Chapitre I : Une triste nouvelle

 

     Il courrait se mettre à l'abri des arbres, afin d'éviter de se faire repérer. Il ne pouvait pas se permettre d'être vu avant d'agir, pas comme la dernière fois à l'entraînement. Les épaisses broussailles se chargeraient de couvrir sa progression, son pelage foncé empêchant de le repérer correctement parmi les ombres projetées par les conifères.

    Thyiam se doutait que tous les autres de la meute étaient déjà en position, il pouvait le sentir par la disposition des odeurs. Cette fois, c'est lui qui donnerait le signal. Après tout, c'était le moindre des honneurs pour une première chasse, et son père Nava avait insisté auprès des autres chasseurs plus expérimentés. Il était si respecté que sa décision ne fut à aucun moment remise en cause.

     Le fait que la chasse du jour dépendait intégralement de son comportement avait de quoi le perturber. C'était super d'être le meneur, mais avec la pression!! Pourvu que ça se finisse vite. La proie était déjà en vue. Un vieux caribou croûlant, et sûrement malade, plus bon à rien pour sa harde. Sa perte ne serait peut-être même pas une mauvaise chose. Thyiam ne voulait pas se vanter, mais il avait bien choisi. Et après trois quarts d'heure d'observation, c'était la moindre des choses.

     Ça y est. Le voilà en position. Il suffisait d'un seul et unique signal, et tous les chasseurs seraient à sa suite. L'adrénaline montait dans son organisme. Sa première chasse! Pour une fois, il mangerait le gibier qu'il a lui-même chassé, et non pas celui des autres. Thyiam s'accroupit, en position d'attaque.

     C'est partit!

     À peine venait-il de surgir de sa cachette que les autres loups sortirent également. Im-médiatement, la harde entière s'élança de l'autre côté des assaillants pour leur échapper. C'est le début d'une course poursuite intense, mais courte, pendant laquelle les chasseuses, plus rapides et légères que leurs homologues masculins, rabattèrent la proie choisie pour tenter de la séparer des autres. Thyiam et tous les autres mâles restaient à portée de sprint. Ils devaient juste porter le coup final, rien de plus.

     Le vieux mâle perdait son souffle après seulement trentes secondes de poursuite, et commençait à faiblir dans sa course. Ça pouvait quand même pas déjà être fini! Les mâles reprenaient du terrain, Thyiam toujours en tête. Les femelles continuaient de harceler la proie. Dans quelques instants, ce serait la mise à mort, puis le dîner...

     Thyiam n'est plus qu'à une dizaine de mètre. Il va l'avoir, il va l'av...mais...que fait Niju? Il le dépasse! Le distance même!

 

- Niju!! Qu'est-ce que tu fais?!!

- Si je prends pas les choses en main, il va s'échapper! Laisse moi faire!!

- C'est MA chasse Niju!!

- C'était ta chasse...louveteau!!

 

     Niju reprit encore plus d'avance, sauta sur le caribou, prit la patte arrière dans ses puissantes mâchoires, et la brisa. L'ongulé s'effondre alors au sol, finalement vaincu. Mais Thyiam n'a pas le temps de l'approcher que déjà Niju lui a mordu le coup, et tué. Il se sentait vraiment hors de lui. Comment ce faux-jeton avait osé lui voler SA chasse, et par le même temps, défier l'autorité de Nava?

     Emporté par sa colère, Thyiam se mit entre le cadavre et Niju, et grogna très fort. Il ne comptait pas le laisser pousser l'offense encore plus loin.

 

- T'en a trop fait, Niju!

- J'ai juste mené cette chasse à son terme. On ne pouvait pas prendre le risque de la rater. Et je t'ai évité une humiliation cuisante.

- C'est ça, jubile! Tu vas très vite déchanter devant Nava, mon père!

 

     Niju se retint de rire, mais esquissa tout de même un sourire narquois et moqueur. Il semblait si méprisant avec cette allure.

 

- Arrête avec ton air hautain! Tu es très loin de connaître la vérité, louveteau!

- Hahaha, tu es tellement ridicule que tu me fais rire! Et quelle vérité, hein? La tienne? Très peu pour moi!

- Il est temps que tu saches! Va donc voir ton cher Nava! Il t'expliquera la vérité sur tes...

- ASSEZ!!! la voix tonitruante de Nava imposa un silence quasi-religieux parmi les chasseurs de la meute. Niju! Je commence à en avoir assez de toi et de tes manigances! Retourne avec les autres de la meute. Comme punition, tu n'auras pas droit à ta part de cet animal.

- Tu me le paieras un jour, Nava! Mais Niju était forcé d'obéir. En passant à côté de Thyiam, il lui murmura: Parle lui de tes parents.

 

     Mais qu'est-ce qu'il voulait dire par là? Il pétait un câble ou quoi? Pourquoi parlait-il de ses parents? Nava est son seul père, et sa mère est morte il y a très longtemps.

     Thyiam en avait vraiment marre des divagations de Niju. Sans cesse il complotait dans son coin pour prendre le contrôle de la meute. Nava était plus que tolérant à son égard, supportant ses attaques sans fléchir. Lui n'aurait pas tenu aussi longtemps.

 

- Thyiam. C'est ta chasse. La première part de cet animal te revient donc.

- Je n'ai pas mené cette chasse à son terme, je suis donc indigne de cet honneur. Ayant perdu sa confiance en soi, le jeune loup baissa la tête et les oreilles.

- Mais que raconte tu là? Tu t'es montré tout à fait capable de chasser. N'ai-je pas raison, vous autres?

- Sans l'intervention de Niju, commença l'un d'eux, tu l'aurais eu.

- C'est sur, poursuivit un autre.

- Pour la prochaine fois, fit une louve, tu verras que tu es un bon chasseur, petit.

- Tu vois? Les chasseurs sont aussi d'accord. Allez Thyiam, ne te fais pas prier.

- Merci de votre soutien père.

- Je voudrais te parler plus tard. J'ai des choses à te dire. Des choses très importantes te concernant...Retrouve moi au rocher perçant ce soir...

- J'y serais.

 

     Ayant reglé le conflit et fait ce qu'il avait à faire, Nava retourna donc au sein de la meute, en attendant que les chasseurs ramènent la carcasse. Il était dans une situation délicate. Niju en avait beaucoup trop dit à Thyiam. Ce dernier devait désormais savoir. Il ne pouvait pas vivre dans l'ignorance encore plus longtemps. Mais finalement, n'en était-il pas mieux ainsi?

     Mais pour l'instant, le jeune loup noir et blanc fêtait sa première chasse en entamant en premier le gibier abattu. Même si cette viande avait un certain parfum amère de défaite. Ce n'était pas lui qui avait mené cette chasse à son terme, malgré ce que disaient Nava et les autres. Il se sentait en échec. Qu'importe!! Il recommencerait, et le prochaine fois, ce sera lui qui abattra la proie! Il s'en savait capable! Cette louve avait parfaitement raison!

     Le cadavre fut donc ramené au clan au bord de la mer, dans les rocheuses. Là, on célébrait Thyiam pour son exploit. Personne ne savait, sauf les chasseurs et Nava, que ce n'était pas lui qui avait achevé le caribou. Mais le secret était conservé. Niju avait beau harguer que c'était grâce à lui, pas grand monde ne l'écoutait. La vedette du jour invita tous ceux du clan à en profiter, en commençant par la personne de son choix. Thyiam choisit le loup le plus ancien du clan, le plus sage, et aussi le plus respecté, après Nava cela va de soi. Un certain Eïdo. Flatté par ce geste, le doyen du clan accepta de bon coeur. Lui et Thyiam étaient, malgré le gouffre séparant leur génération, 2 loups s'entendant à merveille, l'un avide d'histoires à écouter, l'autre ne demandant qu'à les raconter. Souvent, ils passaient des nuits au bord de la mer, parlant des étoiles, partageant à la fois point de vue et connaissances. Eïdo était comme un second père pour Thyiam.

     Après que l'intégralité du clan se soit nourri (sauf Niju qui était interdit d'y toucher, mais n'en semblait pas vraiment y faire attention), Thyiam rejoint Nava au rendez-vous qu'il lui avait fixé. Bien entendu, le chef était déjà là, à l'attendre sur le rocher perçant, un plateau s'avançant dans la mer. Fier, le regard droit, il forcait le respect par son calme et sa vivacité d'esprit. C'est grâce à lui si le clan avait pu prosperé depuis si longtemps.

 

- Tu es venu, Thyiam.

- C'est toi qui m'a invité, je ne pouvais quand même pas refuser ça. De quoi veux-tu me parler, père?

- *soupir * j'ai...des vérités à t'avouer.

- Tu commence à me faire peur. Je sens un ton mélancolique dans ta voix.

- Il n'est jamais facile de savoir de telles choses, et finalement, d'être obligé de les dévoiler. Il est terrible de garder un secret, Thyiam. C'est une épreuve à laquelle on ne réussit que rarement.

- Où veux-tu en venir?

- Je sais que Niju t'as demandé de me parler de tes parents. Et j'en suis bien désolé. Il n'a jamais su retenir son arrogance, tu le sais comme moi. Nava se tourne vers Thyiam. Mais arrogance n'est pas synonyme de menteur.

- Si c'est pour un sermon, c'est non merci! Je ne veux pas de sa vérité!

- Laisse moi parler! Le chef du clan avait haussé le ton de sa voix. Il ne plaisantait décidémment pas. Écoute moi bien, Thyiam. Je vais t'apprendre la vérité sur tes parents. Instant de silence, pendant lequel Nava soupira longuement. Ton père et ta mère sont morts au cours d'une tempête particulièrement violente. Lui n'en pouvait plus, il avait été blessé au cours d'une attaque de chasseurs humains. Sa blessure était trop grave, il était condamné. Ta mère, quant à elle, à préferée rester avec lui. Leur amour était trop fort, elle ne se sentait pas capable de supporter la séparation. Elle ne voulait pas t'élever de cette manière. C'est ainsi que je leur ai promis de veiller sur toi. Mais sache le, tes parents étaient très courageux. Ils faisaient partis de mes meilleurs amis, et étaient très appréciés.

- ....

- C'est dur, je le sais Thyiam. Je me suis imaginé cette scène pendant tous ces mois où je t'ai vu grandir. Nava conservait un regard perçant, malgré la tristesse de cette dure nouvelle. Une petite larme lui coulait sur la joue.

 

     Pour Thyiam, c'était plus qu'un choc. Il venait de se faire la révélation par son père adoptif, que son enfance était parsemée de mensonges. Comment avait-il seulement pu lui cacher ça pendant tout ce temps? Thyiam se sentait mal. Une boule de tristesse, de détresse et de remords commença à s'emparer de lui. Sur son visage, n'importe qui aurait pu constater qu'il était au plus mal, et au bord de s'effondrer en larmes. Mais plutôt que de paraître ridicule et fragile devant Nava, il préféra se sauver comme un lâche. Il avait honte de lui même. Des sentiments antagonistes se disputaient en lui. Thyiam était complètement perdu. Il ne savait plus quoi faire. Il s'imagina ses parents, voulant se cacher du blizzard, et lui, les abandonnant à leur sort. Puis il pleura. Longtemps. Sans se retenir. Hors de vue des autres du clan. Dans quel piteux état il devait être! Mais sa peine était tellement immense....

    De toute la nuit, il resta seul, accompagné de sa mélancolie. De toute façon, il ne pouvait supporter aucune autre compagnie. Il n'avait pas le coeur à ça.

     Le lendemain, il se réveilla après s'être assoupi involontairement. Thyiam trouva alors devant lui le vénérable Eïdo. Sa fourrure grise dansait dans le vent. Il le regardait, tout en le dominant de sa taille.

 

- Pitié Eïdo, ne me regarde pas.

- J'ai appris pour toi.

- Et comme tous les autres, tu étais au courant!!

- Oui.

- Alors pourquoi ne pas m'en avoir parlé ???!!!

- C'était trop risqué. Ta réaction restait imprévisible. Nous avons attendu que tu murisses. Si tu l'aurais su alors que tu étais plus jeune, tu aurais sûrement fait une grosse bêtise.

- Je sais très bien ce que je fais. Le regarde de Thyiam était orienté vers le sol, lui donnant l'air abattu.

- Allons, tu me connais. Tu sais très bien que moi, Nava, et tous les autres du clan, avions nos raisons de te le cacher.

- Tu es très sage Eïdo, comme toujours. Mais je crains que des paroles ne soient pas suffisantes pour cette fois-ci...

- Reprends-toi, Thyiam. Tu as des responsabilités envers la meute.

- Je ne crois pas être en mesure de les accomplir...

- Tu veux devenir un loup solitaire. C'est très facile de deviner que l'idée t'as déjà traversée l'esprit. Mais réfléchis-y bien. Une telle décision est très lourde de conséquence. Tu ne fais pas vraiment attention à ce que je te dis. Veux-tu que je parte?

 -Non, non...ta présence est apaisante. Excuse moi de t'avoir parlé si fort...je suis très perturbé...

- Il y a de quoi.

 

     Pendant plusieurs minutes comme une éternité, les deux loups restèrent côte à côte. Silencieux.

 

- Eïdo? As-tu connu mes parents?

- Oui. Ta mère s'appelait Ashe, et ton père Balenko. Ils étaient tous les deux très amoureux. Ils formaient un très beau couple, et n'hésitaient jamais à aider les autres quand ils étaient dans le besoin. Ce sont eux d'ailleurs, qui m'ont sauvé un jour, lors d'une chasse qui avait mal tournée. Ta mère était venue me chercher, pendant que ton père distrayait des chasseurs. Ce jour là, il s'en était sortit. Mais Balenko a joué avec sa chance. Par ces paroles, je ne cherche pas à déshonorer sa mémoire. Seulement, puisque tu veux la vérité, je ne vois maintenant aucune raison de te la cacher. Ton père s'était sortit de pas mal de situations périlleuses. Mais vient un moment où il trouva plus fort que lui.

- Et qui donc, Eïdo?

- D'autres chasseurs. Ils l'ont suivi, je présume afin qu'il les mènes jusqu'au clan. Balenko a tenté de s'en charger tout seul, mais il courrait à sa perte. J'ai assisté à la scène de loin, et je suis allé prévenir les autres. Nous sommes parvenus à tuer les chasseurs, mais ton père s'est retrouvé gravement blessé. Si nous n'aurions pas étés en hiver, il aurait très sûrement survécu. Ça n'a pas été le cas.

- Pourquoi ma mère n'est-elle pas restée avec moi?

- T'élever seule, sans père? C'était au dessus de ses forces. Ce n'est pas ce genre de vie qu'elle voulait pour toi. Et elle était beaucoup trop amoureuse de Balenko pour avoir la volonté de trouver un autre compagnon. Ta mère est morte de chagrin, Thyiam. J'en suis désolé pour toi.

- C'est tellement...injuste...

 

     Eïdo se releva, courbant légèrement sous le poids des années.

 

- Quand tu seras un vieux loup comme moi, tu auras vu tellement de choses qu'il en faudra énormément pour t'impressionner. Si je te dis ça, c'est parce que tu as encore tant à vivre que tu ne peux pas désespérer. Tu as encore tant à découvrir et à faire! Rends toi compte! Profite de ta jeunesse!

- Tu sais remonter le moral. Ça va un peu mieux. Mais je pense que je devrais rester encore un peu seul, le temps de...me remettre...

- Prends ton temps. J'en parlerai à Nava. Réfléchis bien à notre conversation.

 

     Ayant finalement dit ce qu'il avait à dire, le vieux Eïdo s'en alla. Il ne pouvait plus rien pour lui désormais. C'était désormais à Thyiam de se prendre lui-même en main. Il n'était plus un enfant. Il pouvait supporter ce genre de choses. Il devait se forcer à encaisser. Mais pourvu que Nava ne l'ait pas surestimé.

     Une nouvelle existence se profile pour ce jeune loup.

 

 

 

Chapitre II : La dépression / Un nouveau départ

 

     Thyiam resta seul pendant encore deux nuits. Il avait beau avoir calmé sa colère, il restait encore très rancunier envers le clan. Les loups avaient beau l'aborder et le soutenir, il essayait le plus possible de les éviter. Lui qui était autrefois si paisible et gentil, était devenu un blasé, n'ayant plus la volonté ni le désir de s'amuser, cherchant des réponses à ses questions. Thyiam passait beaucoup de temps seul. Il acceptait volontiers la présence d'Eïdo, un peu moins celle de tous les autres. Et surtout pas Niju. Si jamais il le croisait, il se sentait prêt à lui sauter dessus, et à l'égorger sans sommation. D'un certain côté, lui aussi était responsable de son lent déclin;

     Il se faisait peur à lui-même. Des émotions intenses étaient susceptibles de lui faire perdre la raison, et parallèlement, de le faire attaquer sa famille. Hors de question qu'il en arrive jusqu'à ce manque de contrôle. Son moral avait été très gravement atteint.

     Mais le jeune loup refusait de participer à la vie du clan, ou alors acceptait, mais sans grand entrain, malgré les sollicitations de Nava, d'Eïdo, et de tous ceux qui avait un tant soit peu de considération pour lui. Certains ne supportaient pas de le voir dans un tel état. Mais ils durent s'en accomoder.

     Vu comment il était devenu, Thyiam fut mis à l'écart de la meute. Il risquait de faire rater les chasses, et par ricochet, menacer la survie du clan. Une sorte de vie en semi-solitaire, pendant laquelle il vécut seul, et se débrouilla malgré lui. Ne pouvant compter que sur lui même. Ne faisant confiance à presque personne désormais.

     Ce traitement continua pendant plusieurs mois monotones. Des mois de cette organisation finirent par endurcir le pauvre Thyiam qui, comme l'avait prévu Eïdo, en était sortit plus fort physiquement et mentalement, mais toujours fragile quand il s'agissait de parler de ses émotions. Puis il recommença peu à peu à reprendre goût à la vie du clan, retrouvant lentement la place, qu'il avait perdue en si peu de temps. Ce revirement était en soi, un certain soulagement.

     Quoi qu'il en soit, c'est surtout un événement qui le changea du tout au tout. Plus précisément, l'arrivée de deux inconnus, que Nava accueillit chaleureusement. Mais Thyiam, lui, n'avait pas vraiment fait attention à eux. Encore trop soucieux de se réintégrer. Mais alors qu'il se baladait au millieu du clan, plusieurs conversations finirent par attiser sa curiosité;

 

- Il paraît que Nava les attendait!

- Il dit qu'Aniu l'avait prévenu de l'arrivée de ces inconnus!!

- Ils disent s'appeler Balto et Aleu! Et Niju profite de la situation pour semer la zizanie!

- Qu'est-ce que tu veux dire? interrompit Thyiam. Qu'est ce qui se passe?!

- Tu as passée beaucoup trop de temps à t'isoler.

- Je sais seulement que deux loups sont arrivés. Rien de plus.

- Apparemment, la meute est pas loin de se dissocier! Niju veut reprendre les rênes, mais Nava est bien décidé à ne pas le laisser faire!

 

     Il fallait juste qu'il soit distrait pendant quelques jours, et voilà que la meute n'était pas loin de se séparer. Tout ça à cause de l'arrivée de ce Balto, et de sa fille Aleu. Et pourtant, ils ne semblaient pas vraiment leur vouloir du mal, d''après le peu d'informations que le jeune loup avait récolté pour le moment.

     Afin de s'en assurer par lui même, Thyiam s'attela à découvrir un peu plus sur leurs nouveaux visiteurs. Il s'éclipsa en douce de la meute, sans que personne ne le voit. Ce qui s'avérait relativement facile, maintenant qu'ils étaient habitués à ce qu'il parte sans prévenir. Seulement, le vieux Eïdo n'était pas dupe, et avait constaté à sa manière comment le jeune loup montrait de l'attention envers Balto et Aleu, même si il cherchait à le cacher. Décidémment, il le connaissait vraiment bien!

     C'est alors que Thyiam dut accepter la présence d'Eïdo, qui se révélait finalement chaleureuse. Comme d'habitude, il se sentait à l'aise à ses côtés. Et être à l'aise, le loup noir et blanc en avait vraiment besoin. Déjà qu'il avait perdu l'habitude de parler avec ceux de la meute, qu'est ce que cela allait être quand il s'agissait de totals inconnus! Mais si Nava leur faisait confiance, Thyiam n'avait donc aucune raison de les craindre. D'autant que quand il lui parlait encore beaucoup, Nava racontait ce qu'il voyait dans ses rêves, l'apparition d'Aniu la louve blanche. Il rêvait de la voir à son tour. Mais jamais il ne le put. Peut être un jour, auront-ils l'occasion de se rencontrer? Enfin, ce n'était pas vraiment le moment de penser à ça.

     Balto et Aleu tentaient de dormir sous un escarpement de la falaise. Ils furent interloqués par l'odeur de deux loups qui se dirigaient vers eux. Immédiatement, ils se remirent debout, prêt à les accueillir, et à se défendre le cas échéant. Ils n'eurent heureusement pas à en arriver là. En effet, Aleu reconnut l'odeur de membres de la meute, et se calma. Puis apparrurent Thyiam et Eïdo en terrain découvert, ne cherchant nullement à se cacher, ce qui aurait été vu comme hostile.

     Le fait que de nouveau membres du clan venaient les voir enchanta Aleu et Balto (surtout Aleu). Comme ça, ils pourraient en apprendre toujours plus. Mais d'abord, les présentations en bonne et due forme.

 

- Bienvenue à vous sur ce territoire. Je me nomme Eïdo. Et voici avec moi le jeune Thyiam. Il voulait en savoir plus sur vous.

- Moi c'est Aleu, et lui c'est mon père Balto! On est vraiment désolé d'être venus sans invitation, et...

- Nous ne sommes pas venus pour vous embêter, interloqua Thyiam. C'est votre droit de circuler sur ces terres. Après tout, si Nava accepte votre présence, eh bien il doit en être de même pour la meute.

- Mais il semble que ce Niju ne soit pas enclin à nous laisser en paix, s'opposa Balto.

- Ne le blâmez pas. Il est orgueilleux, et a toujours été comme ça. Thyiam? Que dirais-tu de parler un peu du clan avec Aleu?

- D'accord Eïdo.

 

     Thyiam invita donc Aleu à aller faire un tour, pendant que Balto s'entretenait avec Eïdo. Le loup noir et blanc, un peu plus âgé que son interlocutrice, ne se sentait pas vraiment très à l'aise. Après tout, il était seul avec une femelle, ce qui n'était pas arrivé depuis...pas mal de temps! Mais Aleu était très curieuse, de prime abord. Elle lui posait toute sortes de questions, sur comment vivait la meute, comment étaient les membres, la manière dont Nava les dirigeait, et l'étendue de leur territoire. Pour répondre à cette dernière question, il la mena sur un promontoire rocheux, d'où pouvait être aperçu toute la vallée, jusqu'à la mer. Le spectacle du paysage était impressionnant. Puis vint les questions plus personnelles.

 

- Dis moi Thyiam...Nava est-il ton père?

- Pourquoi me demandes-tu ça??!! Il était très dérangé de parler de ce sujet.

- Vos odeurs sont très liées.

- Oh...Eh bien...mes parents sont morts quand j'étais très jeune. Nava m'a prit en charge, selon leur dernière volonté.

- Je suis désolé, je...

- Ne t'en fais pas, Aleu. Tu ne pouvais pas savoir ce genre de choses. Il dut se retenir de pleurer. Il se sentait terriblement ridicule.

- Tu pleures? J'ai ravivé de si mauvais souvenirs? Je voulais pas te faire de la peine.

- Ne te soucie pas de moi. Je ne veux pas que l'on prenne soin de moi. Je vis seul, et je m'en accomode très bien. On m'a apprit il y a quelques mois la vérité. J'ai encore du mal à la digérer.

 

     Thyiam n'arrivait pas à croire ce qu'il faisait. Pourquoi se confiait-il à Aleu? Il ne la connaissait que depuis très peu de temps, et lui avait déjà tant dis! Il se sentait bien en sa compagnie. Il était en confiance avec elle. Mais pas au point d'en être amoureux, oh que non! Mais sa présence avait quelque chose de rassurant. Lui raconter ce qui lui pesait sur son coeur le soulageait. Et Aleu restait attentive à toute cette confession. Un peu comme une mère écoute son fils.

 

- Et toi? demanda Thyiam.

- Je suis la fille de Balto et Jenna. D'après Balto, je ressemble beaucoup à un loup. Sauf que mes frères et soeurs ont tous étés adoptés par des humains. Pas moi. Je ne sais pas où aller, ni quoi faire.

- Et pourtant, tu es ici non?

- Je ne sais même pas comment j'ai pu y arriver, ce n'est que du hasard!

- Nava ne semble pas de ton avis. Il dit que c'est la louve blanche Aniu qui t'as envoyé, ton père et toi, pour nous guider. Il te l'as surement déjà dit, d'ailleurs.

- Oui, il me l'a expliqué. Mais c'est à Balto de faire ça, pas à moi.

- Qui sait, fit Thyiam en détournant le regard vers l'horizon, peut être mérites-tu ta place à nos côtés? Avec notre clan?

- Papa ne me laissera jamais rester. Il veut à tout prix que je revienne avec ma mère à la ville de Nome.

- Tu l'as dit toi-même, ta place n'est pas avec les humains. Il faut t'en convaincre, Aleu. Ton père est en droit de le comprendre non?

- Oui...

 

     La jeune louve semblait vraiment au bout du rouleau. Elle ne savait sûrement plus quoi faire. Thyiam la prit en pitié. Elle aussi on lui avait menti? Finalement, la situation d'Aleu n'était pas vraiment différente de celle qu'il a vécu, il y a quelques mois.

     Elle lui ressemblait à la fois tant, et si peu. Pouvait-il l'aider? Après tout, lui s'en était bien sortit, alors pourquoi n'aurait-elle pas droit à la même chance? Cela semblait profondément injuste à Thyiam. C'est pourquoi il proposa à Aleu de l'aider. Heureuse qu'on lui tende la patte, la louve accepta de bon coeur. A ce moment, de l'agitation commençait à avoir lieu. Le hurlement de Niju et d'une partie de la meute retentit. Ils se lançaient en chasse contre les autres clans, afin de leur voler la nourriture.

     Balto se trouvait déjà sur le chemin de Niju. Il refusait de le laisser faire une telle folie! Mais seul contre tous, il allait se faire tailler en pièce. Thyiam allait le rejoindre, quand finalement, Nava interpella tout le monde. La glace commençait à se réunir, pour former un large pont. Balto avait raison, le clan devait traverser la grande étendue d'eau sur cette passerelle de glace. Il invita tous les loups à le rejoindre, et la plupart acceptèrent, excepté Niju, les traitant d'inconscients, qu'ils allait tous mourrir. Mais désormais, nul ne l'écoutait.

     Thyiam était en queue de file, et aperçut Nava en train de s'éloigner, alors que le morceau de glace sur lequel il était partait à la dérive. Et il lâcha un cri de stupeur en voyant Aleu s'élancer au secours du vieux chef. Elle avait vraiment du cran! Une fois qu'elle l'eut rejoint, elle cria à son père de continuer à mener le clan. Ce que fit Balto.

 

- Balto!

- Pas le temps Thyiam! Il nous faut avancer!

- Niju s'attaque à Aleu et Nava!

- QUOI?! Balto tourne la tête, et s'aperçoit qu'il disait vrai. Là-bas, Niju faisait mordre la poussière à Nava. Reste ici avec les autres, je reviens immédiatement!

- D'accord!

 

     Balto sauta dans l'eau glacée, et rejoignit très vite la plaque de glace où était Aleu. Sauf que celle où se trouvait le clan commençait à se faire emporter par le courant, et partait à la dérive!  Les loups commençaient à vraiment prendre peur, certains étaient pas loin de vouloir sauter dans l'eau, et risquer de se noyer en atteignant la rive! Balto devait très vite revenir, Thyiam n'arrivait pas à maintenir le calme! Il s'efforcait de les rassurer, mais rien n'y fit! Quelques-uns reprirent finalement le dessus sur leur peur, dont Eïdo, et ils s'attelèrent à rassurer leurs camarades. Une entraide prenait forme. Mais elle ne serait que temporaire, il leur fallait à tout prix un leader!

     Thyiam se déplaçait à gauche et à droite, encourageant les uns, relevant les autres, réprimandant ceux qui devenaient agressifs. Après quelques minutes, il n'en pouvait déjà plus! En jetant un regard de désespoir derrière lui, il vit que seuls restaient Balto, Nava et Aleu sur la morceau de glace. Ils s'étaient débarassés de Niju! Ils allaient pouvoir les rejoindre, enfin! Mais à la grande surprise de Thyiam, ce fut Aleu qui revint vers eux à la nage. Il ne comprenait plus rien.

 

- Mais que font Balto et Nava? Pourquoi ne nous rejoignent-ils pas?

- Nava m'a demandé de guider la meute. Te souviens tu de ce qu'il avait dit? Celui qui devrait guider le clan de l'autre côté de la grande étendue, est celui qui est un loup, mais qui ne le sait pas. Mais c'était moi, pas mon père!

 

     Un certain sentiment heureux s'offrait à Thyiam. Il était fier que Nava ait prit une telle décision, mais parallèlement triste, car il ne les suivrait pas cette fois-ci. Mais telle était sa décision. Et le clan se devait d'accepter sa dernière volonté. En guise d'au revoir, Aleu hurla la première, suivie par tous les autres loups. Cette mélodie de sons était merveilleuse à entendre. Il était ému par toute cette preuve de notoriété et d'affection à l'égard de Nava et Balto. Lentement mais inexorablement, ils disparurent de leur champ de vision. Thyiam espérait vraiment qu'il pourrait les revoir un jour. Il était jeune, le temps était avec lui. Un nouveau futur s'ouvre désormais.

 

 

 

Chapitre III : Folie meurtrière

 

     Aleu était désormais devenue la louve alpha du clan. Pendant toute la durée du voyage, elle donna aux autres la force de continuer, d'aller jusqu'au bout sans craquer, de rester fort! Elle s'avérait très douée et impliquée dans ses nouvelles responsabilités. Son calme, sa «force tranquille» forcait le respect.

     Le clan dériva sur la grande étendue d'eau pendant plusieurs heures. Puis le large morceau de glace atteignit une nouvelle terre, là où ils ne s'étaient jamais aventuré jusque là. Mais comme pour répondre aux suppliques de leurs estomacs, une harde d'ongulés s'enfuya à leur vue. Le comité d'accueil ne se fit pas prier pour partir brusquement, eux qui avaient pensé leur échapper, il y a déjà plusieurs mois. Mais ils étaient de retour, et la terreur s'empara des caribous. La meute était tellement affamée que déjà, les chasseurs se lançaient à leur poursuite, y comprit Thyiam, qui retrouva un certain plaisir de se remettre à courir derrière une proie. Depuis sa confidence à Aleu, il se sentait beaucoup mieux, comme libéré de ses chaînes qui l'entravaient.

     La chasse battait son plein! Les loups réussirent à isoler deux mâles du reste de la harde, ce qui serait bien suffisant pour subvenir aux besoins du clan. Mais encore fallait-il les achever, et ce ne serait pas une mince affaire! Les chasseurs étaient en sous-nutrition, ils n'avaient presque plus de forces. Rien que la course les avait épuisés. Ils devaient manger et maintenant!

     Il leur restait une carte à jouer. Thyiam. Lui n'était pas comme eux. Pendant sa longue période d'isolement, il avait exploré des territoires encore plus lointains, où il avait pu trouver du gibier à se mettre sous les crocs. Il était mieux nourrit que les autres du clan, il lui revenait donc d'achever ces deux caribous. Comprenant que le sort de sa «pseudo» famille dépendait entièrement de lui, Thyiam s'avança, se distinguant des autres chasseurs. Il était plus fort, plus imposant, plus déterminé!

     Un des loups lui donna l'occasion inesperée de passer à l'action, en faisant diversion. Un des caribous marcha droit dans la combine, et Thyiam lui sauta dessus, l'atteignant à la nuque. Il avait raté le cou, sa proie ne serait pas mise à mort rapidement. Il devait maintenant l'achever par l'usure, en maintenant sa prise, malgré les nombreuses cabrioles de l'ongulé tentant de s'en débarasser. Mais il tint bon, sous les acclamations des autres du clan qui l'encourageaient, tout en prenant garde à ce que l'autre caribou ne se carapate pas.

     Tout en grognant, et en raffermissant sa prise, Thyiam réussit finalement à atteindre les cervicales, et les briser. Atteint mortellement, l'ongulé s'allongea au sol, la vie quittant son enveloppe de chair et de sang, pour aller vers un monde meilleur. Une fois sûr de la mort de sa première proie, il s'attaqua à la seconde. Une rage sanguinaire s'empara de lui. Il avait envie de sang! De le sentir gicler sur son visage, sa chaleur, son goût métallique lui embrasant la gorge! Il n'eut pas à se faire prier pour aller voir sa seconde future victime, dont il s'en chargerait surement tout seul. Tant mieux, il ne sera pas dérangé!

     Voyant le danger se rapprocher à grands enjambées, l'ongulé se retourna pour tenter de s'enfuir, mais ce sursaut désespéré pour vivre fut vain. Thyiam profita de son agilité amplifiée par sa rage pour le dépasser, et le saisir promptement à l'échine. Le visage du caribou disparut dans sa gueule, puis il referma brutalement. Sentir la boîte cranienne se fendre sous une telle puissance était jouissif pour le jeune loup. Une longue gerbe de sang s'échappa du cou sectionné et l'éclaboussa, ne faisant qu'attiser sa soif de massacre...

     Même après avoir achevé sa proie, Thyiam continuait de tourner autour en grognant, admirant littéralement les multiples plaies. Faire du mal à cette créature, la faire souffrir...il avait aimé ça! Mais ce n'était pas assez, il lui en fallait plus! Son côté sauvage commençait à le submerger, il se jeta sur le cadavre, et le dépeça avec fureur et haine, sans faire preuve de la moindre application dans sa triste oeuvre. Une boucherie. Une lueur de folie illuminait ses yeux...il prenait du plaisir à assouvir ses pulsions meurtrières...équarrir cette créature, la réduire en charpie! Le sang de teinte vermeil maculait ses poils, les rendant poisseux, faisant changer de couleur son pelage plus clair. Il venait de perdre tout contrôle sur lui-même.

     Les autres loups avaient cessés de manger, et étaient accourrus pour assister à cette démonstration de sauvagerie et de bestialité. À la fois choqués, et terrifiés...

 

- Qu'est-ce qui te prends Thyiam????!

- Ressaisis toi!! Arrête de faire ça!!

- LACHEZ MOI!!!! Il continue son oeuvre morbide, ignorant totalement l'attitude ou le regard des autres. Seul lui comptait de faire couler plus de sang...

- Pourquoi tu fais ça????

- T'es fou! Reprends toi!!

 

     A cette remarque, il détourne violemment la tête, dévoilant son regard injecté de haine, et ses multiples rangées de crocs intimidants.

 

- T'avise pas de redire ce genre de choses toi... dit Thyiam d'un ton calme, le rendant encore plus inquiétant. Comme signe avant-coureur, il grogne très fort, et fais claquer sa mâchoire.

 

     Le loup se recula instinctivement. Mais un autre s'interpose. Ce n'était pas un chasseur, il était devenu trop vieux, trop sage, trop précieux pour que le clan se permette de le perdre...

     Eïdo.

 

- Calme toi, mon frère! Ne cède pas à tes pulsions!

- Comment oses-tu seulement m'appeler tpn frère???!! Souviens toi, je n'ai plus de famille! Toi même tu l'as déploré!

- Et c'est encore le cas aujourd'hui! Le vieux loup regardait le jeune du haut de ses longues années. Ses yeux exprimaient non seulement une certaine tristesse, mais aussi du mépris. Que dirait ce pauvre Balenko si il voyait où tu en es arrivé...

- Ne parle pas d'eux de cette manière!!! Thyiam se replit sur lui même, et retrousse ses babines.

- Je sais très bien ce qu'il en est! Je les ais connus figure toi! Ne te leurre pas mon garçon, cesse de te cacher derrière ces voiles qui nous dissimulent ton véritable côté! Contrairement à ce que tu peux penser, tu n'es pas foncièrement mauvais!

- Comprends moi, Eïdo! J'en ai assez des mensonges! Assez des cachoteries! A quoi donc servent tant de secrets, si ce n'est nous faire souffrir plus longtemps dans l'ignorance?! A quoi bon...

 

     Alors que Thyiam se rapprochait du doyen du clan, les quelques loups qui étaient encore présents (les autres étaient partis chercher la meute) formèrent un cercle protecteur. Ils ne comptaient pas mettre en danger la vie du vénérable en l'exposant à l'un des leurs, ayant succombé aux envies sauvages de la folie meurtrières. Mais malgré cette sécurité accordée par sa «garde rapprochée», Eïdo leur demanda de se diviser, clamant qu'il maîtrisait la situation. Et d'une certaine manière, il avait raison. Sa présence calmait légèrement son jeune ami, même si cela semblait difficile à percevoir. Eïdo en était persuadé, lui. Auparavant, il avait déjà eu affaire à de tels cas de frénésie de la part de ceux qu'il connaissait. Certains s'étaient laissés envahir, d'autres n'avaient pas acceptés leur nouvelle condition, et s'étaient battus pour changer.

     Thyiam faisait partit de la seconde catégorie.

 

- Reprends toi donc! Quel exemple tu fais pour les prochaines générations, mon ami!

- Sais tu ce que j'endure au quotidien, «mon ami»? Ha, non, bien sûr, suis-je bête...tu es le vénérable,

tu ne fais jamais d'erreur, c'est bien connu!

- Ainsi est ta pensée?? Tu t'égares sur le chemin que toi même tu as décidé de suivre, Thyiam! Tu as ta place en ce monde, comme chacun de nous! C'est ce que pensaient tes parents lorsqu'ils t'ont confié à Nava!

- Et aujourd'hui, le dernier membre des lambeaux de ma famille se trouve de l'autre côté d'une gigantesque étendue d'eau, sur nos terres ancestrales!

 

     De petites larmes coulaient sur ses joues. En peu de temps, savoior qu'il ne reverrait probablement pas celui qui s'est appliqué à l'élever lui était inconcevable. Ce n'était pas pareil qu'avant cette fois-ci. Autrefois, il pouvait revenir voir Nava quand il le souhaitais. Mais le pont de glace ne se reformerait sûrement pas avant un bon bout de temps.

 

- Mais tu sais que le clan est toujours ici, lui. Tu sais bien que tu peux compter sur chacun d'entre eux, n'est-ce pas?

- ...

- Je veux l'entendre de ta bouche, mon garçon!!

- Oui...je le sais...

- Eh bien cesse donc de t'isoler ainsi!! Ne crois surtout pas que te voir barbouillé de sang comme tu l'es actuellement changera quelque chose!

- Je suis vraiment désolé, Eïdo... mais je n'arrivais plus à me contrôler! Je pouvais rien y faire, j'ai... j'ai... j'ai...

- Tu as en parti sombré.

 

     La colère de Thyiam s'était finalement apaisée. Un semblant de calme et d'ordre s'installa. La tension était descendue d'un cran. Et il était vraiment plus que temps : on apercevait Aleu qui se profilait au loin, suivie par les loups du clan. Ils avaient étés avertis, et heureusement, car la viande des cadavres commençait déjà à s'avarier, et à geler sous la morsure du froid.

     Eïdo réussit à convaincre les quelques chasseurs ayant assistés à la scène de garder le silence. De nouveaux secrets à cacher. Thyiam n'aimait pas vraiment ça. Lui et le vénérable se mirent un peu à l'écart pour parler de ça.

     Mais c'était sans compter sur Aleu. Voyant que les deux mâles s'éloignaient, la louv dominante s'empressa de les rejoindre.

 

- Minute vous deux! Vous allez ou comme ça?

- Excuse nous Aleu, répondit le vieux loup, mais Thyiam et moi devons nous entretenir sur des choses importantes et...personelles.

- Eh bien vas-y, parle.

- C'est que...j'aurais pensé à une conversation plus privée...

- C'est très clair que vous avez des choses à cacher, vous deux.

- C'est un sujet très sensible. Nous aimerions que très peu le sache...

- Alors c'est en tant que dominante du clan que je vous demande de me parler de tous vos problèmes! Thyiam? Tu ne parles pas?

- Si je ne parle pas, c'est tout simplement parce que je n'ai rien à dire.

- Allez les garçons! Éclairez moi! Comment voulez vous que je vous aide si vous ne me dîtes rien?

 

     Comprenant que sa nouvelle alpha était trop obstinée (ou têtue? ) pour renoncer, Eïdo finit par céder à ses exigences. Après tout, il est vrai qu'Aleu a le droit de savoir ce qu'il en est. Celle-ci se fit donc narrer tout ce qui se passa au cours de cette chasse mouvementée. Pas une seule fois elle n'interrompit le récit, restant encore et toujours à l'écoute. De temps en temps, afin d'éclaircir quelques points, Aleu demandait plus de précisions. Elle prenait vraiment ses nouvelles resonsabilités au sérieux.

 

- Voilà. Tu sais tout à présent.

- Mais pourquoi ne vouliez-vous pas m'en parler? Elle se tourne vers Thyiam. Je pensais que notre conversation de l'autre fois nous avait plus rapprochée que ça...

- Ce n'est absolument pas contre toi, Aleu, mais contre moi même! Je suis un danger pour la meute, je l'ai toujours été d'une certaine manièrer...mais cette fois-ci, j'ai dépassé des limites que je n'avais auparavant jamais atteint. J'ai vraiment peur de ce que je serais capable de vous faire!

- Tu n'es pas le premier à qui ça arrive, le rassura Eïdo. Nombres de loups ont sombrés dans l'abandon total à la sauvagerie primaire. C'est un combat de tous les jours, mais pas contre un adversaire qui se trouve là, devant toi. Tu dois t'affronter toi même.

 

- Un danger? Reprit Aleu. Mais pourquoi donc? On voit tout de suite que ce n'est pas ton genre de chercher à te battre, ça crève les yeux voyons!

- Je ne le fais vraiment pas exprès. Je ne veux pas faire de mal, que ce soit à vous, ou à quiconque!

- Tu grandis, mon garçon! Ton corps se développe, tu devient plus fort, mais il en va de même pour les pulsions guidant ton instinct. Il te faut apprendre à les maîtriser.

- Je suis d'accord avec Eïdo! Et puis, tu es pas seul, la meute entière est avec toi!

- Tu vois, je te l'avais dit, mon garçon. Même Aleu l'a remarquée, alors qu'elle est arrivée il n'y a pas si longtemps. Sans vouloir t'offenser, alpha.

-Non, pas du tout *petit rire franc * Tu ne fais que dire la vérité. Bon, allez les garçons, sentez cet air frais, admirez ce paysage! Un nouveau départ s'ouvre à nous! Venez!

 

Aleu trotte doucement vers la meute, toujours occupée à grignoter les morceaux de viande des cadavres des caribous. Il n'en restait presque rien, tellement les loups étaient tous affamés. Chacun avait eu droit à sa part, et de toute manière, avec de nouvelles proies à chasser, la nourriture ne constituait plus un problème.

Durant les quelques jours suivant leur arrivée, les loups s'attelèrent à la création de leur nouveau territoire. Tout d'abord, marquer leur présence en urinant sur des arbres soigneusement choisis pour délimiter tout l'espace qui leur appartiendrait. Une chance : la meute la plus proche se trouvait à 5 jours de là où ils étaient. Ils ne risqueraient donc pas de se faire expulser par des congénères déjà présents sur ce territoire.

Le clan établit ensuite les premières tanières. Une petite montagne se dressait au flanc de la mer, c'est donc dans les divers éboulis que les loups s'installèrent, creusant de petites galleries pour les louves. Elles en auraient bientôt l'utilité.

Le printemps approchait.

 

 

 

Chapitre IV : Premier printemps

 


     C'était la première vraie période de printemps pour Thyiam. Les mâles commençaient à tourner de plus en plus autour des femelles, mais souvent, elles repousssaient leurs avances. Toutefois, un certain problème subsistait : Aleu n'avait pas de ccompagnon! Elle ne pouvait donc pass perpétuer la descendance, dumoins pas pendant ce printemps. Certains l'avaient déjà compris, et se voyaient en cachette. Les rendez-vous amoureux se firent de plus en plus nombreux.

     Sauf pour Thyiam. Dès qu'une louve tentait une approche, il s'enfuyait en courant, sans demander son reste. Il était convaincu que l'amour, ça n'était décidémment pas pour lui. Et malgré son jeune âge le poussant à s'unir, il faisait de la résistance. Thyiam n'acceptait que la présence d'Aleu parmi toutes les louves. Non pas qu'il l'aimait, ils étaient juste de très bons amis. Et comme ils étaient seuls tous les deux, peut être en profiteraient-ils pour parler un peu?

     Quoi qu'il en soit, ils se retrouvèrent tous les deux un peu à l'écart des tanières. Il ne fallait pas qu'on les voie ensembles, ou bien les rumeurs auraient tôt fait de fuser dans tous les sens. Même si c'était vrai que le moment était plutôt mal choisi pour discuter. Cette rencontre avait tout l'air d'un rendez-vous galant.

     Et puis peu importe!!

 

- Alors Aleu? Pas trop dur?

- Si. C'est vraiment pas facile. Certains n'en font qu'à leur tête! J'ai beaucoup de mal à me faire respecter.

- T'en fais pas, c'est la période où ils sont tous un peu fou-fou.

- «Ils»? Et toi, tu ne l'es pas peut être? *petit ricanement *

- Crois moi si tu veux, mais pas plus que ça. Je suis pas vraiment intéressé par ce genre de choses. Non pas que ça me laisse indifférent, mais je ne m'en préoccupe pas vraiment.

- Allons Thyiam, tu es un mâle! C'est tout à fait normal que tu sois attiré par less jolies louves, n'en ait pas honte.

- Honte? Non, pas à ce point là. C'est juste que ces histoires d'amour et d'accouplement ne me parlent pas vraiment. Je sais même pas si je suis seulement capable d'aimer...

- Mais si! Tout le monde peut aimer tout le monde!

- *rire * c'est facile à dire n'est-ce pas? Mais lorsqu'il s'agit de faire le premier pas?

 

     Un point pour lui. L'amour et la timidité ne vont pas forcément très bien ensemble. Et Thyiam, sous ses airs bourrus et indifférent, était un timide au grand coeur, un sentimental. Mais accepter de le montrer aux autres restait une toute autre paire de manches. En tout cas, lui n'avait jamais vraiment été doué pour exprimer une quelconque affection. Peut être était-ce une conséquence de l'éducation relativement stricte de Nava? Ou du fait qu'il n'ait pas connu l'amour d'une mère?

     En y repensant bien, tout cela était triste. Thyiam, qui n'a pas eu vraiment droit à une grande considération pendant son enfance, n'en montrait pas à son tour. Et pourtant, il ne demandait qu'à s'exprimer, mais une sorte de conditionnement profond de sa personnalité le poussait à rester de marbre.

 

- Tu sembles pensif, Thyiam...

- T'en fais pas pour moi, dit-il en reportant son regard sur elle, je repensais à moi, ce que j'avais vécu jusque là. Comment je me suis retrouvé là, avec toi, caché du regard des autres.

- Tu es vraiment...profond dans tout ce que tu dis.

- Je me pose seulement les bonnes questions. Mais des fois, les réponses ne sont pas à la hauteur de mes attentes.

- Tu n'as jamais eu de louve, dans ta vie?

- Euh...c'est vraiment très personnel ça, comme question... il est intimidé par une telle franchise de la part d'Aleu.

- Pas de secrets, tu te souviens? *elle lui sourit *

- *baisse la tête, les yeux fermés, en souriant * On voit que tu retiens très vite la leçon. Et non, jamais je n'ai eu de louve dans ma vie. J'ai toujours prit soin de les éviter.

- Tu les évites? Mais pourquoi?

- J'apprécie la solitude. J'ai toujours été comme ça. Je n'ai jamais vraiment fait attention à d'autres, qu'ils soient mâles ou femelles. Eïdo est une de seules exceptions. Je tiens vraiment à lui, il a toujours été présent pour moi. Et il l'est encore. Je suis aussi reconnaisant envers Nava. Je ne devais pas être facile à gérer quelques fois. *rigole *

- Tu as déjà pensé à avoir une compagne? Fonder une famille? Après tout, tous les autres loups y pensent, alors pourquoi pas toi?

- Je suis très différent des autres. Et je n'y ai pas vraiment pensé, non. Je vis au jour le jour, je ne pense pas vraiment à ce que je pourrais devenir. Ni à ce que je pourrais faire...

- Pourtant, je pense que tu pourrais vraiment faire un bon père!

- Ah oui?

- Je suis sincère!

 

     Il était vraiment touché par sa remarque. Il n'avait pas l'habitude à ce qu'on soit si gentil avec lui. Thyiam était à la fois timide, mais également content. Aleu était vraiment une bonne amie. Mais alors qu'elle se rapprocha de lui, le loup fut reprit par son côté honteux, et s'enfuya littéralement.

 

- Thyiam!! Attends, pars pas!

 

     Mais c'était troip tard. Il avait littéralement prit ses pattes à son coup. Il avait peur que Aleu ait des sentiments pour lui, alors qu'il la voyait seulement comme un ami. Il voulait pas de ça, il ne se sentait pas encore prêt.

     Sauf qu'un nouveau petit problème se posait à lui : Thyiam ne savait pas où il était! Il ne connaissait pas le coin ou il venait de s'aventurer, n'ayant pas eu l'occasion d'explorer plus en détail. Il devait se rendre à l'évidence. Emporté par sa peur, il s'était laissé courir vers l'inconnu.

     Mauvaise idée.

     La nuit n'arrangeait pas vraiment les choses. La pleine lune était, en plus, partiellement cachée par les nuages, rerndant la visibilité très faible. Comme si il ne s'était pas suffisamment fourré dans le pétrin. Il fallait croire qu'il n'avait vraiment pas de chance. Mais bon, pas se laisser abattre! Il n'avait qu'à attendre la levée du jour, et il retrouverait sans peine son chemin. Il aurait aussi pu hurler afin qu'on le guide, mais il ne voulait pas déranger les autres. En vérité, il était trop fier pour qu'il accepte qu'on viennne à son secours. Ça aurait pu être consideré comme une sorte de preuve de faiblesse. Et depuis qu'il avait cedé à la sauvagerie, il s'était juré de ne plus jamais être faible...

     Mais pour le moment, il devait trouver un endroit où s'abriter pour y passer la nuit. Il chercha un certain temps un petit coin douillet, mais il n'en trouva pas. Seule une grotte lui apporta un certain sentiment de sécurité. Il n'y avait personne, c'était déjà ça de gagné. Mais il était très loin d'être à l'aise sur la roche mise à nu, il aurait encore préferé être dans sa tanière, là où il avait mis quelques feuillages pour être un peu plus à l'aise

     La chaleur et le confort de sa bonne vieille tanière était en train de lui manquer. D'ailleurs, il éprouva un certain regret. Quitter les terres ancestrales s'était averé plus douloureux mentalement qu'il ne le croyait. À peine une saison était passé, et déjà l'envie de retrouver son bon vieux foyer, là où il se sentait le mieux, à l'abri de tous, en sécurité...

     C'est en ayant cette pensée en tête que Thyiam ferma les yeux, et s'endormit d'un lourd sommeil réparateur. Après tant d'émotions, tout ce qu'il voulait, c'était se poser tranquillement dans un coin. Et cette grotte, malgré son apparente inhospitalité, avait au moins le mérite de le maintenir à l'abri.

     Demain fut un autre jour. La période des chaleurs arrivait à son terme, tous les loups et louves retrouvaient un semblant de calme et d'ordre. Thyiam arrivait au moment même ou Aleu était en train de raffermir son autorité en grognant à tout-va. Dorénavant, elle comptait vraiment se faire respecter, et ne se gêna pas pour le prouver. Elle mit sur le dos plusieurs mâles, en les soumettant par la position de dominante. Ils ne faisaient qu'obéir, conscients de ce qu'ils avaient fait. Mais quand la louve alpha vit Thyiam arriver, elle courrut dans sa direction, et lui sauta dessus? Elle le percuta de plein fouet!! Et le loup finit comme les autres du clan, sur le dos, à la merci d'Aleu.

 

- T'étais passé ou??!! Réponds!!

- Aleu! Ça va pas!!!

- Réponds jte dis!! Elle rapproche sa tête de celle de Thyiam, tout en montrant ses crocs. Lui ne savait plus ou donner de la tête.

- J'étais parti, je voulais pas participer à ça...

 

     Elle continue de grogner un certain temps, puis s'arrête aussi subitement qu'elle avait commencée. Thyiam peut enfin redresser ses oreilles, et attend qu'elle se dégage de lui pour lui permettre de se relever.

 

- Me fais plus jamais de coup comme ça, Thy, tu m'entends??!

- Tu m'en veux parce que je suis parti? Mais c'est pas de ma faute! J'ai eu peur quand tu m'a approchée comme ça, j'y peux rien!

- Affronte les choses en face!

- Mais pourquoi tu m'as aguiché comme ça?!

- T'aguicher, moi? Mais ça va pas! Qu'est ce que tu te mets dans la tête??! Et de toute façon, qui voudrais de toi, t'arrêtes pas de fuir quand on t'approche!

 

     En entendant ces paroles, le sang de Thyiam ne fit qu'un tour. Son alpha était tellement énervée contre lui, au point qu'elle se moque de sa solitude. Etait-ce vraiment ce qu'elle pensait de lui? Ne comptait-il vraiment pas à ses yeux? Comme une feuille morte qu'un simple coup de vent pouvait faire disparaître? Une telle pensée le fit frémir. Aleu avait été très claire, pour sa plus grande peine.

 

- Je vaux donc si peu sous votre regard? Des larmes embuèrent ses yeux.

- Tu tiens vraiment à avoir une réponse?

 

     Ultime affront. Aleu était vraiment très dure, et semblait peser chacun de ses mots. Même pour lui, qui avait été un de ses premiers amis, elle ne faisait pas de quartier. Pour Thyiam, elle était au summum de la cruauté qu'il pensait bien un jour avoir à subir. Il ne se retourna même pas lorsqu'il décida de partir loin, très loin...

     Il fut très vite rattrapé par Eïdo. Le vieux sage essaya de le convaincre de revenir, harguant qu'Aleu était encore en chaleur, qu'elle ne pensait pas du tout ce qu'elle disait. Mais le mal avait été fait, et le pauvre loup avait été touché au plus profond de lui. Il fallait croire que depuis quelques temps, il ne cessait d'aller de malheur en malheur. Il en avait vraiment marre. Chaque fois, il remontait la pente, mais ce n'était que pour encore et toujours retomber de plus haut. Cette fois, il voulait la jouer quitte ou double.

     Après avoir sommé Eïdo de le laisser faire, Thyiam s'avance vers le bord de la mer, par là où ils étaient venus il y a a peine une saison. Certains morceaux de glaces étaient encore éparpillés sur la berge, attendant l'arrivée du soleil pour fondre, et se transformer en eau pour être disséminé parmi l'immensité de l'océan. Thyiam se hissa sur l'un des blocs, puis se coucha. Comme il s'y attendait, le courant était déjà en train de l'emporter au large. Après quelques minutes, ce voyage était désormais sans retour possible. La berge était devenue trop éloignée, il n'aurait pas le temps d'y nager avant de mourir de froid, ou de s'épuiser. Et aucune autre terre n'était en vue pour le moment.

     Le loup resta tout de même couché, désespéré. Le froid mordant du petit iceberg sur lequel il se trouvait avait tôt fait de l'engourdir, et il ferma lentement les yeux. Désormais, il faisait entièrement confiance en sa destinée, et se laissait guider par les éléments. Pour la première fois dans sa vie, plutôt que de lutter contre le courant, il se laissait tranquillement emporter, sans résister. À quoi cela lui servirait-il de toute manière? Où bien il crevait sur son morceau de glace, ou bien il accostait sur d'autres terres, pour finalement devenir loup solitaire.

     Les dés sont jetés.