La Quête.

                                                             CHAPITRE I :  SEUL.

 

 

Ceux qui pensent que si je suis là en ce moment même, pour vous parler, pensent que les épreuves que j'ai surmonté jusqu'ici étaient simples... Ils se trompent...

Ceux qui pensent que ma sagesse a été acquise dès le début, eh bien, ceux-là se trompent également..

Si vous pensez que la vie est un long fleuve tranquille et qu'il suffit de se faire porter par ce fleuve pour pouvoir atteindre un havre de paix : vous êtes aveugles alors...  Car les fleuves... Souvent, s'ils sont là... C'est pour vous faire tomber... De Charybde en Scylla.

                                                                                   ~ Nava.

 

 

 

Les plaines étaient couvertes d'un épais manteau blanc, ce soir-là, et des milliers de diamants éclairaient la voûte céleste au-dessus de nos têtes, ça je m'en souviens.  Si je m'en rappelle exactement, c'est que, c'est ce soir-là que j'ai été banni de ma meute. C'est ce soir-là que j'ai perdu toute dignité et mon statut de loup, car comme vous le savez probablement, un loup sans meute n'est plus un loup, même pas un chien... Il n'est rien...

J'aurais préféré vous décrire le paysage environnant dans d'autres circonstances, mais que voulez-vous ?   Ma destinée était là. Je demeurais bientôt seul, face au monde, sans personne pour m'épauler, sans personne pour me relever...  La fatalité m'avait rattrappé et m'avait pris en son filet.. Dure réalité...

" Allez, rossez-le encore un peu !  Ce cher Nava retiendra la leçon plus facilement ! 

- Non, par pitié, laissez-moi...  

- Oh, ça, oui, on va te laisser seul, tout seul, comme un grand, ça t'apprendra à nous faire des sermonts ! Ah ! Toi aussi, tu en as un de sermont, là ! "

...

Et après ces derniers mots, ils avaient disparus, laissant derrière eux seules des traces de pattes... Des traces faites avec du sang... Avec mon sang...  Ils ne se sont pas retournés une fois, et il n'y avait aucune pitié dans leurs yeux, juste de l'animosité quasi permanente... Il faut dire que je l'ai cherché un peu, mais, je ne voulais que leur bien en les moralisant... Une mauvaise chose...

Je tentais de me relever, mais je sentais que ça n'allait pas.  Il me semblait que certaines de mes côtes étaient brisées, que ma gueule était fracturée... Et je perdais beaucoup de sang, assez pour souffrir, pas assez pour mourir... Une aubaine pour eux, et un calvaire pour moi... Ils me savaient à l'agonie, et je pense qu'ils en souriaient sadiquement, sur la route...   Quand je parvins à me mettre sur mes quatre pattes, je fut pris de troublants vertiges, j'avais des petites pertes de conscience, c'était horrible, et j'avais l'impression qu'a tous moments, j'allais rechuter pour ne plus jamais me relever...

La nuit était froide, fort froide. J'étais glacé jusqu'aux os, et mes blessures profondes n'arrangeaient rien, et j'espérais au plus profond de moi qu'une âme charitable, qui passerait par-là, ne me tende la main... L'espoir fait vivre, j'aurais donc besoin de beaucoup d'espoir, ou bien, de ne pas en avoir du tout.. Entre la vie et la mort, je n'avais qu'un pas, et je ne savais lequel des deux choix était pour moi le plus judicieux.

Bref. 

Ma nuit se passait dans la douleur.  Le sang coulait encore en certains endroits, et je n'arrivais à marmonner que quelques brèves paroles, je ne pouvait pousser ni cri et ne chercher aucune aide : je n'avançai que peu et j'évoluais bien dificilement dans l'épaisseur du manteau blanc qui recouvrait la plaine. Et puis, vers 3 heures du matin, la neige se mit à tomber en gros flocons, et le vent souleavait des nuages de poudreuse...  J'étais persuadé que cela aurait été ma dernière nuit parmis les vivants, et que le monde du dessous m'appelait, mais quelque chose me ramena vite sur terre... Des jappements rauques et d'autres bien plus aiguë se firent entendre à quelques mètres de moi... Des yeux rouges me fixaient dans la nuit... Les drôles de monstres avaient sûrement étaient attirés par l'odeur de mon sang...

Je les reconnus... C'était des Gloutons...

Tu dois rester parmi les vivants,c'est là ton destin, et c'est là aussi la première épreuve que tu dois surmonter, Nava. Dans l'espoir de retourner auprès des tiens...   - J'appris, plus tard, que cette voix était celle de Muru.  - 

C'est ce que le vent me murmura d'une voix douce et chaleureuse.  J'étais jeune, dans la force de l'âge, et quelque part, l'envie de mourir ne me tentait guère. Une volonté de survivre m'avait traversé de part en part, mon coeur s'étaut remis à battre à tout va, comme quand mes pairs m'avaient attaqués beaucoup plus tôt, quand je du me défendre face à eux.  L'envie de rétaler la bande de Gloutons me redonnait force et courage... Et c'est là que je criai " A l'abordage ! "...

Les coups pleuvaient, aussi bien de mon côté que du leur, coups de pattes, dents qui claquent et coups de reins étaient mes armes et les leurs à la fois, on pouvait facilement parer les attaques les uns et les autres...  Bien qu'ils furent en plus grand nombre, je dominait par ma taille et par le courage qui me permettait de toujours redoubler de force et de hargne...  Le vent soulevait de gros nuages de poudreuse, m'aveuglant parfois, mais mes sens affutés me permettaient de situer où était l'adversaire, enfin, à peu près...    Puis tout s'arrêta.

Plus de bruits provenant des gloutons. 

Plus de coups. 

Plus rien. 

Le vide et le calme plat.  Un calme inquiètant et un vide étourdissant. 

La neige tombait en gros flocons, et toujours des nuages de poudreuse venaient s'abattre sur les côtes, glaçant mes flancs...

Je ne ressentait plus aucune douleur liées au fait que j'avais été rossé, bien plus tôt dans la soirée...  D'un côté, ce fut bien, cela me soulageait, mais de l'autre, je me demandais si j'étais encore vivant...

Puis la voix, vous savez, cette douce voix que j'ai évoqué, plus tôt, eh bien, elle me reparle, elle est là, elle me préviens du danger. Je demande quel danger me guette. Je n'ai aucune réponse.  Puis une paire d'yeux rouges écarlate me fixe, je la vois, en face de moi, ça me met mal à l'aise.  Soudain, la douleur reparaît, en fait, je crois qu'elle ne m'a jamais quitté, mais juste s'était atténuée...   Je vois les yeux se rapprocher de moi, de plus en plus, et le stress monte, la tension monte, je suis prêt à bondir ! 

La bataille, je l'avais gagné, mais pas la guerre, ça non.  Et la bête qui me faisait face, quand je la vis, j'eu peur, la vraie peur me parcourut le corps, hérissant mon poil tâché de sang - et pas que du mien. 

C'est un Glouton, un énorme Glouton - ça doit être le chef - il fait deux fois ma taille, et de longues griffes affutées sortent de ses doigts.  Sa mâchoire, elle peut contenir la totalité de mon crâne, et un seul coup de patte de sa part peut m'être mortel... Mais ce n'est pas l'heure de fuir, même si j'ai peur, il faut affronter avec courage et dignité cette monstruosité, pour pouvoir peut-être regagner le respect de ma meute, qui m'est dû ! 

Alors, je le regarde, les yeux dans les yeux. Je le vois froncer les sourcils et retrousser ses énormes babines.  Je sais que je peux mourir, mais je m'en moque.  C'est mourir avec respect, après un rude combat, ou vivre en lâche, et cela, je ne peux pas l'accepter ! ...   Je préfère voir en face ma dernière heure arriver que de fuir, pour retomber peut-être sur un danger bien plus grand, bien plus insurmontable, et puis, mourir en tant que lâche, plus tard, ça ne vaut pas le coup.  Je prends sur moi, je rassemble tout mon courage et je porte la première attaque, en vain... La bête me met au tapis, je roule dans la neige, je sens que ma mâchoire est comme décrochée, mais je m'en moque.  Je me relève, je porte un second coup, qui comme le premier est contré en un rien de temps !   Le monstre me fait voler quelques mètres plus loin, je perds conscience, un instant... 

Je repense à mon passé.  Je repense à ma meute.  Je repense à mes parents, car je vais connaître la même mort qu'eux.  Je rêve que je pars, que je les rejoints, mais ils me renvoient... 

Soudain, un cri me tire de mon léger coma.  Un animal noir, doté de belles grandes ailes, fonce sur le Glouton.  Je vois le monstre se débattre, mais l'oiseau noir lui jette quelque chose dans les yeux, des brindilles de pin sûrement, ce qui a pour but de l'aveugler temporairement...  Il lui lacère ensuite le crâne de ses serres affutées.  La bête crie.  Elle s'effondre.  Elle a mal, mais se relève aussitôt.  Elle a peut-être perdu la vue, mais il lui reste l'odorat et l'ouïe pour me percevoir.  Bien sûr, aussi, est elle moins rapide, et ses gestes moins précis...

L'oiseau - qui, comme vous l'avez sûrement deviné, est un corbeau - vient se poser près de moi et me regarde, il tourne sa tête vers la bête, il me dit d'y aller, de gagner ce combat, de réussir.  Il pousse un cri et s'envole.  Il disparaît dans les nuages de poudreuse...    Il me dit de finir le combat, à la loyale, que mon adversaire et moi, nous sommes maintenant à armes égales : je suis blessé, il est blessé...

Je m'avance alors vers la grande chose, elle m'entend, et se retourne. Mais... Elle n'a pas le temps de me mettre K.O. ...  En trois coups de mâchoire portés à son cou, s'en est fini.  La bête est au sol, elle ne bouge plus. Elle voulait ma peau, mais n'étant pas à armes égales, elle a perdu...  Triste sort...

Aujourd'hui encore, je ne sais pas si ce Glouton féroce était mort ou seulement assomé, tout ce que je sais, c'est que je ne l'ai jamais revu dans les parages, ça, plus jamais.... 

 

Je reprends ma route, plus affaibli que jamais. J'ai du sang partout sur moi, j'ai mal aussi et mon crâne me fait horriblement soufrir...  Mon coeur bat la chamade, mon sang ne fait plus qu'un tour...  Je venais de tuer...  J'avais peur que dès à présent, je ne sois comme les autres loups de ma meute...  Un loup sanguinaire qui prenait plaisir au sang, à la douleur, à l'angoisse et aux pleurs... 

Je savais que ma quête n'en était qu'à son commencement, il me fallait poursuivre ma route... Mais d'abord me fallait t'il recouvrer mes forces... 

 

Je marchais dans la plaine enneigée, en direction des basses forêts...  

 

En contrebas de la plaine, il y avait une grotte, petite, mais sûre, et elle abritait des vents mordants et de la neige qui glaçait mon sang...  Je m'y dirigeais, en titubant..  Une fois à l'intérieur, je me couchais et je léchais mes plaies en regardant l'extérieur...

Là où je me tenais encore quelques minutes auparavant se tenait un autre loup, immaculé de blanc  - le pelage se confondait presque avec la neige - , je dirais même une femelle...  Elle regarda en ma direction et se mit à hurler... C'était une magnifique ôde à la lune... Et c'était là... Le commencement ... Un commencement à ma nouvelle vie... ! 

 

 

A SUIVRE...