C’était un beau matin. Dans la forêt, les oiseaux chantaient, les
écureuils faisaient leur toilette et dans une magnifique clairière
tapissée d’herbes, on pouvait apercevoir une petite meute de loups. Il
y avait Bluk, le male alpha, d’un marron très clair avec quelques
marques blanches. À sa gauche, Ambre, la femelle alpha, d’un gris
clair, avait des yeux magnifiques d’une couleur ambre. Tous deux
surveillaient trois louveteaux, Axou qui était sans cesse en train de
monter sur les rochers ou les arbres tombés, Noura, une jeune louve
assez timide avec les personnes en dehors de sa meute, elle ne refusait
jamais une petite bagarre avec son frère, et Snap, qui, depuis que sa
mère avait été tué par un chasseur ne montrait plus aucune joie de
vivre, il avait peur du moindre bruit et ne jouait jamais avec son
frère et sa sœur adoptives. Atari, un vieux loup aveugle de la meute
que l’on appelait « le sage », avait bien essayé de l’aider à surmonter
cette tragédie mais il n’y avait rien à faire. Plus loin, un gros loup
noir regardait la meute avec un regard mauvais, c’était Tork, il
faisait lui aussi parti de la meute mais restait solitaire hors des
parties de chasses. Il n’aimait personne mais était bien obligé d’être
au sein d’une meute pour survivre.
A force de jouer, les deux louveteaux Noura et Axou avaient soif.
- Maman, Axou et moi, on va boire, on a trop soif !
- Si tu veux mais emmenez Snap avec vous.
-Mais maman ! Il est pas drôle ! Il passe sa journée à rester assis et immobile comme une momie et il joue jamais avec nous !
-Ce n’était pas une proposition Noura, c’était un ordre ! Emmenez Snap avec vous.
-Bon ok ! Je vais lui demander.
Les deux louveteaux allèrent voir le petit Snap
-Snap ?
-Oui Noura ?
-Tu veux venir avec nous à la rivière ? On va boire et nager un peu.
- Non, je n’ai pas envie.
-Mais
si viens ! Allez, fini de jouer à la momie ! On en a marre nous de te
voir comme ça tous les jours ! Ça ne fera pas revenir ta mère de toute
façon ! En plus, je suis sûre qu’elle te surveille d’où elle est et
qu’elle est triste de te voir comme ça. Elle veut que tu sois heureux,
pas que tu t’acharnes sur ton sort. Et puis, tu n’es pas seul ! On est
là nous !
-Ouais, c’est vrai…tout ce que tu a dis, c’est vrai. Je la rends sûrement malheureuse à agir comme ça…
Une larme vint le long de sa joue, il inspira un bon coup, regarda Noura et Axou avec un petit sourire et dis :
-Bon ! On y va à cette rivière ! J’ai soif moi !
Noura et Axou se regardèrent, un grand sourire aux babines.
Ils
partirent tous les trois derrière la colline, là où se trouvait la
rivière, en courant et en riant à la grande stupéfaction de tous les
autres loups de la meute qui pensaient Snap dans un état irrécupérable.
Arrivés au bord de l’eau, Axou couru escalader un haut rocher et sauta
dans l’eau. Noura et Snap burent quelques gorgés de l’eau fraîche de la
rivière puis allèrent dans l’eau eux aussi. Pendant toute la matinée,
les jeunes loups restèrent dans l’eau. Ils s’éclaboussaient, faisaient
des courses, des concours d’apnées, et Snap était heureux ! Ça faisait
longtemps qu’il s’était amusé comme ça ! Les trois louveteaux avaient
mal au ventre tellement ils riaient ! Mais alors qu’Axou allait bondir
sur Noura pour la couler, il sentit une odeur. Une odeur qu’il n’avait
jamais sentie avant, il fut pris d’un frisson tellement elle était
inhabituelle.
- Vous sentez pas un truc ?
Snap rougit et dis d’une voix basse.
-Désolé…
-Mais non, pas cette odeur là ! Une odeur bizarre. Je ne l’avais jamais sentie avant aujourd’hui, ça me fait froid dans le dos.
Noura était sceptique.
- Ca doit être ton imagination.
- Mais non ! Je sens quelque chose ! Sens l’air et tu verras, toi aussi Snap.
Noura
se mit à humer l’air. Son visage changea d’un coup, il passa d’un
visage de joie à un visage d’effroi. Elle eut un frisson, et dit, la
voix tremblante :
- On ferait peut-être mieux de rentrer…
- J’suis d’accord avec toi, tu viens Snap.
Les
louveteaux remontèrent la colline, Axou et Noura étaient devant, ils
marchaient assez vite. Snap était derrière, il avançait tranquillement.
- Je ne sens toujours pas cette odeur dont vous parlez…vous me faites une farce ou quoi.
Le frère et la sœur ne répondirent pas. Ils étaient arrivés en haut de la colline et ne bougeaient plus.
- A quoi vous jouez tous les deux. C’est pas…
Snap
compris en arrivant en haut de la colline que ce n’était pas une farce.
Tous les loups de la meute avaient disparu mais l’odeur, elle, était
toujours là.
-Mais où est la meute ! Ils sont tous partis. Pourquoi ?
-Papa ! Maman !
Snap voulut rassurer les deux louveteaux.
-Ils sont peut être partis à la chasse.
-C’est
impossible ! Ils nous auraient prévenus et Atari reste toujours avec
nous dans la tanière pendant les parties de chasse et…
-Ca suffit Noura ! Peut-être que Atari nous attend là-bas. Allons voir.
Les trois louveteaux se rendirent, méfiants, à la tanière. Noura vit Atari, et avec un grand sourire elle dit :
-Atari ! Tu es là ! On croyait tout le monde parti ! Tu ne t’imagines pas la peur qu’on a eue !
Le
vieux très faible tourna sa tête vers les petits loups qu’il avait vu
naître. Il voulu parler mais Noura cria car elle avait été tellement
contente de voir le vieux loup qu’elle n’avait pas remarqué en entrant
dans la tanière que Atari était dans une véritable mare de sang et dit
en bégayant.
-M..mais…tu…tu..sai...saignes ! qu…qu’est-ce…
Voyant sa sœur sous le choc, Axou pris la parole.
-Qu’est-ce qu’il t’ait arrivé ? Et…où sont les autres ?
Snap
était resté pétrifié en voyant le vieillard, plein de griffures, de
morsures et le ventre ouvert ! Le vieux loup essaya de répondre
clairement mais ce fut difficile, son souffle diminuait et il perdait
de plus en plus de sang :
-Attention…les…deux pattes et…leur
meute…de….chiens…ils sont re..revenus…
partez...i...immédiatement…ou...ils vous...auront et…ils vous
tueront…les autres loups…. ne sont pas morts…mais…ils le….seront
bientôt...sauf...si…vous trou…trouver…le…grand…loup……..
Axou et Snap avaient compris que Atari était parti au paradis des loups, mais Noura, sous le choc, demanda :
-C’est qui le grand loup ? Et où il est ? Où est la meute ? Qu’est-ce que….
-Noura, arrête, c’est fini, Atari est mort.
Atari
était parti rejoindre la mère de Snap. Au moins, il ne souffrait plus.
Les louveteaux ne purent s’empêcher de pleurer mais la drôle d’odeur
qui s’était un peu dissipée revenait et elle était de plus en plus
forte donc de plus en plus proche.
Axou se rappela de ce que venait de dire Atari avant de mourir :
-Vous croyez que c’est ça l’odeur d’un deux pattes ? Ou peut-être celle des chiens ?
Aucun
des louveteaux ne répondit. Axou ne mit pas de temps à comprendre
pourquoi, au loin, on entendait des animaux qui courraient, des chiens
aboyaient, les deux pattes criaient des ordres à leur meute, c’était un
vrai massacre. Les bruits étaient de plus en plus proches. Snap était
inquiet.
-Vous croyez que ça vient dans notre direction ?
Axou hésita.
-Peut-être, mais on ferait mieux de se mettre à l’abri.
-Et tu veux qu’on aille où, frérot ?
En désignant une petite grotte cachée derrière des buissons, le long d’une montagne il dit :
-Là bas, on sera bien, mais…c’est quoi ça ?!
Axou
venait d’apercevoir assez loin tout un troupeau d’élans foncer dans
leur direction, suivi des chiens puis des deux pattes. Snap s’opposa à
aller dans la grotte.
-On aura jamais le temps d’aller jusque là-bas ! Je reste dans la tanière.
-Voyons Snap ! C’est du suicide de rester ici ! La tanière va se faire piétiner !
-Ne dis pas n’importe quoi Axou ! Moi je reste là que tu le veuilles ou non.
-Très
bien ! Tu viens Noura, on va dans la grotte. J’espère à tout à l’heure
Snap, on se retrouve ici quand le troupeau sera passé.
-Ok, mais faîtes vite, le troupeau se rapproche. Bonne chance !
-A toi aussi.
Snap
regarda ses amis partir en courant vers la grotte puis alla se cacher
dans la tanière. Pendant ce temps, Axou et Noura couraient du plus vite
qu’ils pouvaient mais le troupeau se rapprochait dangereusement.
Heureusement, ils réussirent à atteindre la grotte juste à temps. Ils
étaient bien cachés et de là, ils pouvaient surveiller la tanière. Le
troupeau d’élans passa à une vitesse considérable, les deux louveteaux
qui étaient dans la grotte pensaient leur ami enterré vivant et piétiné
mais le troupeau passé, ils virent la tête de Snap dépasser de l’entrée
de la tanière, il leur souriait. Les louveteaux furent soulagés,
jusqu’à l’arrivée des chiens qui, munis d’un excellent odorat, ont tout
de suite senti qu’il y avait des loups dans le coin. Malheureusement,
ils trouvèrent la tanière, ils aboyaient de toutes leurs forces pour
avertir les deux pattes qui arrivèrent en courant. Axou huma et dit :
-Cette odeur ! Celle qu’on sentait à la rivière, c’était celle des deux pattes !
- Apparemment…
Un des deux pattes regarda à l’intérieur de la tanière, il ne vit que
le corps inerte d’Atari, Snap avait pris la précaution de se cacher. Le
deux pattes se releva et parla à un autre deux pattes. Ils rigolèrent
puis l’un deux pris une boîte dans son sac. Les louveteaux ne
comprenaient pas ce qui allait se passer mais ils le comprirent
rapidement…le deux pattes mis le feu dans la tanière ! Les louveteaux
entendaient les cris de souffrance de leur ami Snap, le pauvre était en
train de brûler vif ! L’odeur désagréable du feu et d’animaux brûlés se
faisait sentir jusqu’à la grotte. Les deux jeunes loups, morts de peur
avaient envie de hurler de souffrance eux aussi mais s’ils le
faisaient, les deux pattes et les chiens les trouveraient. Ce n’est que
lorsque le cri du petit loup ne se faisait plus entendre que les deux
pattes et les chiens partirent.
Les louveteaux n’en revenaient toujours pas de ce qu’ils venaient de voir. Axou se décida quand même à parler :
-Ce sont des monstres ! Comment peut-on faire ça ! C’est atroce !
-Oui,
papa et maman nous avaient dis de nous méfier des deux pattes mais je
ne pensais pas que c’était à ce point ! Ils l’ont fait souffrir…
La petite louve n’arriva pas à parler d’avantage, elle avait le visage trempé de ses larmes. Son frère continua :
-Je crois que l’on va rester ici jusqu’à demain matin, c’est plus sûr.
-D’accord, on ne risque rien ?
-Je pense pas, les chiens et les deux pattes ne nous ont pas trouvés tout à l’heure.
-Oui, mais pourquoi ?
-Ils étaient sûrement trop occupés à faire souffrir Snap…et notre odeur était peut-être dissimulée avec la grotte…
-T’as sans doute raison…….pauvre Snap quand même, je commençais à l’apprécier…
-Moi aussi. Bon, dormons maintenant, on en aura besoin pour trouver le grand loup et notre meute !
-Mais on sait même pas où chercher.
-On verra ça demain Noura, bonne nuit
-Ouais toi aussi.
Cette nuit là, Noura réussit à s’endormir et à sombrer dans un profond
sommeil mais Axou n’arrivait pas à dormir. Il alla donc à l’entrée de
la grotte et regarda le ciel. C’était une nuit sans nuage, sans vent et
la seule lumière était celle de la lune. Le jeune loup regarda la
grande forêt qui s’étendait, pas très loin de lui. Elle était calme,
seules quelques branches craquaient de temps à autre.
« Ce sont les animaux qui chassent » songea Axou.
Il
resta pensif un long moment, tellement longtemps que la nuit était
presque finie. Il se demandait, « qui est ce grand loup ? », « où
peut-on le trouver ? », « comment saurons nous que c’est bien lui ? »,
puis une colère lui pris. Il aurait voulu crier de toutes ses forces
mais ne voulait pas réveiller sa sœur, alors, il se mit à parler à voix
basse mais sur le ton de la colère :
- Tout ça ne rime à rien ! On
ne trouvera jamais ce loup ! La forêt est immense et on ne sait même
pas par où aller ! Je crois qu’on va devoir laisser…
Une drôle de voix vint lui couper la parole.
- Axou….tu ne dois pas laisser tomber…
- Qui êtes-vous ? Montrez-vous espèce de lâche !
- Je ne voudrais pas t’effrayer.
- Vous m’faîtes pas peur !
- Très bien, si c’est ce que tu veux…
Dans
la forêt, une lumière apparue, d’abord très aveuglante puis tout à fait
supportable. La lumière s’approchait, de plus en plus. Axou avait peur
mais ne voulait pas le montrer, alors il resta debout, poitrine en
avant, à l’entrée de la grotte. La voix se remit à parler et semblait
provenir de la lumière.
- Tu n’as pas à avoir peur Axou. Concentre toi et tu me reconnaîtras.
Le
louveteau s’exécuta. Plus la lumière se rapprochait et plus elle
semblait représenter quelque chose, ou plutôt quelqu’un… C’est là que
Axou le reconnut :
- Snap ?! C’est bien toi ? Mais tu es…
- Mort, je sais.
- Oui, mais tu…tu es…
- Un fantôme Axou, je suis un fantôme. Mais ne t’inquiète pas, je suis un gentil fantôme.
Sur ces mots, Snap fit un clin d’œil au louveteau qui était encore sous le choc de cette apparition. Le fantôme reprit :
- Axou, je n’ai pas beaucoup de temps, es-tu prêt à écouter attentivement ce que j’ai à te dire ?
Le jeune loup fit un signe de tête pour dire qu’il était prêt.
-
Pour trouver le Grand Loup, toi et ta sœur vous devrez d’abord remonter
la rivière jusqu’au rocher du Cerf. Là, vous devrez aller de l’autre
côté de la rivière. Pour la traverser, vous devez absolument passer sur
les pierres qui sont après la statue. Une fois la rivière traversée, il
te faudra réciter ces mots « Arbres écartez-vous et chemin montre toi,
nous en avons besoin pour trouver le Grand Loup ». Un chemin se formera
et vous devrez le suivre. Restez toujours dessus, ne vous en éloignez
jamais ou vous risquerez de vous perdre et de courir de graves dangers.
- Et après ? Le grand loup est au bout du chemin ?
- Non, le
Grand loup est encore très loin après le chemin. Malheureusement, je ne
peux pas vous en dire plus pour le moment. Le soleil va bientôt se
lever et…
- Tu vas partir ?
- Pas vraiment. Je serais toujours avec vous mais en plein jour tu ne me verras pas, ne m’entendras pas …
- Je te verrai et te parlerai toutes les nuits ?
-
Oui, mais je ne pourrai rien te dire tant que vous n’êtes pas rendus à
l’arbre qui parle. A oui, j’allais oublier, je ne pourrai pas vous
aider en cas d’attaque…
- D’ATTAQUE ??!!! Et c’est quoi l’arbre qui parle ?
-
J’en ai déjà trop dit et je suis déjà en train de disparaître. Il y a
encore une chose importante que je dois te dire avant de disparaître.
Toi et Noura devez toujours, tu m’entends, TOUJOURS, rester ensemble !
C’est vital ! Si vous vous séparez, vous avez deux choix. Soit vous
vous retrouvez rapidement, soit l’aventure est finie pour vous deux.
Vous avez cinq jours avant que les exécutions commencent, pas plus…
La
voix de Snap s’était faite de plus en plus basse vers la fin. Le soleil
montait petit à petit et ses rayons ne tardèrent pas à faire
disparaître le louveteau fantôme. Malgré ça, Axou continuait à poser
des questions…sans réponse.
- Comment ça l’exécution ? Qu’est-ce qu’ils font à papa et maman ?
- …
- Snap ! Je sais que tu es là ! REPONDS-MOI !!
Le
petit louveteau avait les larmes aux yeux, il savait au fond de son
cœur que ses parents souffraient déjà. Tous ces cris avaient réveillé
la petite louve. Elle vit son frère à l’entrée de la grotte, les larmes
qui glissaient le long de sa joue. Elle alla le voir, lui fit une
petite lèche sur le museau pour le consoler et lui demanda :
- Qu’est-ce qu’il y a Axounet ? C’est par rapport à Snap ?
-
J’ai vu le fantôme de Snap cette nuit, on a cinq jours pour sauver papa
et maman avant qu’ils soient tués. Je suis persuadé qu’ils souffrent…
- Quoi ? Le fantôme de Snap ? Tu délires mon pauv’ frère, t’as dû rêver !
Elle rajouta avec ironie :
- Il t’a peut-être indiqué le chemin pour trouver le Grand Loup !
-
Arrête de te moquer de moi ! Bien sûr qu’il m’a donné le chemin et tu
verras que je ne dis pas de bêtises quand on trouvera le Grand Loup !!
- Ok, ok ! Mais il est où le Snap fantôme ?
- On ne le voit pas en plein jour.
- Bah oui ! Comme par hasard !
- Mais je te promets !
- Je te croirais quand je le verrai de mes propres yeux !
- Pff ! J’en ai marre !
- Moi aussi j’en ai marre de tes mensonges ! Bon ! J’ai faim moi ! On mange quoi ?
- Je le sais pas plus que toi.
- Bon bah débrouille-toi ! Moi je vais par là.
Axou se souvint des mots de Snap « vous devez toujours rester ensemble ! »
- Attends Noura. Excuse-moi, j’ai passé une sale nuit. On va à la rivière voir s’il y a du poisson ?
Noura
accepta et ils partirent tranquillement à la rivière. Ils durent passer
devant la tanière, Noura ne voulu pas regarder mais Axou trop curieux,
jeta un coup d’œil. Ça sentait très mauvais et à la vue d’Atari et de
Snap tous les deux brûlés, le petit louveteau eut un haut le cœur. Ça
lui coupa l’appétit, mais il devait manger pour prendre des forces.
A deux, ils arrivèrent à attraper quelques poissons. Ils les mangèrent,
Noura avec appétit mais Axou sans. Dès qu’elle était triste, Noura
mangeait, ça lui permettait d’oublier ses chagrins pendant quelques
instants. Les louveteaux se goinfrèrent de quelques baies également et
se désaltérèrent. Maintenant, il est temps de partir, songea Axou.
- Noura tu viens, il faut y aller maintenant.
La jeune louve avait tellement mangé que son ventre pesait très lourd !
- On peut pas attendre un peu ? J’ai trop mangé, j’ai besoin d’une sieste.
- Mais on vient de se lever Noura ! On a peu de temps, et si on n’arrive pas à temps on sera orphelins !
Noura
se souvint de tout ce qui s’était passé la veille. La drôle d’odeur, le
corps d’Atari en sang, les deux-pattes, les chiens, Snap…Elle imagina
ses parents subir le même sort, ou même pire ! Cela la terrorisa et
elle partit en sanglots !
- Noura ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
La petite louve releva la tête, essuya ses larmes avec sa patte et répliqua d’un ton élevé et sec :
- Alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
Puis elle se mit à sourire et rajouta :
- Snap t’a dit d’aller par où ?
Le
louveteau, content que sa sœur le croit, lui indiqua la direction et
ils se mirent tous les deux à remonter la rivière. Ils devaient être à
mi-chemin lorsque Noura demanda :
- Et après ?
- Une fois qu’on arrive au rocher du cerf, on traversera la rivière grâce à des rochers.
- On pourrait la traversée maintenant, regarde là-bas. Il y a des rochers aussi, ça a l’air facile.
-
Non ! On doit traverser après le rocher du Cerf. En plus, tu as vu la
vitesse de la rivière à cet endroit ! Si on glisse, on est fichu.
- Je veux au moins aller voir.
- Bon d’accord, mais on va juste voir alors.
Noura se précipita près des rochers et sauta sur le premier.
- Mais Noura ! Qu’est-ce que tu fais ! Tu voulais juste voir !
- Oui, je voulais voir si ça glissait et tu vois bien que je suis toujours là !
- Arrête Noura ! Tu vas tomber !
- Monsieur le roi de l’escalade a peur ? Regarde sur trois pattes ! Et puis sur…
- Noura !!!
La
petite louve, trop intrépide venait de glisser. En effet, le courant
l’avait heurtée de plein fouet. Heureusement, grâce à ses griffes, elle
avait pu se retenir au rocher mais elle ne tiendrait pas longtemps.
- Axou ! Aide moi ! J’t’en pris !
Axou essaya d’attraper la patte de sa sœur mais en vain. Il ne savait pas quoi faire.
- Dépêche toi je vais lâcher !
C’est alors que le vent se leva. Les arbres s’agitèrent et une branche tomba.
- Mais bien sûr ! hurla le jeune loup.
Il alla s’emparer de la branche mais lorsqu’il revint au rocher, sa sœur n’était plus là.
- Axou !
La
petite louve avait réussi à agripper un second rocher un peu plus bas.
Axou tendit la branche à sa sœur qui l’attrapa par les crocs. Le petit
loup tira de toutes ses forces, Noura était sauvée !
- J’ai cru que tu t’étais faite emporter ! Ne refais plus jamais ça ! T’as eu de la chance qu’il y avait un autre rocher.
Noura
s’en voulait. Elle se sentait toute bête. Son frère le comprit vite. Il
la serra dans ses pattes et lui dit sur un ton rassurant :
- Allez soeurette, c’est fini. J’t’en veux pas. Pour une fois que c’est pas moi qui fait des bêtises !
- Je crois que c’est tous ces événements qui me rendent différente. Je n’aurais jamais fais un truc comme ça avant !
Ils
se firent chacun un grand sourire et repartir en chemin. Ils
commençaient à apercevoir le rocher du Cerf lorsqu’ils sentirent une
odeur qui ne leur était pas inconnue. Leurs regards se croisèrent, ils
pensaient à la même chose. Les deux-pattes et leurs chiens n’étaient
pas loin…
Les louveteaux se mirent à courir le plus vite qu’ils pouvaient mais
les chiens, suivis des chasseurs se rapprochaient. Les jeunes loups
arrivèrent au rocher du Cerf, maintenant, il fallait traverser la
rivière. Axou sauta sur le premier rocher, puis le deuxième, suivi de
près par Noura. Les louveteaux avaient réussi sans problème à traverser
la rivière. Axou regarda en direction des arbres, essayant de se
souvenir de la phrase. Deux chiens, plus rapides que les autres,
étaient déjà là, juste de l’autre côté de la rivière. Le premier
s’élança mais voulant aller trop vite, il tomba et se heurta la tête un
peu plus loin.
- Un de moins! cria Noura
- J’arrive pas à me souvenir de la phrase ! Arbres poussez-vous…non c’est pas ça!
Le
deuxième chien entama la traversée, il n’avançait pas très vite mais il
se rapprochait des jeunes loups quand même. Axou continuait ses
recherches :
- Arbres écartez-vous…oui c’est quelque chose comme
ça ! Arbres écartez-vous….et chemin montre toi…….nous en avons besoin
pour trouver le….
Le cri de sa sœur l’interrompit, le chien était
debout, face à eux, les babines retroussées, et ses yeux fusillaient
les louveteaux. Il était très grand, sa mâchoire était immense et ses
dents très pointues. Le chien attrapa la patte d’Axou mais Noura se
jeta sur le chien et lui mordit la queue de toutes ses forces. Le chien
lâcha prise, hurla, et se mit à tourner sur lui-même pour attraper la
petite louve mais il n’y arrivait pas. Axou avait la patte en sang mais
il se releva et prononça la phrase:
- Arbres écartez-vous et chemin montre-toi, nous en avons besoin pour trouver le Grand Loup.
Le
chemin s’ouvrit comme par magie. Les arbres se déplacèrent pour former
un chemin sombre et étroit. Bien qu’effrayé par le grand chien, Axou le
menaça, pour permettre à sa sœur de s’enfuir dans le chemin sans danger
:
- Eh ! Gros tas de graisse!
- C’est à moi que tu parles minus?
- T’es trop nul! T’arrives même pas à choper des p’tits louveteaux! T’es un bon un rien!
La petite louve en avait profité pour lâcher prise et s’était cachée dans le chemin. Ce dernier commençait à se refermer.
- Axou ! Dépêche-toi! Le chemin se referme!
Axou
se mit à courir vers le chemin, il y entra mais le chien était toujours
derrière lui mais il s’arrêta d’un coup et s’écarta. Le chemin était
presque fermé mais un des deux-pattes qui venait d’arriver tira sur les
louveteaux. Heureusement, il les manqua et le chemin se referma.
- Qu’est-ce que j’ai eu peur! J’ai cru qu’il allait nous bouffer! Quand il a attrapé ta patte…j’ai cru que tout était fini.
Axou léchait sa patte qui lui faisait mal pour que le sang ne coule plus.
- Moi, j’ai cru qu’il allait t’attraper lorsque tu étais accroché à sa queue!
- C’était pour te sauver
- Ouais, merci…
Ils
marchèrent durant une heure, mais n’avait pas beaucoup avancé. Axou
boitait, il n’avait rien de cassé, mais la blessure était quand même
profonde. La nuit était tombée, les louveteaux étaient fatigués, ils
s’arrêtèrent.
- Axou?
- Oui?
- Demain, on fait quoi?
- On cherche l’arbre qui parle.
- L’arbre qui parle ! J’aimerais bien voir ça!
- Mais tu le verras Noura, tu le verras!
Noura
était tellement exténuée qu’elle s’était endormie. Axou attendait que
Snap vienne le voir comme promis. Le fantôme du loup apparut quelques
instants plus tard.
- Bonsoir Axou, ça va ta patte?
- Oui, tu as tout vu aujourd’hui?
- Oui mais comme je te l’ai dit, lors de combats, je ne peux rien faire.
- Je sais, mais ça aurait pu être pire, on est encore vivant.
- Ta sœur aussi a eu de la chance, elle a failli se noyer.
- J’ai eu si peur pour elle! Heureusement qu’une branche est tombée.
- C’est grâce au vent…
- Ouais, comme par hasard, il s’est levé à ce mom….mais attends voir…c’est toi? C’est toi qui as fait tomber la branche?
- Je t’avais dit que je ne pouvais pas t’aider lors de combat mais pour ça, je peux t’aider!
- Oh merci!
Le louveteau se jeta sur Snap pour le serrer dans ses pattes mais il avait oublié que c’était un fantôme et il tomba à terre.
- J’suis bête des fois!
Ils se mirent tous les deux à rire et Snap continua :
- Je vais peut-être te laisser. Tu as besoin de sommeil. Et t’inquiète pas pour ta patte, demain ça ira mieux.
- J’espère!
- Mange un de ces fruits, ça diminuera la douleur et tu pourras dormir.
Le
fantôme désigna un petit fruit bleu dans des buissons. Le louveteau
s’empressa de le manger puis se retourna pour remercier son ami. Il
n’était plus là. Axou alla se coucher près de sa sœur et s’endormit.
Les louveteaux dormirent jusqu’en début d’après-midi. Noura se réveilla la première, elle secoua son frère pour le réveiller :
- Axou ! Debout ! Il est déjà très tard ! On a trop dormi !
- Hein ?
- Lève toi paresseux ! Il faut y aller !
Axou
se leva, s’étira et bailla. Sa patte ne lui faisait presque plus mal.
Lui et sa sœur continuèrent leur route sur le chemin. Au bout d’une
heure, ils étaient au bout du chemin et il y avait des centaines
d’arbres devant eux.
- Axou, tu sais comment il est l’arbre qui parle ?
- Non, mais ça doit être un grand arbre assez vieux.
- En tout cas c’est sûrement pas celui là ! Il est tout petit par rapport aux autres !
Les louveteaux, se moquant du petit arbre, furent surpris quand celui-ci se mit à leur parler d’une voix grave :
- Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle, petits étrangers.
- Mais ? C’est vous l’arbre qui parle? Mais vous êtes tout p’tit .
- Mon don de parler n’a pas que des avantages, c’est à cause de lui que je suis si petit. Pourtant, j’ai bientôt 500 ans.
- 500 ans ! Vous êtes vieux !
- Noura ! Tais-toi.
- Désolée.
- Qu’est-ce qui vous amènent jusqu’à moi jeunes loups ?
-
On cherche le Grand Loup car notre meute s’est faite enlever par les
deux-pattes et il pourra nous aider. Mais on n’a pas le temps de
papoter ! Il est où ce Grand Loup ?
- Je vous le dirai seulement lorsque vous aurez passé l’épreuve.
- L’épreuve ? Quelle épreuve ?
- Si vous passez l’épreuve, c’est que vous êtes aptes à aller voir le Grand Loup.
- Très bien, faut faire quoi ?
-
Vous passez par ce terrier, vous arriverez dans le lieu où se déroule
l’épreuve. Vous devez me ramener une pierre jaune. Elle se trouve dans
une clairière, au sommet d’un arbre, dans un nid.
- Allons-y Noura, le temps presse.
- Bonne chance jeunes loups, vous en aurez besoin.
Les
louveteaux passèrent dans le terrier. De l’autre coté, il y avait une
immense forêt, les louveteaux se mirent à courir. Au bout de quelques
minutes, la terre qui était sous les pattes d’Axou devint molle. Il
s’arrêta pour attendre sa sœur mais ses pattes se mirent à s’enfoncer
dans cette terre. Le loup se débattait mais rien à faire, il
s’enfonçait de plus en plus. Heureusement sa sœur était encore sur la
terre ferme.
- Aide moi Noura !
- Oui mais comment ?
- …le vieil arbre là-bas, envoie moi un bout d’écorce !
La
petite louve vit le vieil arbre en question. Son écorce était tombée
sur le sol. Elle pris un des morceaux d’écorces et le jeta près de son
frère. Le louveteau réussi à monter dessus puis il bondit sur la terre
ferme de l’autre coté de la mare de terre molle. Noura bondit elle
aussi sur l’écorce puis rejoignit son frère.
- On a eu chaud sur ce coup là !
- Ouais. Il faut que j’aille me rincer quelque part, la terre durcit.
Un
peu plus loin, ils trouvèrent un lac. Axou se rinça. Ils repartirent et
trottinèrent pendant plusieurs heures. Ils arrivèrent dans une grande
clairière, au milieu, il y avait un arbre.
- C’est sûrement celui-là ! s’écria Axou
Ils voulurent sortir de la forêt pour atteindre l’arbre mais un renard vint leur couper la route.
- Vous comptez aller où comme ça ?
- On veut juste allez chercher quelque chose dans l’arbre là-bas.
- Je ne crois pas, cet arbre tout comme cette clairière m’appartient.
- Mais c’est très important !
En
disant ces mots, Axou tenta de passer mais le renard se jeta sur lui.
Noura attrapa le renard par la queue et le balança contre un arbre. Le
renard était sonné mais il lui en fallait plus pour l’abattre. Les
louveteaux, voyant le renard sur le point de repasser à l’attaque, se
jetèrent sur ce dernier. Le renard fit les frais de toute la colère que
les louveteaux avaient accumulée jusque-là. En quelques coups de crocs,
le renard fut tué. Les louveteaux, affamés, en profitèrent pour remplir
leur estomac. Il ne restait rien du renard.
- On y est allé un peu fort sur ce coup là…
- C’était lui ou nous, on avait pas trop le choix.
- Ouais.
Les
jeunes loups étaient arrivés près de l’arbre. Il fallait maintenant
trouver un moyen d’aller chercher la pierre. Axou eut une idée :
- Fait moi la courte échelle, je vais essayer de monter.
Noura
s’exécuta. Axou attrapa une petite branche mais sous le poids du
louveteau se cassa. Ils refirent une seconde tentative avec une autre
branche plus solide. Petit à petit, le louveteau réussi à atteindre le
nid mais un oiseau y dormait. Voyant la pierre dépasser de sous
l’animal il voulut la prendre. L’oiseau se réveilla et se mit à donner
des coups de bec sur la tête du louveteau, celui-ci tomba de l’arbre.
- Laissez mes œufs tranquilles sales voleurs!
- Mais on ne veut pas de vos œufs. On veut juste la pierre jaune dans votre nid.
- Bah il suffisait de demander. Tenez.
- Merci
Noura
fut contente car grâce à elle, ils avaient la pierre jaune. Les
louveteaux s’empressèrent de retourner près de l’arbre qui parle.
- On a la pierre ! s’exclama Noura
-
En effet, c’est bien elle. Vous allez pouvoir rencontrer le Grand Loup.
Vous voyez la montagne là-bas ? En haut il y a une plate forme, le
Grand Loup s’y trouve.
- Là haut ?
- Oui, ce sera dur mais vous pouvez encore laisser tomber.
- Non! Jamais de la vie!
Noura
et Axou partirent vers la montagne. Ils allaient devoir l’escalader
pour trouver le Grand Loup. La nuit tomba peu de temps après leur
départ, ils s’arrêtèrent pour dormir. Snap ne vint pas cette nuit là et
Axou était inquiet, il ne leur restait que 3 jours.
Après une nuit pleine de cauchemars, Noura se réveilla en sursaut juste
avant son frère. Lui aussi avait mal dormi mais il ne fallait pas
traîner. Le sort de leur meute était entre leurs pattes. Ils
repartirent donc à l’assaut de la montagne. Ils furent rapidement
arrivés aux pieds de celle-ci. Axou, l’as de l’escalade, l’observa
méticuleusement puis donna son jugement.
- Les trois premiers quarts
seront simples. Une fois fait, on pourra se reposer un peu sur la plate
forme là-haut, en plus, je crois qu’il y a une petite grotte. Puis, on
pourra faire le dernier quart.
- Il est dur?
- Je pense, oui. Mais ensemble on y arrivera.
Comme
l’avait dit Axou, les trois premiers quarts de la montagne furent
escaladés simplement et rapidement. Arrivés sur la plate forme, les
louveteaux se dirigèrent vers la grotte pour se reposer mais un lynx y
dormait déjà.
- Je crois qu’on va continuer maintenant, on se reposera plus haut, dit Axou d’une voix basse
Les
deux jeunes loups repartirent donc faire leur escalade. A mi-chemin
entre la plate-forme où dormait le lynx et celle où se trouvait le
Grand Loup, Axou trébucha légèrement. Une pierre tomba pour atterrir
juste à l’entrée de la grotte. Le lynx, réveillé en sursaut, leva la
tête et vit les louveteaux. Se sentant menacé, il fonça à leurs
trousses dans un rugissement de colère. Axou et Noura accélérèrent le
pas mais grâce à son agilité et à son expérience, le lynx les
rattrapait petit à petit. Tout à coup, une roche céda sous le poids du
félin. Il réussi de justesse à se rattraper et continua sa course après
les louveteaux. Pendant ce temps, ces derniers avaient atteint le
sommet de la montagne et étaient maintenant sur une immense
plate-forme. Malheureusement pour les louveteaux, aucun signe d’un
quelconque Grand Loup. Noura s’énerva :
- Tout ça pour rien?!
Avant
qu’elle n’ait le temps d’en dire plus, elle fut interrompue par le
grondement du lynx. Les louveteaux avaient très peur. Cette fois, il
n’y avait pas de chemin secret pour se cacher. Le lynx fit un bond
droit sur le frère et sa sœur mais une grande masse vint heurter le
félin par le côté. Celui-ci s’étala deux mètres plus loin à moitié
assommé. Un magnifique loup blanc se tenait devant les louveteaux.
Noura fut pleine d’espoir.
- Vous êtes le Grand Loup ?
Le loup
mystérieux sourit à la petite louve. Il voulu lui répondre mais le lynx
qui venait de reprendre ses esprits lui sauta sur le dos toutes griffes
dehors. Un véritable combat à mort commença. Le lynx planta ses griffes
dans le dos de son ennemi puis lui arracha l’oreille d’un coup sec. Le
loup hurla. Il se mit debout sur ses pattes arrières puis se laissa
tomber en arrière pour se débarrasser du fauve. Cette tactique
fonctionna puisque le lynx lâcha prise. Le loup lui attrapa une de ses
pattes, la brisa en la serrant de toutes ses forces puis balança
l’animal un peu plus loin. Le sauveur des louveteaux pensait en avoir
fini avec la bête mais il manqua d’attention quelques instants et se
fit projeter sur le bord de la montagne par le lynx. Il perdit
l’équilibre et bascula. Il put agripper le bord avec ses griffes juste
à temps mais il était épuisé. Il lui fallait de l’aide pour remonter.
Les louveteaux étaient tétanisés, mais même à eux deux, ils n’auraient
pas la force de tirer le loup hors du vide. Le lynx, boitant et en
sang, s’approcha tranquillement du loup. Il leva une de ses pattes
avant et sortit ses griffes. Il était sur le point de frapper mais Axou
interpella le félin.
- Arrête! Laisse-le! Il ne mérite pas un sort comme ça!
Le
lynx regarda le louveteau avec un regard à glacer le sang mais ne
répondit pas. Le loup, suspendu entre la vie et la mort, dit d’une voix
faible :
- Ne vous occupez pas de moi, partez, sauvez vous!
Les
louveteaux restèrent où ils étaient. Ils ne pouvaient pas partir. Le
seul chemin était celui d’où ils venaient mais l’ennemi leur barrait la
route. Le fauve fini enfin par parler, s’adressant aux louveteaux :
- Je m’occuperais de vous après. J’ai horreur que l’on m’interrompe lorsque je suis sur le point de tuer.
Il
se retourna vers le loup, leva la patte puis sortit ses griffes de
nouveau. Les deux animaux en sang se regardaient. Le félin allait
frapper.
Une voix grave et ferme coupa l’élan du lynx.
- Laisse-le Linky
Le fauve se recula aussitôt. La peur et le respect envers l’animal qui venait de parler pouvaient se lire dans son visage.
Cet
animal était un superbe loup. Il avait un magnifique pelage gris
argenté, des yeux marron, et, autour de son cou, un pendentif noir en
forme de tête de loup. Cet animal ne pouvait être que le Grand Loup,
mais alors…qui était le loup blanc qui les avait sauvés ? Le Grand Loup
aida ce dernier à remonter puis chassa le lynx. Il remarqua la présence
des louveteaux quelques minutes après. Il les interrogea rapidement
d’une voix beaucoup plus douce et plus calme que celle de tout à
l’heure. Axou et Noura furent aussitôt rassurés.
- Que faites-vous ici jeunes loups ?
- On cherche le Grand Loup…et…on pense que c’est vous.
- Et pourquoi moi et pas ce loup ?
Il
désigna le loup blanc qui était méconnaissable. En effet, il avait
perdu son pelage blanc et brillant. Il était couvert de sang. Il en
avait surtout sur le dos où le lynx avait planté ses griffes et sur le
visage. La plaie où se trouvait son oreille n’avait cessé de saigner
durant tout le combat.
- On pensait que c’était lui au début mais, avec votre pendentif…
- Tu as vu juste. Je suis bien le Grand Loup. Mon véritable nom est Tikko. Ce loup qui vous a sauvé la vie est mon frère, Lokky.
- Il va s’en sortir ?
- Je pense que oui, mais il doit se reposer. Pourquoi me cherchiez-vous?
- Notre meute s’est faite capturée par les deux-pattes et on nous a dit de venir vous voir.
- Vous avez bien fait. Je connais un raccourci pour aller chez les deux-pattes. Savez-vous combien de temps nous avons ?
- Trois jours je crois.
- On aura le temps alors. Pour l’instant, vous allez manger et faire une longue nuit de sommeil.
Le
Grand Loup alla chercher un cerf qu’il avait chassé le matin même. Lui,
son frère, et les louveteaux partagèrent ce festin avant de s’endormir.
La nuit était presque finie lorsque quelque chose réveilla Axou. C’était Snap, il avait l’air affolé.
- Snap? Mais qu’est-ce qui t’arrives?
- On a un gros problème.
Le jeune loup ouvrit de grands yeux de surprise. Snap continua :
- Ils ont avancé l’exécution de la meute, elle se fera au prochain coucher de soleil.
- Je vais prévenir le Grand Loup.
- Ok, je te laisse alors. Bonne chance.
- Merci.
Le fantôme partit et le louveteau courut prévenir Tikko, le Grand Loup.
- Grand Loup ! Grand Loup ! Réveille toi !
- Quoi ?
- La meute…les deux pattes…coucher de soleil…
Axou n’arrivait pas à prononcer la moindre phrase mais Tikko comprit le problème. Il réfléchit un long moment.
- Si on part maintenant, on pourra peut-être les sauver, mais je ne te promets rien.
- Allons-y alors !
Le louveteau réveilla sa sœur. Lokky, le loup blanc, ne vint pas avec eux, il était encore trop faible.
- On descend par où ? Demanda Noura.
- Suivez-moi.
Le
loup gris argenté se dirigea vers le milieu de la plate-forme. Il se
mit à réciter des paroles incompréhensibles. Son pendentif s’illumina,
la terre se mit à trembler légèrement, et une trappe s’ouvrit juste
devant l’animal. Un escalier descendait jusque sur la terre ferme.
- C’est le chemin le plus court pour aller chez les deux-pattes.
- Ils sont justes après l’escalier ?
- Non, après nous allons marcher presque toute la journée et on arrivera dans la zone des deux-pattes.
Les louveteaux ne répondirent pas. Le Grand Loup entama donc la descente des escaliers, ils le suivirent.
Ils marchèrent jusqu’en fin d’après midi où un grillage leur barra la route. Derrière se trouvait la zone aux deux-pattes.
- Il faut creuser, répliqua le Grand Loup en commençant le travail.
Les
jeunes loups firent de même et rapidement ils purent passer de l’autre
côté. Ils avancèrent tous les trois en silence jusqu’au moment où Axou
brisa une branche avec sa patte. Un chien fut alerté par ce bruit. Il
s’approcha lentement dans un grognement en flairant l’air puis vit les
intrus. Le Grand Loup se plaça entre lui et les louveteaux.
- On ne veut pas d’ennuis, on veut juste savoir où sont les loups.
Le chien, comprenant qu’il n’était pas menacé, s’assied, et lui répondu tranquillement :
- Ils sont dans les cages là-bas mais un des loups est déjà dans la zone.
- Dans la zone ? Répéta Axou inquiet.
- La zone de mise à mort. Le loup qui s’y trouve va bientôt connaître une fin terrible.
- Vous n’êtes pas comme les autres chiens ? demanda Noura.
-
Non, c’est vrai. J’ai été élevé par des loups lorsque j’étais petit. Je
vous considère donc comme des frères. Je peux sûrement vous aider à
sauver votre famille mais tout le monde se trouve devant la zone.
- Combien sont-ils ? demanda le loup gris argenté.
- Cinq chiens et quatre hommes.
- Seulement cinq chiens ?
-
Oui, beaucoup sont morts ces derniers temps. Les hommes les tuent et ne
gardent que les meilleurs. J’en fais partie mais je n’attaque jamais
les loups, je reste toujours en retrait dans ces cas-là.
Un bruit
retentit près de la zone. Le chien dressa ses oreilles pour écouter. Il
savait ce que signifiait ce bruit. L’exécution du malheureux loup
allait commencer. Les loups et le chien se rapprochèrent discrètement.
- Je ne connais pas ce loup, murmura Axou, il n’est pas de notre meute.
Personne
ne répondit. Un homme entra dans une grande cage, là où se trouvait le
loup. Il avait une batte pleine de petits piquants dans la main. Quand
au loup, il était couché sur le sol et le regardait avec des yeux
pleins de tristesse et de souffrance. Il était maigre et son corps
était couvert de plaies. Le loup n’avait aucune chance, il attendait
son heure. L’homme s’approcha de lui et se mit à le battre. L’animal
était couvert de petits trous, il se vidait de son sang. Il n’avait pas
la force de se défendre ni même de hurler de souffrance. Il était
maintenant dans une mare de sang mais il vivait encore. L’homme sortit
de la cage, son bâton à piquants était plein de sang et de peau de
l’animal. Alors que le loup souffrait en silence, deux chiens furent
introduits dans la cage. Ils se chargèrent d’achever le loup.
- Au moins, il ne souffre plus, dit la petite louve encore les larmes aux yeux.
- Il faut se dépêcher, dit le chien, quand ils auront nettoyé la grande cage, ils recommenceront.
Les
cages aux loups n’étaient pas gardées mais ils les ouvrirent. Les
louveteaux reconnurent à peine leurs parents et Tork. Le Grand Loup se
mit à réciter des paroles incompréhensibles, comme le matin même, sur
la montagne. Son pendentif s’illumina, la terre trembla légèrement et
les cages s’ouvrirent une à une. Le loup gris demanda aux loups martyrs
s’ils pouvaient marcher. Ils répondirent que oui. Ils se dirigèrent
tous vers le trou sous le grillage. Le Grand Loup passa le premier,
suivi des louveteaux, des loups blessés puis du chien. Ce dernier
venait de passer lorsqu’il entendit un autre chien aboyer. Il donnait
l’alerte. Les quatre hommes et les quatre autres chiens arrivèrent et
partirent à leur poursuite.
La nuit était tombée. Le groupe entra dans une forêt obscure que le
Grand Loup et les louveteaux avaient traversé pour arriver jusque chez
les deux-pattes. Les chiens étaient à leurs trousses, les hommes un peu
plus loin. Le loup gris eut une idée :
- Je vais faire diversion. Vous, passez par là, je vous rejoindrai plus tard.
Les
autres loups et le chien prirent la direction indiquée par le Grand
Loup mais ils tombèrent nez à nez avec une route. Pendant ce temps, le
Grand Loup courait dans la direction opposée et hurlait pour attirer
l’attention des hommes et des chiens. Cela fonctionna. Deux hommes et
trois chiens se mirent à sa poursuite, les autres hommes et chiens
rattrapaient dangereusement la meute.
- Il faut traverser.
Les
mots que Bluk, le male alpha, venait de prononcer leur firent, à tous,
froid dans le dos, même à Tork. D’habitude, ce loup très solitaire mais
courageux, n’avait peur de rien. Le chien prit la parole :
- C’est
vrai que nous n’avons pas le choix. Allez-y d’abord, je vous rejoindrai
après. Je vais essayer de vous faire gagner du temps. Au fait, je
m’appelle Max.
- Alors je vais t’aider Max, affirma Bluk
- Moi aussi, rajouta Tork.
- Vous n’êtes pas trop fatigué après ce que vous avez endurés ?
-
Je veux sauver ma compagne et mes enfants. Tant pis si je doit mourir.
Ambre, Axou, Noura, dès que je vous le dis, traversez et partez le plus
loin que vous le pourrez, on vous rejoindra plus
tard............ALLEZ-Y!!
Après une légère hésitation, la louve et
ses enfants traversèrent et s’enfoncèrent dans la forêt. Les chiens
arrivèrent quelques instants après. Max se chargea du premier en
quelques coups de crocs. Le second n’eut le temps que de griffer la
joue de Tork avant d’être tué à son tour. Les hommes arrivaient. Il
fallait traverser. Max se lança le premier, suivi de Bluk, quand à
Tork, il hésitait.
- Tork! Qu’est-ce que tu attends? Viens vite!
Les
deux-pattes arrivaient, il n’eut pas le choix et commença sa traversée.
Aucune voiture à gauche, ni à droite. Tout s’était bien passé. Le loup
fut rassuré, et regarda son chef avec un sourire content d’avoir
surpassé sa peur. Bluk lui rendit ce sourire mais un coup de feu
retentit, Tork tomba sur le sol, inerte. Le chien et le loup détalèrent
aussitôt. Un des hommes, complètement imprudent, courut à leur
poursuite mais se fit faucher par une voiture. Quand à l’autre
deux-pattes, sans chien et sans complice laissa tomber son fusil et
partit. Les deux animaux avaient entendu la scène et étaient revenus.
Il fallait maintenant retrouver le Grand Loup.
Pendant tout ce
temps, le Grand Loup s’était rendu près d’un geyser d’eau bouillante
juste au bord d’une falaise. Les trois chiens se jetèrent sur lui. Il
en fit basculer un dans le vide. Ils n’arrivaient pas à se débarrasser
des deux autres donc il se plaça juste à côté du geyser. Quelques
minutes après, ce dernier jaillit. Un des chiens fut propulsé en l’air
puis retomba un peu plus loin en se brisant le cou, l’autre partit,
effrayé. Le Grand Loup avait le visage qui le brûlait. L’eau avait
jailli sur les chiens mais aussi sur lui. Deux hommes armés arrivèrent.
Ils pointèrent leur arme sur l’animal mais un loup se jeta sur l’un des
hommes. C’était Ambre, la femelle Alpha. Axou et Noura n’étaient pas
loin. La louve arracha le fusil des mains de l’homme et le balança au
Grand Loup qui le jeta dans le vide. L’autre homme voulu tirer sur la
louve mais une lumière très puissante l’éblouit ce qui permet au loup
gris de se jeter sur lui. La louve mordit son prisonnier au cou jusqu’à
ce qu’il meurt d’étouffement. Quand au Grand Loup, il traîna l’autre
jusqu’au bord de la falaise et le poussa. L’homme se cogna la tête et
fut mort avant d’arriver en bas. Juste après arrivèrent Max et Bluk.
- Tout le monde va bien ?!
- Oui, tout est fini, répondit la louve à son compagnon.
Les louveteaux sortirent de la forêt pour rejoindre leur meute. Axou était tout fou.
- Maman ! Maman ! Tu sais quand le deux-pattes a été ébloui par une lumière ? C’était Snap ! J’en suis sûr !
En
effet, la lumière, c’était bien Snap mais pas seulement. C‘était aussi
Atari, Tork et des dizaines de fantômes de loups qui voulaient se
venger des hommes. Tous apparurent près de la meute, mais seul Axou
pouvait les voir.
- D’ailleurs, il n’est pas avec vous ? Rajouta sa mère n’ayant pas vu le fantôme du louveteau en question.
Les
louveteaux commencèrent à conter leurs aventures sous les regards
intrigués et compatissants de la troupe. Tous furent surpris que des
louveteaux aient fait un tel exploit. Ils discutèrent toute la nuit,
chacun sur leur passé, mais aussi sur le futur.
- Dis-moi Max, tu vas aller où maintenant ? demanda la petite Noura.
- Je ne sais pas vraiment.
- Tu pourrais resté avec nous, proposa Bluk.
- Ce serait avec grand plaisir !
- Et toi Grand Loup ? Tu vas où maintenant ? Tu retournes vivre sur la montagne avec ton frère ? demanda Axou
- Oui, d’ailleurs, l’heure est venue pour moi de partir.
Le
Grand Loup salua ses compagnons. Tous lui sourire. Sourire qu’il leur
rendit aussitôt. Puis il repartit, courant à travers la forêt.
- Je
crois que pour la fin de la nuit et pour la prochaine journée, on va
rester ici et reprendre des forces. Ensuite, on retournera chez nous,
annonça le chef.
Tous s’endormir dans un sommeil paisible, sauf
Axou. Il regardait le ciel qui était aussi étoilé et aussi beau que le
soir où il avait vu le fantôme de Snap pour la première fois.
D’ailleurs, celui-ci apparut un bref instant :
- Bien joué Axou, vous avez réussi.
Axou ne répondit pas et lui sourit. Snap continua :
- Tu n’as plus besoin de moi maintenant. A bientôt j’espère.
Une magnifique louve fantôme apparut auprès de Snap.
- Tu viens fiston, on doit y aller maintenant.
La louve et le louveteau firent un large sourire à Axou.
- Je suis peut-être un fantôme, mais je n’ai jamais été aussi heureux ! Adieu Axou.
- Au revoir Snap, au revoir la maman de Snap.
Les
deux loups disparurent dans l’obscurité, ensemble. Axou s’endormit
paisiblement et savait qu’un jour ou l’autre, il reverrait le Grand
Loup, le loup blanc et bien sûr, Snap.
FIN