La suite directe de « Le pire crime. »

Kodi par à la recherche de son père, pour tenter de le ramener à Nome. Mais il ne sait pas dans quelle aventure il se lance !

Je conseille d’avoir lu mes fanfics précédentes, même si j’ais mis des rappels dans celle-ci (et du coup, il y des spoileur sur ces fanfics, donc si vous ne les avez pas encore lu… et bien c’est une bonne occasion pour le faire avant de lire celle là)

Attention, ce texte contient quelques passages violents, mais si vous avez déjà lu mes fics précédentes vous devez avoir l’habitude maintenant.

 

Retour aux sources

 

Par Cpat

Première version publiée en janvier 2006

Texte révisé en septembre 2006

 

 

Chapitre 1

À la recherche de Balto.

 

Tuer un homme est le pire crime qu’un chien puisse commettre.

Je le savais parfaitement, comme tous les chiens, et jamais je n’aurais imaginé que mon père puisse faire une telle chose.

Et pourtant c’était arrivé !

 

Certes, les circonstances étaient exceptionnelles : Calder avait essayé de me tuer, il m’avait même blessé à la gorge, à deux doigts d’une carotide ! Balto avait agit pour sauver son fils, comme n’importe quel père digne de ce nom l’aurait fait. Et puis il ne faut pas oublier que Calder l’avait maltraité pendant des semaines dans sa jeunesse, cela avait sûrement laissé des traces !

Mais malgré ça j’étais choqué.

Conscient de son crime, Balto avait préféré partir loin d’ici. Ça c’était passé il y a deux jours maintenant, et je le revoyais encore s’enfuir en courant, tandis que ma mère fondait en larmes !

 

C’était trop dur, il fallait qu’il revienne ! C’est pour cela que je pris ma décision, malgré mes blessures et ma fatigue (suite au mauvais traitement et au combat contre Sterk, le fils de Steele).

Je partis voir Dusty, chez elle, pour lui parler seul à seule et l’avertir de ce que j’allais faire.

 

- Je vais partir à la recherche de mon père, je veux le ramener. Lui dis-je.

- Quoi ? Après ce qui c’est passé ! Il ne voudra jamais revenir.

- Il faut que j’essaye, je ne peux pas le laisser comme ça. Il a besoin d’aide, et je suis sûr qu’il pourra revenir.

- Mais… Kodi, tu ne va pas y aller seul !

- Il refusera de nous écouter si on est plusieurs, il n’y a que moi qui puisse y aller.

- Tu en es sûr ? Et tu crois que c’est une bonne idée de partir à sa recherche ? Peut être qu’il ne veut pas…

- Dusty ! C’est mon père, je ne peux pas l’abandonner comme ça !

- Oui, je comprends. Dit-elle d’une voix triste.

- Je ne dis rien à ma mère, sinon elle va devenir folle, ni aux autres, ce sera à toi de les mettre au courant une fois que je serais partit, tu peux faire ça ?

- Oui.

- Parfait ! Bon, autre chose maintenant, que disent les hommes à propos de la mort de Calder ?

- Pour le moment ils pensent que c’est Nirgal qui l’a tué, ce chien était connu pour être agressif. Et Calder avait mauvaise réputation, ils semblent même être content d’être débarrassé de lui !

- Bien ! Et les autres chiens de notre attelage, qui sont au courant de la vérité, ils tiennent bien leurs langues ? Si un seul d’entre eux parle et que la nouvelle se répand parmi tous les chiens de Nome… je vois d’ici toutes les rancœurs et la méfiance envers mon père qui vont ressurgir comme jamais.

- Ne t’inquiète pas, tous ont un maître qui a, voire qui est, un enfant sauvé par Balto pendant l’épidémie ! Ils se tairont. Et il n’y a que eux qui savent, avec nous deux et Jenna.

En effet, Nirgal était mort peut de temps après, des suites de ses blessures, sans avoir eu le temps de parler à d’autres chiens.

Puis Dusty se mis d’un coup à pleurer.

- Qu’est-ce que tu as ?

- Je ne veux pas que tu partes, j’ais l’impression que tu ne va pas revenir !

- Dusty, voyons, je vais juste chercher mon père, ça ne sera pas long. Je vais vite revenir, ne t’inquiète pas.

- Oui.

 

Puis je quitta la maison de Dusty. Je repensais à ce qu’elle m’avait dit, et elle avait essayé de me retenir, elle semblait vraiment inquiète pour moi… est-ce qu’elle m’aimait ? J’aurais peut être dû rester avec elle un peut plus longtemps avant de partir ? Puis je me dis naïvement que j’aurais tout le temps de lui parler une fois de retour.

 

 

Je partis donc sur les traces de mon père, Je pensais alors que ça ne durerait que quelques jours avant de le ramener à Nome. Qu’est-ce que j’ais pu être stupide !

 

Cela faisait déjà quatre jours que je suivais sa piste. Parfois je sentais son odeur, mais je la perdais ensuite.

À plusieurs reprises j’eus l’impression qu’on me suivait, et je me mis à penser que c’était lui, qu’il avait dû se rendre compte que je le poursuivais et qu’il avait fait demi-tour. Je repartais alors en arrière, espérant le trouver. Mais rien, pas de traces, je me dis que j’avais peut être rêvé.

Je continua donc à aller en avant, et je commençais à désespérer de le retrouver.

 

Mais en fait, c’est lui qui me tomba dessus, il avait dû me repérer, et il décida de me stopper.

Alors que j’étais en trains d’avancer, et de chercher des indices de son passage, il sauta brutalement sur ma route, sans prévenir. Surpris, je fis un bon en arrière.

Mon père était méconnaissable !

- Que fait-tu là ? Demanda-t-il, sur un ton autoritaire qui ne lui ressemblait absolument pas.

- Papa… comme je suis content de te revoir. Je viens pour te ramener à Nome.

- Non ! C’est hors de question, je suis maudit !

- Qu… ne dit pas ça ! Ce qui est arrivé n’était pas de ta faute !

- NON ! Je ne retournerais plus jamais avec les hommes, c’est finit !

Puis il partit en courant.

- PAPA !

Je me lança à sa poursuite, mais en vain, je ne parvins pas à le rattraper, puis je me perdis.

Je fus obligé de m’arrêter, mais j’essaya de lui parler en criant le plus fort possible.

- PAPA, JE T’EN PRIS, REVIENT À NOME.

Pas de réponse.

- ÉCOUTE-MOI, JE NE PARTIRAI PAS ! JE VAIS RESTER LÀ, ET SI TU NE REVIENS PAS VERS MOI JE… JE… JE RESTERAI ICI, MÊME SI JE DOIS MOURIR !

Je resta un moment à attendre, ce que je venais de dire me paraissait idiot !

- Rentre chez toi ! Dit la voix de Balto, toute proche.

- Papa !

- Je ne peux pas retourner vivre avec les hommes, ils me tueront s’ils savent ce que j’ais fait.

- Mais ils ne le savent pas, ils pensent que c’est Nirgal qui a tué Calder.

- Ils le sauront un jour ou l’autre.

Mon père revint alors prés de moi.

- Tu dois t’en aller, mon fils. J’ais commis l’irréparable, c’est terminé ! Je ne vivrais plus jamais avec les hommes, plus jamais ! Je sais que ça te rend triste, et moi aussi, mais je ne peux faire autrement.

- Ce n’est pas ce que tu veux papa, je t’en pris revient.

Il fit non de la tête.

- Papa, ça ne te ressemble pas, ce n’est pas toi !

- Ce n’est pas moi ? … Mais qui suis-je réellement ?

- Tu es toi ! Balto le héro !

- Balto le héro n’aurait jamais fait ce que j’ais commis. Je ne sais plus qui je suis, je ne suis peut être pas celui que l’on crois et que je croyais être… peut être pas ?

Alors je m’approcha de lui et frotta ma tête contre la sienne.

- Jenna est effondrée, il faut que tu reviennes, elle est tellement triste ! Et pense à tout les autres !

- Non ! Ce n’est pas possible.

S’en était trop, je releva vivement ma tête et je le regarda les yeux dans les yeux. Puis je lui dis :

- Alors je resterais avec toi, jusqu’a ce que tu te décide !

- Tu veux vivre dans la nature avec moi ?

- Eu… oui, le temps qu’il faudra pour te convaincre !

- Tu sais, la vie à l’état sauvage est quelque chose de difficile, je crois que tu ne tiendras pas longtemps, tu n’es pas habitué. Je dis ça pour ton bien !

- Je m’en fous ! Je veux que tu reviennes à Nome, quoi qu’il en coûte !

- Kodi !

- NON ! … Papa… ma décision est prise !

La discutions qui suivit fut vive, mais Balto finit par céder, il avait comprit qu’il ne pourrait pas m’empêcher de le suivre.

- D’accord, viens avec moi si tu veux. Mais crois-moi, tu auras vite envies de repartir, et ça ne servira à rien.

- On verra ! Lui dis-je de manière arrogante.

 

Je vécus ainsi avec mon père pendant quelques jours, nous parvenions à nous nourrir assez facilement, en chassant du petit gibier, je ne connaissais donc pas trop la faim. Mais l’hiver me faisait peur, je savais que cette saison est terrible pour les animaux sauvages. J’espérais que je parviendrais à convaincre mon père avant.

Mais je savais aussi que Balto jouait là dessus pour me faire partir, il pensait que ce serait mieux comme cela, alors je comptais bien m’accrocher pour lui faire comprendre qu’il avait tord.

 

Nous devions faire très attention pour ne pas pénétrer sur les territoires des meutes de loup, qui étaient bornées par des marques d’urine. Il y avait danger à ne pas y prendre garde, surtout pour moi, qui ressemblait beaucoup plus à un chien qu’a un loup. Et les loups n’aiment pas les chiens. S’ils me tombaient dessus ils risquaient de me tuer sur-le-champ !

 

Mais un jour, alors qu’on était loin de Nome, se produisit l’inattendu.

 

 

Chapitre 2

Le clan.

 

- Attend, tu sens ça ? Dit mon père.

- Quoi ?

- Là !

Et Balto se dirigea vers un arbre, vers une marque d’urine de loup. Puis il la renifla avec attention. Je fis de même.

- Ce n’est qu’une borne, ont en a déjà rencontré des dizaines ! Dis-je.

- Celle là est différente.

- Une nouvelle meute ? Ce serait au moins la huitième dont on contourne le territoire !

- Oui, c’est une meute qu’on n’a pas encore rencontrée. Mais il y a autre chose, cette marque porte une odeur qui me semble être familière… il serait donc toujours vivant ?

- Qui ça ?

- Quelqu’un que tu n’as jamais connu, et dont je croyais qu’il était mort. Mais comment être sûr si c’est lui ?

Et d’un coup Balto leva le museau vers le ciel et poussa un hurlement de loup, puis il attendit, l’oreille attentive. Au bout de quelques instants une réponse vint. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire, mais mon père sembla savoir.

- Oh ! … ce… c’est lui ! Dit Balto.

- Lui qui ?

- Écoute, je vais partir sur le territoire de cette meute.

- Quoi ? … Mais papa, tu m’avais dit qu’il ne fallait pas…

- Là c’est différent. Voilà ce que je vais faire, je vais aller voir quelqu’un, et en attendant tu vas rester là. Si je ne suis pas revenu dans… disons deux jours, tu retourneras à Nome.

- Mais…

- Ne discute pas Kodi, c’est peut être important, pour moi en tout cas.

Puis Balto partit en courant.

Ne pouvant rien faire d’autre, je me mis alors à l’attendre.

 

Et j’attendis encore et encore, bientôt les deux jours furent écoulés.

Balto m’avait bien dit de retourner à Nome s’il ne revenait pas, mais je ne pouvais pas me décider à l’abandonner.

Et puis d’en coup je pensa à une chose : Et si c’était une ruse pour me faire retourner à la maison ? Et si mon père s’était enfuit à toute vitesse pour me semer, et que maintenant il était loin ?

Je n’en étais pas sûr, cela ne ressemblait vraiment pas à Balto de faire ça. Mais, après la mort de Calder, les choses ne seraient peut être plus jamais comme avant. Alors je décida de partir à sa recherche, malgré ses avertissements.

 

Mais dés que je passa la limite du territoire de la meute je me sentis comme un intrus, je me sentais en terrain hostile.

Je chemina un bon moment, avec la désagréable sensation d’être observé, surveillé. Et puis d’un coup je perçus une présence nette, l’odeur me dit ce que c’était : Des loups !

Alors là je me sentit petit, faible et désarmé.

Je voulus fuir, mais, quand je fis demi-tour pour partir, je me rendis compte qu’une créature me barrait le chemin.

 

Je n’avais jamais vu de véritables loups auparavant, je ne les connaissais que par les récits que mon père m’avait racontés sur eux. Néanmoins, je reconnus immédiatement que ce que j’avais en face de moi en était un.

Il ressemblait à Balto, mais en bien plus grand, plus musclé, plus puissant… et plus effrayant !

Le loup était gris clair, énorme, avec des yeux jaunes et un regard diabolique. Il retroussa ces babines, et là j’eus le souffle coupé à la vue de ces crocs énorme, bien plus grand que ceux de n’importe quel chien. Le grognement qui sortait de sa gorge était nettement plus terrifiant que ceux que j’avais entendu auparavant. Sa tête était également plus large que la mienne, de même que son museau.

Mais malgré sa taille, et son poids qui devait être considérable, il y avait quelque chose en lui qui donnait une impression d’agilité et de rapidité.

 

Un formidable tueur, voilà ce que j’avais en face de moi ! Et en plus il n’était pas seul, il y en avait d’autres cachés autour de moi, je le sentais maintenant.

Je compris que j’étais coincé, encerclé, pris par surprise par ces êtres qui avait une immense expérience dans la ruse, la surprise et l’embuscade.

Une voix grave et profonde, venant des buissons, pris la parole.

- Que fait-tu là, chien !

Très impressionné, je ne pus prononcer que quelques mots.

- Euh… en fait c’est que… euh…

- Tu viens nous espionner, pour ensuite amener les hommes afin qu’ils nous exterminent ! Dit le loup gris, dont la voix était presque identique à celle qui avait parlée juste avant.

- Non non… vous vous méprenez… je ne vous veux pas de mal. Dis-je maladroitement.

- Silence, tu vas mourir, sale chien ! Continua le grand loup gris, qui était jeune et fougueux.

- Je vous en prie… non… laissez-moi partir… je-je ferais comme si je ne vous avais pas vu… je vous le promets.

- MENSONGE ! Tu viens pour nous faire du mal !

Alors plusieurs loups sortirent de leurs planques, et s’approchèrent de moi. J’étais mort de peur.

- Attendez ! Dit la voix grave.

Les loups se figèrent, et alors une immense créature, blanche comme la neige, sortie de sa cache. C’était un loup blanc, très grand, puissant, magnifique, et il avançait d’un pas majestueux et digne. Ses yeux étaient orange, un regard dur et cruel. Et il était couturé de cicatrices, ce qui faisait inévitablement penser que ce loup avait pas mal vécu, et devait donc être expérimenté et aguerrit.

Tous les autres loups reculèrent sans exception, avec crainte et respect : C’était le chef de la meute !

 

Mais ce loup blanc me rappela surtout ma grand-mère, Balto m’en avait tant parlé. Je ne pus m’empêcher de prononcer son nom.

- Aniu ?

Les autres loups tiquèrent à ce mot, mais le loup blanc resta de marbre, le signe d’une grande maîtrise de soi.

- Tu connais Aniu ? Dit-il d’une voix calme, mais avec un ton sec.

- Euh… ou-oui.

- Dans ce cas tu ne mourras peut être pas tout de suite… parle-moi d’elle.

- C’est… c’est ma grand-mère paternelle, je… je ne l’ais jamais connu, mais mon père m’a parlé d’elle… euh… il m’a dit qu’elle était blanche comme la neige… C’est toi Aniu ?

- Regarde entre mes pattes arrière !

Je me rendis compte qu’il s’agissait d’un mâle ! C’était pourtant évident, avec cette taille et cette voix si grave ! Et puis Aniu était morte, je le savais. Mais ce loup ressemblait tellement à la description que Balto avait fait de sa mère !

- Oups… pardon, je-je suis vraiment dé-désolé ! Bafouillai-je.

Puis le loup blanc se mis à me tourner autour, il me renifla longuement et avec attention.

Je n’osa pas broncher un muscle, ce loup était tellement grand, j’aurais pu passer sous lui sans que mon dos ne touche son ventre ! Il devait peser au moins le double de mon poids, si ce n’est pas le triple !! Et ses pattes, elles étaient deux fois plus larges que les miennes !

- Ton père s’appelle Balto, n’est-ce pas ? Me demanda-t-il.

- Euuuh oui ! … Comment le sait-tu ?

- Et comment s’appelait son père à lui ?

- Kitok.

- Mon père à moi s’appelait Werak, et ma mère… Aniu.

- Qu… Balto est ton frère ?

- Mon demi-frère, par contre il a une vraie sœur, Nitti ! Vient ici.

Et alors une chienne-louve s’avança, elle ressemblait à Balto, en plus grande et plus fine, avec deux petite tâche blanche sous les yeux.

- Balto est vivant ? Demanda-t-elle, fort intimidée par le chef de meute.

- A ça oui qu’il est vivant, répondis-je, il est même pas loin d’ici, ça m’étonne d’ailleurs que vous ne l’ayez pas vu !

- Il est même en train de nous observer. Dit le loup blanc. Je l’ais sentit arriver pendant qu’on parlait.

Il regarda dans une direction où il semblait ne rien y avoir, puis il dit :

- Tu peux sortir de là, mais n’essaye pas de fuir, deux de mes loups sont déjà en position derrière toi, ils te tueront sans hésiter !

Alors Balto sortit de sa cachette, et il dit, fort ému :

- Tarak ! … Ce... c’est bien toi alors !

Ça me revenait maintenant, Tarak était le demi-frère de mon père. Mais il fut blessé par des chasseurs, au moment de la mort d’Aniu, puis il fut obligé de s’enfuir, et Balto n’avait jamais su ce qui lui était arrivé ensuite.

- …Je suis tellement heureux de te revoir. Continua mon père. Je croyais que tu avais été tué !

- Ça a été peut être pire que ça en fait. Dit Tarak. Mais je te raconterais une autre fois, en attendant dis-moi ce que tu fais ici ?

- Et tu ne me souhaites pas la bienvenue ? S’étonna Balto. Tu n’es pas content de me revoir, après tout ce temps !?

- Je me méfie de toi, tu as vécu avec les hommes, ton fils a un collier !

- Oui, avoua Balto.

- C’est bien ce qui me semblait, c’est pourquoi ont t’a surveillé à distance, quand tu as pénétré sur notre territoire, après ton hurlement.

- Depuis tout ce temps vous… et moi qui vous cherchais !

- Oui, et quand ton fils est rentré sur notre territoire à son tour, ont est allé à sa rencontre tout en te surveillant. Maintenant dis-moi ce que vous faite ici tous les deux.

- En fait on passait par là, par hasard, puis j’ais sentit ton odeur, que j’ais reconnu, alors j’ais voulu aller à ta rencontre

- Vraiment ? Demanda Tarak.

- Vraiment ! Répondit Balto.

- Et qu’est-ce que vous faisiez, en passant par là, par hasard ?

- En fait… ont est en exil, ou plutôt c’est moi qui suis en exil.

- Pourquoi ?

- J’ais fait quelque chose de très grave, et j’ais décidé de fuir la ville où cela c’est passé, puis mon fils à voulut m’accompagner.

- Et c’est quoi cette faute si grave ?

- Je… enfin… Tarak, tu crois que c’est nécessaire toutes ces questions ?

- RÉPOND ! Cria le grand loup gris.

- Dis-moi ce que tu as fait. Redemanda Tarak sur un ton indiquant qu’il ne plaisantait pas. Si tu tiens à rester en vie je te conseille de m’obéir… je ne poserais pas ma question une troisième fois !

Balto baissa la tête, regardant vers le sol, avant de dire :

- J’ais tué un homme !

A ces paroles les autres loups se déchaînèrent.

- Quoi !

- Il a tué un homme !

- Ça porte malheur !

- Il faut qu’on s’en débarrasse !

- Il va attirer la mort sur nous !

Un vieux loup, qui semblait être le second dans la hiérarchie, s’approcha de Tarak.

- Il faut qu’ils partent, tout de suite !

- S’ils partent, ils vont revenir avec les hommes, pour nous tuer ! dit un autre loup.

Je ne pus alors m’empêcher d’intervenir.

- Non, on ne fera jamais ça !

Alors le grand loup gris me sauta dessus, et me saisit à la gorge. Je sentis ses puissantes mâchoires enserrer mon cou… et ses quatre crocs qui s’enfonçaient dans ma peau. Je cria, de douleur, mais aussi de terreur, pensant que ce loup allait me tuer.

- TEROK ! Cria Tarak.

À ces mots, le grand loup gris, qui s’appelait donc Terok, cessa de serrer ses mâchoires, épargnant ainsi ma vie.

Du coin de l’œil, je vis que Tarak bloqua Balto qui se lançait à ma rescousse.

Mais ensuite, d’autres loups se mirent en mouvement vers Balto ou vers moi, tandis que je sentis Terok qui recommençait à serrer ma gorge !

- QUE TOUS LE MONDE SE CALME, TOUT DE SUITE ! Hurla Tarak sur un ton autoritaire.

Sa voix puissante eut un effet énorme, tout le monde se figea et resta silencieux, puis Terok me relâcha. J’avais mal, le loup m’avait blessé, je saignais, mais heureusement c’était superficiel.

- Tarak ! Qu’est ce que ça veut dire ? Demanda mon père. Tu ne me fais pas confiance ?

- Non ! Je ne sais pas ce que tu as fait pendant tout ce temps, mais tu étais avec les hommes, je le sens. Et je me méfie de tout ce qui a rapport avec les hommes, ils m’ont trop fait souffrir, et pas que moi d’ailleurs.

- Je comprends, que comptez vous faire de nous ?

- Si on les laisse partir, ils vont prévenir les hommes et les faire venir ici ! Dit Terok.

- Il a raison, répondit un autre loup.

- Non, on ne fera pas ça, je vous le promets. Dit Balto.

- Mais son fils est un chien ! Lança un autre. Je n’ais pas confiance en lui, on n’a qu’a le tuer !

Je sentis alors mon sang se glacer.

- NON ! Ne touchez pas à mon fils ! Dit Balto.

- Ça suffit ! Cria Tarak. Balto reste mon frère, et ont ne ferra pas de mal à lui et à son fils… si ce n’est pas nécessaire !

Les autres loups se turent, puis Tarak se tourna vers Balto.

- Bien, et toi, que compte tu faire si tu reste… "en exil" ?

- Je ne sais pas, en fait… je compte vire à l’état sauvage, je ne peux plus vivre avec les hommes après ce que j’ais fait.

- Vivre à l’état sauvage ? L’as tu déjà fait, et surtout en hiver ? Si tu as vécu parmi les hommes, comme ça a été le cas pour moi dans ma jeunesse, je doute fort que tu arrives à survivre seul, j’en sais quelque chose ! Et vu que ton fils est plus chien qu’autre chose, il serra plus un handicap qu’une aide pour toi.

- Je n’en sais rien, mais si je retourne chez les hommes… ils vont me tuer !

- Papa !

Tarak tourna son énorme tête vers moi et émis un grognement sourd, ça manière de me dire de me taire ! Ce que je fis tout de suite.

- Tarak, doucement, Kodi ignore tout de la vie en meute, il ne connaît pas les règles. Dit mon père pour calmer le grand loup.

- Bon alors, que compte-tu faire ? Lui demanda Tarak.

- Ben… est-ce que…

- Tu veux intégrer notre meute ?

Ce fut comme si j’avais reçu un coup sur la tête. Si Balto se mettait à vivre avec ces loups tout espoir de le ramener à Nome s’envolait !

Un brouhaha s’éleva des autres loups, il discutait entre eux, et apparemment ils n’aimaient pas trop cette idée.

- Je crois que j’ais besoin de réfléchir. Dit Balto.

- Bien, nous aussi on va réfléchir de notre coté.

Et d’un coup Tarak et les autres loups partirent à l’écart, et discutèrent entre eux.

Je m’approcha de mon père pour lui parler, avec la ferme attention de le convaincre de ne pas faire ça.

- Papa ! Comment peut-tu envisager une telle chose ! Ta place est à Nome !

- Plus maintenant, en tuant Calder je me suis exclu à tous jamais du monde des hommes !

- Non, ce n’est pas vrai ! Souviens-toi de ce que je t’ais dit, ils pensent que c’est Nirgal, et ils sont même presque content d’être débarrassé de Calder ! Tu peux revenir, tu dois revenir, pense à Jenna, à Boris, à Muk & Luk, et à tous les autres, ils sont tellement tristes !

- Et tu crois qu’ils ne seront pas tristes quand ils verront les hommes me faire abattre ?

Je fus estomaqué par ça. Mon père, abattu comme un vulgaire chien errant !

- Ne dis pas une telle horreur ! Lui dis-je.

- C’est la vérité pourtant ! Tu sais très bien ce que les hommes font aux chiens dangereux. Je vais vivre avec ces loups, s’ils veulent bien de moi.

- Alors je reste avec toi, et je finirais par te convaincre.

- Rester avec moi ? … Kodi ! C’est une meute de loups que tu as là, et pas un attelage de chiens de traîneaux. As-tu la moindre idée de quel genre de vie ils mènent ?

- Non, et je m’en fiche, je reste avec toi. Je m’habituerai, tu verras.

- Ton fils est bien présomptueux, il est trop faible, ça se voit comme le museau au milieu du visage !

C’était la voix de Tarak, les loups avaient finit de discuter et s’étaient rapproché de nous deux.

- Alors ? Demanda Balto.

- Tu peux rester avec nous, mais pas ton fils, il doit partir.

- Je reste avec mon père !

Alors Tarak me sauta dessus, et pour la deuxième fois je me sentis être pris entre à la gorge ! Tarak se contenta de me tenir, mais il me fit tomber par terre, pendant que Terok me parla.

- Ecoute, chien, tu dégages ou tu meurs !

- Je vous en pris, laissez-lui une chance, ne lui faite pas de mal. Dit mon père.

Tarak me lâcha, puis il me dit.

- Tu es trop faible, pas assez résistant pour mener une vie de loup.

- Je m’adapterai, je suis plein de ressources.

- Deux chances sur trois, me dit-il.

- Quoi ?

- D’après moi, tu as deux chances sur trois de mourir de faim et d’épuisement cet hiver, si tu restes avec nous.

- Je prends le risque, je ne veux pas abandonner mon père !

Tarak partit alors parler avec le reste de la meute, puis il revient me dire :

- Bon d’accord, tu peux rester avec nous. Mais je te préviens, tu n’auras droit à aucune faveur, tu devras survivre comme les autres. Tu seras soumis à la hiérarchie de la meute, et tu y seras bon dernier, juste après ton père. Et si tu te blesse, si tu tombe malade, ou simplement si tu n’es pas assez fort, nous te laisserons derrière nous, et tu mourras !

- C’est d’accord.

- Mais je crois que tu auras très vite envie de rentrer chez toi, et personne ne te retiendra.

- On verra ça !

Alors l’ensemble de la meute se mis en mouvement. Je me releva et partis rejoindre mon père, j’étais étonné que les loups ne discutent pas plus avec nous.

- Ils ne sont pas très bavards, dis-je à mon père.

- Comme pour chaque chose, les loups ne font que le strict nécessaire… Kodi, tu viens de faire une énorme erreur, tu ne te rends pas compte de ce qui va t’arriver !

- Et bien comme ça au moins je le saurais !

 

Et pour savoir j’ais su ! Dés le premier jour je fus plongé dans un monde totalement inconnu… et sauvage.

Les loups me semblèrent n’être que des brutes épaisses, qui ne connaissaient que la loi du plus fort.

 

Il première chose que je dus apprendre fut la hiérarchie : Elle était très sévère.

Ma queue me posa un gros souci, car je la portais souvent en panache, comme ma mère. Hors, seul les chefs de la meute ont le droit de la porter comme ça, alors que j’étais l’Oméga, le dernier dans la hiérarchie. Il n’y avait qu’une position acceptable pour ma queue : En bas, ou même en les pattes le plus souvent.

Des les premières minutes, Tarak me mordis pour cela. Mais par la suite, dans les heures et les jours suivant, j’avais tendance à ramener ma queue en position normale pour moi, sans m’en rendre compte, et je me faisais mordre.

Au bout d’une semaine, et d’une bonne cinquantaine de morsures, c’était finit, ma queue restait basse.

Et s’il n’y avait que ça… la meute est un monde violent, ou la force brute était la règle. Et ce fut très dur pour moi.

 

Cette meute était grande, elle comportait seize individus.

Comme on le sait, Tarak était le mâle alpha, le chef de la meute. Il était bon et juste… mais extrêmement sévère. Il fallait lui obéir tout de suite quand il donnait un ordre, et sans rechigner ni se plaindre, sans quoi il avait la mâchoire facile, et il savait où mordre pour faire mal !

La femelle alpha, sa compagne, s’appelait Watan, et elle était grise. Tous deux avait déjà eu plusieurs portées.

Le loup en second était un vieux mâle noir du nom de Galor, c’était le père de Watan, et l’ancien chef de cette meute avant qu’il ne soit renversé par Tarak. Il portait sur la tête quelques grosses cicatrices, vestige du terrible combat qu’il y avait eu entre lui et le grand loup blanc, lequel avait finalement gagné après de longues heures de lutte. Mais par respect pour son grand âge et pour son expérience de la vie, Tarak lui avait laissé la place de second.

Ika était la compagne de Galor, de couleur noire elle aussi.

Terok était un des premiers enfants de Tarak et Watan, il avait la même carrure que son père, mais était gris clair. C’était lui qui commandait chez les plus jeunes, et il semblait évident qu’il succéderait à son père en tant que chef de meute. Il était un peut plus jeune que moi, mais malgré ça il faisait déjà plus adulte, il était plus dur, plus sauvage. Et il me faisait terriblement peur, car s’il avait la même taille, la même musculature, la même force de caractère, et la même agressivité que son père, il n’avait pas sa sagesse ni son calme. Son désir de se battre et de tuer brûlait dans ses veines. Il me détestait, il ne voyait en moi qu’un chien et je sentais qu’il rêvait de m’égorger.

Nitti était donc la sœur de Balto, mais elle avait un caractère fort différent de son frère, elle était beaucoup plus dure, ayant vécu dans la meute quasiment depuis sa naissance. Elle avait autrefois un frère nommé Waoss, mais celui-ci était mort, il avait sacrifié sa vie pour sauver sa sœur d’une bande de chasseur. Nitti était la dernière dans la hiérarchie, les autres la maltraitaient souvent à cause du fait qu’elle était à moitié chienne. Du moins jusqu’a ce que je sois dans la meute, car avec moi, les autres avait un nouveau bouc-émissaire, qui en plus était encore plus chien. Autant dire que ma présence soulagea Nitti, malheureusement pour moi. Elle est mon père s’étaient retrouvé avec grande joie, et ils dormaient souvent ensemble, couchés l’un contre l’autre, voir même tendrement enlacés.

Il y avait également quatre autres loups adultes, deux jeunes loups de moins de deux ans, et quatre louvarts de moins d’un an.

 

Tous ces individus se connaissaient depuis des années, parfois même depuis leurs naissances, ils formaient un ensemble d’une grande cohérence.

Mon père était assez proche d’eux, c’était le demi-frère de leur chef, et il était à moitié loup. Mais moi j’en étais éloigné, et ça me mettait vraiment mal à l’aise, je sentais de l’hostilité envers moi.

 

Quand je dormais, les premières nuits avec eux, j’étais en permanence sur mes gardes !

J’avais vraiment peur de mourir, tué par un de ces loups !

 

 

Chapitre 3

Apprentissages et enseignements.

 

Peut de temps après mon intégration dans la meute, je dus apprendre à manger comme un loup. Tarak mena son clan à une carcasse d’élan, qui était mort il y a déjà quelques jours.

Une fois sur place, je fus choqué par la puanteur qui se dégageait de la carcasse.

- Ont ne vas pas manger ça, c’est en décomposition ! Dis-je à Tarak.

Les loups rigolèrent, tandis que le chef de meute se tourna vers Balto.

- Ton fils est bien délicat !

- Il n’a pas l’habitude, répondit mon père.

Puis les loups se mirent à manger. J’étais dégoûté de voir les loups se nourrir de cette chair puante, et qui à certain endroit grouillait d’asticots.

Etant dernier dans la hiérarchie, j’étais censé me nourrir après tous les autres, mais là je n’avais pas envie de manger du tout !

Une fois leur repas terminé, les loups partirent se coucher.

Balto mangea à son tour, il donna l’impression ne pas aimer ça, mais il y semblait habitué quand même : Dans sa jeunesse il avait déjà mangé des charognes.

- Tu ne mange pas ? Me demanda Tarak.

- Non.

- Il le faut pourtant, tu vas mourir de faim sinon.

- Je mangerais demain, quand ont aura une viande plus… enfin moins…

Une des loups fit alors une remarque fort déplaisante.

- Eh l’autre ! Il se croit où ? Il s’imagine qu’il va manger tous les jours, et que de la viande fraîche !

Je répondis que je n’avais pas l’habitude de manger ça !

- Et bien c’est une bonne occasion pour t’y habituer. Dit Terok en s’approchant de moi. Allez, vas-y, mange, tu as peur que ça te morde ?

- Je n’ais pas peur, c’est juste le manque d’habitude.

- Alors mange-moi ça, fait voir si tu en as entre les pattes ! Petit chien !

Vexé, je me dirigea vers l’élan et me força à manger, en essayant de choisir les endroits les moins repoussants. C’était vraiment difficile, l’odeur était épouvantable, et dés le premier morceau que j’arracha, je sentit le goût et la consistance de la chair qui était vraiment… horrible. Je faillis tous recracher, mais je parvins à avaler en me forçant. J’avais l’impression de sentir cette chose répugnante descendre le long de ma gorge, puis mon estomac protesta vivement. Le manque d’habitude !

Cela se répéta plusieurs fois, et c’était de plus en plus dur, mon estomac semblait refuser, je ne me sentais vraiment pas bien. Mais les loups me regardaient, ils semblaient attendre le moment où j’allais craquer, j’entendais les plus jeunes qui plaisantaient.

- Tu crois qu’il va tenir ?

- Non, il va tous vomir, tu vas voir.

Je ne voulais pas leurs donner ce plaisir !

Et puis, après un bouché, je me rendis compte que l’endroit que je venais de mordre grouillait d’asticots : en mordant, j’avais percé une sorte de poche qui en était pleine !

L’effet fut immédiat, je sentis mon estomac se retourner.

- Et c’est partit ! dit Terok.

Je me détourna vivement de la carcasse… et me mis à vomir tous ce que j’avais péniblement avalé.

Les loups éclatèrent de rire.

- Ah ! On dirait que le petit chien n’aime pas la charogne bien faisandée.

- Pas étonnant, s’il ne mangeait que de la viande fraîche avant de venir ici !

Puis ils rirent encore. 

Quelle humiliation ! Je partis en courant tout en continuant à vomir.

- Hé, fait gaffe, tu t’en mets plein les pattes !

Je me cacha dans un coin, dégoûté, couvert de honte.

Ou bout d’un moment je partis me laver dans une rivière, puis à la chasse. Non sans mal j’arriva à attraper un lapin que je mangea, ça faisait du bien, de la viande "propre" !

Ensuite je retourna auprès de la meute, en me voyant arriver plusieurs loups pouffèrent.

- Tu t’es bien lavé ? Me demanda Terok en riant.

- Oh toi ta gueule ! Lui dis-je, en colère.

Terok se leva d’un bon, et il me grogna, ma montra ses crocs et hérissa son poil.

- Tu veux te battre, hein !

Là j’eus peur, me battre contre un tel colosse ! Heureusement, Tarak, qui était couché juste à coté, intervint, sans se lever ni même jeter un regard à son fils.

- Terok, du calme, on a bien rigolé mais maintenant ça suffit, ce n’est pas un sujet assez sérieux pour une bagarre.

- Mais père, je…

- J’ais dit ça suffit ! Entonna Tarak sur un ton si ferme que Terok se tut tout de suite, et rejoignit les autres.

- Merci. Dis-je au chef de meute

- Personne ne te retient. Me dit-il.

- Quoi ?

- Si c’est trop dur, si tu nous trouves insupportable, ou si ta mère te manque… tu peux partir quand tu veux !

- Je ne veux pas partir, pas sans mon père en tous cas, alors je resterais aussi longtemps qu’il me faudra pour le convaincre.

- Pour cela il faudrait que tu en ais les moyens, ce dont je doute beaucoup !

- Comme je te l’ais déjà dis, on verra ça ! Lui répondis-je.

- Ce que j’ais vu aujourd’hui n’était pas bien brillant ! Enfin, on verra, ou plutôt TU verras, mais ça risque de ne pas être beau à voir !

Sur ce, Tarak se recoucha et ferma les yeux pour dormir.

Tout cela n’augurait rien de bon, et ce qui se passa dans les semaines et les mois suivants confirma que j’avais de bonne raison de m’inquiéter !

 

 

Mais bientôt j’allais participer à ma première grande chasse, c’est à dire la chasse aux grandes proies, comme les caribous et les élans. Je demanda alors à Tarak quelle était la différence avec la chasse au petit gibier. Il me répondit sèchement :

- C’est une des choses qui font la différence entre nous, les loups, et vous, les chiens.

- Comment ?

Mais Tarak ne me donna pas plus de détails, alors je partis voir Galor, le vieux loup semblait plus sage et moins bourru, et je lui demanda de me dire quelle était la différence.

- C’est beaucoup plus difficile, il faut travailler en équipe, les efforts à fournir sont énormes, et surtout cela est dangereux, en élan ou un caribou peut tuer d’un seul coup de patte bien placé !

Cela me faisait un peut peur.

- Vraiment, et moi je vais devoir faire ça ? Demandai-je. Et si je ne faisais qu’observer pour le moment ? Ensuite je pourrais…

Tarak me coupa brutalement la parole, et me rappela à l’ordre.

- Si tu veux manger il faudra que tu participes à la chasse, tu n’es plus un bébé ! Et ne m’as-tu pas dit que tu es plein de ressources et que tu t’adapteras ? La première grande chasse est une des épreuves que chaque loup doit passer, certains se font tuer parfois par manque de prudence, à toi de faire attention et d’éviter les coups. Mais tu devras y aller, ou alors rentre chez toi !

 - Pas question de rentrer chez moi sans Balto, je vais la faire ta grande chasse ! Lui répondis-je, piqué au vif.

 

La meute se dirigea vers une vaste plaine au pied d’une montagne, et là il y avait un grand troupeau de caribous, des centaines et de centaines ! Je n’en croyais pas mes yeux, toute cette viande, j’avais très faim !

- Bon allez, on fonce dans le tas ? Dis-je, tout joyeux.

Les loups me regardèrent de travers.

- Qu’est-ce que j’ais dit ?

- On ne fonce pas "dans le tas" comme ça, il faut d’abord observer pour pouvoir attaquer sans danger. Dit Tarak sur un ton sévère.

- Ah ! Et ça va durer longtemps ?

- Oui !

Et en effet, cela dura des heures !

Et je n’en pouvais plus, mon estomac criait famine, et toute cette nourriture sous mes yeux !

- On y va bientôt ?

Tarak se retourna et me foudroya du regard, puis Galor me parla.

- Tu dois apprendre la patiente, petit, sans quoi tu ne survivras pas. Nous aussi on a faim, mais on sait qu’il n’y pas d’autre moyen, il faut repérer les plus faibles et getter le bon moment pour attaquer. Ne t’inquiète pas, ça va aller, tu finiras par manger.

Je dus donc attendre encore un bon moment, et enfin la meute se mis en mouvement et dévala la pente qui descendait vers la plaine.

Les caribous se mirent à courir aussitôt, et les loups se dispersèrent.

Je restais en arrière, j’observais et ne compris pas ce que les loups faisaient : Je les voyais courir presque sans se presser, parfois ils passaient prés d’un groupe de caribous sans réagir, on aurait presque put croire qu’ils jouaient !

- Qu’est-ce que c’est, que font-ils ?

Moi, je n’avais qu’une envie, attaquer le premier caribou venu, ce que j’essaya de faire, mais il était trop rapide.

Et puis d’un coup Tarak cria :

- Celui-là !

Et alors tous les loups convergèrent vers un vieux mâle qui boitait légèrement, et c’est alors que je compris : Les loups recherchaient le plus faible de la troupe, le plus facile à tuer, et c’est pour ça qu’ils avaient fait ce manège : Pour repérer la meilleure proie.

Je me lance alors à la poursuite de ce caribou, à ce moment là j’oublia tout le reste du troupeau, seul comptait ce vieux mâle.

Je courus aussi vite que je le pouvais, et je ressentit alors cette extraordinaire sensation : l’envie de le rattraper, de le mordre, de l’égorger, de l’étriper… l’envie de tuer ! Bien plus forte que quand je chassais du petit gibier.

 

Les premiers loups rattrapèrent le caribou et se mirent à lui mordre les flans, puis je le rattrapa à mon tour et planta mes dents dans sa croupe. Je sentis alors mes crocs s’enfoncer dans sa chair, son sang couler dans ma bouche. Mais je le lâcha, et un loup donna un coup de mâchoire juste à coté.

Je reçus alors plein de sang sur ma figure, l’odeur décupla ma fureur et je repartis à l’attaque. Mais le caribou parvint à me décocher un coup de sabot, je roulas au sol en criant, puis je me releva. J’avais mal à l’épaule, néanmoins je repartis à l’assaut, et me retrouva au coté de Terok et Tarak.

Les deux gros mâles, plus lents, n’avaient pas encore atteint la proie. En fait, les loups les plus rapides et les plus agiles l’attaquaient les premiers, pour la ralentir et l’affaiblir, et permettre ainsi aux individus les plus puissants de l’achever.

Je fus le premier des trois à rattraper le caribou, puis les deux autres firent de même, et là leur formidable force physique, ainsi que leurs poids, firent la différence. Ils attaquèrent la gorge, et la déchiquetèrent. Le caribou ralentit sa course et essaya de se débattre, puis il fut mis à terre.

Alors tous les loups se jetèrent sur lui. Il se débattait, il essayait de se relever, mais les loups le mettaient en pièce.

Je me mêla à eux, j’étais comme enragé, je mordais, je tirais, je déchiquetais et j’arrachais tous ce que je pouvais, mes muscles étaient employé au maximum de leurs forces, et le sang dégoulinait sur moi.

Soudain, je reçus un violent choc sur mon crâne, et je sentis ensuite mon propre sang couler. Un coup de sabot venait de m’effleurer, mais ça ne me calma pas, je me jeta à nouveau sur la proie.

Et bientôt je perçut son agonie, je sentais que la vie la quittait un peut plus à chaque coup de mâchoire. C’était tellement excitant, le plaisir était tellement intense.

 

Et enfin je sentis la mort faire son œuvre, le caribou rendit son dernier souffle.

 

D’un coup, Tarak sembla devenir comme fou, il chassa brutalement tous les loups, les repoussant à quelques mètres de la carcasse. Il était terrifiant, avec ses crocs découverts, ses poils hérissés, ses oreilles basses, et ce regard terrible. Mais surtout il n’était plus blanc, mais rouge, à cause du sang. On aurait dit un démon tout droit sortit des enfers ! J’en fus tellement effrayé que je faillis partir en courant pour ne jamais revenir !

Maintenant que la proie était tuée le partage devait se faire selon les règles : les chefs de meute d’abord, les autres ensuite, Balto et moi en dernier.

Je dus ainsi attendre que tous les loups aient finit de se servir, et c’était dur de regarder les autres se goinfrer alors que mon estomac réclamait de la nourriture à corps et à cris, j’en bavais.

Enfin, le dernier loup avait finit, et Balto et Nitti commencèrent leur repas. Je m’approcha pour me servir moi aussi, mais mon père me montra les dents et grogna, puis il fit claquer ses mâchoires dans le vide, me donnant l’ordre d’attendre encore. J’étais stupéfait, Balto semblait tellement pris dans les règles de la meute que c’est comme s’il en oubliait que j’étais son fils ! En fait, il était obligé de respecter - et de faire respecter - la hiérarchie de la meute, sans quoi il risquait de se faire punir.

Quand mon père eu finit, et s’en alla, je fis comme les autres l’avaient fait avant moi : Je me jeta sur la carcasse et m’empiffra aussi vite que je le pouvais, j’arrachais de gros morceaux de viande et les avalais d’en coup, prenant à peine le temps de respirer entre deux bouchées, et ce jusqu'à ce que mon estomac soit plein à craquer. Je n’avais jamais avalé autant de nourriture en un seul repas, quel festin !

Le ventre lourd, très lourd même, je rejoignis les autres, qui s’étaient couché à un peut à l’écart. Là, je me laissa lourdement tomber dans l’herbe et je me détendis complètement. J’étais épuisé, vidé, j’avais mal à tous les muscles, cette chasse avait été un effort incroyablement violent. Je m’endormis tout de suite.

 

 

Pendant cet automne, je vécus ainsi au sein de la meute.

Les autres loups ne m’aimaient pas, et ils me le faisaient sentir ! J’étais leurs souffre-douleur. Quand la chasse était infructueuse, ils se défoulaient sur moi. Quand l’un d’eux se faisait rosser par Tarak, il se vengeait sur moi. Ou pour n’importe quoi d’autre, ils s’en prenaient à moi. Par contre, je remarqua que les nombreuses traces de morsures avaient disparu sur le corps de Nitti, on ne la mordait plus. Normal, puisque c’est moi qui prenais les coups à sa place !

Balto ne voulait toujours pas revenir à Nome, et il était froid, et parfois même agressif envers moi. Je ne le reconnaissais plus, il avait tellement changé depuis la mort de Calder. Mais je ne voulais pas l’abandonner.

Je repensais à ceux que j’avais laissés à Nome, à mon travail, à mon maître. Il fallait que je rentre chez moi. Mais comme pourrais-je continuer à travailler, ou même à vivre à Nome, en sachant que j’aurais laissé tombé mon père alors qu’il avait besoin de moi pour revenir. C’était hors de question ! Et c’est pour cela que je resta dans cette meute aussi longtemps.

 

 

Rapidement, je remarqua que Tarak semblait avoir un problème. En effet, très souvent, il semblait faire d’horribles cauchemars. Je l’entendais fréquemment gémir ou pleurer quand il dormait, parfois il criait comme un fou et se réveillait en sursaut, haletant.

Je n’osa pas lui demander pourquoi, mais il semblait évident que son passé avait été très très difficile, plus que pour mon père, qui n’avait jamais été autant tourmenté, sauf quand il était tombé gravement malade.

 

Mais un jour, alors que Tarak était en train de gémir et de se tordre dans tous les sens dans son sommeil, comme s’il souffrait et se débattait, Terok se leva et vint me voir, puis il me dit avec dégoût :

- Regarde mon père, regarde ce que tes satanés hommes lui on fait ! Des choses que tu ne peux même pas imaginer, et ils ont bien faillit le tuer, ces hommes que tu aimes tant ! Regarde comme il a souffert, et comme il souffre encore aujourd’hui ! Regarde !

Puis il repartit se coucher, me laissant ronger par le doute : C’était donc les hommes qui lui avaient fait je ne sais quoi qui avait laissé de telles séquelles ?

Le lendemain je posa la question à Galor.

- Les hommes ont tué sa mère, répondit-il.

- Ça je le sais, mon père m’a tout raconté.

- Mais tu ne sais pas tout, les hommes on également massacré son père, ses frères et ses sœurs, devant lui ! Puis ils l’ont capturé, ils l’ont emmené loin d’ici et ils l’ont enfermé dans une cage, et après il l’on fait souffrir autant que cela doit être possible de le faire.

- Que lui ont-ils fait ?

- Je crois qu’il n’y a que lui qui puisse raconter cela.

- Et ensuite, il a réussi à s’échapper, puisqu’il est ici !

- Oui, mais quand je le vois faire de tels cauchemars, je me dis qu’il ne s’est jamais totalement évadé en fait, et qu’un peut de lui est resté prisonnier des hommes, à tout jamais !

Galor ne m’en dit pas plus, mais c’est bientôt Tarak lui-même qui allait tout me dire.

 

Ce jour là, le grand loup blanc faisait un cauchemar, comme d’habitude pourrais-je dire. Je l’entendais prononcer des noms tel que Werak, Serna, Wort, Relan ou Skern.

Puis il se réveilla en sursaut, il sembla s’apaiser en ce rendant compte qu’il avait rêvé. Ensuite son regard tomba sur moi, et alors… Il entra comme dans une rage folle, se levant d’un bond et fonçant vers moi, crocs en avant !

J’eus tout juste le temps de partir en courant. J’avais la mort aux trousses, ou du moins c’est-ce que je pensais ! Mais Tarak finit par me rattraper. Un coup de crocs dans ma cuisse me fit tomber et rouler sur le sol. Puis je me retrouva sur le dos, entre les pattes de Tarak, lequel avait ses crocs découvertes tout contre ma gorge !

Je crus vraiment qu’il allait me tuer, j’étais mort de peur.

 

Mais il se calma, releva sa tête, et resta debout quelques instant au-dessus de moi. Pendant ce temps, les autres loups, ainsi que mon père, arrivèrent et se mirent en cercle autours de nous deux.

Je lui demanda alors pourquoi il avait fait ça ?

- Tu ressemble beaucoup à un des chiens qui était présent lorsque les hommes ont tué mon père et mes frères et sœurs. J’ais rêvé de cet événement tout à l’heure, et quand je me suis réveillé et que je t’ais vu, j’ais cru revoir ce chien. Je me souviens encore comment il avait l’air content de voir des loups mourir !

- C’est pour cela que tu m’as attaqué ?

- Oui, j’ais eu envie de "le" tuer, mais je me suis rendu compte que ce n’était que toi.

- Encore heureux !

Cette remarque l’irrita.

- Sais-tu au moins ce que j’ais vécu ?

- Galor m’en a dit une partie, répondis-je.

- Et bien maintenant tu vas savoir le reste !

 

Tarak partit alors se coucher à quelque mètre de là, le reste de la meute fit de même, comme si tous savaient que ce serait une longue histoire. Alors moi aussi je m’installa confortablement.

Tarak raconta son passé, comme sa famille fut anéantit par les hommes, c’était tellement triste ! Puis ce fut la mort de Kitok et d’Aniu. Ça me toucha profondément, car c’était ma grand-mère et mon grand-père.

- J’ais détesté Kitok, il a osé s’accoupler avec ma mère ! dit-il.

- Ils s’aimaient tous les deux pourtant, répondis-je.

- Oui, je ne pouvais rien faire contre ça, j’étais si jeune !

- Et puis s’il ne l’avait pas fait, mon père ne serait pas né et il n’aurait pas put sauver les enfants de Nome.

- Comment cela ? Demanda Tarak.

- Ah oui, vous ne savez pas que mon père est un héros !

Et je leurs expliqua tout, l’épidémie, les enfants malades, le médicament qui doit faire le voyage.

- C’est quoi un médicament ? Demanda un des loups.

Je fus un peut perturbé, ils ignorent ce qu’est un médicament ?! Puis je me rappela que c’était des animaux sauvages, il y des tas de chose qu’ils ne connaissent pas.

Je leurs expliqua ce que c’était, puis je repris le cours de l’histoire, le traîneau qui se perd dans la tempête, et mon père qui le retrouve et le ramène à Nome.

Bien entendu, depuis toujours j’étais très fier de ce que Balto avait fait, aussi j’entra dans une colère noire quand Terok dit :

- Sauver la vie d’êtres humains ! Et ben, c’est ça que tu appel être un héros ? Ce jour là il aurait dû rester couché, et les laisser crever tous ces sales petits hommes !

Je crus que mon cœur allait exploser.

- QUOI ! RÉPÈTE-MOI ÇA ! Criai-je

- C’était des hommes, des tueurs ! Me répondit Terok. À ton avis, parmi tous ces enfants, combien vont devenir des chasseurs et vont aller massacrer des loups ?

J’étais sur le point de lui sauter dessus, quand Tarak dit sur un ton très ferme :

- Calmez-vous tous les deux ! Je préviens que s’il y a bagarre ça ira très mal pour vous. Je suis en train de raconter le drame de ma vie, et au lieu d’écouter et de réfléchir à cela, vous ne penser qu’a vous disputez !

Terok et moi nous nous calmèrent. Tarak attendis un petit moment, pour que je sois à nouveau bien réceptif à ce qu’il disait, puis il continua son récit.

 

Il raconta sa captivité chez les hommes. Il fut exposé comme un objet dans une cage minuscule, puis les hommes se mirent à le torturer, et ils y prenaient du plaisir. Ensuite ils l’avaient obligé à s’accoupler avec une louve, Alina, qu’ils lui avaient apporté. Et dés que cela fut fait, ils les séparèrent sans ménagement, et Tarak fut tabassé à mort pour s’y être opposé.

Puis ce fut son évasion, et ça difficile réadaptation à la vie sauvage qui avait bien failli lui coûter la vie.

 

Ensuite ce fut peut être une des pires épreuves, il découvrit que dans ces terres au sud, les hommes avaient exterminé les loups, il n’en rencontrait plus que quelque survivant.

J’avais du mal à croire cela, je savais que les hommes détestent les loups, et cela me désolait. Mais je ne pouvais pas m’imaginer qu’ils puissent détruire une espèce entière comme ça, et je le dis à Tarak.

- Tu ne me crois pas ! Me répondit-il sèchement.

- Euh… enfin, c’est que je connais bien les hommes, puisque je vis avec eux, et ce que tu décris ne correspond pas à ce que je sais d’eux.

- Et bien il faut croire que tu ne connais qu’une partie d’eux ! Moi j’ais connu l’autre partie, celle que les chiens comme toi ignorent visiblement, mais je sais ce que j’ais vu. Il n’y a plus de loups là bas, les hommes les ont tous massacrés !

- Tu as dit qu’il y avait encore des survivants ?

- Non ! Les animaux que j’ais croisé n’était plus des loups, c’était devenu des loques. Un vrai loup ne perdra jamais espoir, il se battra jusqu’au bout pour préserver ça race. Ceux que j’ais vu dans le Sud avaient cessé de se battre, ils avaient perdu tous espoir, en ayant compris que notre espèce n’avait plus d’avenir là-bas. Les hommes ont détruit leurs âmes, avant de détruire leurs corps !

Un seul d’entre eux est redevenu un vrai loup pendant un moment, en m’aidant à continuer mon voyage.

- Euh… oui, mais tous les hommes ne sont pas comme ça, le père de Rosy par exemple, et le conducteur de mon attelage postal, qui est aussi le père de mon jeune maître d’ailleurs. Ils sont très gentils.

- Très gentils ? Dit Tarak. Et si un de ses deux hommes si gentils se retrouve en face de moi, un fusil dans les mains, quel serait son premier réflexe à ton avis ?

Je ne répondis pas, et je baissa la tête. Avec toutes les histoires sur les loups que racontent les hommes, je savais que, dans pareille situation, ceux que je venais de citer auraient tué Tarak - ou n’importe quel autre loup - sans la moindre hésitation !

- C’est bien ce que je disais ! Dit Tarak.

Puis il reprit la fin de son histoire : Le terrible voyage de retour, ou Tarak avait dû lutter contre une multitude d’obstacles avant de rentrer chez lui.

- Watan, raconte-lui dans quel état j’étais quand je suis arrivé ici.

La louve se tourna vers moi et me dit d’un air triste :

- Il était dans un état tellement pitoyable… il n’avait plus que la peau sur les os, il était malade, couvert de blessures, crasseux, infesté de vermine… j’ais bien cru qu’il allait mourir, et j’en ais pleuré… c’était horrible à voir !

 

Puis ce fut un silence de mort, personne ne parlait.

Je me demandais comme Tarak avait put supporter tous cela. Moi j’avais été maltraité pendant une demi-journée par Calder, et j’avais trouvé cela horrible. Alors que Tarak avait été torturé pendant plus d’un an ! Et il n’y avait pas que cela.

J’avais du mal à croire qu’un être vivant puisse supporter autant de souffrances, mais pourtant c’était le cas. Et cela l’avait rendu tellement dur…

Et ce n’était pas étonnant qu’il fasse de tels cauchemars !

 

Puis Tarak brisa le silence, et il me demanda :

- Tu as compris tout cela ?

- Oui, j’ais compris, je sais ce que tu as vécu.

- NON ! Tu ne sais rien ! Tu as juste entendu des mots ! Tout ça moi je l’ais vécu, j’en suis encore marqué comme au premier jour ! Tu n’as pas vu de tes yeux les têtes de ton père, de tes frères et de tes sœurs, êtres transpercés par les balles ! Tu ne t’es pas senti coupable d’avoir commis des fautes qui ont coûté la vie à ta mère ! Tu n’as pas entendu les cris de ton petit frère qui te suppliait de l’attendre alors que tu l’abandonnais ! Tu n’as pas ressenti sur ton corps cette douleur atroce quand les hommes te torturaient ! Tu ne les as pas entendus rire et crier de joie alors que tu souffrais énormément, ou que ta famille se faisait massacrer ! Tu n’as pas ressentit cet horrible sentiment d’impuissance quand tu as vu Alina partir sans pouvoir rien faire contre ! Tu ne t’es pas retrouvé devant un tas des squelettes de loups, si nombreux qu’on aurait put recouvrir la clairière où nous nous trouvons avec leur os ! Tu n’as pas vu ce désespoir sans fond dans les yeux des loups survivant que tu croisais ! Et bien d’autre chose encore !

Tarak se calma un peut, avant de continuer.

- Je hais les hommes ! Je hais les chiens ! Si tu es en vie c’est uniquement parce que j’ais reconnu en toi l’odeur de mon demi-frère Balto, sans quoi on t’aurait dévoré vivant ! Mais crois-moi, si tu nous pose problème je n’hésiterais pas à te tuer ! Maintenant tu SAIS qui je suis, et tu SAIS le risque que tu prends à rester prés de moi !

Fait ce que je te dis et tu n’auras rien à craindre de moi, apporte des ennuis à ma meute…

- Et c’est moi qui aurais des ennuis. Répondis-je naïvement.

- Non ! Tu auras LE dernier ennui de ta vie ! J’ais déjà tué des chiens comme toi tu sais. Je les ais égorgé ou étripé, puis je les ais regardé rendre l’âme, et ça ne me gênerait pas de recommencer ! Tous les membres de ma meute ont vu mourir, au moins une fois, des loups qui leurs était chers, alors tu n’as aucune pitié à attendre de nous ! Et ça vaut aussi pour ton père.

Ce qu’il venait de dire m’avait sidéré, et il me fallut quelques instant pour comprendre ses derniers mots.

- Tu serais prêt à tuer Balto ? Tu tuerais ton propre frère ? Demandai-je, abasourdis.

- Pour le bien de ma meute, je suis prêt à faire n’importe quoi, même à sacrifier ma propre vie. La seule chose que je ne ferais pas c’est tuer un homme, car une telle chose ne ferait qu’apporter le malheur à notre espèce.

 

Tarak marqua une pose, puis il me dit pour terminer :

- Méfies-toi de moi, Kodi, méfies-toi de moi !

 

Sur ce, Tarak repartit ce coucher, sans même attendre une éventuelle réponse de ma part.

Mais qu’est-ce que j’aurais pu répondre ? Rien ! Absolument rien !

 

- Tu as bien tout entendu ? Me demanda Terok.

- Oui.

- Tu as peur de lui ?

- Non ! Répondis-je en mentant.

- Tu devrais pourtant, il sera sans pitié envers toi.

- Je ne suis pas peureux !

- Je l’espère pour toi, car dans les mois qui viennent du courage tu vas en avoir besoin !

 

 

Chapitre 4

La saison de la faim.

 

L’hiver fut là.

Je pus alors me rendre compte à quel point cette saison est dévastatrice. Le temps où je mangeais tous les deux ou trois jours semblait loin, je pouvais m’estimer heureux si je mangeais une fois par semaine !

Entre les rares moments où la meute tuait une grande proie, et où je pouvais m’empiffrer, je sentais mon estomac vide, vide, vide, et encore vide… La nourriture était devenue une obsession. Je ne pensais qu’à ça, trouver à manger. Je passais tout mon temps à ça, trouver à manger. Je ne réfléchissais que pour ça, trouver à manger.

Trouver à manger, trouver à manger, trouver à manger, trouver à manger !

Dire qu’avant je s’estimais mort de faim au bout de trois jours sans nourriture ! Je me souvenais de la carcasse d’élan en décomposition d’il y a quelques semaines, cela m’avait écœuré à l’époque, mais maintenant rien que le fait de pense à cette odeur de charogne me faisait saliver ! Et si on m’avais donné la même à ce moment là je n’aurais pas hésité une seule seconde, au diable l’odeur et les asticots !

 

Et je ressentais les effets du manque de nourriture. Ma force et mon endurance diminuèrent, je sentais mon corps être faible, j’avais tout le temps l’impression d’être fatigué, même après avoir dormis.

Mais malgré cette fatigue je devais courir et me battre de toutes mes forces lors de la chasse.

 

Et puis il me sembla que le froid était comme plus fort que les autres hivers, je me mis à grelotter pour la première fois de ma vie ! Pourtant, rien n’indiquait que les températures étaient plus basses. C’était tout simplement mon corps qui avait plus de mal à luter contre le froid, du fait du manque de nourriture.

 

Je dormais peut aussi, la meute devait faire de long déplacement, et il fallait faire de nombreuses attaques sur les proies, dont très peut étaient couronnées de succès. Je manquais de sommeil, et en plus la meute dormait de façon très irrégulière. C’était souvent très difficile de me réveiller quand le chef de meute en donnait l’ordre. Parfois je restais roulé en boule, marmonnant que je voulais encore dormir… jusqu’a ce que Tarak me fasse me lever à coup de crocs ! Les journées étaient alors très longues, et il fallait encore marcher, courir, attaquer, re-marcher, re-courir, re-attaquer, re-re-marcher, re-re-courir, re-re-attaquer…

Aussi, dés que je le pouvais, je m’affalais dans la neige et je dormais comme une masse. À tel point que je ne savais même plus si Tarak faisait encore ces fameux cauchemars, ou si lui aussi était trop épuisé pour cela.

Et je me rendis compte à quel point il est désagréable de dormir avec le ventre vide, même quand on a sommeil !

 

Maintenant je comprenais ce que m’avait dit Tarak. L’hiver était une terrible épreuve pour moi, et je commençais à me demander si je résisterai, si je ne risquais pas de mourir. Car la règle était claire, il fallait absolument que j’ais la force de suivre la meute, les autres ne m’attendraient pas, et si ce n’était pas le cas alors c’était la mort assurée.

Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu que je quitte la meute pour rejoindre Nome pendant qu’il en était encore temps ? Pendant que j’avais encore la force de le faire ? Mais ça voulait dire que mon père ne reviendrait pas avec moi !

 

Le reste de la meute semblait aussi souffrir de la faim. Tarak avait un peut de mal à faire respecter l’ordre lorsqu’un gibier était tué, et il devait jouer de la mâchoire plus souvent qu’auparavant.

Je me demandais si on n’allait pas finir par s’entre-dévorer ! Je me disais que dans ce cas là c’est sur le plus faible que les loups se jetteraient, et je savais que le plus faible de la meute c’était… moi. Parfois, quand on n’avait pas mangé depuis un bon moment, il me semblait que les loups me regardaient avec appétit ! Heureusement, cette crainte ne se vérifia pas.

 

- J’en ais marre ! Dis-je un jour à mon père.

- De quoi ! Me demanda Balto, en faisant semblant de ne pas comprendre.

- De cette vie de fou ! De cette fatigue, de cette faim qui me tourmente en permanence. Comment les loups font-ils pour supporter ça chaque année ?

- On est pourtant qu’a la moitié de l’hiver !

- Et il y a Tarak aussi, c’est un tyran !

- Comme je te l’avais dit, c’est une meute de loups et pas un attelage de chien. Tu as vu comme les loups ont un caractère rude ?

- Oh oui, de vraies brutes, même les femelles, même Nitti !

- Et bien, pour les commander, et faire régner l’ordre, il faut que le mâle dominant soit sévère et sans pitié, sinon il ne pourra pas se faire respecter et la meute ne sera pas viable. Tarak fait ce qu’il doit faire en tant que chef de meute, ni plus, ni moins, et il ne peut pas faire d’exception pour toi. Crois-moi, avec tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a subit, toutes les souffrances qu’il a enduré, il aurait put devenir bien pire. Souvient toi de Nirgal, ou de Sterk.

Ce dernier nom me donna des frissons, il est vrai que Tarak n’était pas aussi cruel, et sûrement pas mauvais comme lui. Néanmoins, j’avais toujours du mal à accepter une telle sévérité, et je continua de me plaindre.

- Je sais, mais quand même… je suis couvert de cicatrices de morsures à cause de lui.

- De simples égratignures pour la plupart, elles disparaîtront vite.

- Oui, mais ça fait mal, et puis le principe même de morde comme ça pour un rien…

- Tu n’as qu’à rentrer à Nome si c’est trop dur ! Je ne te retiens pas, et puis ta mère et tes compagnons d’attelage doivent d’attendre !

- Et revenir sans toi ! Il n’en est absolument pas question, j’ais promis que je te ramènerais, et je le ferais !

- Alors il faudra que tu affrontes le reste de l’hiver, le pire est encore à venir, et tu n’es même pas sûr que cela réussira à me faire rentrer.

J’étais en colère, je savais que mon père jouait là dessus. Plus tard, je compris que Balto faisait ça pour mon bien, car il voyait que je soufrais, et surtout que je risquais de mourir par sa faute ! Alors, il voulait faire cesser ça en m’obligeant à partir, en me décourageant, étant donné que pour lui son retour à Nome n’était pas envisageable.

Mais sur le moment je pensa que mon père ne voulait plus de moi.

« Il n’a qu’à rester avec ses satanés loups, et même crever avec eux » me dis-je alors ! Mais à peine ai-je pensé cela que je me rendis compte combien c’était grave. Cela m’inquiéta au plus au point : si je commençais à avoir à de telles idées je pouvais dire adieu à mes espoirs de faire revenir mon père !

Alors je me disais que non, je ne laisserais pas Balto gagner, je ne voulais pas l’abandonner. Je voulais m’accrocher, je voulais tenir, lui montrer de quoi j’étais capable pour le ramener à Nome… mais c’était tellement dur !

 

 

Il se produisit un incident qui me fit comprendre plus qu’autre chose ce qu’était la vie des loups sauvages.

 

Bientôt ce ne fut plus moi qui étais le plus faible de la meute, mais Werek.

C’était un des jeunes nés cette année, un louvart donc, mais il était déjà plus grand et plus lourd que moi, et il semblait plus résistant, du moins jusqu’au moment où les choses commencèrent à aller mal pour lui.

Quand la meute se déplaçait, c’était toujours moi qui étais en dernier. Pour tout dire, je me traînais, j’arrivais tout juste à tenir le rythme, et j’étais souvent loin derrière le dernier loup.

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise quand, à un moment, je remarqua que Werek me précédait de peut, et que - dans les jours suivant - il avait de plus en plus de mal à suivre la meute lui aussi. Pour finir c’est lui qui se mis à fermer la marche derrière moi, et chaque jour il se tenait un peut plus loin.

 

Je compris que quelque chose n’allait pas, et que si on ne l’aidait pas il ne pourrait pas suivre la meute, et allait alors mourir de faim.

J’en parla à Tarak. J’avais très peur du grand loup blanc, mais la pitié que j’éprouvais pour Werek finit par me donner le courage de lui parler.

- Tarak… je… je voudrais te parler.

- Oui.

J’étais mort de trouille.

- Voilà… euh… je crois que… que Werek a… enfin il est…

- Il est malade. Répondit froidement le chef de meute.

- Ah ! et… il faut l’aider, sinon il va…

- Non ! Coupa Tarak

- Quoi, mais il le faut !

- Rien ni personne ne peut l’aider… il… il doit trouver la force de survivre tout seul !

- Mais il va mourir !

- Je le sais que trop bien, ce ne serra pas la première fois que ça arrive chez les loups, et sûrement pas la dernière.

- Mais… comment peut-tu dire ça ! C’est ton fils ! Tu ne peux pas le laisser mourir comme ça !

- Cette discussion est terminée Kodi, oubli ça ! Et oubli Werek aussi, pour moi il est déjà mort !

- QUOI ! NON MAIS TU ES…

Je ne termina pas ma phrase, car Tarak me sauta dessus et m’enfonça ses crocs dans le cou. J’éructa sous la douleur, puis j’hurla. Le chef de meute me lâcha et me fit tomber dans la neige, puis il me parla sur un ton sévère.

- Quand je te donne un ordre tu obéis ! Cette discussion est terminée ! Encore un chose comme ça et je te tue !

Puis le loup blanc s’en allant, me laissant en état de choc. Ça me semblait incroyable que Tarak puisse abandonner Werek comme ça !

 

Plus tard dans la journée, la meute se mis en route, sur les traces d’un élan.

Werek, bien évidemment, était à la traîne. Je me retournais souvent pour le voir, il peinait beaucoup.

Pendant qu’on traversait une vaste plaine sans arbres je repensais à ce que Tarak m’avait dit, et je me disais qu’il avait vraiment un cœur de pierre !

Perdu dans mes pensés, je finis par me rendre compte que ça faisait un moment que je n’avais pas jeté un coup d’œil en arrière, ce que je fit tout de suite.

Werek n’était plus en vue ! Et pourtant le terrain était dégagé sur une bonne distance.

Je stoppa net, et compris alors que la situation était grave. Je me retourna vers la meute et cria :

- TARAK ! WEREK A UN PROBLÈME.

Le grand loup blanc, qui était à peine visible, s’arrêta un instant. Je me mis alors à espérer, mais au bout de quelques instant Tarak repris sa route, comme si de rien n’était !

- TARAAAAAAAK !

Mais rein à faire, les loups continuaient.

- Allez au diable !

J’appela alors Balto, ce dernier sembla sur le point de me rejoindre, mais à ce moment là Tarak se retourna et l’invectiva. Tous deux semblèrent discuter férocement, puis Balto baissa la tête et repris sa route avec le reste de la meute.

Je n’en revenais pas, le chef de la meute interdisait à mon père de venir en aide à Werek, il avait sûrement dû le menacer, peut être même de mort !

J’en fus dégoutté, et décida d’aller aider Werek tout seul.

Alors je repartis en arrière. J’arriva en lisière de la plaine et pénétra dans la forêt qu’on venait de quitter, puis je le retrouva.

Le louvart était couché sur le chemin qu’avait emprunté la meute, et d’une manière indiquant qu’il était tombé de fatigue.

- Werek ! C’est moi.

- Kodi ! Répondit-il d’une voix faible.

- Ne t’inquiète pas, je suis là.

- Je veux dormir… j’ais sommeil… je suis fatigué.

- Non ! Ne t’endors pas, sinon tu vas mourir ! Ecoute, je vais t’aider. Aller relève-toi, je vais te soutenir pour marcher.

Avec mon aide, Werek parvint à se relever, puis à reprendre la marche. Mais pour ça il devait s’appuyer lourdement sur moi.

Je me rendis alors compte que je ne pourrais pas tenir longtemps comme ça, J’étais fatigué, j’avais déjà du mal à tenir tout seul sur mes pattes, et Werek était plus lourd que moi. Certes, je ne devais porter qu’une partie de son poids, mais c’était déjà trop.

Au bout de quelques mètres je trébucha sur une pierre cachée sous la neige, et je me retrouva au sol, avec Werek sur moi.

- Aller Werek, relève-toi, tu peux y arriver.

Je me releva, et aida Werek en le soulevant, mais pour ça j’avais dû bander mes muscles au maximum, et reprendre la marche fut très dur.

Nous tombèrent encore une fois, et nous nous relevâmes, avec plus de difficultés encore.

J’étais épuisé, chaque pas me demandait un effort énorme. Tout au fond de moi-même je compris que ce que je faisais était bien au-dessus de mes forces, que j’avais déjà du mal à marche tout seul, et que même Tarak n’aurait pas pu faire ça. Mais je ne pouvais me résoudre à abandonner, Werek était encore en vie !

Mais bientôt mes forces m’abandonnèrent, je cessa de marcher, puis je sentis que mes pattes commençaient à fléchir, sans que je puisse y faire quoi que ce soit.

- Non ! Dis-je rageusement.

Mais rien à faire, je m’effondra, et Werek fit de même sur moi

Je voulus me relever, mais Werek ne bougea pas, il se laissait aller, et maintenant il était sur mon dos et pesait de tout son poids.

- Werek ! Remet-toi debout... Aller vas-y ! Je ne peux pas te soulever si tu ne fais pas petit effort !

- Je n’en peux plus, laisse moi me reposer.

- Tu vas mourir si tu ne te relèves pas ! Aller !

- Je veux me reposer…

- Werek ! BATS-TOI ! LUTTE CONTRE LA MORT… je t’en pris.

Mais le jeune loup était à bout de force, et il ne bougea pas.

J’attendit une minute puis j’essaya à nouveau de le soulever, espérant que Werek réagirait une fois remis debout.

Mais ce fut un échec, je parvins à me soulever un peut puis mes muscles cessèrent de m’obéir, et je m’affala dans la neige.

- NOOOON !

C’est alors que j’entendis des pas approcher. Tarak ? Non, c’était Balto.

- Papa ! …Viens m’aider.

Mais mon père ne bougea pas, et il avait un air très triste.

- Papa ! Que se passe-t-il ?

- Kodi… laisse-le.

- Mais, euh … il est encore vivant !

- Kodi, si son propre père n’essaye pas de le sauver, c’est… c’est qu’il n’y a plus rien à faire.

- Au diable Tarak, il n’a pas de cœur ! Il n’est même pas triste !

- Oh si, il est triste tu sais, seulement il ne le montre pas. Et tu peux me croire, il meurt d’envie de venir aider son fils, mais il sait qu’il ne le peut pas sans mettre toute sa meute en danger.

- Alors aide-moi, toi !

- Tarak me l’a interdit, d’ailleurs je ne devrais même pas avoir fait demi-tour pour venir te chercher, il va sûrement me punir sévèrement pour ça. Et de toutes façons cela ne servira à rien.

- Tu es d’accord avec lui ? Mais à nous deux pourras le porter !

- Kodi écoute-moi, cela serait sûrement possible en temps normal, mais on est tous les deux épuisés et sous-alimentés. Ne serait-ce que rattraper la meute sera à la limite de nos forces, et ont risque bien de ne pas réussir, et de mourir ! Alors avec lui…

- Tu ne crois pas ce que tu dis !

- C’est la vérité, si on essaye de la sauver la seule différence que cela ferra… c’est qu’il y aura trois morts au lieu d’un ! Aller laisse-le. Moi aussi je voudrais le sauver, mais on n’est pas dans le monde les hommes, on est dans la nature sauvage. Et on n’est pas en train de ramener du sérum pour des enfants malades, ou en train de sauver un pilote d’avion, on se bat pour reste en vie, pour sauver NOS vies. Telles sont les règles de la nature, elles sont cruelles, mais il faut faire avec.

- Papa !

Balto s’approcha, attrapa Werek avec la peau du cou, et il le tira sur le coté, me dégageant ainsi pour que je puisse me relever. Puis il me dit :

- Ce que je viens de faire me tourmentera jusqu'à la fin de mes jours, car je sais qu’en faisant cela j’ais, indirectement, tué Werek, mais c’est pour toi que je l’ais fait. Relève-toi maintenant, il faut rattraper les autres, chaque seconde qui passe pourrait nous coûter la vie.

Balto s’efforçait de rester stoïque, mais il était au bord des larmes, ça voix était à la limite des sanglots.

Je me mis à pleurer, mais, au bout d’un bon moment, je me releva quand même, j’avait finit par accepter que je ne pouvais pas sauver Werek.

Balto se mis en marche, je jeta un dernier regard sur le louvart : Il s’était endormit. A le voir comme ça, on aurait put croire qu’il allait juste faire un bon somme, puis se réveiller en pleine forme. Mais ce ne serait pas le cas, il ne se réveillerait jamais !

- Kodi ! Dit mon père qui avait déjà commencé à s’éloigner.

Alors je me mis moi aussi en route, et là, dés les premiers pas, la fatigue me fit comprendre - s’il en était encore besoin - qu’avoir voulu porter Werek était du suicide ! J’étais toujours en larmes, puis je me rendis compte que mon père pleurait lui aussi, et d’une certaine manière cela me rassura.

 

 

Balto ne s’était pas trompé, c’est de justesse que nous réussîmes à rejoindre la meute… au bout de trois jours ! Et ce uniquement parce que les loups avaient réussi à tuer l’élan qu’ils traquaient, ce qui fait donc qu’ils avaient cessé leur déplacement et étaient restés à proximité de la carcasse.

Carcasse sur laquelle moi et mon père nous nous jetâmes dés notre arrivé sur place, car nous étions squelettiques !

 

Puis, une fois le ventre plein, je me dirigea vers Tarak, j’étais toujours en colère contre lui.

- Tu as laissé ton fils crever ! Lui dis-je.

Le grand loup blanc se leva dignement, et il me fixa dans les yeux, avant de parler.

- Tu crois peut être que ça ne ma fait rien ? TU CROIS PEUT ÊTRE QUE ÇA NE ME REND PAS TRISTE ? QUI EST-TU POUR ME JUGER COMME ÇA !

Et pendant un instant Tarak sembla sur le point de se mettre à pleurer, mais il se ressaisit, avant de continuer, calmement cette fois.

- Je ne pouvais faire autrement ! Pour le sauver j’aurais dû ralentir la progression de la meute, mais alors on aurait pas put rattraper cet élan, ni aucunes autres proies en quantité suffisante, et à ce moment là ils seraient morts eux aussi ! Dit Tarak en désignant les autres louvarts et les jeunes loups, avant de continuer.

- J’adorais Werek, il ressemblait à Werak, mon père, et c’est pour cela que je lui avais donné un nom qui était proche du sien. Hélas, il n’a pas été assez fort, et je devais penser à la meute en premier. Maintenant tu sais quelle est notre vie, Kodi, et tu devras t’y faire, si tu ne veux pas finir comme lui !

Mais je n’étais pas encore convaincu, et je lui dis alors, toujours plein de colère :

- Vous êtes des bêtes sauvages !

- Comme si tu ne le savais pas encore, me rétorqua Tarak.

Puis il regarda vers le sol.

- Un jour, Terok prendra ma place. Il finira par devenir plus fort que moi, et il me battra, comme moi j’ais battu Galor autrefois. Puis plus tard, si je ne me fais pas tuer par les hommes, je finirais sûrement par subir le même sort que Werek. Un jour je n’aurais plus la force de suivre, et Terok devra me laisser derrière lui, pour sauver SA meute. Je le sais, je l’ais accepté.

Il releva brutalement la tête et me fixa du regard.

- Mais ce jour est encore loin, et pour l’instant c’est toujours moi le chef de la meute !

Puis il se tourna vers Balto.

- Je t’avais dis de ne pas faire demi-tour, tu m’as désobéit ! Et cela aurait put présenter un danger pour ma meute !

Je dus alors regarder mon père subir une sévère correction, et, bien qu’étant fous de rage, je ne broncha pas, Tarak m’aurait tué sinon.

 

Mais quand il eut finit, je ne put m’empêcher de me tourner vers Terok, qui avait observé tout cela, et je lui dis :

- Et toi, ça ne te fait rien que ton petit frère soit mort ?

Terok sembla double de volume, il se leva et se mis à marcher rapidement vers moi, crocs découverts ! Mais, heureusement pour moi, Galor s’interposa, et il lui dit :

- Terok, calme-toi ! Kodi ne sait pas ce qu’il dit. Laisse-le tranquille.

- Non, je veux le tuer ! Dit Terok.

- FAIT CE QUE JE TE DIS ! Cria Galor. Tu oublis qui je suis ?

Terok ne sembla pas vouloir céder, alors d’un coup Galor lui sauta dessus avec un cri sauvage. Bien que plus grand et plus fort, le grand loup gris n’esquissa même pas un geste de défense, il se laissa tomber sur le dos, exposant sa gorge et ses parties génitales à son agresseur en signe de soumission, tout comme moi je le faisais si souvent. Galor resta un instant sur lui, puis il s’écarta et l’autorisa à se relever. Mais Terok gardait la tête basse, il savait qu’il devait obéir au deuxième loup dans la hiérarchie.

- Pardon Galor, je m’excuse. Ce força-t-il à dire.

- Que cela ne se reproduise plus ! Dit le vieux loup sur un ton ferme.

Puis Terok s’en alla, toujours en colère, et ensuite Galor me dit sévèrement :

- Tu dois apprendre à te taire, petit !

- Mais…

- Terok était sur le point de t’égorger, encore une chose comme ça et tu ne feras pas long feu !

Puis il changea de ton.

- Je sais que c’est dur, Kodi, moi aussi je suis triste, moi aussi j’ais connu ça quand j’étais jeune. J’avais également essayé de sauver un loup alors que je ne le pouvais pas, je m’en souviens encore comme si c’était hier !

Ces paroles me calmèrent, mais je restais traumatisé par ce qui c’était passé.

 

Quelque temps plus tard, un autre loup subit le même sort que Werek. C’était une louve, plus âgée, une fille de Galor et Ika, les anciens chefs de la meute. Elle avait une vielle blessure, faite pendant une chasse, qui autrefois avait guéri mais qui s’était comme réveillée lors de cet hiver.

 

Cette fois je fis comme les autres, je la laissa partir, me contentant de cacher ma tristesse.

Quand, lors des déplacements de la meute, elle se retrouva à la traîne, derrière moi, je ne me retourna pas une seule fois pour voir si elle suivait toujours, cela aurait été inutile, et même cruel pour moi.

Et puis un jour, lors d’une halte, cette louve ne réapparut pas. Tout le monde savait pourquoi !

 

 

Maintenant je comprenais : les loups n’ont droit à rien ! Pas de vétérinaire pour soigner les blessures ou les maladies, pas de maître pour les nourrir quand il on faim, pas de journée de repos quand ils sont fatigués, pas de salle des chaudières pour les réchauffer quand ils ont froids. S’ils ne sont pas assez forts ils n’ont droit qu’à la mort !

Le moindre incident peut avoir des conséquences catastrophiques.

Tous ce qu’ils ont pour survire c’est la résistance de leurs corps, rien de plus !

 

 

Chapitre 5

Les crocs rouges.

 

L’hiver touchait à sa fin.

 

Je commençais à être soulagé, même si je ne savais pas pendant encore pendant  combien de temps je devrais rester dans la meute pour convaincre mon père de revenir à Nome.

 

Un jour, j’étais tranquillement en train de me reposer, quand d’un coup les cinq mâles adultes de la meute me tombèrent dessus !

Tarak m’attrapa par la peau de cou et me traîna dans la neige.

- Qu’est-ce qui te prends ?

Mais alors les autres loups attrapèrent chacune des mes pattes, et ils se mirent à m’écarteler !

- ARRETER ÇA !

Les loups continuaient de tirer de plus belle ! Toutefois, je compris que les loups jouaient (si on peut dire) car s’ils avaient vraiment voulu me tuer…

Néanmoins, je sentais que mes pattes allaient être arrachées !

Puis d’un coup les loups me lâchèrent, et se dispersèrent. Seul Terok restait là, et il semblait surexcité.

Mais moi j’avais mal partout, et je lui demanda ce qui leurs avaient pris.

- On est tous excités, répondit-il.

- Par quoi ?

- Tu ne le sens pas ?

- Sentir quoi ?

Terok rigola, puis il me dit :

- Approche-toi de ma mère !

 

Je fis cela.

Et lorsque je fut prés d’elle je sentit l’odeur : Elle commençait à être en chaleur !

Mon flair était moins sensible que celui des loups, et de plus ces derniers savaient que la saison des amours débutait, c’est pourquoi ils avaient tout de suite sentit que Watan allait être prête à se reproduire, alors que je n’avais rien remarqué.

 

Et bien évidemment son odeur fit son effet, je fut tout de suite attiré. Jusqu'à présent je n’avais jamais fait attention à elle, c’était la compagne du chef, il ne fallait pas la toucher. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point elle était belle !

Une beauté à coupe le souffle, inégalable, enivrante, obsédante.

Et j’eus presque envis de…

Je me ressaisis tout de suite, si Tarak me voyait en train de draguer SA femelle… alors là j’étais sûr que d’y perdre la vie ! Et pourtant, je vis que Tarak était là, et il avait tout vu !

Pendant un instant je pensa que j’allais mourir, mais, à ma grande surprise, le grand loup blanc ne semblait pas du tous en colère, il semblait même ne pas y faire attention. En fait, lui aussi était sous l’emprise de Watan.

Terok s’approcha ensuite de moi, et il dit :

- Tu es bien un mâle finalement, tu en as entre les pattes ! Comme tu ne réagissais pas je croyais que tu n’y faisais pas attention, mais c’est juste ton nez qui était bouché !

 

Watan commença bientôt à se montrer très agressive envers les autres femelles adultes, y compris sa propre mère, et elle finit par toutes les chasser de la meute !

Puis vint le grand jour, Tarak et Watan s’accouplèrent, ce jour là mon père s’était inexplicablement éloigné de la meute.

Je m’attendais à ce que les deux chefs de meute se retirent dans un endroit discret, pour faire ça à l’abri du regard des autres.

Ce fut tout le contraire ! Tarak monta sa femelle en plein milieu de la meute, devant tout le monde, y compris les plus jeunes qui ne semblaient pas bien comprendre ce qui se passait. Pas d’intimité, pas la moindre trace de pudeur ! Je n’en croyais pas mes yeux.

En fait s’était une fête, qui annonçait l’arrivée de louveteaux, la pérennisation de la meute pour les années à venir. Et pour Tarak c’était aussi un moyen de montrer que c’était lui le chef de la meute, car lui seul avait le droit de féconder la femelle dominante.

Mais, passé la première surprise, ce spectacle devint des plus excitant, et pas que pour moi : tous les loups adultes présents (tous des mâles, puisque les femelles avaient été rejetées) commençaient à tourner autour du couple, à les lécher, à se frotter contre eux, pendant que Tarak, imperturbable, continuait son travail avec vigueur !

 

C’est alors que les choses tournèrent à la folie, du moins à mes yeux, n’étant pas habitué à cela : les autres loups commencèrent à se monter les uns sur les autres ! Comme si certains étaient devenus des louves ! Ils étaient tellement excités qu’ils commençaient alors à se livrer à ces simulacres d’accouplement, en l’absence de femelle. Un déchaînement sexuel totalement incontrôlable et sauvage !

Je n’aurais jamais imaginé qu’une chose pareille puisse exister.

Mais le pire fut quand un des mâles, relativement jeune, se détacha de groupe et regarda dans ma direction avec insistance, puis il s’approcha en sautillant, tout joyeux.

- Viens avec moi. Me dit-il.

- Quoi ?

- En plus c’est bien, avec ta carrure tu ressemble vraiment à une louve !

- QUOI !?

Alors le loup se jeta sur moi et essaya de me monter sur le dos !

- HÉ ! ÇA VA PAS NON ! Cria-je.

Je parvins à m’échapper, et je m’enfuis en courant. Le loup me poursuivit, visiblement toujours aussi excité, et semblant prendre cela pour un jeu !

Mais au bout de quelques dizaines de mètres il stoppa, et, en regardant par dessus mon épaule, je vis qu’il semblait très déçut. Puis ce loup repartit en courant vers le reste de la meute, visiblement pour profiter un maximum de la "fête".

 

Maintenant je comprenais pourquoi mon père s’était éloigné !

La meute était vraiment un autre monde.

 

Tarak et Watan s’accouplèrent à plusieurs autres reprises, cette fois je prenais mes distances quand je voyais que cela allait commencer.

Puis Watan cessa d’être en chaleur, elle se calma et les autres femelles adultes purent revenir et réintégrer la meute.

A partir de ce moment là, tous les loups se montrèrent très protecteur envers Watan. À la moindre alerte ils se regroupaient autour d’elle pour la défendre, et je les sentais tendu au maximum, prêt à se battre de toutes leurs forces. Et ni moi ni mon père ne pouvions nous approcher d’elle, les loups ne semblaient plus nous faire confiance !

Et lors des repas, c’est elle qui manger en premier, et tout le monde la laissait tranquille, il n’y avait plus ces petites bagarres que j’observais depuis le début de l’hiver, les loups attendaient calmement qu’elle ait finit, ils la laissaient prendre tout son temps. Par contre, une fois qu’elle s’était éloignée, c’était à nouveau les disputes, et Tarak devait faire respecter l’ordre sévèrement.

Les loups hurlaient moins également, comme s’ils voulaient éviter que la meute ne soit repérée, toujours pour protéger Watan.

 

Moi et Balto nous étions mal à l’aise, aussi je lui demanda s’il voulait retourne à Nome. Peine perdue, il me répondit encore que les hommes allaient le tuer, qu’il fallait mieux rester loin de Nome, etc. etc.

Je commençais à être désespéré, je n’allais pas rester dans cette meute jusqu'à la fin de ma vie quand même ! Il fallait bien que je rentre à la maison, et je repensais à Dusty. Elle me manquait terriblement. Je l’aimais, et elle aussi elle m’aimait, je m’en rendais compte maintenant. Comment ai-je pu être assez aveugle, ou assez idiot, pour ne pas l’avoir vu plus tôt, c’était tellement évident ! Il a fallu que je sois séparé d’elle pour m’en apercevoir !

Et mon jeune maître qui m’adorait, et le conducteur de mon traîneau postal, et mes autres compagnons d’attelage, et ma mère, et mes amis Boris, Muk, Luk…

Mais je ne voulais pas abandonner mon père. Non, jamais !

 

 

Deux mois passèrent ainsi, c’était le début du printemps, il faisait moins froid, et Watan allait bientôt mettre bas. La meute se dirigea vers le territoire où se trouvait sa tanière. Comme la chasse n’avait pas été très bonne, Tarak avait décidé de rejoindre cette tanière qu’au dernier moment.

Et pendant ce voyage je me retrouva seul, en arrière, je réfléchissais à un moyen de faire revenir Balto chez nous, mais je n’en trouvais pas.

C’est alors que j’entendis, derrière moi, une voix qui me glaça le sang.

- Je vois que tu as trouvé une "famille" où vivre, petit bâtard ! Toi et ton père vous êtes bien avec vos cousins sauvages.

Je me retourna vivement, et là je le vis. Sterk, le fils de Steele, celui qui avait voulut nous tuer moi et mon père, était présent, devant moi !

- Que fait-tu là ! Lui demandai-je après un moment d’hésitation.

- Je viens venger la mort de mon père.

- Va t’en, tu n’a rien à faire ici !

- Tu te crois protégé par la meute ? Tu te trompe, tu n’es qu’un chien pour eux, ils n’hésiteront pas à t’abandonner en cas te besoin. Et pour ton père se sera pareil !

- Je le sais, je les ais déjà vus abandonner un des leurs, à deux reprises !

- Ha !

- Que compte tu faire ?

- Tu verras plus tard ! Dit Sterk malicieusement

Puis il ricana, fit demi-tour et s’en alla calmement.

Je pensais qu’il allait s’en prendre à moi, alors je fus étonné de le voir partir.

- Que manigance-tu ? Lui demandai-je

Mais Sterk ne répondit pas et finit par disparaître entre les arbres.

J’étais paniqué, Sterk nous avait retrouvés, moi et mon père, mais que voulait-il faire ? Il aurait put me tuer s’il avait voulu, alors que préparait-il ?

 

J’en parla à mon père, et nous décidâmes de ne rien dire aux loups, on pensait que cela ne les concernait pas.

Ce fut une épouvantable erreur !

 

A partir de ce moment là, Balto et moi ne quittions plus la meute, il n’y a qu’avec elle qu’on se sentait en sécurité, car on se doutait que Sterk devait rôder dans les environs

 

Pour rejoindre la tanière où Watan allait donner naissance à ces petits, la meute devait passer tous prés d’une ville. C’était risqué, mais nécessaire, il n’y avait pas d’autre chemin dans cette région au relief très accidenté.

Et cela tourna à la catastrophe.

J’étais avec mon père, nous fermions la marche… quand tous d’un coup plusieurs dizaines de chiens attaquèrent la meute !

La surprise fut totale, les loups avaient bien sentit la présence de chiens à proximité de nous, mais il n’y avait pas d’homme avec eux, Tarak et les autres avaient donc pensé que c’était normal vu qu’il était prés d’une ville, et jamais ils n’auraient imaginé que des chiens attaqueraient tout seuls.

 

Les chiens déboulèrent sans prévenir, et se mirent à essayer de tuer les loups qui étaient pourtant plus grand qu’eux ! Je vis avec horreur qu’ils attaquaient en priorité les plus jeunes… et Watan !

Moi et mon père nous nous lançâmes à la rescousse… et nous nous retrouvâmes face à face avec Sterk !

- Alors, que pensez-vous de mon plan, génial non ? Dit le grand chien.

Je compris alors. Sterk avait trouvé un moyen cruel de se venger : Attaquer et détruire la meute qui nous abritait, avant de nous tuer probablement. Et pour ça il avait rameuté les chiens de la ville voisine, il les avait informés qu’une meute de loups approchait, et avait dû leurs faire croire qu’elle représentait un danger pour leur homme. Il les avait alors convaincus qu’il fallait attaquer tout de suite et tuer les loups !

 

Puis Sterk se lança dans la bataille, en direction  de Watan. Il réussit à passer les loups qui essayaient de la protéger, et il lui sauta à la gorge ! Heureusement Tarak l’attaqua et lui fit lâcher prise en le mordant. Sterk s’éloigna, mais d’autres chiens se lançaient à l’assaut de la femelle dominante ! Ont avait l’impression que ces chiens avaient décidé de se sacrifier pour une bonne cause. J’en fus dégoûté.

 

D’un coup un autre chien m’attaqua, il ressemblait presque à Ralf ! Il essaya de me mordre, puis d’un coup il se rendit compte que je n’étais pas un loup.

- Mais… tu es un chien toi ! Que fait t…

Il ne termina pas ça phrase, interrompu brutalement par Terok… qui lui trancha la gorge d’un terrible coup de mâchoire ! Je fut alors aspergé par son sang, et le chien tomba raide mort devant moi !

- Bat-toi, et mord pour tuer, si tu veux rester en vie ! Me dit Terok.

Puis le grand loup gris se jeta sur un autre chien qui se dirigeait vers sa mère, et il lui brisa les vertèbres d’une morsure à la nuque.

 

J’étais paniqué, et surtout tiraillé entre deux chose : Je me sentais faire partit de la meute, et instinctivement je voulais la protéger, me battre au coté des loups. Mais je ne pouvais pas attaquer et mettre à mort des chiens comme ça, j’avais l’impression que j’allais tuer des amis ! Mais où que je regardais je ne voyais que des combats sanglants, ici un pauvre jeune loup qui se faisait mettre en pièce par trois chiens, ou bien Tarak qui faisait des ravages parmi les chiens qui étaient à sa portée.

Affolé, je partis me cacher sous un buisson. Je m’y terra, essayant de me faire le plus petit possible. Je ferma les yeux, je ne voyais plus le carnage qui était en train de se produire, mais j’entendais le bruit effroyable que cela faisait : Des cris de douleurs ou d’agonie, des grognements, des corps qui tombaient par terre, des claquements de mâchoires, le bruit des os qui craquaient, écrasés, ou celui de la chair qui était déchiré. Et l’odeur du sang, du sang de loup et de chien, elle devint si forte ! Je me mis à pleurer, c’était trop horrible.

J’ignore combien de temps je suis resté comme ça, mais je ne me rendis pas compte que les bruis des combats diminuèrent, puis ce turent. Mais d’un coup j’entendis Terok rugir.

- SORT DE LÀ !

Puis, sans attendre, il m’attrapa par la peau du cou et me fit sortir sans ménagement de ma cache, avant de se mettre à hurler sur moi.

- TU N’ES QU’UN LÂCHE ! TU DEVAIS TE BATTRE POUR TA MEUTE, ET AU LIEU DE ÇA TU TE CACHE COMME UN LOUVETEAU !

Et là je pris peur, Terok était terrifiant à voir, il était couvert de sang et de tripes, et il était dans une colère noire, alors je m’enfuis. Terok ne me suivit pas, mais il continua à me crier dessus.

- ALLER, VAS-Y, FUIT ENCORE, FILS DE CHIENNE ! MAIS TU NE PAYE RIEN POUR ATTENDRE !

 

Je me retrouva au milieu du champ de bataille, et je regarda autour de moi : Une vraie boucherie ! Des tas de cadavres de chiens, égorgés ou éventrés, partout des éclaboussures de sang, des morceaux de chairs ou de peau arrachés !

J’en fus horrifié : Tous ses chiens morts ! Ils auraient pu être mes compagnons d’attelage, et ils avaient des maîtres, peut être des enfants qui allaient pleurer pendant des jours !

Puis vint la colère, mais ce n’est pas aux loups que j’en voulais, mais à Sterk. C’était de sa faute, c’est lui qui a monté cette attaque. Je souhaita sa mort, et espéra qu’il faisait partit de tués. Aussi ma colère redoubla quand j’appris qu’on l’avait vu s’enfuir à la fin de la bataille.

 

Puis je découvris que des loups avaient été tués, le vieux Galor faisait partit du nombre. J’en fondis en larme, Je l’aimais tant, c’était le seul loup qui ne me faisait pas peur, le seul qui ne se montrait pas agressif envers moi ! Son cadavre gisait par terre, égorgé, dans un marre de sang, et ses yeux étaient grand ouverts, et semblaient dire « pourquoi ? ».

Mais un louvart et un jeune loup avaient également été massacrés ! C’était horrible, ils étaient si jeunes ! Les chiens, poussé par Sterk, les avaient attaqués en priorité, et ils étaient moins forts que les adultes. Tarak avait aussi perdu deux de ces enfants, et il était très triste quand je le vis, comme tous les autres loups.

Et enfin le pire : Watan était gravement blessée, presque égorgé comme Galor ! Elle allait très mal, et je pensa qu’elle allait mourir, avec les petits qu’elle portait dans son ventre !

 

Je compris alors la tactique de Sterk. Détruire la meute directement lui était impossible, même avec un grand nombre de chiens sous ses ordres, les loups adultes étaient des combattants bien trop puissants.

Alors il fit autrement : Détruire les nouvelles générations, les plus jeunes et la femelle pleine, et ainsi saper les bases qui permettraient à la meute de continuer à vivre dans le futur.

Je m’imagina Sterk en train de convaincre les chiens de la ville voisine. Il avait dû leur dire que cette meute présentait un danger grave pour leurs hommes, qu’il fallait la détruire, et que ceux d’entre eux qui allaient mourir seraient des héros ! Ça me donna envie de vomir.

Et tous ça pour quoi ? Pour toucher indirectement Balto, pour le faire souffrir, afin de venger la mort de son père. C’était ignoble !

 

Heureusement, les loups s’étaient battus comme des fauves, à un contre trois ou quatre. Ils étaient tous blessés, couverts de morsures, épuisés et exsangues. Mais ainsi ils avaient put sauver deux louvarts et un jeune loup, même si ces derniers avaient été copieusement mordus eux aussi.

C’est alors que je me sentit mal : Qu’avais-je fait, moi ? Je n’avais pas osé tuer des chiens, et pendant que les loups se battaient de toutes leur forces pour sauver leur meute, pendant que Galor sacrifiait ça vie, moi je m’étais mis à l’abri en pleurant.

J’eus honte, j’avais manqué de courage, et peut être que j’aurais put sauver une des victimes, ou éviter que Watan soit si gravement blessée. Je compris alors pourquoi Terok était en colère tout à l’heure, et je pensa qu’il avait raison.

 

Pendant un bon moment j’erra dans les environs, presque inconscient, ressassant encore et encore ce qui venait de se produire, et rongé par les remords. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que je me rendis compte que mon père n’était pas avec moi ! En fait, je ne me souvenais même plus à quel moment nous fûmes séparés. Et je commença à ce demander où il était, et si…

Je savais que mon père serait revenu avec moi normalement, alors si ce n’était pas le cas cela voulait dire qu’il lui était arrivé quelque chose. Je le chercha alors frénétiquement, sans succès, ne le trouvant ni chez les morts ni chez les vivants. Il avait disparu. Puis je découvris que Tarak, Terok, et deux autres loups adultes étaient également absents. Nitti m’appris alors qu’ils étaient partit, et avec Balto, mais elle ignorait où, ni pourquoi.

 

J’attendis un bon moment, plein d’angoisse.

Mais enfin l’autre groupe de loup revint, mon père était bien avec eux. J’étais rassuré, mais cette absence mystérieuse m’intriguais, et Balto avait la mine grave. Aussi je lui demanda où ils étaient allés tous les cinq, et ce qu’ils avaient fait ?

- Ne t’occupe pas de ça, oublis qu’on est partit. Me répondit-il.

- Mais…

- Kodi, c’est très sérieux, oublis ça !

Il m’avait parlé sur un ton sévère, mais je voulais quand même savoir ce qui c’était passé. Ainsi, après que lui et les quatre loups furent hors de vue, je me lança en douce sur la piste du groupe, que je remonta grâce à mon flair.

Au bout d’un petit moment je tomba sur quelque chose qui restera gravé dans ma mémoire à tout jamais.

C’était Sterk… mais dans quel état : Criblé de morsures, le ventre ouvert ! Sa tête était à moitié déchiquetée, il lui manquait une oreille, un œil était crevé, sur son museau ses babines étaient déchirées, on pouvait voir ses dents ! Et en de nombreux endroits ses os étaient à nu.

J’eus un haut le cœur. Quelle horreur ! Et le pire c’est que je finis par me rendre compte que la plupart des morsures n’étaient pas destinées à tuer, du moins pas tout de suite. On avait fait exprès de le faire souffrir !

J’avais du mal à croire que mon père ait pu participer à ça !

Je ne pus m’empêcher de prononcer à voix haute :

- Ce n’est pas possible !

Et alors Sterk se mis à bouger, il était toujours vivant !

Il releva péniblement la tête et me regarda avec son œil intact. Il ne pouvait pas se mettre debout, ses quatre pattes étaient brisées ! Puis il essaya de me parler, mais de sa gorge à moitié broyée ne sortit qu’un infâme gargouillis.

Cependant, le regard de son œil unique semblait dire « Tue moi… je t’en pris… tue moi… abrège mes souffrances ! »

J’en fût tellement horrifié que je partis en courant, seulement au bout de quelques mètres je fus obligé de m’arrêter… pour vomir !

 

Puis je repartis vers la meute, et me dirigea droit vers mon père. Ce dernier, en voyant la tête que je faisais, compris que je venais de voir Sterk.

- Papa, co… co… comment as-tu put… as-tu put faire ça !

- Je n’ais fait que regarder, Tarak m’y a obligé, pendant que… pendant qu’ils… qu’ils le punissaient.

- Qu’ils le "punissaient" ?! … Mais ils l’on massacré, et ils n’ont même pris la peine de l’achever !

C’est alors que la voix de Tarak se fit entendre.

- Si, nous l’avons tué, ses blessures sont mortelles, il mettra simplement du temps à mourir, en souffrant énormément, c’est inévitable.

- Mais c’est horrible ! Lui répondis-je.

- Et ce qu’il a fait, ce n’est pas horrible ? Vouloir détruire une meute, une famille, faire tuer des enfants, et enfin s’en prendre à une louve enceinte ! Et tu sais ce qu’il nous a dit à propos de Watan, quand on l’a rattrapé, et juste avant qu’on s’occupe de lui ?

- Je ne veux pas le savoir. Lui répondis-je.

- Eh bien tu le sauras quand même !

Et alors Tarak imita terriblement bien la voix de Sterk :

- « Quand à votre saleté de louve, j’aurais tellement aimé lui ouvrir le ventre, lui arracher ses petits, et les déchiqueter sous ses yeux, avant de la tuer elle ! ».

J’en eus le souffle coupé !

Puis Tarak repris ça voix normale :

- Ce furent les derniers mots intelligibles qu’il prononça, tu imagine sans peine ce qui c’est passé ensuite !

J’étais encore sous le choc de cette révélation, mais je lui fis quand même savoir que je n’étais pas d’accord avec ce qu’ils avaient fait :

- Ce n’est pas une raison pour…

- Comme tu l’avais dit toi-même une autre fois… nous sommes des bêtes sauvages !

- Mais…

- Et fait attention, je vais rejoindre les autres, et nous allons décider si toi et ton père vous allez subir le même sort que Sterk !

- QUOI !

- Et n’essayez pas de fuir, sinon notre décision sera vite prise !

Puis Tarak s’en alla voir les autres.

 

Je me tourna vers mon père, paniqué.

- Ils vont vraiment…

- J’ais bien peur que oui. J’ais dû tout expliquer à Tarak : Qui était Sterk, et pourquoi il a fait ça. Ils savent que nous sommes responsables de ce qui vient d’arriver, et puis nous avons commis des fautes, je n’ais pas prévenus Tarak de la présence de Sterk, et toi tu ne t’es pas battu !

- Je ne pouvais pas tuer des chiens comma ça, j’avais l’impression que j’allais m’en prendre à des amis !

- Je te comprends, moi je me suis battu, mais sans tuer, ce qu’ils m’on reproché aussi. On était censé faire partit de leur meute, on devait la défendre jusqu’au bout, et on ne l’a pas fait.

 

L’ensemble de meute, à l’exception de Watan, Nitti et des deux louvarts, s’approcha alors de nous. Tarak pris la parole :

- Nous avons pris notre décision… vous allez mourir, tous les deux, comme Sterk. Nous vous massacrerons, puis nous vous laisserons agoniser.

- NON ! Criai-je.

- Nous commencerons par Balto. Dit froidement Tarak, comme s’il annonçait une chose ordinaire.

Alors les autres loups s’approchèrent de lui, en position d’attaque.

J’essaya de m’interposer, mais Terok me bouscula si brutalement que je me retrouva par terre, sur le flan. Puis Tarak me parla.

- Ecoute, calme-toi et reste tranquille en attendant ton tour, car comme ça tu pourras achever ton père et ainsi abréger ses souffrances.

Je crus que j’allais m’évanouir ! Moi, achever Balto ! Je lui répondis :

- Je ne pourrais jamais faire ça ! … non… Je me battrais contre vous plutôt !

- Si tu fais ça alors tu mourras en premier, et ton père agonisera pendant des heures, et peut être même qu’avant ça c’est lui qui sera obligé de t’achever !

- Noooon ! Vous ne pouvez pas faire ça, ce n’est pas possible !

- Notre décision est prise Kodi, je suis désolé.

- Je vous en pris, écoutez-moi, laissez-nous partir, on s’en ira loin d’ici.

- C’est trop tard, des nôtres sont morts par votre faute, Watan va peut être les suivre, et même si elle survit elle risque de perdre ses petits ! La pitié est un luxe qui nous est inaccessible désormais.

J’étais désespéré, que pouvais-je faire ?

- Arrêtez ça ! Cria Balto.

Mais Terok lui sauta dessus et le mordit à la gorge, mais pas fort, juste de quoi le maîtriser, il ne voulait pas qu’il meure rapidement !

J’essaya de protéger mon père, mais, rapide comme l’éclair, Terok lâcha Balto en le repoussant, et je sentit alors ses crocs s’enfoncer dans ma gorge. Là encore il ne tua pas, se contenta de me faire mal. Il me relâcha à mon tour, puis me dit :

- Tu l’as cherché, puisque c’est comme ça c’est toi qui mourras en premier.

Puis le grand loup gris se tourna vers son père, qui acquiesça de la tête. C’est donc moi qui aller y passer en premier !

Les loups m’encerclèrent, je montra les dents, je voulais me battre, mais je reçut une morsure en traître, dans le dos. Je me retourna, et me rendit compte que celui qui m’attaquait était… Balto !

 

- Papa !! Qu’est-ce qui te prend ?

- Je ne veux pas que tu souffre, pardonne-moi ! Répondit Balto avec une voix brisée.

Puis il me sauta dessus, j’esquiva de justesse, et les mâchoires de mon père claquèrent avec force à un centimètre de ma gorge !

Je compris, avec horreur, qu’il se produisait une chose inimaginable : Balto préférait tuer son fils lui-même ! Plutôt que de le voir se faire écharper vivant sans rien faire, et sachant qu’il ne pouvait combattre les loups.

- Bien ! Dit Tarak. Je vois que vous avez décidé de vous battre à mort pour savoir lequel des deux mourra sans trop de souffrance. Alors soit ! Nous regarderons, puis nous nous occuperons du survivant.

J’étais complètement paniqué… être obligé de tuer mon propre père !!!

Mais Balto essaya encore de m’égorger. C’est tous juste si je réussis à me mettre hors de ça porté en reculant, mais il n’était plus lui même, il était comme enragé, son regard était terrifiant !

 

Je me dirigea vers Tarak, pour discuter avec lui, et tenter de le convaincre d’épargner nos vies. Balto se calma, comme s’il voulait savoir ce que j’avais à dire au chef de meute.

- Arrêtez ça ! Dite-moi que vous renoncer à ce châtiment.

- Non, notre décision est irrévocable. Me répondit Tarak.

Je sentit la colère monter en moi, à un niveau que je n’avais connu, même en faisant face à Sterk.

- Comment pouvez vous faire un chose pareille ! Lui dis-je. C’est ignoble, c’est monstrueux, c’est… c’est…

- C’est comme ça, il n’y a rien à faire. Si tu veux que ton père ne souffre pas il faut que tu le tue, tu n’as pas d’autre choix !

Mais j’entra dans une rage folle, et je lui cria avec colère.

- C’EST TOI QUE JE VAIS TUER !

Et je me jeta sur Tarak, essayant de l’atteindre à la tête. Mais le chef de meute expérimenté évita le coup, mes dents claquèrent dans le vide, tandis que celles de Tarak s’enfoncèrent dans la peau de ma nuque. Je retomba lourdement au sol, je saignais du cou, ça faisait mal, mais je repartis à la charge.

 

Pendant quelques minutes je n’avais de cesse de lancer des assauts contre le grand loup blanc… mais c’était un adversaire bien trop fort pour moi, je ne fis que récolter des morsures, tandis que Tarak lui était intact. Et pendant tout ce temps Balto resta de marbre, semblant attendre l’issu de la confrontation.

- Tu gaspilles tes forces, Kodi, tu n’en auras pas assez pour tuer ton père, et c’est lui qui agonisera à ta place. Alors attaque-le et tue-le ! Et ensuite tu pourras te battre contre moi si tu le veux.

- NOOOOOOOOOOON !

Et le combat continua, mais le déséquilibre était tellement grand ! Je lançais toutes mes forces dans la bataille, alors que mon adversaire se contentait de repousser mes attaques avec une déconcertante facilitée, il semblait même s’ennuyer !

Tarak me mordit de partout, une fois il me déchira la babine supérieure, une autre fois il me perça mon oreille gauche avec un de ses crocs, et m’en arracha même un petit bout ! Il me mordit au ventre, aux pattes, à la tête, au cou, au dos… à un moment même il m’attrapa par la peau de la nuque, et avec les puissants muscles de son cou il me souleva et me secoua violemment, je percuta le sol à plusieurs reprises.

Au bout d’un moment je fus à bout de force, en sang, et complètement désespéré.

C’est alors que Tarak lance son attaque finale. Il se rua sur moi à pleine vitesse et me mordit à l’épaule, mais cette fois pour de bon, en serrant à fond ! Ces crocs s’enfoncèrent profondément, je les sentis même crisser contre mes os ! Puis la violence du choc m’envoya contre un tronc d’arbre. La douleur me fit hurler à mort.

 

J’avais perdu, Tarak était trop fort, alors je m’effondra par terre et pleura tout ce que je savais. Le grand loup me dit alors :

- Voilà, tu es comptent de toi ? Ton père va devoir t’achever, et ensuite par ta faute c’est lui qui va agoniser dans d’atroces souffrances, une fois qu’on s’en sera chargé.

- JE TE HAIS, TOI ET TOUS LES LOUPS DE LA TERRE ! Lui dis-je.

Ensuite je lui jeta toutes les insultes que je connaissais, souhaitant même que les hommes exterminent les loups ! Puis je fondis à nouveau en larmes.

- C’est tous ce que tu as à dire ? Demanda Tarak.

- Je vous en supplie, ne faites pas ça. Dit alors mon père.

Balto s’approcha et se mis entre moi et Tarak, avant de continuer :

- Faite de moi ce que vous voulez, je vous offre ma vie sans hésitation, mais par pitié, laissez mon fils repartir chez lui ! Tout est de ma faute.

Balto offrit sa gorge à Tarak, et je vis alors ce dernier la saisir calmement dans sa gueule !

- Non ! Ne le tue pas ! Lui dis-je.

Tarak resta immobile, il semblait attendre ma réaction, mais à chaque instant il pouvait faire jouer ses terrifiantes mâchoires !

J’approcha de lui en rampant misérablement, puis, une fois à ses pieds, je me releva péniblement et lui lécha la figure en signe de soumission.

Je sentit alors que Balto commençait à suffoquer, Tarak lui coupais la respiration !

- Pitié. Lui dis-je, avant de recommencer à pleurer.

Mais il maintenait sa gueule fermée, empêchant toujours mon père de respirer, ce dernier était alors pris de violente convulsions, il bavait et ses yeux commençaient à se révulser.

J’avais ma tête appuyée contre l’épaule de Tarak, sous sa fourrure je sentais sa peau sillonnée de cicatrices, et en dessous ses muscles dur comme de la pierre, et je continuais à pleurer, à le supplier.

J’avais les yeux fermés, mais je pouvais entendre mon père agoniser, je l’entendais faire des efforts désespérés pour essayer de respirer, j’entendais ses pattes gratter la neige et la terre en des mouvements désordonnés.

Je pensa alors qu’il était mort, ça semblait évident !

 

C’est alors que Tarak desserra enfin ses mâchoires, et Balto se mis alors à respirer avec force, il toussa et haleta quelque instant, mais toujours tenu à la gorge par le grand loup blanc.

Puis il parla, difficilement à cause du fait qu’il reprenait sa respiration, mais il dit :

- Bon, … Tarak, …  je crois… qu’il a compris… la leçon, … … ont peut arrêter…

Alors, le chef de meute le relâcha complètement ! Il poussa un soupir, et il lui dit :

- Dit bien à ton fils que la prochaine fois se serra pour de bon !

Puis, presque à regrets, lui et les autres loups se retirèrent, me laissant seul avec mon père.

 

Je ne comprenais plus rien, tous cela était faux ?

- Papa, qu’est-ce que ça veut dire ?

- Je suis désolé Kodi … ils m’ont obligé à faire ça … ils voulaient te punir … te donner une bonne leçon, et à moi aussi d’ailleurs … cela a été décidé pendant que tu étais aller voir Sterk.

- Alors tous ça, Tarak qui disait qu’il allait nous faire massacrer tous les deux, toi qui voulais me tuer toi-même… c’était de la comédie ?

- Exactement.

- Tout était prévu depuis le départ ?

- Pas vraiment, … c’est moi qui étais censé me battre contre toi, … jusqu’à ce que tu sois épuisé et désespéré, … mais comme tu t’en ais pris à Tarak…

- Et tu as marché dans cette combine !?

- Je ne pouvais pas faire autrement, les loups me l’ont ordonné, … et ils étaient dans un tel état de colère que si j’avais refusé… Ils auraient perdu leur calme et nous auraient tués tous les deux.

- Et le fait que Tarak t’étouffe en te serrant la gorge, presque jusqu'à la mort, c’était prévu aussi ?

- Oui, mais pas jusqu’à ce point ! Tarak est vraiment aller loin, … et j’ais vraiment cru qu’il allait me tuer !

 

A ce moment là le hurlement de Tarak monta, suivit par tous les autres membres de la meute, sauf Watan. Ce chant était tellement triste !

- Ils pleurent leurs morts. Dit Balto. Mais pas seulement eux.

- Comment !

- C’est chez les jeunes qu’il y a la plus de morts, et si Watan meurt, ou si elle perd ses petits, alors cela va crée un déséquilibre dans les années qui vont suivre, il y aura trop de vieux loups par rapport au reste de la meute, les plus jeune aurons du mal à chasser suffisamment.

Je lui demanda ce que cela voulait dire, bien que je commençais à comprendre. Il me répondit :

- les loups ont gagné la bataille contre les chiens, mais leur meute est peut être déjà touchée à mort. Dans ce cas, le clan ne sera plus viable, les loups devront se disperser, les plus faible mourront, les autres deviendront des solitaires et partiront ailleurs. Ce sera la fin de la meute de Tarak… Sterk aura gagné !

- Et tous ça par ma faute, dis-je.

- Non, c’est ma faute, tu as fait ce qu’il fallait, tu m’as dit que Sterk était là, c’était à moi de transmettre l’information à mon frère, pour que la meute soit sur ces gardes.

- Non, c’est plus que ça : Quand j’ais quitté Nome pour te chercher, j’avais souvent l’impression d’être suivit, je pensais que c’était toi qui me surveillais… mais j’ais compris maintenant : C’était Sterk ! Il devait m’épier après que tu te sois enfuie, il a compris que j’allais à ta recherche quand il m’a vu partir, et il m’a suivit depuis Nome. C’est grâce à moi qu’il a put te retrouver, et qu’il a su que tu te trouvais dans cette meute. Ensuite il a dû nous surveiller pour mettre au point une stratégie, et attendre le bon moment pour se venger.

- Kodi…

- Non, tout est de ma faute. Je les ais tué, les loups et les chiens mort, c’est moi qui les ait tué. Je n’aurais jamais dû partir à ta recherche !

- Tu ne pouvais pas savoir, Sterk aurait put me retrouver quand même. Ou bien, si tu étais resté à Nome, je crois qu’il se serait vengé sur toi. Et alors peut être qu’il s’en serait pris aux chiens de Nome, à Dusty, à Jenna, ou bien à Boris, et peut être même à ton jeune maître ou à Rosy qui sait ! Cela aurait put être encore pire que ce qu’il s’est passé.

- Oui, mais les loups n’avaient rien demandé, je suis venu dans leur meute… et j’ais tout détruit !

Mon père essaya de me consoler, mais je restais persuadé que je n’avais fait que du mal.

 

Puis la fatigue finie par devenir insurmontable, et je sombra dans un profond sommeil…

 

 

Chapitre 6

L’ange gardien.

 

Le lendemain, Watan allait un peut mieux, elle pouvait parler et se déplacer toute seule sur de courtes distances. Mais elle restait faible, si par malheur elle attrapait une maladie, même une de celles qui sont bénignes en temps normal, cela lui serait fatal.

Mais bientôt je me rendis compte d’une agitation croissante, et je demanda à mon père.

- Que se passe-t-il ?

- Ce que Tarak redoutait, les loups qui étaient postés à la surveillance disent que des hommes viennent par ici. Les chiens survivants ont dû revenir chez eux, les hommes ont compris que des loups sont proches de la ville, et ils viennent les tuer.

- Que va-t-il arriver ?

- Les loups vont partir, et essayer de semer les hommes, nous aussi on devra partir.

- Et Watan ? Et les deux louvarts ?

- Ils ne pourront pas nous suivre, les autres loups les ont menés à une cachette, en espérant que les hommes ne les trouveront pas, puis ils partiront.

- Ils ne vont pas les défendre ?

- Ils ne le peuvent pas, on ne peut pas combattre l’homme, ont ne peut que fuir ou se cacher devant lui. Si les loups restent ici ils se feront massacrer pour rien. Au contraire, ils risquent même d’attirer l’attention sur la cachette et de la faire découvrir. La seule chose qu’ils peuvent faire c’est partir en espérant que tous les chasseurs les suivront, pour faire diversion.

En fait, ils vont se séparer en deux groupes, et nous aussi nous partirons de notre coté. Aussi, avec trois groupes à poursuivre, les chasseurs ne trouverons peut être pas Watan et les deux louvarts.

 

Je compris que c’était la seule chose à faire, mais laisser Watan et ses petits seuls ne me plaisait pas, j’avais le sentiment que ça ne marchera pas, et que les hommes les trouveront et les tueront !

Moi et mon père nous dirigeâmes vers la meute. À la vue des mines tristes des loups, je compris qu’eux aussi pensaient que Watan et les louvarts seraient probablement découverts par les hommes, surtout s’ils ont des chiens qui pourront repérer leurs odeurs. Mais comment faire, personne ne pouvait rester ici, comme Balto l’avait expliqué, à moins que… mais oui bien sûr !

 

- J’ais une idée ! Dis-je alors, presque en criant.

- Comment ! Dit Tarak.

- Pour sauver Watan et les petits, il faut que quelqu’un reste avec eux.

- Ton père ne t’a pas dit que c’est impossible, qu’on ne peut pas combattre l’homme !

- Qui a parlé de combattre ? Il suffit de faire en sorte que la cachette reste secrète.

- Si un loup reste ici il se fera repérer par les chiens de chasse, et il attirera l’attention des hommes.

Je lui répondis alors tout naturellement :

- Un loup ne peut pas sauver Watan… mais peut être qu’un chien le peut !

- Kodi ! Dit Balto.

- C’est le seul moyen que je vois !

- Dis moi ce que tu comptes faire ? Me demanda Tarak.

- Voilà, je vais rester ici, tout seul, à quelques distances de la cachette. Même si on me repère ont ne fera pas trop attention à moi, des chiens viendront peut être me parler mais je raconterais une histoire bidon pour expliquer ma présence, mais jamais ils ne soupçonneront que je puisse être de mèche avec des loups ! Et si des chiens reniflent l’odeur des trois autres, j’irais à leur rencontre et je leur expliquerais que ce n’est pas la peine de remonte cette piste, qu’ils sont de toute façons déjà morts, et qu’ils feraient mieux de ne pas perdre de temps et de se lancer tout de suite à la poursuite du reste de la meute.

 

Tarak sembla réfléchir un moment, puis il me dit :

- C’est une bonne idée, tu crois que tu en seras capable !

- Oui, et de toutes façons je crois qu’on a pas le choix !

Mais Balto souleva une objection.

- Et si jamais parmi les chiens que tu rencontreras, il y en a qui faisaient partit de ceux qui nous on attaqué. Si jamais ils t’ont vu à nos coté ils pourront te reconnaître, et ils sauront que tu leurs ment !

- C’est possible. Dit Tarak. Mais tous les chiens qui sont repartit étaient blessés, et ils doivent être épuisés en plus. A mon avis ils n’auront pas la force de participer à une chasse. De plus, Kodi c’est planqué sous un buisson presque dés le début de la bataille, peut être qu’aucun des chiens survivants ne l’a vu ? Cependant, le risque n’est pas nul !

- Oui, mais même si je suis reconnu ce ne sera pas pire que s’il n’y a personne pour faire diversion, car je suis sûr que sans ça ils trouveront quand même la cache de Watan. Il n’y a que moi qui prendra des risques, et je suis prêt à le faire !

- Les chiens te demanderont si tu sais dans quelle direction nous sommes partit, et tu seras obligé de répondre.

- Je les enverrais sur des fausses pistes, bien sûr.

- Non, tu les enverras sur les vraies pistes. Dit Tarak.

- Pourquoi ?

- Parce que si jamais ils se rendent compte que se sont des fausses pistes, ils risquent alors de comprendre que tu les as floués et que tu es de notre coté. Et alors ils retourneront vers toi, ils te questionneront à nouveau, et peut être qu’ils vont fouiner dans les environs et trouver la cachette. Même chose si tu n’indique qu’une piste et qu’ils découvrent qu’il y en a plusieurs. La priorité est de protégé Watan et les louvarts, qui sont sans défense et sans possibilité de fuir.

- Mais… ça va vous mettre en danger !

- Comme tu l’as dit, on n’a pas le choix ! Alors tu leur indiqueras correctement les trois pistes, de toutes façons il y a de forte chance qu’ils les trouvent eux-mêmes avec leur flair.

- Oui. Lui dis-je à contrecœur.

- Bon, alors je te confie Watan et mes deux jeunes enfants, tu es responsable d’eux maintenant.

- Oui.

Tarak me montra l’endroit où ils étaient cachés, puis il me parla sur un ton ferme :

- Ecoute-moi bien, s’ils meurent… alors toi aussi tu mourras ! Vos destins sont liés.

Puis Tarak s’approcha encore et plongea son regard orange dans mes yeux, j’avais l’impression d’être transpercé !

- Et si tu t’enfuis, si tu les abandonne, alors je te poursuivrais, et je te jure que ce sera une traque sans pitié, jusqu'à ce que l’un de nous deux soit mort ! Et si jamais je suis tué par des chasseurs, n’importe quel autre membre de la meute pourra faire ça à ma place, même Nitti ! C’est compris ?

Je fus trop impressionné pour pouvoir prononcer une seule parole, mais je répondis oui d’un hochement de la tête.

Puis, sans un mot de plus, la meute se divisa en deux parties, l’une conduite par Tarak et l’autre par Terok, et les sept loups disparurent dans la forêt. Ne restait alors plus que Balto et Nitti avec moi, mais ils devaient partir eux aussi, ils ressemblaient trop à des loups !

- Je suis fier de toi ! Dit Balto.

- Il faut y aller, j’entends déjà les chasseurs et leurs chiens qui approchent. Dit Nitti.

- Au revoir Kodi.

- Au revoir papa.

Puis les deux métis s’en allèrent à leur tour… et je me retrouva tout seul. Je sentis alors un énorme poids peser sur mes épaules.

Je me demandais si je ne venais pas de faire une erreur ? Des tas de questions se bousculaient dans ma tête : les chiens allaient-ils me croire ? Et si des chiens qui avaient participé à l’attaque, et qui m’avaient vu, venaient quand même à cette chasse ? Ou bien alors est-ce, une fois de retour chez eux, ils ont expliqué aux autres qu’il y a un chien avec les loups et qu’ils doivent s’en méfier ? Et s’ils trouvent Watan et les louvarts malgré tout, que faire ?

 

- Je sens une piste, il ne doit pas être bien loin.

Ces paroles me firent reprendre mes esprits. Les chiens des chasseurs arrivaient !

- Regardez, il est là !

- Attaquez-le ! Tuez-le !

Et une horde se précipita vers moi. C’était des chiens de chasse qui venait de loin d’ici, ils avaient du mal à faire la différence entre loups et chiens de traîneaux, et dans le feu de l’action ils me prenaient pour un loup !

- Arrêtez bande d’abrutis, c’est un chien !

Ouf ! L’un d’eux avait un peut mieux les yeux en face des trous.

Ils m’encerclèrent, nerveux à cause de l’odeur de loup que je portais.

- Qui es-tu ?

- Je m’appelle Kodi.

- Que fait-tu là ?

C’est à ce moment là qu’il allait falloir commencer à mentir. Je n’aimais pas ça - trahir ceux de ma race - mais j’y étais bien obligé, j’avais trois vies à sauver !

- Les loups m’ont capturé, mais ils m’ont laissé en vie.

- Comment ça ? Pourquoi ils ne t’ont pas tué ?

- Je crois qu’ils voulaient me garder vivant pour… pour "s’amuser" avec moi.

Dire de pareilles horreurs sur les loups m’était très difficile, mais il le fallait bien, pour Watan et ses petits.

- Ils m’ont maltraité, mais ça va bien, je vous assure. Ne vous occupez pas de moi, partez plutôt à leur recherche.

- Il faut d’abord qu’on trouve les loups dont on capte les odeurs, il y en a qui doivent être planqués pas loin d’ici d’après ce que je sens.

Je le savais, sans moi ils auraient trouvé la cache de Watan !

- Ce n’est pas la peine ! Dis-je.

- Comment ça ce n’est pas la peine ?

- Ils sont tous morts de leurs blessures, c’est pour ça qu’ils sont toujours là.

- Tu en es sûr ?

- Et oui j’en suis sûr ! Dis-je avec énervement. Et même que les autres loups voulaient me faire la peau pour venger leurs morts, mais ils ont dû partir précipitamment quand vous êtes arrivé, c’est-ce qui m’a sauvé.

- Tu sais où ils sont partit ?

Le moment que je redoutais, Tarak m’avait bien dit de donner les bonnes directions, je ne faisais que lui obéir, mais j’avais quand même l’impression de trahir mes amis.

- Un groupe est partit par là, et un autre par ici, dis-je en désignant les directions avec mon museau.

« Combien de loup ais-je tué en faisant cela ? » Pensai-je sur le moment, car je me doutais bien que cela augmentait les risques que mes amis se fassent rattraper par les chasseurs ! Mais ça diminuait aussi les chances qu’ils reviennent ici et ne découvrent Watan.

- Et deux autres sont partis par là également.

Balto et Nitti ! Et si en faisant ça j’avais tué mon père !

- Bien, merci… tu veux que quelqu’un reste avec toi ? Ou qu’on te mène à nos hommes pour qu’il te soigne ?

- Non, non, ce n’est pas la peine, je m’en remettrais, ne vous en faite pas pour moi. Partez tous plutôt à la poursuite des loups, se sera mieux.

- Tu es sûr ? Tu es blessé !

Je leur dis alors sur un ton coléreux :

- Foutez-moi le camp !

Puis ensuite avec une voix triste, presque en pleurant :

- Après tout ce qu’ils m’ont fait subir… je veux rester tranquille un moment, seul.

- Et, ça va ! Si veut rester dans ton coin pour pleurnicher sur ton sort ! Me répondit sèchement l’autre.

Et les chiens s’en allèrent, mais au bout de quelques mètres ils rencontrèrent un autre groupe de chiens, aussi que les chasseurs qui était à cheval. Alors je crus que mon cœur allait s’arrêter de battre : Il y avait un chien blanc avec eux, et je reconnus ce chien comme étant un de ceux qui avaient attaqué la meute, je l’avais vu furtivement alors qu’il essayait de s’approcher de Watan. S’il m’avait vu, il m’aurait peut être reconnu lui aussi, et cela aurait été la catastrophe.

Je me cacha vivement derrière une souche, mais si les autres chiens m’avait vu me cacher ils n’allaient pas trouver ça suspect ? Et le chien blanc, ne risquait-il pas d’avoir des soupçons quand les autres lui raconteraient qu’ils venaient de rencontrer un chien qui était avec les loups ? Ce chien blanc avait-il remarqué ma présence lors de l’attaque ? Quelle angoisse !

Heureusement, il sembla trop pris par l’ardeur de la chasse, et il partit avec les autres. Ouf !

 

Je resta sur mes gardes, pendant un long moment. Il aurait put y avoir d’autres chiens qui seraient venus par ici, mais heureusement ce ne fut pas le cas.

Soudain, j’entendit un premier coup de feu au loin. Les hommes avaient déjà rattrapé la meute ? Après la bataille d’hier les loups devaient être épuisés, et les hommes en profitaient !

Il y eut d’autres détonations, cette fois dans trois directions différentes. Mon cœur se serra dans ma poitrine : Mes amis, et mon père, étaient peut être tous en train de mourir en ce moment. Quel malheur !

- Que Sterk soit maudit à tous jamais ! Dis-je rageusement.

 

Puis J’essaya de penser à Watan et aux louvarts, je retourna donc à la cachette en regardant bien autour de moi, afin d’être sûr qu’on ne me suivait pas.

Les deux louvarts étaient terrorisé par moi, je ressemblais aux chiens qui les avaient mordus, même s’ils me connaissaient. Seul la louve resta calme.

- Watan, c’est moi, c’est Kodi. Comment ça va ?

- J’entends des coups de feu, qu’arrive-t-il à ma meute ?

- Je suis sûr qu’ils se battent pour rester en vie en ce moment, ne t’en fais pas, ils vont s’en sortir.

- Les hommes vont les tuer !

- N’y pense pas, ça ne sert à rien, dis-moi si tu va bien.

- J’ais faim.

« C’est pas vrai » me dis-je, mais je savais que les autres n’étaient pas là, alors il fallait que je parte à la chasse.

Laissez Watan et les louvarts seuls ne me plaisais pas, mais comment faire ?

Je finis par me convaincre d’aller chercher à manger.

Comme c’était le début du printemps le petit gibier recommençait à abonder. J’essaya d’en attraper, mais ce fut en vain, j’étais encore trop épuisé, et mon épaule me faisait trop mal. Au bout d’un moment je retourna précipitamment à la cache, la peur au ventre qu’il ne se soit produit un drame.

Mais rien de tel n’était arrivé, Watan me demanda ce que j’avais rapporté

- Je suis désolé, mais je n’ais rien capturé, je n’ais plus de force.

- Les cadavres des chiens sont encore là ? Demanda-t-elle alors.

- Oui.

- Et bien, on n’a qu’a manger ça.

- Quoi ! Manger des chiens !

- Ça te dérange ? Pas moi ! Aller va nous en chercher un, et plus vite que ça !

Je n’en croyais pas mes oreilles, je savais les loups prêts à manger n’importe quoi, mais là…

Cependant, j’avais appris à obéir à un chef de la meute, et je m’exécuta. Je retourna sur le champ de bataille, ce fut très dur, tous ces chiens morts ! J’en "choisi" un qui avait la même taille que ma mère, et je le traîna jusqu’a Watan et ses deux petits. Mais avant qu’ils ne commencent leur repas je m’enfuis en courant, je ne pouvais pas voir ça !

 

 

Watan allait bientôt mettre bas, et il lui fallait une tanière. Comme elle ne pouvait pas creuse elle-même à cause de ses blessures c’est moi qui dû lui confectionner sa tanière, en urgence. Pour cela, sur les conseils de la louve, j’agrandis un terrier que j’avais trouvé.

Mais je m’y prenais mal, je n’y connaissais rien, je me retrouva à gratter la terre dans un trou où j’avais à peine la place pour bouger, et je faillis y rester coincé ! C’était très angoissant, j’avais peur d’être enterré vivant. Et quand j’en sortais, j’étais terriblement fourbu, et j’avais de la terre plein la bouche, les yeux et les narines. Et après cela il fallait encore aller cherche à manger.

 

Lorsqu’ils étaient partit, les loups n’avaient pas dit quand ils reviendraient, et je commença sérieusement à m’inquiéter au bout de deux jours.

Je me demandais ce que je pourrais bien faire si personne ne revenait. Arriverai-je à nourrir Watan ? Et surtout que faire une fois ces petits nés ? Il allait falloir que je m’occupe d’eux, que je les éduque. Est-ce que je ferai un bon chef de meute, comme un loup ? Que de questions, que de soucis !

Pensant changer mes idées, je partis voir Watan, pour discuter avec elle, et c’est là que je me rendis compte qu’elle avait commencé à mettre bas !

- Non, c’est pas vrai !

Il y avait déjà deux louveteaux de nées.

Mais Watan avait du mal, et bientôt c’est moi-même qui dû couper leurs cordons ombilicaux avec mes dents. Je n’avais jamais fait ça, et d’ailleurs normalement les mâles ne font jamais ça, c’était dégoûtant ! Mais il fallait bien que je le fasse.

 

Watan donna naissance à six petits. C’était de minuscule boulle de poils, il était difficile à croire qu’un jour ils deviendront de vraies machines à tuer comme les membres de la meute ! Terok et Tarak ressemblaient-ils vraiment à ça quand ils étaient nés ?

 

 

Cela faisait trois jours que les autres étaient partit, je commençais à perdre espoir de les voir revenir.

J’étais en train de revenir de la chasse, quand tous d’un coup je sentit une odeur qui me fit stopper net. Un grizzly ! Il était tout proche. Je pensa tout de suite à Watan, le grizzly avait dû la sentir !

Je lâcha le gibier que je venais d’attraper et me précipita vers la tanière, et quand j’y arriva ce fut pour me rendre compte que l’ours était là… en train de creuser pour atteindre Watan et ces petits !

Les deux louvarts était terré à quelque distance de là, terrorisé, mais l’ours les ignorait, il savait qu’il n’était pas assez rapide pour pouvoir les attraper.

Mon sang ne fit qu’un tour, et, sans vraiment le vouloir, je lui sauta sur le dos et le mordit le plus fort possible.

Le grizzly poussa un terrible rugissement et se retourna si brusquement que je lâcha prise… et nous nous retrouvâmes face à face !

Je fis demi-tour en vitesse et essaya de fuir en courant pour attirer l’ours loin de Watan, mais je reçut un coup de pattes dans le dos. Je sentis les griffes traverser ma fourrure, puis percer ma peau et lacérer ma chair… la douleur fut effroyable ! L’ours lâcha prise, j’avança ensuite sur quelques mètres avant d’être terrassé par la souffrance, je m’effondra et ne put m’empêcher de crier comme un fou, c’était atroce !

Puis je repris mes esprits, le grizzly ? Il avait cessé de me poursuite… mais ce n’était que pour retourner à l’assaut de la tanière !

Alors je l’attaqua à nouveau, essayant de le mordre. Mais l’ours m’avait vu arriver, il m’envoya un nouveau coup de patte. Ses griffes m’atteignirent à l’épaule droite, celle-là même que Tarak avait mordu. Et une nouvelle fois ma chair fut lacérée, mon propre sang m’éclaboussa la figure, tandis que le choc m’envoya à plusieurs mètres de là en tournoyant. Je percuta violemment le sol et fit plusieurs tonneaux. Je fus presque assommé. Mais, malgré mes blessures et la douleur qui avait redoublée, je me releva et repartis à l’attaque.

Les deux louvarts étaient plus grands et plus fort que moi, mais ils étaient bien jeunes ! Ils étaient trop effrayés, ils ne pouvaient pas m’aider, j’étais seul à me battre.

Et encore un coup de patte de l’ours ! Cette fois ses griffes s’enfoncèrent tout droit dans ma cuisse gauche, et ressortirent même de l’autre coté. Et encore une fois je fut projeté au loin, dans les pierres et les rochers qui me blessèrent encore plus. Là, je perdis connaissance un instant, et quand je repris conscience je vis que l’ours n’avait rien, et qu’il continuait à creuser.

Je voulus attaquer à nouveau, mais mon corps n’en avait plus la force, c’est à peine si j’arriva à ma remettre sur mes pattes. C’est là que je compris.

En tout, le combat n’avait duré que quelques secondes… et l’ours m’avait ravagé ! Mes trois blessures étaient très graves, elles perdaient énormément de sang, je n’avais plus que deux pattes vraiment valide, et un plus de ça il y avait toutes les contusions dues aux chocs. Et enfin je n’y voyais pas bien d’un œil, à cause de sang qui coulait de mon front ouvert par une des pierres où j’étais tombé.

Le grizzly avait gagné, Watan et les louveteaux allaient mourir, c’était fini, je ne pouvais pas vaincre un tel adversaire !

 

Et puis d’en coup j’eus une idée ! Il y avait un gros arbre mort, déraciné et couché au-dessus de la tanière, en équilibre. Peut être qu’en le faisant tomber…

Je rassembla toutes les forces qui me restaient, monta le talus le plus vite que je pouvais, et arriva à l’arbre, le grizzly n’avait pas trop fait attention à moi.

Puis je me jeta de toutes mes forces contre le tronc et le percuta avec mon épaule gauche. Le choc fut rude, je ressentit une forte douleur, une de plus ! Le tronc bougea, mais pas assez pour tomber. Je recommença plusieurs fois. L’ours avait presque atteint Watan maintenant, il était ralentit par un rocher, mais il n’allait pas tarder à l’enlever complètement, il y avait urgence. Je frappa encore et encore, mon épaule gauche me faisait trop mal, j’essaya alors de percuter le tronc avec mon flan. Mauvaise idée, j’entendis un craquement : je venais de me briser une ou plusieurs côtes !

Mais le tronc était sur le point de tomber maintenant. Alors je recula, pris le maximum d’élan, et me jeta à fond sur le tronc, avec mon épaule droite, celle qui était griffé. Le sang éclaboussa lors du choc, la douleur vrilla mon épaule et m’arracha un autre cri. Mais enfin le tronc s’ébranla !

L’ours l’entendit, et il sortit la tête du trou, mais trop tard !

Il reçut le tronc en plein sur la nuque, et j’entendis ses vertèbres craquer ! Puis il s’effondra sur le coté, entraîné par le tronc, dans un bruit assourdissant.

Ensuite ce fut le calme, plus rien ne bougeait. Le grizzly était mort !

 

Je le regarda d’en haut, tout avait été si rapide !

Puis j’essaya de rejoindre l’entrée de la tanière… mais dans l’état ou j’étais !

En voulant descendre le talus je dégringola tout en bas, ce qui n’arrangea pas mes blessures. Une fois sur du plat, je me remis debout, très difficilement, et je marcha sur quelque mètre vers la tanière, en boitant et en titubant.

Puis je commença à avoir le vertige et à voir trouble, mes pattes arrières s’affaissèrent d’un coup. J’essaya encore d’avancer, mais tout se mit à tourner autour de moi.

J’eus vaguement conscience que ma tête finit par se poser sur le sol, puis tout devint noir, et silencieux. Je ne sentais plus mon corps, en fait, je ne ressentais plus rien du tout.

Il n’y avait que le néant.

 

Est-ce donc ça… la mort ?

 

 

Chapitre 7

Retour à la maison.

 

- Qui est-tu ?

Quelle est cette voix ? J’eus vaguement conscience qu’on me parlait.

- Qui est-tu, sale traître !

Une morsure à la croupe acheva de me réveiller.

Le temps de reprendre mes esprits je vis que j’étais entouré par une dizaine de chiens ! Parmi eux il y avait le chien blanc de l’autre jour, il semblait être le chef de ce groupe. Tous, sans exception, me regardaient avec haine et colère.

Il me fallut un bon moment pour analyser la situation, pendant que les autres me criaient dessus. Je n’étais pas mort, mais pendant que j’étais inconscient des chiens avaient trouvé l’emplacement de la tanière, et ils avaient compris que je n’étais pas de leur coté.

Je pensa ensuite à Watan et à ces petits, ainsi que les louvarts.

Je tourna la tête vers la tanière. Le cadavre de l’ours était toujours là, en partie dévoré. Mais l’entrée de la tanière était dégagée, et j’entendis des pleurs et des gémissements qui en provenaient.

- La louve et les deux jeunes s’y sont réfugié, on ne peut pas y entrer, mais tôt ou tard ils devront sortir pour boire, et là on s’occupera d’eux ! Dit le chien blanc.

Je me tourna vers lui.

- Laissaient-les, eux ils ne vous ont rien fait ! Lui dis-je.

- Non ! Ils paieront pour les autres loups, et ceux là ont veux les tuer nous même.

- Pourquoi ?

- Tu te fiche de moi ? Des tas de nos amis sont morts pendant la bataille contre les loups !

- C’est vous qui les avez attaqués en premier, et vous avez essayé de tuer des enfants et uns femelle enceinte !

- Ces sales bêtes sont des loups, tu m’entends, des loups ! Il ne mérite que la mort !

Il avait prononcé « loup » d’une manière indiquant que ces derniers le répugnaient au plus au point.

- NON ! Criai-je.

J’essaya de me relever vivement, mais c’est à ce moment là que je me rappela que j’étais blessé. Je ne pus retenir un cri de douleur.

- Qu’est-ce que tu comptes faire ? Dit le chien blanc. Tu veux te battre ? Tu ne pourrais même pas faire de mal à une souris dans l’état où tu es !

Je parvins péniblement à me mettre sur mes pattes. Ma cuisse, mon épaule et mon dos étaient raides comme des morceaux de bois !

- Je vous en prie, ne leur fait pas de mal. Lui demandai-je.

- Tu les protèges, c’est ça ? Et l’autre jour tu nous as mentit, tu nous as dis qu’ils étaient morts !

- Je ne voulais pas qu’ils se fassent massacrer par les hommes.

- Mais il faut les tuer, ce sont des monstres !

- Mais comment pouvez-vous haïr à ce point des êtres dont vous ignorez tout ! J’ais vécu avec eux pendant des mois. J’ais souffert avec eux, j’ais partagé leurs peines, j’ais supporté la faim et le froid comme eux.

Le chien sembla décontenancé, puis il me dit :

- Mais… qu’est-ce que tu raconte ? Qu’est-ce que ces monstres t’ont fait pour te rendre comme ça ?

- C’ÉTAIT STERK LE MONSTRE ! Il s’est servit de vous, il vous a envoyé au carnage pour pouvoir assouvir sa vengeance.

- Quoi ? Sterk est un héros ! Il nous a averti que cette meute allait attaquer les hommes de notre ville, et il est mort pour nous sauver.

Je n’en croyais pas mes oreilles !

- Il vous a manipulé, tout ce qu’il voulait c’est ce venger de mon père, il n’a pas eu le courage de se battre avec lui, ou plutôt il a voulu le faire souffrir en tuant nos amis.

- Vos "amis", des loups ? Mais qui es-tu ? Et qu’est-ce que tu es, un chien ou un loup ?

- Je m’appelle Kodi, ma mère est une chienne, mon père est métis, ma grand-mère paternelle était une louve blanche !

- Un croisé, il faut le tuer tout de suite ! Dit un autre chien.

J’entra en colère.

- Aller, tuez-moi ! Ne vous gênez pas, allez-y ! Vous croyez peut être que cela fera revivre vos amis ?

- Oh oui qu’on va te tuer, maintenant qu’on sait que tu es un traître, tu t’es vendu aux loups.

- Je ne me suis vendu à personne ! Vous êtes aveuglés par la haine, vous ne comprenez rien !

Les chiens commencèrent alors à se rapprocher de moi, prêts au combat. Je n’avais pas peur d’eux, j’avais vu la mort de prés plusieurs fois déjà, mais je savais que je ne pouvais pas les combattre, alors je recula, et je me rendis compte qu’ils me rabattaient vers l’entrée de la tanière.

- Fais-les sortir ! Demanda le chien blanc.

- Quoi ?

- Fais sortir la louve et ses petits de leur trou, je te promets qu’on les tuera proprement, et peut être qu’après on épargnera ta vie.

Quel marché ignoble ! Je ne pouvais par faire une chose pareille bien sûr, cela ne pourrait même pas assurer ma survie. Pendant un bref instant, je me rappela l’avertissement de Tarak si j’abandonnais ceux qui lui étaient chers. Je me visualisa dans le futur, en train de fuir. J’étais dans un état pitoyable, après ce qui semblait être une longue et effroyable cavale. Et enfin je voyais Tarak, ou bien Terok, qui me rattrapait, et qui me faisait subir le même sort qu’a Sterk ! Mais même sans cette menace je ne pouvais pas faire ce que me demander ce chien, je ne pouvais pas tuer Watan et ses petits comme ça !

Un des chiens me bouscula rudement, et je me retrouva alors à plat ventre, à l’entrée de la tanière. L’ours avait grandement élargi le passage, Watan et les deux louvarts étaient bien visible, mais les chiens ne pouvaient pas s’approcher sans se faire tailler en pièce par la louve, l’étroitesse de l’entrée annulait l’avantage du nombre.

- Kodi, je t’en pris ! Me dit Watan avec pitié.

Je lisais la détresse dans ses yeux. Serrés derrière elle, les louvarts avaient peur eux aussi, mais ils semblaient néanmoins prêt à défendre les louveteaux qui se trouvaient tout au fond de la tanière.

- Aller, fait-les sortir ! Entendis-je derrière moi. On ne va pas y passer la journée !

C’en était trop, je sentis en moi la rage atteindre un niveau extrême. Je me leva et me retourna lentement, et je fixa le chien blanc. Je le foudroya de mon regard, retroussant les babines, grognant, rabattant les oreilles. Je devais avoir tellement l’air en colère qu’il recula d’un pas en me voyant.

- Toi ! Lui dis-je sur un ton effrayant qui m’étonna moi-même. Bat-toi avec moi, fais voir si tu as du courage !

L’autre sembla hésiter un instant, puis il accepta le défis, et nous commencèrent à tourner l’un autour de l’autre, tandis que le reste des chiens faisait un cercle autours de nous deux.

Estropié comme je l’étais je n’avais pas la moindre chance de le vaincre : je boitais terriblement de deux pattes, j’étais à bout de force, j’avais perdu trop de sang, je n’avais plus de réflexe. Mais malgré ça je n’envisageais pas d’autre possibilité que de me battre. J’allais mourir, c’était évident, je l’avais accepté, je ne pouvais pas envisager de survive à Watan et à ses petits en les laissant crever !

C’est alors que je vis, derrière le chien blanc, par delà le cercle des autres chiens, quelque chose de blanc également. Pendant un très court instant je crus que c’était un reflet de la lumière du soleil sur une touffe de la fourrure du chien, mais je perçus ensuite ce que c’était… Tarak !

Je compris alors : c’était la même chose que quand moi et mon père étions dans la cabane avec Calder, Dave, Sterk et Nirgal.

Les loups étaient déjà autours de nous depuis un certain temps, ils attendaient le bon moment pour attaquer, et j’avais fait diversion pour eux sans m’en rendre compte, leurs permettant d’encercler les chiens sans se faire remarquer.

Je ferma les yeux.

Le chien blanc n’eu pas le temps de passer à l’attaque, cinq loups se jetèrent sur les chiens. Pris par surprise, ces derniers n’eurent pas le temps d’organiser leur défense.

Je fus soulagé de voir que la meute avait survécu, mais ils étaient sept quand ils étaient partit - sans compte Nitti et Balto - ce qui voulait dire qu’il y avait eu deux morts de plus !

Je me rappela aussi la récente bataille entre chiens et loups, d’il y a trois ou quatre jours, et du carnage qui s’en est suivit. Je ne voulais pas que ça se reproduise, et je sortis de ma transe.

Très rapidement, la meute avait repoussé les chiens contre la colline. Les loups étaient moins nombreux, mais ils étaient dans une fureur telle que même des chiens en plus grand nombre ne pouvaient leurs tenir tête. Ces derniers étaient terrorisés, et ils allaient se faire massacrer !

- Arrêter, stop, Ne les tuez pas. Criai-je à la meute.

Tous les chiens s’étaient regroupés, coincés entre les loups et la colline, ils étaient blessés pour la plupart, et tellement effrayé qu’ils n’essayaient même plus de se défendre. Les loups se rapprochaient d’eux maintenant, bien décidés à en finir.

Je me dirigea vers le mâle dominant.

- Je t’en pris, épargne-les.

- Ils on voulut tuer Watan ! Me répondit Tarak.

Terok lui emboîta le pas.

- Et ils nous ont donné la chasse ! Deux des notre ont encore été tué par les chasseurs : Ika, ainsi qu’un autre mes frères ! Il faut les mettre à mort !

Ce fut un choc pour moi d’apprendre la mort d’Ika, mais tout de suite je repensa à ce qui se passait à ce moment là.

- Non ! Pourquoi les tuer, à quoi cela va servir ? Répondis-je.

- Si on les laisse partir ils vont encore nous donner la chasse !

- Ecoutez, j’ais déjà vu assez de morts, ça suffit ! Ce que vous voulez faire est aussi ignoble que quand eux voulaient mettre à mort Watan pour venger les chiens tués la première fois ! Arrêtez tout ça !

Terok se tourna vers moi.

- Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j’ais ressentit quand trois de mes frères et sœurs sont mort, ainsi que mes deux grands-parents, et quand ma mère a faillit mourir ! Et tu as pensé à Watan qui a perdu ses parents ?

Je ne savais pas quoi lui dire.

- Je suis désolé Terok, mais je t’en pris, laisse-les vivre !

- Noooon !

- C’est toujours moi le chef de meute, je vous signale ! Dit sévèrement Tarak.

- Pardon, mais je t’en supplie Tarak, épargne-les !

- Moi aussi je te le demande.

C’était la voix de mon père.

- Papa !

Balto s’avança bientôt, je fut content de le voir vivant, mais il était blessé à une patte, par une baller apparemment. Nitti était là aussi.

- Je t’avais dit de rester à l’écart de ça ! Lui dit Tarak.

- Je ne peux pas laisse des chiens se faire massacrer comme ça ! Répondit mon père.

- Balto, les membres de ma meute sont à cran, ils sont furieux, si on ne fait pas ça je ne pourrais peut être plus les contrôler ! Et puis il ne faut pas que ces chiens ramènent les hommes pour tuer Watan, avec ses nouveau-nés on ne pourra pas fuir rapidement.

- Réfléchissez un peut, si vous tuer ces chiens, quand les hommes ne les verront pas revenir ils comprendront que des loups sont toujours là.

- Peut être, mais au moins ils ne seront pas où nous trouver. Dit Terok.

- Et s’ils se taisent ? Demandai-je.

- Tu veux qu’on leur fasse confiance, mais tu es complètement cinglé, ce sont des chiens !

Je n’en revenais pas, Terok avait prononcé « chiens » avec exactement la même répugnance que le chien blanc l’avait fait pour « loups » tout à l’heure ! J’avais sous les yeux deux pensés totalement antipathiques, toute réconciliation semblait presque impossible.

- Terok, tu te rends compte de ce que tu dis, tu es aussi intolérant qu’eux ! Lui dis-je.

- Tout ce que je veux c’est vivre, moi et le reste de la meute, tu m’entends, vivre ! Et je ferais tout pour ça !

- Eux aussi ils veulent vivre ! Dit mon père. Tarak, je t’en pris, laisse leur une chance.

Le grand loup blanc se tourna alors vers les chiens, jusqu'alors ces derniers n’avaient rien dit, ni bronché d’un poil, de peur de se faire égorger sur-le-champ.

- Est-ce vous voulez vivre ?

- Euh… oui… enfin si… Dit le chien blanc

- Père ! Cria Terok. Tu ne vas pas les épargner ?!

Tarak lui grogna férocement, mais Terok refusa de se soumettre. Alors les deux loups se mirent face à face, babines retroussées, grondant fort. Les chiens commencèrent à s’agiter, si Terok et son père se battaient il n’y aurait plus que trois loups pour les garder. Tarak compris cela également et il le dit à son fils.

- Regarde, si nous nous battons les chiens vont en profiter pour  s’échapper, et là ce sera pire que tout !

Pendant un moment Terok resta comme une statue face à son père, mais il finit par comprendre qu’il avait raison. Il se calma, cessa de gronder et recouvrit ses crocs

- Bien, tu as pris la bonne décision, je suis fier de toi. Lui dit Tarak.

Puis il me parla.

- Je crois que tu es bien placé pour les convaincre !

 

Je discuta avec les chiens, ils voulaient rester en vie bien sûr, mais certains avaient un peut de mal à croire qu’il fallait laisser repartir la louve avec ses petits. Je faisais tout mon possible pour les persuader.

- Ces êtres ne sont pas ce que vous croyez. Si ne serai-ce qu’un dixième de ce que l’on raconte sur eux était vrai, croyez-vous qu’ils m’auraient laissé vivant quand je les ais rencontré ?

Je mentais un peut en disant ça, car je devais ma vie sauve uniquement au fait que mon père était le frère du chef, sinon ils m’auraient effectivement mis en pièce. Mais toutefois cela n’aurait pas été par cruauté, comme on pourrait le croire d’après les légendes sur eux, mais uniquement pour préserver leurs vies, ou plutôt pour préserver leur meute.

- Tu as donc vécu avec eux, et ils ne t’ont rien fait ? Me demanda le chien blanc.

- Oh si ! Ils m’en ont fait baver, j’en ais vu de toutes les couleurs avec eux, et Tarak m’a sévèrement punit pour la faute que j’avais commit lors de votre attaque, c’est pour cela que j’étais blessé quand vous m’avez rencontré la première fois ! Mais même s’ils m’avaient tué, ils ne l’auraient pas fait sans une bonne raison !

Puis Tarak leur parla.

- Vous avez vu Sterk ?

Le chien blanc pris un air dégoûté.

- Oui, on l’a retrouvé… et on a vu qu’il… ce que vous lui avez fait.

- Eh bien, je vous promets que vous finirez comme lui si vous ne tenez pas parole ! Et il suffit qu’un seul membre de ma meute survive pour qu’il vous pourchasse, un par un, et ne vous tue pour nous venger ! Par contre, laissez-nous vire en paix et vous serez tranquille.

Cela sembla finir de convaincre le chien blanc

- Oui, je te le jure, on ne dira rien.

Tarak les fixa du regard pendant un petit moment, les yeux dans les yeux, et apparemment il comprit que ce chien était sincère.

- Bien, vous pouvez vous en aller maintenant.

Alors, sans trop y croire, les chiens commencèrent à quitter la place.

Je surveillais Terok, j’avais l’impression qu’a tout instant il allait se jeter sur eux pour les égorger. Mais il obéit aux ordres de son père, malgré sa rage.

Les chiens finirent par disparaître.

 

Aussitôt après les loups partirent voir comme allaient Watan et ses petits.

Moi je me dirigea vers mon père.

- Papa, je pensais que vous étiez mort, et tu es blessé !

- Pas autant que toi on dirait, j’ais juste eu l’épaule éraflée par une balle, alors que tes blessures sont graves.

Puis il regarda vers le grizzly mort.

- Tu t’es battu contre lui ?

- Oui, mais je n’ais pas pu le vaincre, et c’est ensuite que j’ais eu l’idée de faire tomber le tronc qu’il y avait au-dessus. C’est ce que j’aurais dû faire en premier, au lieu de me jeter sur cet ours sans réfléchir.

- Si tu savais comme je suis fier de toi !

Ça me fit plaisir d’entendre ça, mais ensuite je repensa à tout ce que je venais de vivre, et je me mis à pleurer.

- Qu’est-ce que tu as ? Demanda mon père.

- Je veux rentrer à Nome ! Je t’en pris papa, je veux qu’on rentre chez nous ! Je ne peux plus supporter tout cela, je ne peux plus !

Et je n’en pouvais plus en effet, j’en avais assez. J’allais abandonner, je me voyais déjà rentrer seul à Nome, dire à Jenna que j’avais échoué à faire revenir mon père !

- Oui ! Dit Balto.

Mon cœur chavira…

- Que… Alors… tu veux rentrer à Nome ?! C’est ça ? Demandai-je, sur le point de devenir fou.

- Je pensais vraiment que ne le ferait jamais. Mais quand je vois tout ce que tu as subit et enduré pour me faire revenir chez nous, quand je vois que tu as supporté les brimades des loups, la hiérarchie de la meute, des conditions de vie que t’étaient très difficiles, la faim, la souffrance, la tristesse, et tout ça pour moi… je me dis que je n’ais pas le droit de réduire tous ces efforts et ces sacrifices à néant. Et en plus tu as bien failli mourir à cause de moi !

- Donc tu reviens à la maison !

- Oui… enfin, je… je vais essayer, mais… s’il s’avère que les hommes savent la vérité… je n’aurais pas d’autre choix que de repartir.

- Repartir ! Tu ne peux pas faire ça papa ! Pense un peut à l’effet que ça fera aux autres si tu les abandonne encore une fois.

- Je n’en sais rien, je ne sais plus où j’en suis, Kodi, je ne sais plus quoi faire ! Je ne sais plus.

 

C’est à ce moment là que Tarak s’approcha de nous deux, avant de dire :

- Je vous ais entendu parler tous les deux. J’ignore ce qui sera bien ou pas pour vous, mais par contre je suis sûr d’une chose.

Puis il se tourna vers Balto.

- Ton fils va mourir s’il reste avec nous ! Il est trop gravement blessé. Il va falloir élever nos louveteaux et on ne pourra pas s’occuper de lui, et toi tu ne pourras pas le sauver seul s’il reste dans la nature. Crois-en mon expérience, vu son état, il mourra dans une dizaine de jours après une lente et effroyable agonie. Je pense que sa seule chance de survie c’est de retourner chez lui, pour qu’il se fasse soigner par…

- Le vétérinaire. Dit Balto.

- Voilà. Dit Tarak. Et il serra également bien nourri et pourra ce reposer, d’après ce que j’ais compris sur votre vie là-bas.

Ce qu’il venait de dire convaincu Balto de retourner à Nome, au moins pour me sauver moi, mais il ignorait toujours s’il allait y rester ensuite… ou repartir.

Ensuite Tarak s’adressa à moi.

- Tu as beaucoup souffert, pendant tout le temps que tu étais avec nous.

- C’est vrai, mais je voulais ramener mon père à la maison, je voulais le sauver ! Tu n’aurais pas fait pareil à ma place ?

- Oui, et je doit bien admettre que ta détermination m’impressionne.

- Et j’espère que je n’ais pas fait tout ça en vain et que mon père pourra rester chez nous.

- Je te rassure petit, même si ton père est obligé de repartir tu n’auras pas souffert pour rien. Crois-moi, tout ce que tu as vécu, aussi pénible soit-il, te sera utile plus tard, comme ça a été le cas pour moi.

 

Puis Tarak retourna vers les autres loups, et tous ensemble ils se gavèrent avec le cadavre de l’ours, car ils n’avaient rien mangé depuis leur départ. En effet, ils avaient subit une longue traque. Quand ils s’étaient éloignés, et avaient réussi à semer les premiers chasseurs, ils avaient alors été attaqués par d’autres, qui devaient provenir d’une autre ville. Je compris que les chasseurs de la première ville avaient prévenu par télégraphe ceux des villes voisines. Heureusement, l’expérience et l’intelligence du chef de meute avaient permis aux loups de s’en sortir, sauf pour deux d’entre eux.

Je me nourris moi aussi avec l’ours, car j’en avais bien besoin pour pouvoir guérir et remplacer mon sang perdu.

 

Puis les loups entreprirent de déménager sans tarder Watan et les louveteaux vers un endroit plus sûr, par précaution, au cas où les chiens ne tiendraient pas parole.

J’eus vraiment du mal à les suivre, et heureusement qu’ils ne sont pas aller très loin, car ils étaient fatigués et devaient ce reposer avant de faire un plus long voyage.

Mais il était évident que je devais partir, Tarak avait raison, je n’avais aucune chance de survire. Et c’était donc notre dernière soirée avec les loups !

Toutefois, avant de partir, mon père avait encore une dernière chose à demander à Tarak, quelque chose qui le taraudait depuis longtemps.

 

Pendant l’épidémie, lorsqu’il essayait de ramener le sérum à Nome, et après être tombé de la falaise, il avait cru rencontrer un grand loup blanc, ce qui lui avait donné le courage de reprendre le voyage, et de sauver les enfants de Nome. Il s’était toujours demandé si ce loup était réel, et si ce n’était pas Tarak justement.

Et même avant cela, quand il était tombé au plus bas et avait failli sombrer dans la folie, il avait cru rencontrer son demi-frère, qui lui avait parlé et ordonné de se battre pour survire.

Tous cela était-il bien réel, ou bien est-ce que Balto n’avait pas rêvé de son grand frère ?

Juste avant de partir, lui et moi nous en discutâmes.

- Mais je ne pense pas que ça puisse être Tarak. Dit mon père. Car s’il est revenu ici trois après sa capture, comme il le dit, alors ça veut dire qu’il était encore en train de faire son voyage de retour au moment où j’ais "vu" ce loup blanc.

- Donc, tu pense que ce n’est pas lui alors ?

- Je ne sais pas, est-ce qu’il c’est vraiment écoulé trois ans entre sa capture et son retour ? Avec tout ce qu’il a subit il s’est peut être trompé, comment savoir ?

- Demande-le-lui ! S’il t’a rencontré entre temps il doit s’en rappeler !

- J’y pense depuis que je l’ais revu, mais… c’est bizarre, j’ais peur de la réponse que je vais obtenir, c’est pour cela que je n’ais pas posé la question avant.

 

Mais Balto fini quand même par ce décider.

Interrogé, Tarak demanda plus de détails avant de répondre, alors Balto lui expliqua tout ce qui c’était passé.

Mais ensuite le grand loup blanc donna une réponse évasive :

- Peut importe que ce soit réellement moi que tu ais vu à ces moments là. Ce qui compte, c’est que cela t’a donné la force de survivre ou de sauver ceux que tu aimais.

Mais par contre, là c’est vraiment moi qui te parle : Je pense que tu dois retourner chez toi, dans cette ville que tu appelle "Nome", car c’est là que se trouve ta vraie vie, et surtout celle de ton fils, même si c’est au coté de ces hommes que je déteste tant. Comme "je" te l’avais dis autrefois, tu dois faire face au lieu de t’enfuir comme tu l’as fait, tu dois te battre, encore, et encore, et encore… tant qu’il te restera de la force, aussi peut soit-il.

Je te dis adieu petit frère, car maintenant vous devez partir.

- Maintenant ? Demanda Balto.

- Demain en fait, j’ais déjà tout préparé, Terok et Nitti vous accompagneront, ce sont eux qui chasseront pour vous nourrir, vu que vous n’êtes pas trop en état de le faire, surtout Kodi.

- Pourquoi eux deux ? Demandai-je.

- Terok veut être chef de meute. Pendant le temps que durera votre voyage il apprendra son métier de leader, et il s’assurera que vous ne faite pas demi-tour. Nitti l’aidera à la chasse, car elle est plus rapide et plus agile… et elle s’assurera également que vous arriverez vivant chez vous, car je sais ce que Terok rêve de faire s’il reste seul avec vous, il considère toujours que vous êtes responsable de la mort de cinq des nôtres !

- Je suis donc obligé de partir ? Demanda mon père.

- Oui, ça vaut mieux pour toi, pour ton fils, et pour nous.

 

Ce soir là, moi et mon père nous eûmes du mal à dormir, car nous savions que se serait la dernière fois que nous passions une nuit avec la meute. Malgré tout ce qu’ils m’ont fait subir, malgré le fait que certains d’entre eux me détestaient toujours, j’étais triste de devoir les quitter, de ne plus chasser avec eux, de ne plus entendre leurs hurlements de prés. Et j’aurais tellement aimé voir les louveteaux grandir !

Mais le sommeil finit par prendre le dessus, et une surprise nous attendait au réveil.

 

- Aller debout ! Dit la voix de Terok. Nous avons un voyage à faire !

Il était déjà tard, les loups nous avaient laissé beaucoup dormir. Puis moi et Balto nous nous rendîmes compte qu’il n’y avait plus que Nitti et le grand loup gris avec nous.

- Où sont les autres ? Demanda mon père.

- Partis, dés que vous vous êtes endormis en fait, ils sont déjà loin d’ici. Répondit Terok.

- Sans dire au revoir ! Dis-je.

- Et puis quoi encore, vous ne nous avez apportés que des problèmes ! Dit Terok pour toute réponse.

Puis lui et Nitti commencèrent à partir dans la direction où se trouvais Nome (Balto le leur avait indiqué le jour d’avant)

Tous deux nous étions choquées d’un tel manque de politesse, mais les loups ne font jamais rien d’inutile, et nous faire des adieux était inutile, pour eux en tous cas.

Alors nous fûmes obligés de faire sans, et nous suivirent Nitti et le chef de notre meute provisoire.

 

Le voyage de retour fut un calvaire, mes blessures me faisaient horriblement souffrir, mais malgré ça je devais continuer à marcher.

Balto avait aussi du mal à avancer - à cause de sa blessure par balle à la patte - mais pas autant que moi.

Moi et mon père nous marchions en direction de Nome, pendant que Nitti et Terok chassaient. Puis ensuite ils nous rattrapaient, et ils nous nourrissaient quand nous nous arrêtions pour nous reposer ou pour dormir.

Terok était infernal avec nous deux. Il nous obligeait très fréquemment à nous soumettre à lui, il nous humiliait. Quand lui et Nitti nous rapportaient leurs proies, nous devions longtemps le supplier pour obtenir le droit de manger. Souvent, il laissait volontairement de la nourriture à l’abandon, sans surveillance, alors qu’il ne nous avait pas encore donné l’autorisation de nous nous nourrir. C’était un piège, il faisait ça pour nous tenter, pour pouvoir ensuite prendre le plaisir nous punir, surtout moi. Et comme nous étions affamé le plus souvent, on se faisait avoir.

 

Le voyage dura plusieurs jours, je ne m’étais pas rendu compte à quel point nous étions loin de chez nous.

Tarak ne c’était pas trompé, je n’aurais pas survécu longtemps si j’étais resté dans la meute. Je sentait mes forces décroître et je commençais à avoir de la fièvre : mes blessures devaient s’infecter ! Heureusement que bientôt nous arrivâmes à destination.

À un moment Terok stoppa sans raison apparente. Mon père lui demanda pourquoi ?

- Les hommes, et leur ville, je commence à sentir leurs odeurs. Je ne peux pas aller plus loin.

Il était temps de nous séparer !

- Bien, dit Balto.

- Mon père m’a demandé de vous transmettre quelque chose à tous les deux. Dit le grand loup gris.

- Quoi ?

Terok parla alors lentement, pour bien nous faire comprendre.

- Ne revenez plus jamais sur le territoire de notre meute. Vous êtes des indésirables maintenant, vous n’avez plus votre place parmi nous. Si vous ne respecter pas cette mise en garde, nous vous tuerons immédiatement !

Nitti confirma cela, Tarak l’avait mise au courant elle aussi.

C’était dur d’entendre ça, mais je me rappela les malheurs que nous avions apportés à cette meute, nous avions même failli la détruire. Et donc je ne put penser qu’ils avaient tord de faire ça.

 

Mon père demanda à Nitti si elle voulait venir avec nous. Mais elle avait toujours vécu avec les loups, elle n’avait jamais vu d’homme autrement que sous la forme de chasseurs qui venaient tuer sa famille ou ses compagnons, elle avait trop peur d’eux. Elle savait qu’une fois de retour dans la meute elle redeviendrait le souffre-douleur des autres, mais elle préférait ça à la vie prés des hommes.

 

Elle et Terok firent demi-tour, sans faire d’adieux, comme ça !

Mais un fois hors de vue, j’entendis le hurlement du loup gris, immédiatement suivit pas celui de Nitti. C’était ça leur moyen de dire adieu. Nous leurs répondîmes, je fis du mieux que je pus pour faire un hurlement de loup acceptable.

Au loin, d’autres hurlements se firent entendre. Etaient-ce ceux de notre ancienne meute ? Difficile à dire à cause de la distance.

 

Puis ce fut le silence.

 

- Ils vont me manquer. Dis-je à mon père.

- Bienvenue au club !

Puis nous reprîmes la route vers chez nous.

 

Enfin j’arriva en haut d’une colline. De là je pouvais voir une grande plaine s’étendant jusqu’a la mer. Et au bord de celle-ci il y avait une ville, un ensemble plat de maisons d’où dépassait le clocher d’une église.

Nome !

 

Cela faisait combien de temps que j’étais partit ? À peine deux saison, et pourtant il me semblait que cela faisait des années, le temps avait passé si lentement. J’avais même l’étrange impression d’avoir toujours vécu dans la meute, et que ma vie à Nome n’avait été qu’un rêve ! Et pourtant !

- Tu viens ? Me dit mon père.

Bizarrement j’hésita un instant. C’était ma vie qui était là bas, il fallait que j’y retourne, mais pourtant j’avais l’impression que j’allais perdre quelque chose.

Puis je me décida, je pensa à mes proches : maman, Boris et les deux oursons, Rosy, mon jeune maître et son père, Ralph, Kirby, Dub, Nanook, Dusty… … DUSTY !!!

- On y va ! Dis-je à mon père.

Et je me lança en direction de ma ville natale, en marchant vite.

- Doucement, tu vas tomber de fatigue ! Dit mon père.

Mais je continuais quand même.

 

La ville se rapprochait, je pouvais commencer à sentir toutes ces odeurs familières. Le charbon et le métal chauffé des chaudières, le pétrole des lampes, l’huile et la graisse des machines, la fumé des feux, les peintures et vernis du bois, les tissus des vêtements et des meubles, le savon, et bien d’autre encore.

Il y avait bien sûr les odeurs des hommes, celles des chiens, et de tous les autres animaux domestiques.

 

J’approchais de la salle des chaudières, je me mis à courir malgré mes blessures et mon épuisement. Je sentais qu’il y avait des chiens à l’intérieur, et parmi eux…

Arrivé à la porte je me jeta dessus et l’ouvris d’un seul coup, en grand.

Tous les chiens qui se trouvaient dans la salle sursautèrent. Mon attelage était là, au complet, plus un chien qui faisait partit d’un autre attelage quand j’étais partit, et qui devait sûrement me remplacer.

 

Je m’avança lentement, fixant les autres du regard.

Ils semblaient ne pas me reconnaître, ou du moins ils semblaient hésiter et se demander si c’était bien moi.

Je me rendis compte que je devais être méconnaissable : sale, couvert de balafres, maigre comme un clou… et je devais puer le loup !

 

Mais Dusty se leva, et s’avança légèrement.

Je n’hésita pas une seconde de plus, je me lance dans sa direction. Elle fit de même.

- Kodi ! Cria-t-elle.

Je ne répondis rien, et nous nous percutâmes violemment. Cela me fit très mal, mais la douleur semblait secondaire.

Puis nous roulâmes sur le sol, enlacés, nous donnant de grands coups de langue.

Je la serra fort contre moi, si fort que je devais lui faire mal. Tant pis !

Je plongea mon museau dans l’épaisse fourrure de son cou, ses poils doux frottèrent contre mon nez et mes babines, ma langue perçu le goût de son pelage, je reniflais avec délice sa merveilleuse odeur, je sentais son corps pressé contre le mien, et elle continuait à me lécher la figure. Quel bonheur !

Je crois que je devais être le chien, ou même l’être vivant, le plus heureux du monde à ce moment là, j’en pleurais tellement c’était merveilleux. Je ne faisais même pas attention à tous mes autres compagnons d’attelage qui étaient surexcités, et qui me souhaitaient la bienvenue, ou je ne sais plus quoi, j’ais oublié ce qu’ils disaient. Tant pis ! Seul comptait pour moi Dusty, MA Dusty, j’aurais presque été prêt à tuer pour rester avec elle !

Les autres finirent par nous laisser seul, puis on s’est endormit tous les deux, l’un contre l’autre. J’eus alors le sommeil le plus agréable depuis que je suis venu au monde.

 

Par la suite, il y eu les retrouvailles avec ma mère, puis avec mon jeune maître et le conducteur du traîneau postal, et enfin Boris et les oursons. Encore des moments de grande joie.

Balto avait fait ses retrouvailles avec Jenna pendant que moi je faisais les miennes avec Dusty. Puis il y eut la nouvelle que j’attendais tant : Les homme ignorais toujours que c’était Balto qui avait tué Calder, pas plus que les chiens de Nome (à part Jenna et ceux de mon attelage bien sûr). Et pour tout dire, quasiment personne ne se souvenait de ça, Calder et son complice étaient le genre d’homme que l’on préfère oublier.

 

Balto resta donc à Nome, petit à petit il redevint lui-même, malgré le fait qu’il se rappelait souvent le terrible crime qu’il avait commis. Mais rien à voir avec l’être froid qu’il était devenu au début de cette histoire.

 

Je raconta toute notre aventure aux autres chiens, et mes récits forcèrent l’admiration : J’avais vécu parmi les loups, à certains moment je leurs avais tenu tête, et je m’étais même battu contre l’un d’eux, un énorme chef de meute qui plus est, même si je m’étais fait laminé par lui ! Puis je m’étais battu contre un grizzly !

Mais je m’efforça le plus possible de montrer les loups tels qu’ils sont réellement.

 

Le vétérinaire soigna mes blessures, qui en avaient bien besoin, certaines étaient pleines de pus ! Mais je récupéra mes capacités.

J’avais complètement raté une saison de travail, et il me fallut beaucoup de temps pour me réhabituer au harnais. Néanmoins, je finis par retrouver ma place dans mon attelage, pour mon plus grand bonheur.

Mon maître et son père avaient deviné que j’étais parti à cause de ce qui c’était passé avec Calder, mais ils ne pensaient pas que cela avait un lien avec la mort de ce personnage, ils pensaient que c’était les mauvais traitements qu’il m’avait infligé, car ils savaient ce qui c’était passé. Et c’est pour ça que mon "escapade" fut pardonnée, et que je pus reprendre ma place.

 

Dusty et moi formions un couple désormais, même si de nombreuse chienne, impressionnées par mon aventure, était admiratrice et me courtisaient fréquemment. J’avais hâte d’avoir des enfants avec elle.

 

Je garderai à tout jamais des traces physiques de ce que j’avais vécu, certaines cicatrices resteront bien visibles, en particulier celle sur mon visage et mon museau, ainsi que mon oreille à qui il manque un petit bout, un peut comme celle de Kaltag. Mon épaule droite, celle que Tarak avait férocement mordu, puis que l’ours avait griffé, me faisait toujours un peut mal, cette douleur restera persistante probablement jusqu'à la fin de mes jours, mais elle était supportable et cela ne gêna en rien mon travail.

 

 

J’avais toujours rêvé de devenir chien de tête, mais je m’étais rendu compte que, avant mon départ pour aller chercher mon père, j’étais loin d’avoir la carrure pour ça. Un chien de tête doit être très fort, motivé, obstiné et courageux. Et il doit être ferme pour ce faire obéir des autres chiens. Ce n’était pas mon cas avant, ou du moins pas assez.

Mais cet hiver, passé dans une meute de loups, m’avait considérablement endurci. J’étais plus fort que jamais, au niveau mental surtout. J’avais appris à supporter la faim, la fatigue, le froid, la douleur, et la peur, à un point que je n’aurais jamais imaginé.

J’avais aussi appris à me battre.

 

La plupart du temps je ne semblais pas avoir changé, je rigolais et jouais avec les autres comme si de rien n’était. Dans ces moments là, un observateur extérieur n’aurait jamais pu soupçonner ce que j’avais vécu d’après mon comportement.

Mais dés que je faisais face à une difficulté, ou à un adversaire, alors là c’était presque comme si je me transformais en un loup. J’étais devenu un combattant redoutable, et plus d’un chien regrettèrent de m’avoir défié. Quand j’étais en colère, je pouvais glacer le sang d’un seul regard.

Quand l’attelage avait des problèmes c’est moi qui étais le plus acharné, le plus motivé, car j’avais déjà fait face à des situations bien pire. Et je me souvenais du pauvre Werek que j’avais dû abandonner. Alors je m’étais juré de ne plus jamais abandonner qui que ce soit et quoi que ce soit.

 

Tarak avait raison, tous ce que j’ais subit et enduré allait me servir.

 

 

 

 

Maintenant je suis vraiment prêt pour devenir chien de tête.

 

Fait attention Kirby, Je suis là !

 

 

FIN