Un soleil rouge commençait à se profiler derrière les montagnes de Nome. Il reflétait sur les nuages des ondes pourpres sinistres. Les indiens y auraient vu un signe. Mais personne ne faisait vraiment attention au temps qui passe, ni aux conflits entre prédateurs qui avaient lieu dans la forêt. Et c'est ce qui s'était passé.
Parmi les frondaisons et sous les aiguilles de pin, des rayons de soleil se frayaient des chemins. Puis l'étendue d'un conflit nocturne se dessina au fur et à mesure du jour. La neige était mouchetée de traces de sang frais, et parsemée d'empreintes de pattes. Ce n'était toutefois qu'un aperçu de ce qui s'était vraiment passé. Nous, simples mortels, ne pouvont pas comprendre l'étendue des forces mises en jeu.
Que l'aventure commence.
Balto s'étendit tranquillement sur le pont de son vieux bateau, et commença a en descendre, victime de quelques courbatures matinales. À l'abri des regards indiscrets, il se soulagea tranquillement à même le sol. Une fois sa besogne faite, il contourna l'épave, et tomba sur Boris, une fois de plus occupé à tenter de convaincre Muk et Luk qu'ils savent nager. Balto sentait que le jare perdait patience, rien qu'en entendant le ton de sa voix.
- Eh bien boules de poils, toujours pas?
- *gémissements de Luk *
- Luk dit qu'il a peur. Et moi aussi j'ai peur Boris.
- Vous n'avez aucune raison d'avoir peur grosses peluches, c'est naturel pour vous de savoir nager!
- Ah oui? Fit Muk.
- Bien sûr.
- Allez les gars, si Boris vous le dit, vous pouvez le faire. Il n'est pas du genre à dire n'importe quoi, argumenta Balto.
- Tiens, te voilà mon petit. Tout à l'heure, Kodi est passé. Il voulait venir te voir avant de partir faire sa tournée. Il faut croire qu'il n'a pas voulu te réveiller. Tiens, d'ailleurs, le revoilà!
En effet, en tournant la tête en direction de Nome, Balto vit clairement les contours de son fils se diriger vers lui en courant. Le chien-loup remarqua tout de suite que quelque chose n'allait pas. Kodi semblait hors d'haleine. Il avait dû courir pendant tout le chemin. D'autant qu'il était beaucoup trop tôt pour que l'attelage postal soit de retour aussi rapidement.
- Papa! Viens avec moi vite! Réunion à la salle des chaudières!
Sans même attendre de réponse affirmative, le leader des chiens de poste rebroussa chemin. Surpris par l'empressement de son fils, Balto s'élança aussitôt vers Nome.
Une fois arrivé dans la ville, il constata qu'il était évident que quelque chose n'allait pas. Un attroupement avait lieu devant le bureau de poste. Les chiens n'étaient pas les seuls à devoir se rendre à un rassemblement.
La salle des chaudières accueillait tous les canidés. Balto et Kodi étaient les derniers. Doc, constatant que personne ne manquait à l'appel, commença alors à s'exprimer afin de lever le voile de mystère agitant Nome depuis ce matin.
- La situation est urgente, aussi je serais bref. Ce matin, alors que le traineau postal faisait sa tournée habituelle, ils sont passés par le chemin menant à la ville de Belore. Ils sont tombés sur des traces présumant un massacre ayant eu lieu dans la forêt. Sans laisser le temps aux autres d'appréhender la nouvelle, Doc continua.
- Cet événement à dû avoir lieu au cours de la nuit. Et d'après ce que m'ont rapporté ceux du traîneau postal, le sang constitue de longue traînées en direction de Nome. Les responsables de cette présumée tuerie sont peut-être déjà arrivés. Mais selon les humains, il peut s'agir de loups. Balto?
- Je suis là Doc.
- Nous savons que ta fille est avec une meute dans les montagnes.
- Tu penses qu'Aleu est responsable ?!!
- Il faut tout supposer, Balto.
- Je ne crois pas que ma soeur ait pu faire ça, s'opposa Kodi. Aleu est censée, elle ne prendrait pas le risque de tuer des proies sur des sentiers par lesquelles passent les humains.
- Quoi qu'il en soit, reprit Doc, il faut que tu retrouves Aleu, Balto. Lui demander si c'est elle qui a fait ça, mais si elle n'y est pour rien, de l'avertir du danger que peut provoquer l'arrivée d'une nouvelle meute de loups. Quant à nous, il faut nous mettre en garde. Amis chiens, restez prudents. Les humains en feront de même. Cette réunion est terminée.
Chacun leur tour, les chiens partirent de la salle des chaudières, la peur dans le ventre. Ne restait que Balto, Jenna, Kodi, Dusty et Kirby. Le chien-loup demanda plus de détails aux quelques membres de l'attelage pour se faire une idée. Et aussi pour savoir par où commencer.
- Il n'y avait aucun corps. Aucun cadavre, rien que des traces de combat, confia Kirby.
- C'est maigre comme point de départ, répondit Balto.
- Mais les traces s'étendent sur pas mal de distance autour du chemin, continua Dusty. C'était horrible! J'ai du mal à imaginer ce qui s'est passé, et je n'ai pas franchement envie de le savoir.
- Il le faut pourtant, dit Jenna. La faute est rejetée sur Aleu, alors qu'on à même pas de preuves ! Il faut aller voir.
- C'est à moi de découvrir la vérité. En tant que chien-loup, je peux me promener dans la forêt sans trop de risque. Un chien ne pourrait pas. Je dois mener cette mission seul. Peut-être tomberais-je sur une connaissance d'Aleu qui serait capable de me mener jusqu'à elle.
- Ce n'est jamais une bonne chose que tu partes seul, il t'arrives toujours quelque chose!
- Kodi a raison.
- Allons Jenna, j'en fais une affaire personnelle. Vous ne pourrez pas me forcer à entraîner l'un de vous dans cet histoire. C'est une affaire de loups.
Jenna se préparait à répondre, mais se retint en comprenant que son compagnon ne faillirait pas. Il était tellement obstiné. Surtout en ce qui concernait Aleu, dont il se sentait une responsabilité et un devoir de la guider vers la bonne voie.
- D'accord...J'attendrais ton retour.
- Je partirais très bientôt. Allons chez toi en attendant.
Le point complet ayant été fait sur la situation, Dusty, Kodi et Kirby se dirigèrent vers le bureau de poste afin de rejoindre le reste de l'attelage, tandis que Balto et Jenna prirent la direction de la maison de Rosie. Alors que le couple discutait des autres évènements de la journée, Steele leur coupa la route avec un air hautain et méprisant.
- Alors les tourtereaux? On batifole sans prévenir son vieil ami d'une réunion importante?
- Fiche le camp, Steele! On à autre chose à faire que de supporter tes sarcasmes d'abruti!
- Tout doux, bâtard! Je m'en voudrais de te mettre la raclée de ta vie devant une si jolie créature que Jenna. Quoique je peux faire une exception rien que pour toi.
- Pars, Steele! Tu n'as rien à faire là! Répliqua la chienne.
- Oh que si, j'ai quelque chose à faire. Et je compte bien aller jusqu'au bout.
- Tu es pathétique mon pauvre. Tu ne vaux même pas la peine que je lève la patte pour t'apprendre à parler correctement!
- Tu te rebelle hein?
- Ma fille est en danger, et va te faire foutre! Viens Jenna! On a perdu trop de temps pour quelqu'un qui n'en mérite pas.
Surpris par cette attitude inhabituelle, Steele écarquilla les yeux. Balto ne lui résistait jamais aussi hardiement! Il se contentait le plus souvent de fuir sans demander son reste. Mais cette fois, son ennemi lui tenait tête, et partait sous ses yeux!
Hors de question.
- Tu crois vraiment que tu pourras t'en sortir chien-loup? Un jour où l'autre, tu mourras, et ce jour là, je reprendrais la place qui me revient!
- Tu es déjà à ta place: au milieu des ordures.
Ultime provocation, ne tenant plus sous la fureur, Steele se jeta sur Balto. S'attendant à une évidente attaque en traître, ce dernier s'écarta du passage, laissant le husky se jeter comme un boulet de canon sur un mur de bois. Steele, poussé par sa propre masse, s'assoma purement et simplement.
- Viens, Jenna. Il se réveillera seulement avec un sacré mal de tête demain. D'ici là, je serais déjà partit.
Déconcertée par l'assurance de Balto, Jenna resta un moment sans bouger, puis observa le triste spectacle de Steele jonchant au sol. Sans toutefois émettre ce qu'un humain appellerait du regret.
Le couple reprit la route, comme si il ne s'était rien passé. Aucun autre événement ne revint les déranger au cours de la matinée, qu'ils passèrent ensemble chez Rosie. Ils restèrent longtemps entremêlés, sous le regard bienveillant de la jeune fille. Kodi et Dusty passèrent rapidement dire au revoir à Balto. Ils ne restèrent pas vraiment longtemps, ayant d'autres occupations (dont la poursuite de la tournée du courrier de la poste vers les autres villes).
Alors qu'il sombrait dans un demi-sommeil à proximité d'un feu avec Jenna à ses côtés, Balto pensa à tout ce qu'il avait vécu jusqu'à présent. Il aurait donné énormément pour ne plus repartir, rester à Nome, et continuer sa vie sans être obligé systématiquement de voler au secours de tout le monde. Mais bon. Si lui ne le ferait pas, personne d'autre ne se donnerait la peine. Ainsi étaient les choses, et le resteraient...
Le soleil était maintenant à son zénith. Comme il l'avait dit, Balto était en route au milieu de la forêt bruyante et lumineuse. Les oiseaux commençaient à chanter, détendant légèrement l'atmosphère tendue.
Aucune odeur suspecte pour le moment. Rien susceptible de lui causer un frisson, où bien de le faire partir en courant. Un bon point. Toutefois, Balto se sentait irrémédiablement observé. Mais il ne prêtait pas vraiment attention, ayant plus urgent à faire. Tout d'abord, retourner sur les lieux présumés du drame. D'après Kodi et Dusty, le massacre avait eu lieu sur la route entre Nome et Belore, donc à moins de deux heures de marche. Entretemps, Balto se désaltera sur un ruisseau passant par la vallée, et trouva les restes d'un caribou (fort peu appétissant d'ailleurs, mais il se força à manger pour se donner des forces).
Une fois arrivé au lieu de toutes les craintes, Balto comprit alors la panique ayant saisi les chiens. Toutes les parcelles de terres à proximité étaient recouvertes de neige tacheté par le sang. Les troncs des pins étaient couverts de griffures, et la neige était brutalement remuée en divers endroits. Des empreintes de pas humains étaient également là. Sans doute quelque chasseur un peu trop curieux. Ce qui n'allait pas arranger les choses. Ceux qui sont passés ici ont peut-être fait passé le message de ce qu'ils ont découvert, comme à Nome. Et les loups serviraient de boucs-émissaires, une fois de plus.
Balto devait accélérer le mouvement. Régler cette histoire au plus vite, avant qu'on aille au devant d'un conflit entre humains et loups. Il rassembla dans son esprit tout ce qui lui avait été dit. Massacre sans cadavre. Comment cela pouvait être possible? Les loups mangent systématiquement leurs proies sur place, laissant le charnier pourrir. Il avait manqué quelque chose.
Se fiant à son flair, Balto huma l'air présent autour de lui. À part une odeur musquée de sang, aucune fragrance de décomposition. Toutefois, la puanteur d'un humain fatigué par une longue marche agressa ses narines, et il se cacha dans les broussailles. L'homme était un chasseur armé d'un fusil, et accompagné d'un chien. Conscient du danger, le chien-loup décampa vite fait. Il n'avait plus rien à faire, cette scène horrible avait tout dévoilé, sans vraiment faire avancer son enquête. Toujours aucun indice sur les acteurs.
Après quelques minutes de course éffrené pour échapper au chien du chasseur, Balto monta sur le col de Nome, distinguant en face de lui sa ville, et de l'autre côté Belore. Il se trouvait à mi-chemin entre les deux, sur un point dominant les vallées par sa hauteur. Le soleil était encore haut dans le ciel. Mais malgré cette journée radieuse, Balto était fatigué. Son brusque réveil n'avait pas arrangé les choses. Et tenir toute la journée en pliant sous l'envie de dormir était insupportable. Il prit la décision de faire une légère pause, le temps que son esprit embrouillé se remette les idées en place.
Le chien loup trouva un vieux tronc d'arbre sec et creux, idéal et à l'abri des regards indiscrets. Après avoir fait quelques tours sur lui-même pour éviter de se coucher sur un caillou, Balto se coucha lentement sur le sol, et ferma progressivement les yeux. Déjà ses pensées étaient plus claires et organisées.
Dans ses rêves, il s'imagina en train de vivre la scène du massacre. Spectateur d'un triste combat entre un troupeau d'ongulés, et...
Une meute de loup dirigée par Aleu.
Balto voulait réagir, mais se sentait impuissant, comme bloqué par une force l'empêchant d'intervenir. Tout ce qu'il pouvait faire, c'est regarder. Un maëlstrom de griffes et de crocs se déversait sur les paisibles herbivores, désormais pris de panique. De longs traits de sang frais et pourpre se déversaient au sol, corrompant la teinte neutre des arbres, et éclaboussant les semblants de loups. Car ces loups ne semblaient être que des ombres imperceptibles. Seul Aleu pouvait être pleinement reconnue, riant au milieu de l'affrontement.
- Aleu!! Que t'arrive t-il?!!
Balto ne reçu aucune réponse. Tout semblait si réel, si probable! Mais il savait dans les tréfonds de son âme, il en était persuadé, que jamais sa fille ne ferait de telles choses!
Rien n'y fit. L'opposition qui hantait le fruit de ses rêves était en train d'échapper à son contrôle. Les ombres projetées par les arbres s'étalaient vers un ciel qui n'en finissait plus de grandir. Les ombres de loups triplaient de volume, tout comme l'environnement autour de Balto. Il savait pourquoi. Son subconscient voulait lui envoyer un message: tout ça lui dépassait. Le rêve tournait progressivement vers un cauchemar, qui était un reflet des pires craintes du chien-loup. Celui de sa progéniture qui aimait tellement le sang, qu'elle allait jusqu'aux dernières limites de la sauvagerie.
C'est avec ce sentiment d'échec dans son esprit que Balto se réveilla en sursaut. De nouveaux cauchemars! Et une fois de plus, liés à Aleu! Décidemment, quelque chose n'allait vraiment pas.
Remis de ses émotions, il regarda au-dehors pour constater que le jour déclinait, et que la nuit allait bientôt tomber. Il avait dormi un après-midi entier d'un seul coup! C'était déjà trop. Mais sortir pendant le coucher du soleil ainsi qu'au cours de la nuit pouvait s'avérer extrêmement dangereux. Certains prédateurs étaient toujours à l'affût.
Balto pensa qu'il n'aurait finalement pas dû s'assoupir. Il vient de perdre énormément de temps, et qui sait si les humains ne s'étaient pas déjà lancés dans des traques au loup. Mais que faire?
La réponse lui vint presque immédiatement. Sur le sommet d'une colline, en avant-plan de la lune montante, un loup noir hurla, suivit par un concert de hurlement aigus. Le spectacle acoustique était agréable, mais prouvait que Balto se trouvait actuellement sur un territoire contrôlé par une meute. Ce même territoire sur lequel avait eu lieu le massacre. Peut-être que les coupables venaient de se dévoiler aux yeux du chien-loup.
- Qui es-tu? Lança une voix.
Surpris par l'arrivée discrète de cet inconnu, Balto se releva brutalement, bondit hors de sa cachette, et se plaça en position de défense, prêt à recevoir n'importe quelle agression. Il n'eut même pas à lever la patte. Il connaissait ce loup.
- Thyiam?
- Comment connais-tu mon nom?
- Thyiam, voyons! C'est moi, Balto!
- Balto? Que fais-tu ici!
- Je...
- Peut importe! Il faut que tu partes! Tout de suite!
- Mais que...
- Balto! Ta fille a eu des problèmes, comme notre meute! Nous ne sommes pas en sécurité ici, suis-moi! Vite!
Conscient que Thyiam n'avait pas pour habitude de plaisanter dans de tels cas, Balto le suivit en direction de la haute montagne, dans les zones rocheuses. Après quelques minutes d'une course éffrenée, ils arrivèrent à un système complexe de grottes souterraines parcourant les entrailles du pic de Belore. Des dessins parcourait la grotte de part et d'autre, témoignant d'une ancienne présence humaine. Balto se sentait totalement perdu dans ce qui lui semblait être un labyrinthe gigantesque. Ce n'était pas le cas de Thyiam, qui semblait plein d'assurrance.
- Tu m'as dit qu'Aleu avait eu des problèmes?
- Oui. Et de très sérieux. Notre meute à passé de l'autre côté de la grande étendue d'eau, tu te souviens?
- Oui, le pont de glace.
- Eh bien, il s'est reformé plusieurs fois, c'est ce qui nous a permi de revenir sur nos anciennes terres. Mais lors du dernier passage, il y a eu des...complications.
- Comment ça?
- Des créatures étranges nous ont poursuivis. Je ne pourrais pas te dire elles ressemblent à quoi, je n'ose même pas l'imaginer! Quand nous avons retrouvé Nava, il nous à averti de la présence de ces êtres, ce qui n'aurait jamais dû se passer d'après lui.
- Et donc?
- Ils sèment la terreur dans le coin. Les animaux fuient en leur présence, y compris le gibier. Ils ne tuent pas, se contentent de légèrement blesser afin de les faire partir.
- Je sais, c'est d'ailleurs pour ça que je suis ici. Je suis parti de Nome afin d'enquêter sur des traces présumant un massacre. Les humains suspectent les loups.
- Si seulement ils savaient ce contre quoi ils veulent se battre. Tu le sais Balto, je suis loin d'être un couard, surtout lorsqu'il s'agit de défendre mes proches. Mais cette fois, il nous faudra bien plus que du courage pour vaincre. Mais regarde, nous sommes arrivés.
En effet, c'était ici que la grotte prenait fin. Et c'était également ici que se trouvait la meute de Nava, ainsi qu'Aleu. Balto constata immédiatement que les loups étaient dans un état déplorable. Sales, blessés, et visiblement épuisés.
- Frères loups, commença Thyiam, regardez qui vient nous rendre visite!
Aussitôt après l'annonce, tous se tournèrent vers lui, pour finalement aperçevoir Balto.
- Papa!
- Aleu!
Père et filles se jetèrent dans leurs bras, et se serrèrent longuement. Cela faisait deux mois qu'ils ne s'étaient plus vus, et le temps avait paru si long.
- J'aurais aimé qu'on se voit dans d'autres conditions, papa.
- C'est bon, Thyiam m'a déjà tout dit.
- Tu comprends donc que nous n'avons pas le coeur à vraiment fêter ton retour.
- Ne t'inquiètes pas. Que peux-tu me dire sur ces créatures?
-Elles sont viles, cruelles, et n'hésitent pas à nous confiner dans ces grottes par n'importe quel moyen. Le gibier commence à vraiment nous échapper, et il faut croire que nous sommes pas loin de disparaître.
- Ils vous enferment ici? Mais, et Thyiam? Que faisait-il dehors?
- C'est vrai ça, rétorqua Aleu sur un ton renfrogné, que faisais-tu dehors sans mon autorisation, Thyiam?
- Eh bien, j'étais partit chercher à manger pour la meute.
- Ce n'est pas ton travail!
- Ils n'en peuvent plus, tu le vois bien, Aleu!
- Ce n'est pas une raison pour me désobéir! Je suis ton alpha! Il y a des règles, et tu t'es engagé à les respecter Thyiam.
- D'accord, je ne le referais plus. Mais en tout cas, on ne s'est pas faits attaquer par ces monstres. Ça n'est pas dans leurs habitudes.
- Ça ne leur ressemble pas, c'est vrai. Mais ils sont tellements imprévisibles! On ne peut jamais prévoir ce qu'ils vont faire!
- Eh bien fuyez, et trouvez un autre territoire, supposa Balto.
- On a essayé. Mais dès que nous avons quitté la région, ces êtres nous ont fait faire demi-tour en barrant tous les chemins. Ils veulent nous confiner. Je ne sais plus quoi faire, on à tout essayé!
- Aleu! Reprocha Thyiam. Ne dis pas sa! Toi qui nous a guidés depuis tout ce temps, tu ne vas quand même pas tout relâcher maintenant?
- Je ne sais pas.
- Et Aleu, où est ton...euh...
- ?
- Ton...mâle?
- Tué il y a cinqs jours.
- Je suis désolé.
- C'est bon papa, tu pouvais pas savoir. Mais la meute m'obéit de moins en moins. Si ça continue à ce rythme, j'ai peur qu'ils soient pris de panique, et ne fassent une grosse bêtise...
Aleu avait l'air à bout. La situation était plus que complexe, exactement comme l'avait dit Thyiam. Voilà maintenant de nouvelles créatures complètement inconnues en train de semer la terreur sur les animaux de la forêt. Et qui sait si ils ne s'attaqueraient pas aux humains!
Que faire? Ou aller? Comment réagir face à une telle menace? Balto restait encore désemparé par ce qu'il venait d'apprendre. Après tout, il venait à peine d'arriver. Pourra t-il faire pencher la balance à lui tout seul?
Oui.
Après tout, il l'avait déjà fait. En allant chercher le traîneau de diphtérie, et en le ramenant à Nome après que Steele eut échoué! En prenant la tête du fourgon postal pour gagner la course contre Duke! En suivant sa fille, et en lui permettant de rencontrer cette meute, où elle a finalement trouvée sa place!
Oui, ce défi était un cran plus haut, mais restait tout de même à portée.
- Aleu, où est Nava?
- Dans une autre grotte. Attends, je t'accompagne. Thyiam? Garde les autres s'il te plaît, le temps que je revienne.
- Ok Aleu.
La louve partit en direction d'un énième tunel, suivie de près par son père. De nouvelles fresques se dessinnaient, cette fois de plus en plus complexes. L'oeil entraîné à dormir sous les étoiles pouvait facilement reconnaître des constellations observables dans le grand nord. Balto en connaissait quelques-unes.
Dans le fond de cette grotte éclairée par des cristaux, Nava était assis, et parlait à voix basse. Balto et Aleu s'arrêtèrent pour écouter.
- ...ne pas lui dire ce qu'il s'est passé.
- Je ne crois pas, répondit une voix d'outre-tombe. Il est la dernière pièce, le dernier élément de cette histoire. C'est de lui que dépendra le dénouement.
- Mais tu en es certaine? Je...
- Chut...
Il y eut un léger murmure, puis Nava se retourna.
- Qui est là?! Tonna t-il.
- C'est moi.
- Aleu. Pourquoi viens-tu sans t'annoncer? Il y a du nouveau?
- Oui. Un visiteur, fit-elle avec un sourire. Elle se tourna, faisant signe à son père de la rejoindre.
- Balto! Je m'attendais à ta venue.
- Avec qui parlais-tu, Nava?
- Une vieille connaissance. Je lui demandais conseil.
- Et alors?
- D'après elle, il faut laisser le temps se charger de régler les choses.
- Allons, Nava! Cela fait trop longtemps que la meute est sous le joug de ces tyrans, réprimanda Aleu. Il nous faut réagir!
- Mais d'après ma vieille amie, il y a encore une solution. Toi, Balto.
- Moi?
- Laisse moi t'expliquer. Ce qui se passe aujourd'hui est la conséquence d'une perturbation de l'astre du jour. Une aurore boréale a eu lieu en même temps que la formation du pont de glace. Ces évènements combinés ont réveillés des forces insoupçonnées. Mais il semble que quelque chose les repousse. Une force qui représente leur némésis, leur opposé. Une force bienfaitrice.
- Et?
- D'après mon amie, tu dois te rendre au sommet du pic, et hurler sous une aurore boréale qui aura bientôt lieu. À ce moment, un esprit entrera en contact avec toi. Si tu réussi à la convaincre de nous aider, elle pourra bannir ces monstres. Mais c'est toi, et seulement toi qui peut faire apparaître la déesse Shalaska.
Fin de la Première Partie.