Sans Trace cherche un chemin
Disclaimer: Balto ne m’appartient pas, ce magnifique films et ces quelques sequels sont à Universal. Je ne touche pas d’argent.
Rating : PG-13
PROLOGUE
Je suis née d’une famille héroïque. Mon père, Balto, est un chien-loup connu de tous pour avoir sauvé les enfants de Nome. Mon frère Kodi marche sans cesse sur ses pas et ma sœur Aleu guide une meute de loup.
Mais moi, je n’ai rien d’exceptionnel. La chance m’a permis de ressembler à mère, husky de pure race, mais mon caractère n’a rien du chien de salon et c’est la raison pour laquelle j’ai bien vite été abandonnée.
Mais laissez-moi vous raconter mon histoire.
Je m’appelle Sans Trace, ou du moins, c’est sous ce nom que je suis connue par les chiens des rues. J’ai été adoptée à l’âge de huit semaines par une petite humaine charmante qui ne peut que regretter l’amour qu’elle m’a accordé.
Les huskies ne sont pas réputés pour leur docilité exemplaire, mais j’étais encore pire. Et mon maître, pourtant qualifié, n’arrivait à rien. Je n’étais pas une chienne, je n’étais pas une louve. Je n’avais pas de place et ce jour-là, Loki disparut.
CHAPITRE 1
« Je suis désolé ma chérie, mais tu ne pourras plus jamais jouer avec Feath. »
Que se passe-t-il ? Pourquoi parle-t-il de Feather ? Et pourquoi la petite pleure-t-elle ?
Je me sors à peine de mon sommeil, allongée au pied du lit de ma maîtresse. Elle a dix ans à peine. J’apprends à l’instant, tout comme elle, que le brave Feath n’est plus. Il est tombé apparemment, il tentait d’éloigner un rat sur le toit. Les vétérinaires n’ont rien plus faire, il est mort. Et ces humains ont l’air ne ferai rien pour eux. Je les aime, mais je ne peux pas. Je me faisais une joie d’avoir une famille, mais ce n’est pas comme je l’espérai. Je ne suis pas comme je l’espérai.
Mon maître, comme beaucoup, participe à des courses de traîneau. Il doit être bien triste, Feath était l’un de ses meilleurs chiens. Son plus fidèle, le plus obéissant. Feath, le champion.
Je suis fille de Balto et de Jenna, mes maîtres attendaient beaucoup de moi, ils ne devraient plus se faire autant d’illusion… Non! Vraiment plus! Il n’y a aucune raison pour que je sois leur sage toutou de remplacement ni que… quoi ?
« Loki! »
Qu’ai-je fait encore ? Pourquoi m’appelle-t-il ? Je sors à peine de ma sieste…
« Ah! Loki! Tu es là, ma belle! »
Evidemment…
« Tu as bien grandi, tu sais ? »
Comme tout le monde… J’ai un an et demi, je ne suis plus un chiot, l’avais-tu remarqué ?
« Nous allons tenter pour la première fois de te faire concourir! »
Quoi ?!
« Tu vas faire parti de notre petite équipe, tu vas voir, tu vas adorer courir! Suis-moi! »
Je ne viendrai pas… D’ailleurs, je ne bouge pas… Non! Ne m’attrape pas par le collier, ce n’est pas la peine! Arrête! Je ne veux pas!
« Aller, ne fait pas ta tête de mule! »
Contrainte, je me résigne à suivre mon maître. Il m’amène vers un groupe de chiens. Tous huskies ou malamutes, je me sens très différente d’eux soudainement. C’est comme si je n’avais jamais été chienne. Ils sautent de joies en voyant notre maître arriver, je ne suis pas comme ça… Ils lui obéissent, ils se laissent passer le harnais sans peine… même petite, je n’acceptais jamais… encore moins la laisse… Mais nous tenterons…
Je dit timidement un petit bonjour aux autres chiens qui me regardent, l’un d’eux s’approche de moi et me renifle… je suis la seule femelle…
Je me sens quelque peu menacée… Plus jamais ça!
Je deviens folle, je suis inquiète, j’ai très peur et je ne comprends rien! Mon maître m’attrape, commence à me passer le harnais, je n’en supporte pas d’avantage! Les chiens sont tous autour de moi, j’ai la sensation d’être violée, on me vole ma liberté! Je suis trop différente, je ne peux pas courir entourée de tous ces chiens… Je tente de m’échapper, je lutte. Aucun moyen de s’en sortir.
Paniquée, je mords mon maître qui dégage aussitôt sa main de moi, je me met à courir, rattrapée par un des chiens en colère, j’ai osé blessé son maître, ce n’est plus le mien, impossible, je n’ai pas confiance! Les coups que j’ai reçus dans mon enfance pour désobéissance me reviennent en mémoire… Je suis perdue… Le chien me montre les crocs, me dit de me calmer… Je ne peux pas, je sais plus, une marre de sang, qu’ai-je fait ?
Le chien gît devant moi, inerte, il est mort… Et je l’ai tué. Je comprends petit à petit ce qui s’est passé… Je l’ai attaqué sauvagement, je l’ai mordu à plusieurs reprises, il n’a rien pu faire…
Mon maître arrive, la main en sang elle aussi.
Trop de sang…
Qu’ai-je fais?
Il me frappe, me menace, il est en larme. Il a perdu un de ses compagnons, encore… Loki, ma petite Loki… part! Ne reviens plus jamais! Ta place n’est pas ici!J’arrive bien vite dans la ville… Mon maître est bien loin, pourtant je sais…Alors que je passe ma première nuit dehors, à trembler sous la pluie et l’orage, ils savent déjà qui je suis. Ni chienne, ni louve.
Le soleil se lève lentement, je capte les premiers rayons… Balto, mon père, est penché sur moi.
« Ma fille, nous devons parler!
-Je n’ai rien fait, je n’ai rien fait!
-J’ai beaucoup à faire, Loki… ta sœur a disparu et je dois partir à sa recherche, maintenant écoute moi.
-Qui a-t-il ?
-Tu dois le savoir, tu as du sang de loup… Ma mère était une louve… mais cela n’excuse pas ton comportement! Tu dois apprendre à respecter les humains.
-Je ne peux pas!
-Pourquoi ? Ne sais-tu pas accepter leur amour ?
-Ils me font mal, ils me privent de tout, je ne suis pas comme les autres chiens, je ne sais pas les suivre.
-Tu seras pourchassée! Je ne veux pas que deux de mes filles soient rejetées!
-Je survivrai!
-Tu ne comprends pas, tu vas souffrir, seule.
-Je ne suis pas comme toi, je dois trouver ma voie, je souffre avec eux. Je préfère être l’animal sauvage, ne t’inquiète pas. Va chercher Aleu, c’est un cœur brisé… J’étais brisée avec les hommes, je suis désolée papa. Je suis encore trop jeune pour te comprendre, peut-être, mais je veux chercher ma voie, comme tu as cherché la tienne.
Sur ces mots, je me mis à grogner, désirant le faire partir. Je n’étais pas la plus sage, je n’avais aucun droit de le rejeter mais je voulais qu’il me laisse comprendre la vie, par moi-même.
CHAPITRE 2
La matinée passa, petite Loki n’était plus mais cela ne m’empêchait pas de ressentir la faim et la fatigue. Mais comment survit-on dans la rue ? J’avais tué un chien, je pourrais bien attraper une souris… n’est-ce pas ?
Alors je passai ma matinée à cela… et c’est comme cela que je me retrouvai, dans l’après midi, près d’une vieille décharge abandonnée, affamée.
Loki, Loki, ma petite Loki… Tu vas mourir… Ton père te l’avait bien dit ! Ne me parle plus de Loki… Loki n’est plus…
Alors, je tombai lourdement contre le sol, pensant que mon père avait bien raison… Un chien seul ne survit pas… et je n’étais pas louve… Je ne me sentais pas louve. D’ailleurs, tout dans cette décharge avait l’odeur de chien, même les ordures qui y pourrissaient depuis des siècles… Et pour cause : un groupe de chien errant y avait élu domicile.
Et oui, la jeune chienne que j’étais fut accueilli sur le territoire des chiens errants par un vieux Berger Allemand, plus vieux même que mon propre père… Son pelage était abîmé, marqué par l’expérience et je voyais clairement quelques puces rongées les rares zones de son cou où le poil était encore abondant, le reste étant ravagé par quelques morsures et tiques. Les zones les plus claires, quand à elle, laissaient apparaître les restes séchant d’une bagarre.
« Qui es-tu ? »
Tout en lui me dégoûtait… alors je le défiai du regard, baissant les oreilles vivement, j’étais prête à mordre, je grognais même.
« Saches que tu ne risques rien, jeune demoiselle, nous sommes la famille d’accueil des chiens égarés et chiens errants, tu es la bienvenue ici. »
Je baissais un peu ma garde, mais il me fallait rester vigilante.
« Suis moi, je pourrais te présenter aux autres… »
Il me distança, je ne le suivais pas, je ne pouvais pas encore faire confiance en cet étranger.
« Aller, viens petite ! »
-Je ne suis pas si jeune que ça.
-Tu l’es bien plus que moi, petite.
-Qui êtes-vous ?
-Tu auras tout le temps de le découvrir, mais présente toi d’abord, qui es-tu ?
-Je suis fille de huskies.
-Je vois bien que tu es une husky, petite ! Et cela va nous aider d’ailleurs, mais je te demande ton nom !
-Je m’appelle… »
Non, définitivement non. Je ne pouvais pas me risquer à lui dévoiler mon identité, je n’étais plus Loki. Loki était morte, enterrée.
« Alors ! Tu réponds petite ?
-Je n’ai pas de nom.
-Tu es sauvage donc ? Nous ne faisons rien pour les sauvages…
-Non ! Non ! Ce n’est pas ça ! J’ai eu une famille…
-Et alors ?! Ils ne t’ont pas nommé ?
-Si ! Si ! Mais ce n’est plus moi…
-Ah ? Bon et bien, d’accord, nous te trouverons un nom… suis moi ! »
Je l’ai suivi, je n’avais pas vraiment le choix et il me mettait en confiance, un peu. Il m’emmena au cœur de la vieille décharge, là où d’autres chiens, généralement moins maigre et plus propres que lui se tenait.
« Les enfants ! Je vous présente une petite errante, comme vous. Elle n’a pas de nom, tâchons de lui en trouver un. »
Et il me présenta chacun de ceux qu’il appelait, les enfants.
Blitz Krieg était une magnifique chienne, un colley pour être exacte. Elle avait un pelage bleu, tacheté de noir et de blanc et provenait d’un grand élevage mais avait très vite était abandonnée en raison de son manque de charisme et ses petits défauts. Elle tenait son nom de la rapidité à laquelle elle chassait et se battait.
Jix, lui, n’appartenait à aucune race. C’était un simple bâtard dont le poil marron et crème brillait et abondait, son collier de fourrure noir lui donnait de l’élégance et sa queue courbée lui accordait de la grâce mais, malheureusement pour lui, ses maîtres avaient eu un bébé.
Vengeur était un bâtard aussi, il avait du sang de lévrier et de doberman, il était assez cocasse, très charmant mais possédant un sens de l’humour particulier. Son nom lui avait été donné par son maître, le considérant comme un animal de combat.
Mais le cas le plus étrange était tout de même celui de Nina… car Nina était une représentante de la gente féline, elle était considérée comme un coach selon les dires du grand maître de l’équipe.
« Mais vous, comment vous appelez vous ?
-Petite, mon nom ne se connaît qu’avec le cœur.
-Et que faites-vous ici ?
-Nous survivons, mais plus encore, ceux qui croisent notre chemin ont une chance de s’en sortir…
-Et les autres ?
-Ah… les autres… les autres… »
Je supposais que son silence était la meilleure réponse, la plus évidente aussi…
« Et qu’allons nous faire maintenant ? Survivrez-vous avec un membre de plus ?
-Notre meute a connu bien plus de membre, petite.
-Que sont-ils devenus ?
-De vrais chiens…
-Et vous ?
-Les enfants partiront aussi un jour.
-Et vous ?
-Moi je dois rester. Il faut veiller sur ceux qui sont comme toi, petite. Faire d’eux des chiens domestiques, leur trouver une famille. »
Soudain, je réalisais le sens de toutes ses paroles, cette meute atypique n’était en fait qu’une sorte de centre d’entraînement… et j’en faisais désormais parti.
« Un vrai chien… »
Je ne savais pas encore très bien ce que je voulais à cette époque, mais j’aurai suivi cet être sage jusqu’au bout pour m’en sortir enfin… et l’entraînement débuta…
CHAPITRE 3
J’étais enfin heureuse, auprès d’une famille aimante que je savais aimer. Enfin capable d’obéir, de marcher au pas et même de faire des courses. Les enfants de la famille m’adoraient. C’était merveilleux, et tout ça grâce à un petit entraînement qui m’avait guidé vers le droit chemin, serai-je assez reconnaissance pour…
« Petite ! »
Quoi ?
« Petite ! Réveille-toi ! »
Que se passe-t-il ? Une odeur ? Uhm… Des poubelles ? M’aurait-il suivi jusqu’ici ?
« Petite ! Debout ! »
J’ouvre enfin les yeux… La lumière ! L’odeur… Je suis encore dans cette décharge, je ne dois pas sentir la rose à dormir dans ce nid de germes… Mais soit, ce n’était qu’un rêve, je ferai tout de même les efforts nécessaires.
« Petite, c’est ton premier jour ici, je vais évaluer tes capacités. »
Mes quoi ?
« Ne me regarde pas comme ça, il faut que je sache comment ton dressage va s’effectuer. »
Un chien dressé par un chien, on aura tout vu !
« Aller, viens, avale ça et viens ! »
Il m’avait laissé un rat, je n’allais évidemment pas cracher dessus, la faim était trop forte pour faire la fine bouche. Après ce maigre repas, je n’avais pour autre choix que de rejoindre la petite meute, craignant cette évaluation.
« Aller petite, tu vois cet enfant, montre nous comment tu te comportes avec lui. »
Je m’approchai timidement du jeune humain, la queue et le corps raide, il me vit. Il courut vers moi, tendant les bras, en hurlant, c’était abominable pour moi. Il voulut poser sa main sur moi mais je refusai la caresse, m’éloignant d’un bond et grognant. J’étais prête à mordre, il n’essaya pas de me rassurer et parti en courant. Comment ignorer qu’à ce moment-là, je venais d’échouer à ma première épreuve ?
Le vieux berger allemand vint me voir, suivi de près par la petite meute.
« Et bien petite, tu es bien farouche ! Ne t’en fais, nous changerons cette habitude. »
Ma seconde épreuve était plus simple, il s’agissait d’une épreuve d’obéissance. Mais face aux chiens qui m’avaient sauvée la vie, il m’était impossible de lutter, je fis mine basse et accepta chaque ordre. Mon épreuve était réussie, certes, mais il allait falloir m’apprendre à obéir face aux hommes.
Puis, vint la dernière épreuve, il me fallait cohabiter quelques minutes avec un autre chien. C’était à l’heure où Dingo, mon frère, sortait. Je fit tout pour retarder cette étape, consciente que brûler ma couverture serait suicidaire, personne, non personne, ne devait savoir que du sang de loup coulait en moi. Ce choix fut mon dernier échec. Ne pas se présenter à une épreuve est toujours négatif, croyez moi. Mais j’avais évité Dingo, et c’était le principal.
« Petite, il va te falloir du temps ! Tu es inapte à vivre avec d’autres chiens et ne sait pas te tenir avec un humain… »
Je ne suis pas faite pour cela…
« Mais ne t’inquiète pas, Petite, j’en ai vu d’autres ! »
Ah bon ?
« Maintenant Petite, je te conseille de raconter ton histoire à Nina. Elle sera ta confidente. »
Je ne comprenais pas l’intérêt de parler de ma vie à une chatte, aussi intelligente soit-elle. Bien entendu, je n’avais pas le choix. Nina, madame Nina… Qui suis-je pour vous ? Sachez que j’ai tué un chien, mordu mon maître au sang et refuser pendant des années de suivre un seul ordre, de vivre comme animal de compagnie… J’étais l’apathie de la maison. Ce n’est pas grave, me dirait-elle. N’est-ce pas ?
Alors oui, je lui ai tout raconté… Unique confidente, gardienne de mon secret, de mon identité, de la vieille Loki qui était morte deux jours auparavant. Après tout, secret partagé est bien moins lourd.
Mais qu’allais-je devenir ? Car je le savais, mon histoire lui serait utile, elle devait me connaître pour concocter un petit plat, un nouveau régime, la manière dont j’allais enfin devenir un chien.
« Tu seras un vrai chien, Petite. Tu dois juste écouter la voix qui est en toi.
-Il n’y a pas de voix en moi.
-Tu l’entendras. »
Tu l’entendras…
CHAPITRE 4
Je dormais. Cela faisait déjà quelques mois que je ne rêvais plus à une famille, mais à la journée qui m’attendait. Les exercices étaient difficiles, non pas par leur répétition, mais parce qu’il me fallait lutter contre moi-même. Je n’étais plus qu’une ombre, et il me fallait voir la lumière.
Ce matin-là fut différent.
« Petite, Petite »
Ne me réveille pas maintenant… Je ne veux pas…
« Petite… »
Mais ce n’était pas sa voix, lorsque j’ouvris les yeux, il n’y avait rien autour de moi. J’étais seule. Mais alors pourquoi avais-je entendu cette voix ? Je descendis très vite de mon monticule d’ordures pour retrouver les autres chiens, ils dormaient tous… Tous, à l’exception de lui qui restait introuvable. Nina vint me trouver.
« Suis-moi, Petite, je dois te parler. »
-Qui a-t-il ? »
-Je ne peux pas t’en parler ici, suis-moi. »
Je la suivis jusqu’à la lisière de la forêt, je ne comprenais pas ce qu’elle voulait de moi.
« Loki… »
Je grognai, ce nom n’étais plus le mien.
« Calme-toi, jeune chienne… Et dis-moi, pourquoi es-tu réveillée ? »
-Je ne pouvais plus dormir, j’ai entendu une voix qui m’appelait. »
-Ah ? Très bien. »
Elle ne m’en dit pas plus et me tourna autour. Elle m’observait minutieusement, comme pour trouver le défaut qui était en moi.
« Tu n’as pas été stérilisée, n’est-ce pas ? »
-Quelle importance ? »
Elle ne me répondit pas et me regarda dans les yeux, comme pour y voir la moindre la poussière.
« Il te faudra apprendre le contrôle de tes pulsions, bientôt. »
Je ne comprenais pas ses mots. Que me voulait-elle ?
« Tu as deux ans, n’est-ce pas ? Peut-être un peu plus. »
-Et bien, oui… »
-Très bien. Un petit peu en retard donc, mais cela va changer… »
De quoi me parlait-elle ?
« Tu as entendu cette voix donc ? »
-Toi aussi ?
-Il y a longtemps, oui…
-Qui était-ce ?
-Tu ne le sais pas encore, n’est-ce pas ? Pars dans la forêt, jeune louve, pars. »
Louve ? Mais je ne suis pas une louve ?
« Pars, suis ton instinct le plus sauvage. Nous ne voulons plus de toi. »
Cette phrase résonnait en moi et me rappelait mes mésaventures avec les humains. Ne serai-je donc jamais appréciée à ma juste valeur ? Je sentis des larmes couler le long de ma fourrure hivernale et je posai une dernière fois mon regard troublé sur Nina, mais la petite chatte s’éloignait déjà…
Alors la colère me gagna, refusant la tristesse et, sans m’en rendre vraiment compte, je fuyais. Très loin.
Ni les hommes, ni les chiens ne voulaient de moi, et Nina m’avait trahie. Non, Nina, je ne suis pas une louve, tu n’as pas à me dire une chose pareille, tu le sais très bien, j’ai progressé ! J’ai progressé !
« Petite ! »
Ne me parles pas, tu n’existes pas !
« Loki ! »
Loki n’est plus depuis longtemps, pourquoi m’appeler encore ? Je dois partir ! Vite !
Et des pas, ces empreintes sur le sol qui étaient les miennes ne me ressemblaient pas. Pourquoi étais-je si sauvage ? Moi qui suis si fatiguée… Epuisée… Et pourquoi fait-il noir ?
« Petite ? »
Qui est-là ?
« Tu vas bien petite ? »
Je m’agitais un peu, une chose humide faisait le tour de mon visage. Aurais-je rêvé ?
« Réveille-toi, réveille-toi ! »
Une forme noir était penchée sur moi, et je ne voyais que de grandes oreilles pointues. Blitzie ? C’était une voix féminine…
Non… Des loups !
Je me levai brusquement, les oreilles pointées en arrière, le regard hagard se faisant violent.
« Tu n’as rien à craindre, et tu devrais te reposer. Tu as fait un malaise. La forêt n’est pas un endroit pour les jeunes chiens.
-Qui êtes-vous, répondis-je sur un ton froid.
-Des loups, de la meute de Sumi. »
Des loups… Je n’avais pas rêvé, je venais d’être abandonnée une seconde fois et, au fond de moi, je savais pertinemment que cette nouvelle famille me rejetterait elle aussi.
Je me fit plus indolente, peut-être apathique, et accepta leur maigre repas sans joie aucune. La vie pour moi n’était donc que rejet et aucun chemin ne m’était destiné.
« Tu sais, petite, ce n’est pas la première fois que nous accueillons des chiens… »
Cette voix était celle d’un grand loup gris, comme le reste de sa meute. Il était fier et robuste, la meute l’appelait Cendres, car son pelage était cendré de noir autour des yeux, sur le museau et sur son dos, ses pattes quand à elles étaient d’un blanc pur. Lorsque je le vis, je me sentis immédiatement différente, quelque chose en moi brûlait, mon cœur s’emballait et je ne pouvais plus rien voir d’autre que ses yeux bleus.
« Je m’appelle Cendre, et toi ? »
Je baissai les yeux, émis un petit rire nerveux.
« Je m’appelle L… en fait, je n’ai pas de nom… »
-Ah ! Et bien nous feront sans, nous t’appellerons Petite. »
Depuis ce moment, je ne quittai plus Cendres, mais cette sensation de brûlure, bien qu’associée à une légèreté puissante, s’imposait de plus en plus à moi, et je ne savais plus quoi faire, si bien qu’au bout de deux journées, je me mis à hurler, je me croyais de nouveau folle.
« C’est la première fois, n’est-ce pas ? »
-Que quoi ?
-Que tu te sens comme ça ?
-Oui, je dois être folle…
-Je ne pense pas, non, tu veux juste un peu d’amour… Qui aimes-tu, Petite ?
-Toi. »
CHAPITRE 5
Une année venait de s’écouler, le soleil brillait par delà les arbres de la forêt et j’étais posée dans une grotte, au chaud, sous le regard protecteur de Cendres. Nous avions quitté la meute quelques temps auparavant pour fonder la nôtre, et de notre union venait de naître trois petits louveteau, gardant en eux un peu de sang de chien. Ils étaient tous adorables et j’étais certaine que notre meute serait grande et forte.
Oui, c’est vrai, j’avais radicalement changée, j’étais devenue une mère et une épouse calme, attentive. Ma sauvagerie avait entièrement disparue.
« Ils sont beau, n’est-ce pas Petite ?
-Oui… Ils te ressemblent…
-Tu sais bien que ce n’est pas vrai… »
Il avait raison, les petits me ressemblaient beaucoup, mais des marques cendrées apparaîtraient bien vite sur leur pelage brun-roux.
Cendres me lécha amoureusement le museau puis nous nous reposâmes, protégeant jalousement nos petits.
« Loki. »
Encore cette voix ?
« Loki ! »
Tais-toi ! Tais-toi ! Je suis heureuse maintenant !
« Non Loki… Non… »
Mais qui es-tu à la fin ?Et pourquoi ? Pourquoi cette voix revenait-elle donc maintenant ?
« Suis-moi, Loki, suis moi… »
Je ne dois pas… Je ne devrais pas… Mais ma curiosité est bien trop forte, et je suis le son délicat de cette voix profonde. Elle me guide près d’une clairière. Où suis-je ?
« Petite, écoute moi. »
Oui ?
« Petite, je connais ton nom. »
Je l’avais remarqué…
« Pourquoi vis-tu ici ? Loki ? Loki ? »
Quoi ? Quoi ? Je vis ici parce que j’ai fondé une meute avec Cendres, un loup gris magnifique et tendre qui m’a accepté !
« Loki ! Loki ? »
Mais que me veux-tu à la fin ?
« Loki, tu n’es pas sauvage, tu ne l’es pas… »
Non, je ne l’étais pas mais je le suis devenue !
« Des Terres gelées les grands loups viendront et la vérité éclatera… »
Mais de quoi me parles-tu encore ?
« Loki… Loki… »
Non ! Non ! Non ! Je ne suis plus Loki, je vis auprès de Cendres, tout le monde m’appelle Petite depuis bientôt deux ans, je dois partir ! Tais-toi ! Tais-toi ! Je ne veux plus fuir !
Je ne veux plus fuir…
Les semblants de la lune
Sont pour moi un éclat
De rêve aux milles pas
Des semblants de la lune.
Fuite pour fuite.
Elle cherche loin du temps
La violence d’un enfant
De présence douce et riante,
Une pauvre langue mourante
Qui fuit pour fuite.
Pâleur d’un astre
Qui ignore sa conscience,
Sa folie n’a de danse
Qu’une symphonie de sanglot.
Fuyons l’astre
Et ses rayons d’argent.
Sous nos pattes
Le curieux sang
Déposera le temps
Entre nos pattes.
Le jour se levait doucement, quelques rayons de soleil entouraient la grotte de notre meute, la voix n’était plus qu’un souvenir.
Mais j’entendais encore un sage chien, celui qui m’avait abandonné, dire, « tu l’entendras… »
CHAPITRE 6
Je n’ai jamais été ignorante, je ne savais pas, c’est tout.
C’était un matin, la brise entourait notre petite famille, voilà un an que nous vivons ensemble. La meute grandit, non pas en nombre, mais en âge. Et les enfants devinrent plus indépendants, plus forts. Nous devenions une vraie meute.
« Loki… »
Encore toi ? Pas là!
« Crois-tu tout savoir ? »
Bien sûr que non, et je ne le veux pas !
« Tu verras… Loki… »
D’accord ! D’accord ! Mais pas ce matin !
« Petite ? »
Mon dieu, je me suis trop agitée, il va se rendre compte de ma folie !
« Oui chéri ?
-Tu sembles quelque peu déboussolée…
-Ne t’en fais pas, j’oublie parfois que je suis devenue sauvage.
-D’accord.
-Mais tu me rassures. Ta présence me rassure.
-Je t’aime.
-Moi aussi. »
Acceptée, enfin, je suis acceptée. La petite Loki va peut-être pouvoir revivre finalement, dans cette famille.
Du moins, c’est ce que je croyais, ce matin-là, avant que n’arrivent les grands loups. Ils venaient de loin et étaient messagers, beaucoup d’entre eux avaient disparus lors d’un grand voyage, leur meute accueillait quiconque pouvait prétendre au titre de grand loup.
Je jouais joyeusement avec mes enfants ce jour-là, mes petits louveteaux, et je sentis la terre trembler sous mes pattes.
Voilà autre chose !
« Madame ? »
Deux grands yeux jaunes me regardent.
« Excusez-moi, Madame ?
-Quoi ?
-Pardonnez mon intrusion, mais mon frère et moi cherchons des loups dignes de notre meute.
-Pourquoi cela ?
-Nous avons perdu bon nombre de nos frères durant un long voyage, nous avons traversé l’océan et les terres gelées pour entrer sur le territoire des caribous d’Europe.
-C’est impressionnant !
-Nous avons entendu parler d’une nouvelle meute formée dans la forêt, nous aimerions que vous nous y guidiez.
-Vous l’avez devant vous.
-Ces chiots ?
-Ce sont mes enfants dont vous parlez !
-Cela explique beaucoup de choses. Non, nous ne cherchons pas une meute de chiens.
-Mon mari est un loup de sang pur !
-Il semblerait que ses enfants n’aient pas hérité de cela. »
Je grognai, refusant l’offense qui m’était faite ! Pour qui se prenaient-il ? Je n’étais pas de lignée pure mais j’étais tout de même louve quelque part !
« Chérie ? Avec qui parles-tu ? »
Cendres ? Mon amour de loup gris, mon petit menteur allait leur clouer le bec.
« Que voulez-vous ?
-Ils recherchaient notre meute, mais nos enfants ne sont pas assez loup pour eux. »
La suite du dialogue ne me concernait plus, je devais laisser Cendres régler le problème.
« Vous recherchez des loups ?
-Oui, mais pas des chiens, Monsieur, des loups.
-Je comprends, vous savez, mon ancienne meute a souvent accepté des chiens.
-Ca explique votre lignée peu prestigieuse… »
De quoi parlent-ils ?
« Lequel de vos parents était-il un chien ?
-Mon père. Mais cela n’importe pas.
-Qu’est-il devenu ?
-Il est retourné en ville, son nom était Troisième Voix.
-Oui. Je vois ! Lignée prestigieuse finalement ! Les plus beaux loups de la forêt de Nôme !
-Vous nous acceptez, alors ? »
Loup ? Chien ? Son père vivait en ville ?
« Bien entendu.
-Votre alpha est bien particulier, de ne vouloir que des loups purs.
-Elle ne nous a rien dit, en réalité, elle voulait juste des loups dignes de ce nom. »
Mes enfants étaient possédaient donc autant, si ce n’est plus, de sang de chien que de sang de loup ?
« Et quelle est votre meute ?
-La meute d’Aleu. »
Ma sœur ?! Je ne peux pas y aller ! Non ! Non !
CHAPITRE 7
Pourquoi suis-je encore en exil ?
J’aurai pu les suivre… Retrouver ma sœur. Mais j’avais appris bien trop de choses ce jour-là, et je ne le supportais pas.
« Tu sais, petite, ce n’est pas la première fois que nous accueillons des chiens… »
C’était le jour de notre rencontre, et je n’ai pas su lire en toi. Tu m’as menti, Cendres. M’as-tu mentis ?
Non.
Tu ne m’as rien dit, c’est tout. Et je ne suis pas assez forte pour faire la différence entre un chien et un loup…
« Loki ? »
Tais-toi ! Loki n’existe plus depuis bien longtemps ! Et elle n’a pas réussi à renaître. Pourquoi ne trouve-je pas une famille ?
« Loki n’est pas morte. »
Si !
« Pas encore. Loki doit apprendre. »
Apprendre quoi ? Ce qu’est la souffrance ? Elle le sait ! Laisse-moi partir… encore…
Mais je devais apprendre. Et pour cela, je partais. Ma route croisa trois familles, toutes me tournèrent le dos. Etais-je pour autant condamnée ?
Je laissais mes enfants derrière moi, ma sœur saurait en prendre soin, et je me dirigeai vers la ville. Un grand retour. Mais je n’irais pas vers la meute, les paroles de Nina résonnaient encore en moi, et me blessais plus que jamais.
Non. Il fallait d’abord que je parle à mon père.
« Papa ? »
Est-il bien ici ? Je ne le trouve pas ! Pourtant, ce vieux bateau est sa demeure. Mais peut-être est-il avec ma mère ?
Je fis demi-tour. Mes parents ne m’avaient pas vu depuis des années, je doutais même qu’ils me croient vivante, mais il fallait que j’affronte leur jugement.
« Maman. Papa.
-Loki ? Que fais-tu ici ? »
Entendre mon nom me fit frissonner. Pendant un moment, je cru même entendre cet écho de folie qui vivait en moi.
« Ce n’est pas une manière d’accueillir sa fille. »
Je savais pertinemment que mes accusations étaient ridicules, je pouvais lire l’inquiétude dans leurs yeux. Ils m’avaient cru morte, j’étais devant eux. Mon pelage obscurci par la maturité et la vie sauvage, je portais sur moi l’odeur de la forêt, des loups, et mes longues journées de marche et de chasse avaient laissé leurs empruntes sur ma peau.
« Tu vas bien ? Où étais-tu ? Je t’avais bien dit de…
-Je n’ai pas suivi tes conseils, je n’ai pas à le faire, je cherche autre chose.
-Quoi ?
-Je ne le sais pas encore.
-Tu devrais rester avec moi, c’est plus sûr, et te laver, aucun humain ne voudra d’un chien qui…
-A mon expérience ?
-Non, ton apparence…
-Elle est le résultat d’années d’exil.
-Exil ?
-J’ai connu trois familles. Les hommes. Les chiens. Les loups. Aucune n’est la mienne.
-Les loups ?! Tu as été voir les loups !
-Cela n’avait pas dérangé ton père… ni Aleu.
-Aleu ? Comment le sais-tu ?
-J’ai rencontré des loups de sa meute. Ils s’occupent de mes enfants désormais.
-Tes enfants ? »
Cette fois, c’était à ma mère de prendre la parole.
« Oui, mes enfants. »
Elle semblait inquiète, peut-être déboussolée. Elle n’avait pas vraiment eu le temps de me voir grandir… En réalité, elle ne m’avait pas revu depuis le jour où un enfant m’a adopté.
« Je dois partir. »
Où ça ? Voulez-vous le savoir ? Vous ne devez pas me rechercher.
Une nouvelle page de mon exil s’ouvrit. Hommes, chiens, loups. Je devais trouver moi-même ma voie.
« Loki. »
CHAPITRE 8
La fuite, semble-t-il, me sied parfaitement. Exile, encore l’exil. Quel est cet espoir vain qui me guide ? Trouverai-je un jour cette famille ?
Je ne savais pas où j’étais, j’étais bien trop perdue dans la neige et j’avais trop couru. Pendant des heures. Des jours. Peut-être des mois. Je ne m’arrêtais que lorsque mes pattes ne pouvaient plus me porter et que la faim se faisait trop forte.
Je devais fuir, me trouver un monde.
Il y avait des montagnes tout autour de moi, une sorte de désert blanc prisonnier de l’hiver s’imposait à mon regard. Bien sûr, une immense forêt se dressait devant moi, mais je n’y entrai pas, je devais me trouver un refuge.
« Loki. »
La nuit tombe…
« Loki. »
Et tu ne dors toujours pas.
« Tu fuis la facilité, Loki. »
Cette voix est stupide. Pourquoi suis-je encore en train de t’écouter ?
Oui, je la trouvais stupide, agaçante, pourtant, je la suivi encore. Elle me mena à une ouverture, dans la montagne, ma nouvelle tanière. Non ! Ma première tanière.
J’entrai dans ce trou, mon refuge, mais on ne voyait rien à l’intérieur. Il y régnait une chaleur agréable et un silence qui entourait délicatement mon esprit.
Je vais enfin dormir.
De doux rêves colorés m’envahirent cette nuit-là, et la voix se tut. Loin de ce monde qui me refusait, je me sentais bien, vivante. Seule, éternellement seule.
Et le lendemain, après avoir chassé et mangé, je me terra à nouveau dans ce sombre ventre.
Ma naissance.
Mon départ.
Ma famille.
Je suis une tare au sein de ce monde.
Indifférence.
Sang.
Mort.
Je suis une maladie de la Terre.
Folie.
Abandon.
Fuite.
Et je n’ai plus d’identité.
Cette voix.
L’exil.
Solitude.
Cette vie a-t-elle réellement été la mienne ?
Il me fallait réfléchir. Une telle vie n’avait pas de sens. Et je devais bien avoir une place en ce monde.
Ma première famille fut aimante, je recevais caresse et gourmandise à volonté, je dormais sur une belle couverture de laine et je pouvais sortir à ma guise.
Mais il y avait des lois en contre parti. Et ses lois… ces lois… Les avais-je déjà suivi ?
Petite, pleine de bonne volonté, j’avais suivi ses règles stupides. Je marchais au pas, donner la patte et jamais ne m’opposait à mes maîtres.
Mais cela ne dura pas.
Et, grandissant, je développai une indifférence puissante, passant ma journée à somnoler dans leurs chambres, rien ne m’intéressait. Surtout pas ces courses stupides, je n’étais pas leur esclave, je n’étais pas leur chien.
Mais j’ignorai à ce moment que cette indifférence deviendrait une folie, ma folie. Et je ne savais pas que je deviendrai meurtrière.
Oui. J’étais une meurtrière, j’avais tué un chien sans raison. Parce que je ne le comprenais pas, nous ne nous comprenions pas. Il arrive parfois que deux êtres qui se ressemblent n’aient pas le même langage.
Ce n’est pas le quart de loup qui est en moi qui m’a rendu si instable, ce jour-là, je payais juste pour mon indifférence.
Et je n’avais jamais rien fait pour cueillir le bonheur. Ce n’était peut-être pas le mien. Mais je n’avais jamais rien fait. Et j’avais payé. Parce que j’avais mal. Parce qu’en réalité, c’était moi, la fautive.
Et ma deuxième famille ?
Des chiens errants, une petite meute charmante, accompagnée d’une chatte, qui apprenaient ensemble à devenir de vrais chiens. Nina. Vous ne vouliez plus de moi. Pourtant, j’avais fait des efforts…
J’ai fait des efforts…
Et je n’étais pas fautive.
Et je m’endormis sur cette pensée. J’avais commis des erreurs, j’avais tenté de les réparer. Point.
Ils auraient du me laisser une chance.
Mes yeux se fermèrent sur cette journée, sentant sur leur ciel un faible rayon.
La lumière entrait. Ma tanière ?
CHAPITRE 9
Il est des choses que seul l’isolement peut nous enseigner. Ni la souffrance, ni la joie ne peuvent nous apporter la vérité sur le sens réel de nos expériences, de notre vie.
J’étais dans ma tanière. Depuis longtemps déjà, je ne savais plus réellement qui j’étais, à quel monde j’avais appartenu. Je n’avais ni identité ni monde, je n’avais plus que mon esprit fou pour que se dévoile, enfin, devant moi, un chemin de lumière.
Ma vie.
Ma folie.
Mes meurtres.
Ma troisième famille fut peut-être celle qui m’apporta le plus bonheur, elle était née d’un amour violent. J’avais quitté l’indifférence de ma première folie, et avec l’amour, j’étais emportée vers la déraison. Plus rien ne comptait autour de moi, j’avais Cendres. Cendres, mon amour. Un loup cendré, une moitié de chien, un animal encore sauvage, capable de sophistication et d’élégance. Il avait la bienveillance et la discipline de ceux qui ont été en contact avec les hommes mais gardait l’instinct et l’adresse des loups. Il me plaisait, et il me plait toujours.
Qu’ai-je fait de ces moments heureux passés en sa compagnie ? Je les expédié ailleurs, sans moi. J’ai fui ma propre famille, abandonné mes enfants… Pour un mensonge, c’est vrai… Non. J’ai fui parce que ce loup qui devant moi se dévoilé chien, ce loup qui a suivi ma sœur et sa meute, m’apparaissait soudainement comme un démon, l’un de ces chiens errants.
Nina.
J’ai fui une famille parce que je suis instable. Ma seconde folie… J’ai fui une famille parce qu’elle ressemblait à une autre.
Finalement, je n’ai jamais rien eu de bon en moi, seule la folie s’exprimait à travers mon amour et seule, elle m’emportait vers la fugue éternelle.
Une famille. Deux familles. Trois familles.
Et pourtant si seule.
Il est vrai que je les avais tous abandonné, croyant que c’était moi, la pauvre petite Loki, qui avait pourtant disparue, qui été rejetée.
Mais il en restait une. Une qui m’avait lâchement abandonnée, une qui m’avait rejetée après m’avoir secourue. Une qui m’a fait comprendre, ce jour-là, que même errants, les chiens n’étaient pas mes semblables.
Et mes parents. Mes parents. C’est vrai. Ma troisième famille. Petite folle que tu es ! Loki ! Loki ! Tu n’es même pas capable d’aimer tes parents ! Mais ils m’avaient abandonnée, je n’avais que huit semaines… Abandonnée ? Vivant dans la même ville, oui. Abandonnée à une famille que tu as délaissée ! Pauvre Loki ! Et regardes-toi ! Seule. Dans ton trou. Tu ne fais que te parler à toi-même depuis des mois ! Et tu ne sais plus rien ! Ignorante que tu es !
Je ne l’aurai jamais admis, pourtant je n’étais pas malheureuse. Je rejetai les autres bien plus qu’ils ne me rejetaient. Maman. Papa. Et vous tous, mes frères et sœurs. Je les avais abandonnés lors de ma dernière fugue.
Et c’est dans cette grotte, ce trou qui formait ma tanière que je comprenais mes actes. Parce que je n’avais jamais été malheureuse, parce que je n’avais jamais été assez forte pour écouter cette voix.
Ne me l’avait-il pas dit ? « Tu l’entendras. »
Mais cette voix s’est tue désormais, je l’ai tuée, enterrée, trop souvent rejetée. Et je vis ma folie seule, haïssant amèrement ceux qui ont osé me trahir.
Avez-vous entendu la voix de Loki ? Dans sa folie elle hurle.
CHAPITRE 10
Ce matin-là, la lumière me réveilla. Elle apparaissait de plus en plus dans ma tanière. Et moi, je n’étais plus qu’une ombre. Toujours ce jeu étonnant. Alors je marchais. Dehors. Mais le froid m’apparaissait ennemi et je n’avais pas faim. Je ressentais ce besoin lourd, étrange, de revenir auprès de cette chaleur qu’était ma tanière. Mon foyer. Et le jeu recommença.
Loki. Loki. Loki.
Tu as été bien folle, n’est-ce pas ? De croire que tu connaissais tout, de croire que tu n’étais plus… Mais c’est bien de cette folie qu’est emprunte ton nom.
« Oui Loki. »
Tu es de retour ? Je ne t’attendais plus.
« Loki est sur la bonne voie. »
Mais Loki aimerait penser… Tais-toi !
« Mais Loki pense. »
Uniquement dans le calme de sa tanière.
« Mais Loki, ne sais-tu pas qui tu es ? »
Une folie. Une ombre. Une chose sans domicile, sans identité, sans appartenance. Un être errant. Je suis Loki, juste Loki, et pourtant, ce n’est pas moi.
« C’est parce que tu me deviens. »
Quoi ? Répond moi ? Pourquoi était-elle repartie… Je n’avais pas compris sa phrase. Peut-être n’avait-elle plus de mots, il me restait bien mon esprit.
Et mes parents. Abandonnés. Et les hommes. Abandonnés. Et les loups. Abandonnés. Et ma famille. Des cendres…
Ma vie n’était qu’abandon. Abandon de ma part. Et les chiens errants ne voulaient plus de moi, où était-ce moi qui ne voulait plus d’eux ?
Je ne savais plus réellement ce que je savais, des doutes obscurs s’étaient posés sur mon esprit fou, le rendant plus instable encore que celui de Loki la meurtrière.
Ma vie s’accordait-elle avec mes croyances ? Je n’avais pourtant pas été abandonnée. Bien que Nina… Oui… Non… Je ne sais plus. Que Nina m’avait-elle dit ?
Elle avait parlé de cette voix. Et il me semblait, à ce jour, que ce fut la raison pour laquelle elle m’abandonna. Des mots me revenaient. J’ignorais pourquoi, cela me brûlait… « Apprendre. » « En retard. » « Tu ne le sais pas. »
Il était temps d’ouvrir les yeux. Un être qui veut se débarrasser de vous ne prend pas le ton du maître, il ne vous ordonne pas d’apprendre, il ne vous dit pas, calmement, de la voix la plus claire de partir, de suivre vos instincts. Nina avait fait cela. Mais le chef de la meute n’était pas Nina. Elle était donc messagère, disciple même, peut-être. Et elle connaissait ce chemin, ce chemin que peu on emprunter, peut-être même certains n’en étaient-ils jamais revenus.
J’avais été enfant, ignorante et je découvrais le monde à travers les yeux d’autres. Chiens. Loups. Hommes. Puis cette voix.
Nina était une messagère, une maîtresse pour moi, elle avait cru, tout comme le berger allemand, que je pourrais emprunter ce chemin.
Mais ni elle, ni lui, ni moi ne savions que je reviendrais, que mes expériences m’auraient apporter la réflexion, que cette réflexion m’apporterait un chemin.
« Loki. Loki. Trouves-tu ce chemin ? »
Oui.
« Loki. L’acceptes-tu ? »
Je ne sais pas.
« Loki. Tu as déjà bien avancé désormais. Il faut choisir. Chien ? Loup ? Homme ? »
Je ne peux pas les retrouver.
« Alors Loki, n’acceptes-tu pas ce chemin ? »
Et je vivrai alors continuellement dans le doute, dans un apprentissage long, éternel.
« C’est inconfortable, Loki. »
Oui.
« Tu dois choisir. »
Je voudrais choisir. Oui. Mais je voudrais être heureuse.
« L’es-tu ? »
Oui.
« Ton cœur est apaisé. Loki. Acceptes-tu ? »
Oui.
La lumière m’aveugla presque, entrant de toute part dans ma grotte, puis, des couleurs s’y ajoutèrent, des symboles se formèrent sous mes yeux. Les parois de ma tanière reflétaient toutes sortes de choses, de pensées, de connaissances. Et je devais bien en faire quelque chose. Alors la voix chanta en moi, puis se tu.
Je dois partir. J’en sais bien assez. La messagère sera mienne désormais. Je dois rentrer. Et en sortant de ma tanière, la lumière se tu, les couleurs s’assombrirent, laissant derrière moi, une attente terrible.
La voix n’était plus. Elle existait. Au fond de moi, elle était désormais ma parole.
EPILOGUE :
Il ne possédait pas la sagesse, ce jour-là, je l’appris, il avait juste l’expérience qui sied tant à son âge, et, les souffrances de ceux qui cherchent encore leur route.
« Sans Trace. »
Que dis-je encore ? Où es-tu, jeune Loki ?
« Sans Trace.
-C’est là ton nom ?
-C’est là mon nom.
-Sans Trace.
-Oui ?
-Quel est ton rôle, désormais, que t’ont enseignées les années ?
-La nature veut que je sois sauvage, pour elle, il me faudrait vivre parmi les loups. Pour la pensée commune, celle que les hommes inculquent à leurs chiens, celles qu’ils t’ont transmise et que tu appliques en nous aidant, je suis chienne et je dois me faire docile pour convenir à leur vie.
-Et, laquelle de ses vies choisis-tu ?
-Il reste une autre voie, vois-tu, une route qui peut mener à la solitude, à la déception. Une route de patience et de lutte. L’unique route que je souhaite emprunter. Car, vois-tu, cher ami, arrive le jour de mon sacre, car j’en sais plus que toi.
-Détrompes-toi, Sans Trace, je connais ce chemin, je l’ai moi-même suivi avant toi. Mais tu n’as pas encore ma sagesse, non.
-Je prétends pourtant le contraire.
-Sais-tu lire dans les cœurs ? Si tu sais, fais ce que tu dois. »
Il avait raison, je le sentais au fond de moi. Sans Trace était née, et, à sa manière, avec ses connaissances, elle aspirait à la sagesse.
Mais Sans Trace avait été Loki, et Loki n’aspirait qu’à une famille.
« Tu doutes encore, Loki. »
Comment peux-tu connaître mon nom ? Je ne te l’ai jamais dit ! Mais Loki ne peut plus être, Sans Trace est. Seulement, pour mettre fin au règne du sage, il me fallait le surpasser.
« N’as-tu pas peur ?
-Non. »
Simplement, cruellement… Tu prononces ce mot alors que tu en connais le sens. Soit, s’en est assez pour me décider. Je te défierai, mais en aurai-je le droit ?
Pattes. Queue. Du sang encore. Comme ce jour, celui où Loki disparut. Pourtant, si peu de folie me guidait cette fois. Blessée, j’étais plus habile. J’avais gagnée.
« Troisième Voix. »
C’est ton nom, n’est-ce pas ? Je le découvris à l’instant, l’instant où Troisième Voix n’était plus. Et je m’éloignai… L’heure pour moi de prendre la tête de la meute était arrivée. Il avait attendu un disciple pendant des années, j’en ferai de même. Et un jour, je périrai.
Sans Trace n’était pas plus sage que Troisième Voix, la folie les hantait tous deux, et leurs cœurs à l’unisson aspiraient à la sagesse.
« N’as-tu pas peur ?
-Non. »