveau dans la poudreuse.

      Elle alla vérifier tout de suite la température de l'eau quand Kranedur répliqua en la poussant et en la faisant tomber du port. Le dragon sans ailes plongea dans l'eau glaciale et la ressortit avant qu'elle ne gèle sur place. Malgré le fait qu'elle tremblait de froid, trempée jusqu'aux os, et qu'elle était suspendue à un mètre du sol par le dragon qui la tenait par le col de son manteau, elle éclata de rire :

      Harold ne put s’empêcher de rigoler aussi. La bonne humeur constante des jumeaux étaient contagieuse. Ils avaient une façon de voir la vie assez naïve. Voir carrément explosive !

 

      Harold pensait que Rustik ragerait de voir que son ''Kustik'' avait offert sa confiance à quelqu'un d'autre que lui. Mais au lieu de cela, il l'ignora complètement, se contentant de jeter un regard noir à son cousin.

      Grâce à un acharnement particulier des villageois et au dragon, qui était bon pêcheur, Stoïk put de nouveau dormir tranquille. Les réserves étaient pleines et les granges étaient prêtes à accueillir tous les troupeaux pour l'hiver. Les glaces commencèrent à se refermer sur la mer, ce qui réjouissaient les jumeaux qui s'amusaient à lancer des objet dessus depuis leur Braguetaure. Varech faillit y passer mais fut sauvé à temps par sa Gronk. Dés lors, il se tenait loin d'eux.

      Les jeunes vikings avaient plus de temps libre et se retrouvaient dans l'arène. Le dragon sans ailes fit le bonheur des dresseurs qui l'engloutirent sous les tests. Les quatre griffes de ses pattes courtes étaient aiguisées, mais pas autant que celles d'un Tronconator. Il cracha une fois une boule de lumière bleue pâle qui fit voler en éclats un mannequin.

      Une nouvelle page du Livre des Dragons lui fut dédié. Après mûres réflexions, Varek l'admit dans la catégorie mystère. Harold se chargea lui même des dessins. Le nom donné à son espèce fit quelques mécontents mais bientôt l'idée d'Astrid fut vite gravée dans les esprits. Un nom en accord avec ses écailles et son regard.

      Le Lézaréclat.

 

 

Chapitre 5 :

      L’hiver passa sur Beurk, avec son cortège de tempêtes de neige et ses vents de grêle. Puis, après deux mois où le vent ne cessa de geler le bout des oreilles des vikings assez intrépides pour s'aventurer dehors, il partit comme il était venu. La glace qui couvrait la mer resta un long moment avant de se fractionner en nombreux petits blocs translucides qui partirent vite à la dérive.

      Kornecerf, comme fut baptisé le dragon Lézaréclat, en raison de ses bois de cerf dont la taille avait augmenté durant l'hiver, n'avait plus accepté sur son dos de dragonnier, mais personne ne le reprocha. Il avait passé la période du mauvais temps dans la grande salle, en compagnie des vikings et semblait s'être lié d'amitié avec le plus part des dragons de l'île.

      Alors qu'un jour, le soleil tentait tout son possible de faire fondre les dernières plaques de neiges, un bateau arriva. Celui de Yoan le négociant. Comme à chaque fois qu'il venait, tous les habitants s'étaient rassemblés sur le port, attendant passivement que le navire marchant s’approche. Harold était parmi eux. Yoan avait promit de lui rapporter cette encre noire de pieuvre avec laquelle il dessinait. Un peu plus loin, Kornecerf et Krokmou jouaient dans les flaques de neige fondue.

      Soudain, le Lézaréclat s’immobilisa, surprenant son ami furie. Harold le vit et l'observa de loin. Il se tenait droit, la tête tournée vers la mer, les moustaches vibrant comme s'il sentait quelque chose.

      Le dragon se dégagea d'un geste vif, alla se percher sur un poteau et fixa de nouveau son regard vers le même point. Il avait dans les pupilles une expression indescriptible à la place de la bienveillance habituelle. Une sorte de sifflement grave et bas s'échappait de sa gorge. Harold, comprenant que il regardait le bateau avec insistance, le vit se recroqueviller un peu, comme à chaque fois qu'il se préparait à s'envoler. Kornecerf se comportait de la même façon que Krokmou, une fois où Harold avait essayé de le retenir de se battre contre un ancien ennemi. Un comportement qui semblait dire Ne te met pas en travers de mon chemin ou je te mord. Le Lézaréclat sauta au milieu de la foule de viking pour se précipiter vers le bout du ponton du port.

      Quand il passa prés d'Harold, celui ci se mit face à lui et réussi à le faire s’arrêter. Il attrapa délicatement sa tête en la maintenant contre le sol pour l'empêcher de bouger. Krokmou posa ses pattes sur le corps fin pour l’immobiliser. Astrid, ayant perçu l'agitation, approcha d'eux avec Tempête, suivit par Stoïk.

      Elle regarda le dragon qui se débattait entre ses bras et vint lui prêter main forte. Le bateau accosta. Yoan en descendit, l'air intrigué par la foule qui ne lui prêtait que peu d'attention.

      Stoïk s'approcha de lui et le salua.

      Le jeune dresseur hocha la tête et avec l'aide d'Astrid, il se mit debout en tenant toujours le dragon entre ses bras. Celui ci se débattit plus, refusant d'être amené ailleurs. Alors qu'il essaya de détourner Kornecerf, il entendit une voix inconnue parler dans un langage tout aussi inconnu. Kornecerf sembla se calmer aussitôt, les oreilles dressées. Il le sentit trembler contre ses doigts.

      Un homme descendit du bateau et rejoint Yoan qui le présenta à Stoïk :

      L'homme, vêtu de tissus souples et rouges et d'une armure légère en métal argenté, s'inclina profondément devant le chef viking son visage était caché par un somptueux casque sculpté et orné de cornes de cerf. Il dit avec un accent étrange :

      Kornecerf poussa un rugissement et se secoua tellement fort que Astrid et Harold en furent projetés par terre. Le dragon sans ailes couru vers l'étranger et s’arrêta à un pas de lui. Taishi murmura quelques mots dans sa langue chantante et caressa le nez de Kornecerf qui posa sa tête contre le torse de l'homme.

      Harold se releva, tendit la main à Astrid pour l'aider et approcha d'eux.

      L'inconnu se tourna vers lui et ôta le casque de son armure. Il était un peu plus âgé qu'Harold le croyait, en raison de sa petite taille et sa peau avait la curieuse teinte de l'ocre jaune. Il s'inclina de nouveau.

      Voyant l'air perdu de ses hôtes, il ajouta :

      Harold ne put s’empêcher de sourire. Seul Yoan le négociant avait voyagé jusqu'en Orient et d’après ses dires, ce territoire se trouvait très loin, à plusieurs longues semaines de voyage. Que cet homme ai fait ce trajet uniquement pour retrouver son dragon était à la fois étonnant mais compréhensible. Harold aussi serait prés à aller jusqu'au bout du monde s'il perdait Krokmou. Il jeta un coup d’œil à son père. Le comprenant, Stoïk dit :

      Stoïk invita Taishi et Yoan à venir dans la grande salle. Kranedur s'approcha, suivit par sa sœur et leur duo de dragon qui firent râler quelques vikings en les bousculant, et tira Harold à part.

      De toute façon, les jumeaux ne voudraient jamais et finiraient par tout brûler pour se distraire. Avouons le, une belle explosion peut être assez distrayant parfois.

 

 

Chapitre 6 :

      Le soir dans la grande salle, lors un copieux repas digne d'une fête viking, Taishi raconta son histoire et celle de Yujin. Il venait d'un pays entouré par les eaux, où beaucoup de choses étaient différentes de Beurk. L’œuf de Yujin avait été emporté par le courent d'une rivière depuis la haute montagne, ainsi que le faisait les Lungs depuis des générations. Un seul habitant du village était autorisé à monter sur son dos et à protéger les environs. Cette tache respectueuse revenait à Taishi qui avait grandit avec lui. Une soudaine tempête les avaient surpris alors qu'ils volaient au dessus de la mer orientale et les avaient séparés. Depuis, Taishi avait tout fait pour retrouver la piste du dragon et cette piste l'avait mené à Yoan qui lui avait parlé des dragonniers de l'île de Beurk.

      Taishi rigola doucement.

      La viking regarda autour d'elle pour savoir à qui il adressait son compliment puis ayant soudain comprit, rougit violemment. Derrière eux, Yujin essayait de manger tranquillement le panier de poissons sans que les Terreurs Terribles ne les lui piquent. Krokmou les chassa d'un tir plasma qui leur roussit la queue. Une fillette aux longues tresses blondes s'avança, un poisson entre les mains et le tendit au Lung. Celui-ci le prit et chatouilla la petite fille avec ses moustaches. Plusieurs personnes regardaient avec curiosité les baguettes avec les quelles Taishi mangeait.

      Harold ne fut pas le seul de la tablée surprit. Son père qui était en train de boire une coupe manqua de s'étouffer.

      Il dégaina le sabre et montra à l'assemblée les éclats d'argents reflétés sur la lame et le pommeau finement décoré. Gueulfor s'approcha pour l'admirer.

      Stoïk partit d'un rire tonnant comme un orage.

 

      Le lendemain, tout le village se rendit prés du port. Yoan avait préparé son bateau et les étrangers s’apprêtaient aux aussi à partir. Taishi s'inclina profondément devant le navigateur et le chef viking.

      En réponse, le dresseur de dragons s'inclina avec un sourire, puisque tel était la tradition de l'étranger. Quand il se redressa, il sentit quelle chose le lever de terre soudainement. Le temps de comprendre ce qu'il se passait, il se retrouva sur le dos de Yujin. Le Lung l'avait soulevé avec ses moustaches agiles et le regardait avec ses yeux azurs et riants.

      Rustik s'approcha en râlant :

      Rustik chercha ce que ça signifiait pendant un très long moment. Harold descendit du dos de Yujin qui posa sa tête contre celle du garçon.

      Le dragon se détourna ensuite, jeta un regard d'au revoir à Krokmou, puis Taishi monta à califourchon sur son dos et agita la main pour saluer ses hôtes avant que Yujin s'envole. Il tourna gracieusement autour du navire de Yoan et partit vers l'est. Harold resta longtemps à regarder la silhouette du dragon sans ailes décrire des courbes, la crinière jetant des reflets émeraudes, avant de le voir disparaître à l'horizon. Astrid se tenait prés de lui et dit, les yeux fixés sur la mer.