L’après-midi venait de commencer. Un énorme nuage s’était installé au-dessus de la forêt depuis deux jours. La pluie ne cessait de tomber, le tonnerre de gronder et le vent de souffler. Aucun animal n’osait sortir de son abri par un temps pareil, mis à part deux loups et leur louveteau. Ils étaient poursuivis par deux hommes et un chien. La louve était devant, tenant sa fille par la peau du cou, quant à son compagnon, il restait derrière pour la protection de sa famille. Malgré le bruit de la tempête, on entendait le chien aboyer pour indiquer la direction aux deux hommes. Les trois loups allèrent se cacher dans une petite grotte, espérant être à l’abri. Ils attendirent quelques minutes puis, un éclair vint illuminer l’entrée de la grotte, le chien était là. La louve cacha sa fille dans un petit trou que l’eau avait creusé dans la roche puis elle se plaça devant. Le loup s’avança vers le chien, les babines retroussées, les oreilles en arrière, les yeux menaçants et les poils hérissés. Le chien grogna et engagea le combat attrapant la gorge de son adversaire qui le repoussa aussitôt. Les deux animaux n’avaient pas de pitié l’un pour l’autre. Le loup griffa le chien à l’œil ce qui le rendit furieux et tripla ses forces. Le loup fut rapidement plaqué au sol. Voyant son compagnon en détresse, la louve se jeta sur le chien mais elle fut projetée contre la paroi et perdit connaissance. Pensant que ça lui avait été fatal, le loup se releva dans un grognement de colère et tenta de tuer son ennemi mais une détonation retentit. Il avait été touché. Son sang commença à ruisseler vers la sortie de la grotte pour se mélanger avec l’eau de pluie. L’animal s’écroula sur le sol, agonisant, souffrant. Il se servit de son dernier souffle pour émettre un léger grognement envers deux hommes qui venaient d’entrer dans la grotte.

 

-        J’ai bien cru qu’il allait tuer mon Rasko ce satané loup. Heureusement que j’ai emmené mon fusil.

 

-        Ouais. Tiens regarde, c’est sûrement la femelle ça.

 

-        Elle respire encore, je vais l’achever au cas où.

 

-        Non, ça sert à rien, regarde, on a le louveteau et de toute façon, elle s’est cognée la tête contre le rocher. Ça m’étonnerait qu’elle se relève.

 

Le premier homme abaissa son arme. Le deuxième prit sa veste et y enveloppa une petite louve. Mise à part une petite tache blanche en forme d’étoile sur son front, elle était entièrement noire. Elle était trempée, frissonnant de froid et de peur. Elle ne comprenait rien. Elle était tout juste sevrée et ce jour était son premier jour de sortie officiel. Elle appelait désespérément ses parents mais aucun ne lui répondait, «ils dorment, ça doit être l’heure de la sieste» pensa-t-elle. L’homme la serra contre lui. Elle entendait les battements de son cœur et la veste lui tenait chaud, comme lorsqu’elle était couchée contre sa mère. Elle fut rassurée et s’endormit.

 

Les deux hommes sortirent de la grotte, accompagnés du chien boitant, laissant les deux loups à la portée des charognards.

 

 

 

 

 

Une heure plus tard, la petite louve se réveilla en sursaut. Un chien était en train de la regarder.

 

-        Bonjour, fit-il en souriant, je m’appelle Viko, et toi?

 

La louve hésita à répondre mais voyant le chien avec un sourire jusqu’aux oreilles et les yeux pétillants de gentillesse, elle se mit à parler d’une voix basse.

 

-        Je m’appelle Akira, mais, où suis-je? On n’est pas dans la forêt?

 

Le chien prit un air gêné. Il aurait voulu lui en dire plus mais un bruit de clé le coupa dans son élan.

 

-        C’est la maîtresse qui rentre! Ecoute, tout ce que je peux te dire c’est que maintenant ta maison est ici et que ton nom n’est plus Akira. Je t’expliquerai plus tard.

 

La louve se crut en plein cauchemar. Elle allait devoir vivre sans ses parents, dans une drôle de tanière avec un chien et…des humains? Toutes ces choses que ses parents lui répétaient sans cesse d’éviter à tout prix. Elle était désorientée. Elle vit Viko se jeter sur un humain miniature, la queue remuant, un grand sourire aux babines, les yeux brillants de joie, aboyant et bondissant de toute part. Mais pourquoi? Pourquoi ce chien était si accueillant et si amical avec l’humain? Ou plutôt l’humaine. La louve noire comprit rapidement qu’il s’agissait d’une femelle humaine. Cette dernière s’approcha en courant et en criant de joie, ce qui effraya la louve qui partit se cacher sous un meuble. La petite fille comprit  rapidement qu’elle avait mal fait. Elle s’éloigna quelques instants puis revint avec des petits morceaux de viande. L’odeur alléchante de la viande fit sortir la louve mais elle restait prudente. La petite fille se mit à lui parler dans un langage qu’elle ne comprenait pas, mais ces paroles paraissaient être amicales.

 

-        Viens petite louve, tu n’as pas à avoir peur. Regarde, j’ai de la viande pour toi. Je m’appelle Manon.

 

Viko s’était assis à côté de la jeune fille. Il eut droit à quelques morceaux de viande lui aussi.

 

-        Tu n’as pas à avoir peur d’elle. Manon est très gentille. La viande dans sa main est pour toi.

 

-        Mais je ne comprends même pas ce qu’elle dit.

 

-        A force de vivre près d’elle tu comprendras mieux son langage.

 

La petite louve était affamée. Elle s’empressa de s’emparer de la nourriture puis recula de quelques pas, mais la viande était trop dur à mâcher pour elle. Elle la recracha. Manon approcha lentement sa main d’elle, ça lui faisait peur. Allait-elle la taper? La prendre pour l’enfermer dans un endroit sombre? Non. Elle sentit juste une petite caresse sur sa tête. C’était très agréable.

 

-        Je vais t’appeler Kita, dit la petite fille à la louve en la prenant dans ses bras.

 

Kita tremblait malgré elle. Tous ces événements avaient surgi d’un coup et elle n’était encore qu’un louveteau. Manon l’emmena dans sa chambre et la posa sur son lit.

 

-        Je reviens, tu restes ici! Viko, surveille Kita et il ne faut pas lui faire de mal.

 

Viko répondit par un aboiement puis monta sur le lit et s’allongea comme il avait l’habitude de le faire.

 

-        On doit rester ici. Manon va revenir. Elle est sûrement partie chercher quelque chose pour toi.

 

-        Mais pourquoi je dois vivre ici?

 

-        Parce que, c’est comme ça. Tu sais, Manon est une petite fille très gentille mais aussi très capricieuse et tout ce qu’elle veut, elle l’a. Elle voulait une louve, elle t’a toi.

 

 

 

 

 

 

 

La jeune fille revint avec un panier tout neuf qu’elle déposa au pied de son lit, juste à côté de celui de Viko. Elle prit la louve puis la déposa dedans en disant :

 

-        C’est ici que tu vas dormir Kita.

 

Le panier était rempli de couvertures et de coussins. C’était très confortable.

 

-        Bon, je dois vous laisser, j’ai des devoirs. Viko, tu t’en occupes.

 

Manon sortit de la chambre. Viko descendit du lit puis invita la petite louve à aller faire un tour.

 

-        Ca te dit d’aller dehors?

 

-        Oui! Vite allons-y! C’est où ?

 

-        Viens, suis-moi.

 

Viko emmena Kita dans un grand jardin entouré de barrières. Impossible de partir, mais la petite louve était tellement contente d’être dehors qu’elle ne le remarqua qu’à moitié. Les deux amis jouèrent ensemble un long moment. En fin d’après midi, la jeune fille les rejoignit. Elle prit une balle et la lança. Kita ne put s’empêcher de courir après pour jouer. A plusieurs reprises, elle avait pris la balle sous la truffe de Viko. Contrairement à ce dernier, elle ne la rapportait pas mais elle courait dans tous les sens pour que personne ne lui prenne.

 

      Un peu plus tard, alors que le jeu avait cessé, Manon apporta trois gamelles. Une pour Viko, une pour Kita et la dernière était remplit d’eau. Puis, elle s’éloigna.

 

      Viko entama sa gamelle mais voyant la louve hésiter devant ses croquettes,  il l’incita à manger. Ce qu’elle fit tellement elle avait faim. Une heure plus tard, la jeune fille vint la voir et, pendant une bonne demi-heure, elle répétait sans cesse le même mot dans son langage. La louve ne comprenait pas ce mot mais elle avait compris que, lorsque Manon prononçait ce mot, elle devait s’asseoir et elle avait un bout de viande hachée.

 

      La nuit était tombée. La jeune fille prit Kita dans ses bras, l’emmena dans son panier puis alla dans son lit. Viko partit se coucher dans le sien.

 

La jeune louve n’était pas très rassurée dans ce grand panier et elle avait froid. La douce fourrure et les battements du cœur de sa mère ainsi que la présence protectrice de son père lui manquaient. Kita se mit à sangloter. Viko ne tarda pas à le remarquer.

 

-        Viens dans mon panier si tu veux. Le temps que tu t’habitues à ta nouvelle vie, tu peux dormir ici.

 

La louve noire partit se coucher contre lui. La fourrure de son ami lui tenait chaud, ses battements de cœur la rassuraient et elle se sentait protégée.

 

 

 

 

 

Le lendemain, Manon réveilla la louve puis la posa sur son lit. Elle alla fouiller dans un coffre à jouets. Elle en sortit des vêtements de poupées, plus précisément, un pantalon, un tee-shirt, une couronne et même des sortes de chaussures. Elle lui mit d’abord le tee- shirt et le pantalon. La petite louve se débattait, elle n’aimait pas ça. Les vêtements la grattaient,  lui donnaient chaud et l’empêchaient même de respirer par moment. Elle s’énerva et essaya de mordre la jeune fille qui tentait de lui mettre des chaussures trop petites. Viko poussa un grognement d’avertissement. Apparemment, il était interdit de mordre ici, même si l’on voulait dire que l’on avait mal. Par conséquent, Kita se mit à pousser de petits cris brefs qui voulaient dire « arrête, j’ai mal, je n’aime pas ça » mais la jeune fille continuait. Une fois sa louve habillée, Manon prit un objet que Kita détesta au premier coup d’œil. Elle le pointa vers elle et une lumière puissante et éblouissante comme le soleil en sortit. La louve poussa un cri de terreur. Paniquée, elle partit se réfugier sous le lit. Viko la rejoignit.

 

-        Tu n’as pas à avoir peur tu sais. Je sais que d’avoir ces choses sur le dos c’est pas agréable mais tu t’y feras. Et puis, la p’tite n’est pas comme ça tout le temps, juste au début, car après on grandit et ça ne nous va plus.

 

-        C’était quoi ce…soleil en boîte?

 

-        Les hommes appellent ça un appareil photo. Je ne sais pas à quoi ça leur sert mais c’est un jouet qu’ils aiment beaucoup et ils adorent quand on le regarde. J’ai jamais compris pourquoi. Allez viens, faut pas la faire attendre ou elle va piquer une crise.

 

Viko et Kita sortirent de sous le lit au grand soulagement de la jeune fille. Elle enleva les habits de la louve et la posa à terre.

 

 

 

 

 

      Plusieurs mois passèrent, la jeune louve était maintenant adulte. Elle avait bien grandi, son pelage de louveteau était devenu une magnifique fourrure noire qui brillait. Elle portait un collier rouge avec une médaille. Viko et elle étaient de très bons amis. Ils étaient toujours ensemble. Elle était aussi très complice avec Manon, elle la comprenait et aimait beaucoup jouer avec elle.

 

Un soir, alors qu’elle discutait avec son ami canin, un hurlement retentit. Kita se leva, dressa ses oreilles et écouta.

 

-        C’est quoi ce hurlement? Qui m’appelle?

 

-        C’est un autre loup.

 

-        Un autre loup?

 

-        Oui, un membre de ton espèce.

 

-        Je suis un loup?

 

-        Oui,  tu ne te rappelles pas?

 

-        Non.

 

Le chien raconta à Kita tout ce qui s’était passé lorsqu’elle était petite. Elle avait tout oublié mais, petit à petit, les souvenirs revenaient.

 

-        Alors je suis, un animal sauvage?

 

-        Oui. Tu t’appelais Akira.

 

Le hurlement retentit de nouveau et la louve noire ne put s’empêcher de répondre. Le père de la jeune fille accourut et la gronda, menaçant de la frapper avec un bâton. La louve cessa malgré elle. Une longue discussion commença entre la jeune fille et son père.

 

-        Elle est adulte maintenant, il est hors de question qu’elle dorme dans ta chambre. Elle a toujours ses instincts sauvages. Elle dormira dehors et n’essaye pas de discuter, cette fois, je ne cèderai pas. Et si elle tente une seule fois de mordre, je la tue!

 

Manon n’eut même pas envie de répondre, elle partit se réfugier dans sa chambre, suivie de Viko. La louve voulut les suivre mais elle fut retenue par une corde. Pendant toute la nuit elle réfléchit. Avait-elle sa place ici? Ou serait-t-elle mieux dans la forêt avec les siens? Elle voulait en avoir le cœur net. « La nuit prochaine, je m’en vais découvrir la vie sauvage! » pensa-t-elle.

 

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Le lendemain, elle parla de ses projets avec son ami.

 

-        Mais c’est de la folie! Tu n’arriveras jamais à sortir d’ici, tu es attachée et même si tu y arrivais, tu ne connais rien à la vie sauvage! Tu ne survivrais pas longtemps.

 

-        Tu dis ça pour me faire peur. J’irai que tu le veuilles ou non et si ça n’me plaît pas, rien ne m’empêche de revenir.

 

-        Si, le père de la maîtresse. Il ne voudra plus de toi. La dernière fois qu’un animal s’est échappé, il s’est fait tuer lorsqu’il est revenu.

 

-        Et bah je ne reviendrai pas.

 

La louve se mit à bouder et le chien s’en alla.

 

Dans la journée, il y eut une visite. C’était Rasko, le chien qui accompagnait les hommes le soir de l’enlèvement de Kita. Il était méchant et avait toujours détesté Viko et la louve. C’était réciproque. Viko avait failli se battre avec lui une fois pour protéger la jeune louve et bien qu’elle ne se souvenait pas de la nuit de son enlèvement, elle ne l’avait jamais aimé non plus. Chaque fois qu’il venait chez eux, les deux amis étaient sur leurs gardes car le chien étranger cherchait la moindre occasion pour se débarrasser de la louve. Cette fois, cette dernière et Viko étaient fâchés et n’étaient pas ensemble. Voici une très bonne occasion pour Rasko d’autant plus que les hommes n’étaient pas là.

 

 

 

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            Viko était parti s’isoler dans la chambre de sa maîtresse. Par conséquent, il n’avait pas remarqué que Rasko était là. Celui-ci alla voir la louve.

 

-        Comme tu as grandi jeune louve. Ma victoire sera encore plus grande.

 

-        Qu’est-ce que tu viens faire là Rasko? Laisse-moi!

 

-        Mais que vois-je? Tu es attachée? Oh! Pauvre petite louve! Ce sera encore plus simple que je ne l’aurais pensé.

 

-        Pourquoi tu as toujours été comme ça avec moi? Parce que je suis un loup?

 

Le chien semblait avoir changé en un instant.

 

-        Je vois que le chien qui te sert de nounou t’a dit la vérité. Mais…t’a-t-il vraiment tout dit?

 

-        Comment ça?

 

Avec un sourire mauvais, Rasko tourna la tête, laissant apparaître un œil blanc.

 

-        Tu vois ça? C’est ton père que m’a fait ça.

 

-        Mon…mon père?

 

-        Oui, j’étais là le jour de ton enlèvement.

 

La louve en resta bouche bée. Le chien lui raconta ce qu’il savait.

 

-        Tu as tué ma mère?

 

-        Ouais, je l’ai projetée contre un mur et PAF! Plus de maman! Ensuite, mon maître a tué ton père peu de temps après qu’il m’eut crevé l’œil. Plus de papa!

 

Le chien se mit à rire méchamment. La louve sentit une tristesse monter en elle. Cette tristesse se transforma en colère. Cette colère en haine et cette haine en rage. Kita se jeta sur le chien qui l’esquiva aussitôt.

 

-        Je savais que ça marcherait. Maintenant, tu vas mourir.

 

Le chien se jeta sur elle, la louve l’esquiva et voulut contrer mais la corde la gênait. Elle n’avait aucune chance. Contrairement à son adversaire, elle n’était pas habituée à combattre et en plus elle était attachée. Sa seule solution était d’appeler de l’aide, elle se mit à hurler. Viko l’entendit, accourut aussitôt et se jeta sans hésiter sur l’autre chien. Rasko ne l’avait pas vu venir mais il réussit à lui attraper la patte et le projeta un peu plus loin. Il voulut se jeter sur lui mais la louve le fit tomber grâce à sa corde. Elle se mit à tourner autour du chien pour tenter de le ligoter mais l’ennemi ne se fit pas avoir. Il se releva et se dégagea de la corde. Viko tentait de se relever mais sa patte le faisait souffrir. Rasko en profita. Il bondit sur lui et l’immobilisa. La louve aurait voulu faire quelque chose mais sa corde était trop courte et son ami trop loin. Elle se mit à hurler de nouveau un appel à l’aide. Rasko s’adressa à l’autre chien :

 

-        Tu croyais pouvoir me battre? Sache que tu vas mourir, mais avant, je vais m’occuper de ta petite protégée. Je ne voudrais pas louper la tête que tu vas faire.

 

Il blessa le chien à une seconde patte, empêchant celui-ci de se déplacer puis partit en direction de la louve. Cette dernière s’était emmêlée dans sa corde en tentant de s’en défaire. Rasko en profita et attaqua la louve. Elle ne put l’esquiver et très rapidement elle fut immobilisée sur le dos. Le chien était sur le point de commettre le coup fatal lorsqu’un loup, surgissant de nulle part se jeta sur lui. Un combat sans merci commença sous les yeux de la louve et du chien blessé. Rasko était très fort mais le loup était plus rapide, plus agile et bien plus malin. Il attira le chien vers la piscine du jardin qui était juste à côté de Viko. Le loup, dos à la piscine, lui lança un regard. Viko comprit le message. Il devra pousser le chien ennemi lorsqu’il lui en donnera l’ordre.

 

-        Sale loup! Qu’est-ce que tu viens faire là ? Tu veux mourir toi aussi ? Demanda Rasko.

 

-        Je crois que c’est plutôt toi, et toi seul qui va mourir! Répondit le loup inconnu.

 

Sur ces mots, le loup fit un bond sur le côté puis sur Rasko lui-même. Le chien n’avait presque plus d’équilibre. Le loup fit signe à Viko. Celui-ci, malgré ses pattes douloureuses, se leva et poussa l’autre chien dans la piscine. Le loup tomba également.

 

Quelques secondes, qui parurent des années pour Viko et Kita, s’écoulèrent. Puis, Rasko sortit la tête de l’eau. Il commençait à nager vers le bord lorsqu’il coula subitement.

 

-        Le loup l’attire vers le fond! Dit Viko en regardant la scène.

 

-        Mais ils vont se noyer tous les deux! Répliqua la louve noire qui se débattait pour échapper à la corde.

 

Au fond de la piscine, on voyait juste deux ombres derrière un nuage de bulles. Les bulles étaient de moins en moins nombreuses, puis, d’un coup, plus rien. C’était le calme plat. On entendait seulement les bruits naturels de la nuit. La louve brisa le silence.

 

-        Ils sont…morts ?

 

Viko ne répondit pas. Il avait perdu connaissance. La perte de sang due à ses blessures avait été trop importante. La louve était maintenant seule. Elle patienta, espérant tout et n’importe quoi.

 

Sa patience fut récompensée lorsque le loup sortit de l’eau, tout essoufflé. Il nagea vers le bord de la piscine, en sortit puis alla voir le chien inconscient.

 

-        Il va s’en sortir, dit-il d’un ton très calme et très agréable.

 

-        Merci. Tu nous as sauvés.

 

-        Tu as appelé à l’aide alors je suis venu. Je n’hésite pas quand une louve appelle au secours.

 

La louve ne sut quoi répondre. Elle était sous le charme de son sauveur. Un magnifique loup gris et noir.

 

 

 

 

 

 

 

Une clé tourna dans la serrure.

 

-        Va t’en ! hurla Kita au loup.

 

-        Mais…et toi? Demanda le loup.

 

La louve allait répondre mais Viko l’interrompit. Il venait de se réveiller et tentait de parler clairement.

 

-        Il faut…il faut que tu partes…l’homme va trouver une excuse pour t’accuser et…il te tuera…

 

-        Mais…je n’ai rien fait et la maîtresse va…

 

-        Elle ne pourra rien faire…Pars avec lui.

 

-        Mais je suis attachée!

 

-        Je vais t’aider. Annonça le loup

 

A peine ces mots prononcés que le loup mâchonnait déjà la corde mais celle-ci était trop solide. Le loup dut s’enfuir pour que l’homme ne le voie pas. « Je reviendrai ce soir » avait-il dit en partant.

 

L’homme n’en croyait ses yeux. La louve était emmêlée dans la corde et le chien avait les deux pattes en sang. Que s’était-il passé? En s’approchant de Viko, il vit le corps de Rasko qui flottait dans la piscine. Viko avait eu raison, l’homme accusa Kita.

 

-        Qu’est-ce que t’as fait aux chiens?! Animal enragé! Tu vas crever pour ce que tu as fait! Demain, à la première heure, tu mourras!

 

L’homme savait au fond de lui que la louve n’avait rien fait mais il voulait un coupable. Il sortit le corps inerte du chien de l’eau puis, il prit Viko dans ses bras. Il l’emmenait au vétérinaire.

 

La louve se sentait si mal. Elle se sentait coupable par rapport à Viko. Il était blessé à cause d’elle. C’était elle qui l’avait appelé. Allait-il s’en sortir? Lui pardonnerait-il? Et qui était ce mystérieux loup qui les avait sauvés? Tant de questions sans réponse. Elle passa la fin de sa journée à se morfondre.

 

En début de soirée, l’homme rentra. Il avait Viko dans les bras. « Il est vivant !» cria la louve au fond d’elle. Son bonheur s’éteignit rapidement lorsque l’homme posa à terre un chien avec trois pattes. Elle s’était assise puis avait fermé les yeux. « C’est un cauchemar, il faut que je me réveille » se disait-elle, mais elle avait beau ouvrir ses yeux, les refermer puis les rouvrir, le résultat était toujours le même. Le chien profita de l’inattention  de l’homme pour aller la voir. 

 

-        Tu vas bien Kita?

 

-        Ou…oui, mais ta patte…

 

-        Ne t’inquiète pas pour moi. Au moins, tu es saine et sauve, c’est ça qui compte.

 

-        Tu ne m’en veux pas?

 

-        T’en vouloir pourquoi? C’est Rasko qui m’a blessé.

 

-        …l’homme, je crois qu’il va me tuer….demain matin.

 

-        Pourquoi tu n’es pas partie quand je te l’ai demandé?

 

-        Le loup n’a pas réussi à rompre ma corde, mais il m’a dit qu’il reviendrait ce soir.

 

-        Très bien. Je vais rentrer, je suis crevé. Je ne sais pas si je te reverrais un jour donc adieu et…fais bien attention à toi.

 

-        On se reverra, c’est promis.

 

Les adieux furent difficiles mais ils n’avaient pas le choix. Viko rentra dans la maison et Kita resta dehors, attachée et attendant que le loup revienne la chercher. Elle patienta un long moment lorsque le loup arriva en sortant de nulle part.

 

-        On n’a pas beaucoup de temps. J’ai entendu ce que l’homme a dit, « demain matin à la première heure » dit le loup en commençant à mâchonner la corde.

 

-        T’as été long à revenir.

 

-        Je sais. Désolé.

 

-        Au fait, tu t’appelles comment?

 

-        …

 

-        Ici on m’appelle Kita mais mon vrai nom de louve est Akira.

 

-        …

 

-        Ça ne t’intéresse pas ce que je raconte?

 

Le loup arrêta son travail. Enervé,  il répondit :

 

-        Tu veux faire la causette ou partir d’ici? On verra ça après!

 

La louve fut confuse. Elle se trouvait bête à cet instant.

 

-        Excuse-moi…je n’voulais pas…

 

-        C’est rien.

 

Le loup lui adressa un grand sourire de sympathie puis rajouta :

 

-        Je m’appelle Ulak.

 

Il reprit ensuite son travail. La corde était solide mais elle finit par céder.

 

-        Suis moi! Ordonna le loup.

 

La louve le suivit. Il avait creusé un trou sous la barrière. Ils y passèrent chacun leur tour.

 

-        Voilà, tu es libre maintenant, fit remarqué Ulak.

 

-        Si tu savais à quel point je suis heureuse….même si Viko va énormément me manquer.

 

Akira se retourna puis observa ce qui était dorénavant son passé.

 

-        Tu vas faire quoi maintenant? Tu veux venir avec moi?

 

-        Oui, avec joie!

 

La louve rajouta dans sa tête « En espérant ne pas être un boulet. »

 

-        D’accord, bah…allons-y alors…euh?

 

-        Tu peux m’appeler Akira. C’est le nom que j’avais lorsque j’étais petite. Je veux oublier ma vie de loup domestique.

 

-        Très bien! Alors allons-y, Akira.

 

Ils s’enfoncèrent dans la forêt alors que le soleil commençait à se montrer.

 

-        Tu as toujours vécu là-bas? Commença Ulak.

 

-        Quasiment, oui.

 

Akira se mit à raconter toute son enfance, ou en tout cas, ce dont elle se rappelait. Le loup l’écouta attentivement tout au long de l’histoire. Le jour s’était levé.

 

-        Waw. T’as vécu une drôle d’enfance! Avec des hommes en plus!

 

-        C’était pas si atroce mais je voulais découvrir la vie sauvage.

 

-        Tu verras, c’est génial!

 

-        Et toi? Comment était ton enfance ?

 

-        Mon enfance ? Euh…je peux pas te la raconter pour l’instant c’est trop….

 

Une larme coula le long de la joue du loup puis tomba sur le sol. Akira n’insista pas. Ulak prit une grande inspiration puis dit :

 

-        Tu as faim?

 

-        Oui un peu.

 

-        Il y a un troupeau de biches là-bas. Viens, on va aller en chasser une.

 

-        Cha…chasser? Je ne sais pas chasser!

 

Elle se sentait si honteuse. Une louve qui ne sait pas chasser ce n’est pas une louve!

 

-        Alors je t’apprendrai, répliqua Ulak avec un large sourire et plein d’assurance.

 

Elle lui rendit son sourire mais ne répondit pas. Le loup commença son enseignement.

 

-        D’abord tu dois repérer ta proie à l’odeur pour savoir où la chercher. Tu sens?

 

-        Oui, je sens une bonne odeur, mais je ne sais pas si c’est ça. C’est vers la gauche je crois.

 

-        C’est ça. Tu te débrouilles bien. Je vois que tu n’as pas perdu tous tes instincts. Ensuite, il faut se diriger vers la proie le plus silencieusement possible et contre le vent.

 

-        Pourquoi ?

 

-        Parce que sinon la proie va nous sentir arriver. Suis moi.

 

La louve suivit le loup puis ils arrivèrent juste à côté d’une clairière où broutait un troupeau de biches. Ils se cachèrent derrière des buissons. Ulak se mit à chuchoter.

 

-        Maintenant, il faut repérer la biche la plus vulnérable. La plus faible si tu préfères.

 

-        Mais elles sont toutes pareil!

 

-        Chut! Fais moins de bruit, tu veux nous faire repérer ou quoi ? Observe bien et tu trouveras la biche que tu cherches.

 

-        Excuse moi. Euh…celle là ?

 

Akira montra une des biches.

 

- Je dirais plutôt celle là, à gauche. Ce sera parfait! Elle a l’air âgé et blessé. C’est notre jour de chance. Nous arrivons à l’avant dernière étape, on doit attraper la proie et la tuer. Tu vas aller vers la gauche pour l’effrayer et l’envoyer vers moi. Essaye de t’approcher le plus près possible sans qu’elle te voit. Quand tu l’auras effrayé il faudra que tu viennes m’aider pour le coup fatal. Je n’y arriverais pas seul.

 

-        Le…le coup fatal ?

 

Le loup ne lui répondit pas et lui fit signe de se mettre en place.

 

Comme prévu, la louve effraya la biche. Ulak réussit à se jeter dessus mais avait du mal à l’immobiliser.

 

-        Akira ! Viens m’aider !

 

La louve restait figé. Elle aurait voulu l’aider mais c’était trop d’un coup pour elle. Comme il avait de l’expérience, le loup réussit à retourner la situation. Il attrapa la biche à la gorge et serra de toutes ses forces. L’animal s’effondra quelques instants plus tard. La louve s’approcha.

 

-        Mais, pourquoi n’as-tu rien fait ? Un peu plus et on ne mangeais rien ce soir !

 

-        Je suis désolée…je…

 

-        C’est rien, tu as besoin de temps, d’assurance et d’expérience. Quand tu seras prête, tu seras une championne. Nous voici à la dernière étape. Mange, lui répondit le loup avec un large sourire.

 

Bien qu’Akira n’était pas habituée à manger de la nourriture fraîchement tuée, elle réussit à arracher quelques bouts de viandes. Ulak mangeait avec appétit.

 

Leur repas terminé, les loups firent une petite sieste puis Akira réveilla Ulak.

 

-        Ulak ? Ulak, Réveille toi.

 

-        Qu…quoi ?

 

-        C’est où que l’on doit faire nos besoins ici ?

 

Le loup se mit à rire tellement fort que les oiseaux s’envolèrent des arbres. Il était plié en deux et se roulait sur le sol. La louve était surprise de la réaction du loup.

 

-        Qu’est-ce qu’il y a de drôle?

 

Le loup reprit son souffle et puis, avec beaucoup de mal, il annonça :

 

-        Il n’y a pas d’endroit exprès pour ça! Tu fais où tu veux, quand tu veux! Tu faisais comment avant ?

 

-        Il y avait un endroit de la pelouse qui était réservé pour ça.

 

Le loup ne put s’empêcher de repartir en plein fou rire.

 

-        Arrête un peu ! C’est pas drôle ! J’y suis pour rien moi !

 

-        Désolé mais….c’est plus fort que moi….enfin bref, j’ai soif moi, tu vas faire ce que t’as à faire puis…on va à la rivière.

 

Malgré lui, Ulak continuait de rire. Ce n’est que lorsque Akira revint qu’il s’arrêta pour ne pas la vexer. Les deux loups partirent à la rivière. Ulak bu quelques gorgées puis regarda la louve boire à son tour.

 

-        Qu’est-ce qu’il y a? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

 

-        Oh, pour rien.

 

Le loup se sentit gêné, alors, pour faire diversion, il poussa Akira dans l’eau. Ils s’amusèrent une bonne partie de la journée à nager, se couler, s’éclabousser….Une grande complicité commençait à naître.

 

 

 

 Le soleil commençait à descendre et la lune à monter. Il allait bientôt faire nuit.

 

-        C’est un soir de pleine lune, annonça Ulak, on doit aller à la colline.

 

-        A la colline ? Mais pourquoi ?

 

-        Tous les soirs de pleine lune, j’ai l’habitude d’aller hurler. Tu pourras m’attendre à la grotte si tu veux.

 

-        Non, je veux bien venir avec toi et hurler aussi. Est-ce qu’il y a des loups qui te répondent ?

 

-        C’est assez rare.

 

Ils partirent en direction d’une haute colline. Lors de leur arrivée, la nuit était déjà tombée. Ils montèrent au sommet puis se mirent à hurler, ensemble. Une louve leur répondit.

 

-        Qui est-ce ? demanda Akira.

 

-        Je vais lui demander.

 

Une conversation eue lieu entre Ulak et la mystérieuse louve. Akira s’impatienta.

 

-        Alors?

 

-        C’est une louve du nom de Rafale. Elle est triste et seule. Elle a perdu son compagnon et sa fille il y a plusieurs mois. Elle pense qu’elle ne s’en remettra jamais.

 

Ulak voulut reprendre la conversation mais la louve solitaire ne répondit pas.

 

-        Pas la peine d’insister. Elle ne veut pas répondre apparemment. Viens, allons à la grotte.

 

La louve acquiesça. Ils marchèrent une petite heure puis arrivèrent près d’une grotte.

 

-        C’est bizarre qu’on ne te vole pas ta grotte. Elle a l’air bien.

 

-        Personne n’en veut depuis le massacre qu’il y a eu ici.

 

-        Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

-        A ce qu’il parait, un couple de loup a été tué par des hommes. Il avait un louveteau mais personne ne sait ce qu’il est devenu.

 

Akira ne répondit pas. Cette grotte …c’était comme si elle la connaissait déjà.  Elle se coucha, exténuée par sa journée. Ulak se coucha près d’elle.

 

 

 

- Maman j’ai peur!

 

Il pleut, il fait froid. Tout devient sombre d’un coup.

 

-        Akira, ma belle petite, reste bien caché.

 

Des grognements, des hurlements et des coups retentissent

 

-        Rafale ! Non !

 

-        Papa, pourquoi tu cris comme ça ? Qu’est-ce qu’elle a Maman ? Maman ?! Réveille toi !

 

Un bruit retentit, puis un léger grognement, puis plus rien…

 

-        Papa ?! Maman ?! Pourquoi vous dormez ? J’ai peur! Où m’emmène t-on ? C’est qui eux ? Me laissez pas ! PAPA ! MAMAN !

 

 

 

Akira se réveilla en sursaut. Le soleil allait bientôt se lever.

 

-        Qu’est-ce que….Ulak ! Ulak réveille toi !

 

-        Quoi ?

 

-        Je…je crois que…la louve d’hier soir, tu m’as dit qu’elle s’appelait Rafale?

 

-        Oui, c’est ce qu’elle m’a dit, pourquoi ?

 

-        Il faut que je la retrouve, je crois que…que c’est ma mère.

 

-        Et pourquoi ce serait elle?

 

-        Je sais pas, je le sens en moi et c’est ce rêve, cette grotte…c’est tellement bizarre…

 

-        Ne perdons pas de temps alors. Le hurlement de la louve venait de….par là je crois, allons y.

 

Ils marchèrent toute la matinée. Ils reniflaient le sol, humaient l’air, hurlaient des cris d’appels mais aucun signe de la mystérieuse louve. Ils s’arrêtèrent près d’un point d’eau pour se désaltérer.

 

-        On ne la retrouvera jamais.

 

-        Tu doutes sur mes talents de loup ? Demanda Ulak, se retenant de sourire.

 

-        Mais ?! Non ! Pourquoi tu dis ça ?

 

-        Calme toi ! Je blague !

 

Il lui adressa un sourire, puis observa les environs.

 

-        On va aller par là. Les loups y vont quand un autre loup qui leur était proche est…mort. Elle y est peut être encore.

 

-        Pourquoi, il y a quoi là bas ? Tu y es déjà aller ?

 

-        Oui, mais je n’y suis pas retourner depuis très longtemps. C’est une sorte de cimetière pour loups. Les loups qui le peuvent amènent à cet endroit les corps des loups qu’ils aimaient. A ce qu’il parait, l’esprit du loup mort est libéré. Cet esprit veille ensuite sur ceux qu’il a aimé.

 

-        Alors notre rencontre n’est peut-être pas dû au hasard. Ma mère a peut être emmené le corps de mon père là bas.

 

-        Ce n’est pas forcément grâce à ton père que l’on s’est rencontré. Lorsque deux loups sont destinés à être ensemble, ils n’ont pas besoins d’un esprit pour les réunir.

 

Ulak adressa à la louve un sourire plein de gentillesse. Ses yeux semblaient offrir plein de sincérité et d’amour. Bien que ce loup lui plaisait beaucoup, Akira était gênée. Elle tenta de faire diversion et changea de sujet.

 

-        Euh, on y va à ce cimetière ?

 

-        Ok, allons-y, répondu froidement le loup à la fois déçu et vexé.

 

Ils ne parlèrent pas de tout le trajet. Ce n’est quand arrivant au cimetière des loups qu’une conversation entre Ulak et Akira débuta.

 

-        On est arrivé. C’est juste après ces arbres.

 

-        Ça sent bizarre.

 

-        Normal ! ça n’va pas sentir la rose !

 

La louve fut vexée. Ils s’avancèrent dans le cimetière. C’était plein de corps de loups. Certains étaient très récents, d’autres en pleine décomposition et  il y en avait qui était là depuis tellement longtemps qu’il ne restait que leur squelette. L’endroit était froid, brumeux et le moindre coup de vent donnait des frissons à Akira.

 

Une silhouette de loup apparut à l’autre bout du cimetière.

 

-        Akira, regarde ! C’est sûrement elle ! fit remarqué Ulak.

 

Ils poursuivirent la silhouette. Elle était de plus en plus près. Ulak se jeta sur elle, l’immobilisa puis l’interrogea.

 

-        Vous êtes Rafale ?

 

La louve acquiesça d’un signe de tête. Akira arriva toute essoufflé et annonça :

 

-  Ma…maman ? C’est toi ?

 

- Akira ?

 

Les deux louves se sourirent. Ulak lâcha Rafale puis se tint à l’écart.

 

-        Mais c’est bien toi ! Je te reconnaîtrai entre mille ! Tu as tellement grandi ! Tu es si belle ma fille ! Je te croyais…

 

Rafale pleurait. Elle n’espérait plus revoir sa fille. Quand à Akira, elle observait sa mère. Elle reconnaissait  sa douce voix, son magnifique pelage noir et blanc et ses yeux bleus qu’elle aimait tant regardé quand elle était petite.

 

Elle avait vu sa mère inconsciente, la croyant morte, et elle était pourtant devant elle.

 

Elle raconta à sa mère tout ce qui lui était arrivé. La jeune humaine, son ami Viko, la mort de Rasko et le loup qui lui avait sauvé la vie…

 

-        Tu as de la chance qu’un loup soit venu t’aider, fit remarquer Rafale, c’est le loup qui était avec toi ?

 

-        Oui. Maman, je te présente Ulak, mon compagnon.

 

Ulak s’avança avec un grand sourire puis dit :

 

-        Ton compagnon ?

 

-        Oui, tu l’as dit toi-même, lorsque deux loups sont destinés à être ensemble, ils n’ont pas besoins d’un esprit pour les réunir, et je rajouterais qu’ils ont juste besoin de temps.

 

Akira frotta son museau contre celui d’Ulak.  Rafale les observa puis dit, la voix pleine d’émotions :

 

-        Vous serez heureux tous les deux. Akira, tu es grande, tu n’as plus besoin de moi, tu as Ulak. Et toi Ulak, protège bien ma fille. Formez votre meute et soyez heureux. Profitez de la vie et de votre famille.

 

-        Mais ? Maman ? On vient de se retrouver. Tu ne peux pas me faire ça? Viens avec nous.

 

-        Je ne peux pas. C’est impossible.

 

-        Mais, pourquoi ?

 

Rafale ne répondit pas. Ulak prit la parole.

 

-        Akira, n’insiste pas. On viendra la voir dès que tu en auras envie si tu veux.

 

Rafale approuva cette idée et le cœur brisé, Akira accepta. Les loups partirent du cimetière, laissant seule, la mère d’Akira.

 

Ils revinrent très souvent la voir. Quelques mois plus tard, Akira donna naissance à quatre louveteaux. Akira et Ulak furent très heureux, ils s’aimaient et avaient une magnifique famille.