L’histoire de Kitok
Par Cpat
Première version publiée en juillet 2005
Texte révisé en août 2006
Première partie.
Si on avait dit à Kitok qu’un jour il aurait des enfants avec une louve, il ne l’aurait jamais cru !
Car là où il était né, et où il fut élevé, les loups n’étaient pas vraiment appréciés.
Il était né dans une petite ville qui vivait de l’exploitation minière. Son père s’appelait Nuvak et sa mère Terna, mais le couple le plus en vue de la ville était Nirgal et Melas.
Nirgal était le chef de tous les chiens de la ville, c’était le plus grand et le plus fort, ça taille était exceptionnelle pour un chien de traîneaux. Il travaillait pour le ravitaillement de la mine, où il devait tirer, à faible vitesse, de très lourdes charges. Ce qui fait qu’il avait développé une impressionnante musculature et il pesait bien plus lourd que n’importe quel autre chien de trait.
Par contre il n’était pas très rapide, c’est pour cela que son maître lui avait adjoint une compagne très rapide mais peut puissante. Le résultat de ce croisement donnait parfois des chiens à la fois rapides et forts, comme Steele par exemple.
Kitok n’était pas un fils de Nirgal et Melas, il n’était donc pas parmi les meilleurs, mais il se défendait bien.
Ceci dit, il avait un caractère très indépendant, il n’aimait pas trop jouer avec les chiots de sont âges, ni même avec ses frères et sœurs. Il préférait la compagnie de ses parents, ce qui fait qu’il avait peut d’amis. En fait, il était très timide, à tel point que ces parents se demandaient s’il arriverait un jour à prendre une compagne !
Enfin il était aussi très peut agressif, et compatissant envers les faibles, tout le contraire de Nirgal.
Mais sa vie fut bouleversée par quatre grands événements.
Le premier événement eut lieu quand il avait 6 mois environ.
Un jour, il y eut un drôle de tapage dans une petite ruelle. Kitok alla voir et il trouva plusieurs chiots du même âge que lui et qui aboyaient comme des fous. En s’approchant, Kitok vit qu’ils avaient aculé une oie au fond de l’impasse, et ils comptaient bien en faire leur repas après s’être amusé avec. L’oie, ou plutôt le jarre d’après le timbre de sa voix, s’était adossé contre le mur qui fermait l’impasse, dans un coin, apparemment il voulait atteindre un trou dans le mur de planche qui se trouver dans le coin opposé, afin de se sortir de ce piège. Mais il ne le pouvait pas, et essayait de se faire le plus menaçant possible. Ce qui suffisait à tenir à distance les chiots faciles à impressionner, pour le moment !
Il parlait dans une drôle de langue.
- Перевяжите извергов… для того чтобы управлять лагерем… оставьте я ! Criait-il !!
Kitok n’aimait pas ça, alors il se jeta au milieu et parvint à se mettre entre le jarre et les autres chiots.
- Kitok ! On t’as pas sonné, trouve-toi un autre jouet !
- Laissez-le tranquille !
- Lève-toi de là, abrutit !
- Non je ne vous laisserais pas…
Kitok s’interrompis, car il venait de voir qu’un chien adulte arrivait dans l’impasse : Nirgal !!
- QU’EST-CE QUI CE PASSE ICI ! Cria-t-il avec sa terrible voix.
Instantanément, toute expression de joie disparut chez les chiots. Nirgal veillait toujours à ce que l’ordre règne chez les chiens, petits et grands, et cette agitation, aussi que la perspective d’une bagarre, était justement ce qu’il détestait le plus chez les jeunes.
Le jarre profita de cette diversion pour s’échapper par le trou, laissant ainsi Kitok seul face à Nirgal.
- C’est encore toi qui cherches la bagarre ? Demanda le grand chien.
- Non, Nirgal, euh … je voulais juste empêcher les autres de tuer ce jarre, répondit Kitok.
Et pendant ce temps les autres chiots partaient en douce.
- Une oie c’est de la viande pour nous, le fait d’avoir eu pitié de lui est une faiblesse impardonnable. Le jour où tu te retrouveras à moitié mort de faim, tu crois que tu n’auras pas à devoir tuer des proies comme lui ?
- Euh… Je ne sais pas.
- Tu ne sais PAS !
Nirgal partit alors d’un coup et alla voir Nuvak. Il lui passa un savon, lui disant qu’il n’avait pas bien éduqué son fils, que ce dernier était faible, et qu’il avait intérêt à le reprendre en mains s’il voulait qu’il survive.
Bien que compréhensif, Nuvak expliqua à son fils qu’il devait obéir à Nirgal, et qu’il aurait dû laisser faire les autres chiots.
- Mais ! Ils l’auraient tué, il ne pouvait pas se défendre ! Alors moi je l’ais défendu.
- Ecoute… c’est bien de vouloir aider les autres, mais… il ne faut pas aller trop loin non plus, tu comprends ?
Nuvak était mal à l’aise, il était plutôt d’accord avec son fils. Mais il devait obéir à Nirgal, c’est pour ça qu’il lui dit ça ! Seulement ça sonnait faux, et Kitok le comprit malgré son jeune âge.
Plus tard il retrouva le jarre dans une des carrières abandonnées, tous prés de la mer. Il s’était réfugié dans les vielles baraques délabré.
Lorsque le jarre le vit arriver, il crut que Kitok en avait après lui, mais comme il était seul il essaya de lui faire peur. Il sortit comme en fou en déployant ses ailes et en criant.
Kitok fut impressionné, mais il parvint à nouer le dialogue.
- Du calme, je ne te veux pas de mal.
L’autre lui répondit dans sa langue bizarre, et Kitok ne comprit pas.
- Comment ?
- Quoi… tu veux ?
- Euh ! tu veux dire « Que veux-tu » ?
- Da !
- Ça veut dire oui ? Bon je ne te veux pas de mal, tu te souviens de moi ? Je t’ais sauvé hier.
- Moi me sovien.
- Moi je m’appelle Kitok, et toi ?
- Boris Goudoanov.
- Ca veut dire quoi Goudouanof ?
- Est my nom, Boris Goudoanov.
- Ah ! C’est un peu compliqué comme nom !
- Tu peut m’épeler Boris, si tu vouloir.
- Tu veux dire "appeler", oui sa sera plus court, et d’où tu viens ?
- De en bas, dit Boris en désignant l’ouest, Je était d’autre coté marre, et home me prendre et me venir ici !
Kitok réfléchit un instant.
- Tu veut dire de l’autre coté de la mer, … ce qu’il y a de l’autre coté de la mer à l’ouest ? … Et les hommes t’ont capturé et t’ont fait venir ici ?
- Da ! Et après moi évadé et moi ici.
- Et pourquoi ils ont fait ça ?
- Pas savoir. Et tu, qui tu es ?
- Je suis né ici, mon père c’est Nuvak et ma mère Terna, je suis un chien de traîneaux.
- Que ?
- Je tire des traîneaux avec d’autres chiens, enfin, c’est ce que je ferais quand je serais grand !
Kitok et Boris firent ainsi connaissance.
Petit à petit il apprit à mieux parler la langue de Kitok, même si ont percevrait toujours que c’est pas sa langue natale.
Pour Kitok, Boris devint bientôt le seul vrai ami qu’il avait.
En fait, Boris soufrait de vertiges, ce qui expliquait pourquoi il s’était fait piéger par les chiots, et ç’est également à cause de ça qu’il avait été attrapé par les hommes. Et cela avait faillit lui coûter la vie dans d’autres situations encore.
Mais au moins avec Kitok il était plus en sécurité maintenant, il le surveillait et lui appris comment les choses se passaient ici, ce qui lui permit d’éviter de se retrouver dans des situations dangereuses avec les chiens de la ville.
Pour Kitok cette rencontre fut très importante, car grâce à Boris il apprit à être tolérant en vers ceux qui sont différent, et à venir en aide à ceux qui en ont besoin.
Kitok avait désormais un an, il commençait à se mesurer aux autres chiens dans de petites courses.
C’est alors que se produit le second grand événement.
Il y eut un accident extrêmement grave impliquant Melas et un des ces fils.
Steele était né 6 mois avant Kitok, il avait donc 18 mois ce jour là. Il était grand comme son père, Nirgal, en moins musclé et plus mince, mais il était plus rapide, comme sa mère.
Il avait un caractère très dominateur, résultat : D’innombrable dispute avec son père, parfois très brutales, voire violentes. Steele avait déjà quelques cicatrices, mais elle était peut visibles.
En fait, il détestait son père, lequel le lui rendait bien ! Il prenait un malin plaisir à lui désobéir, mais Nirgal parvenait toujours à le punir sévèrement. Steele se vengeait alors sur les autres chiens de son âge et il était une vraie terreur pour eux.
Le jour où l’accident se produisit, une violente bagarre avait éclaté entre lui et son père. Comme toujours, c’est Nirgal qui en fut vainqueur, et une fois de plus il humilia sont fils.
Après que cette explication soit terminée, Steele, profondément en colère, s’enfuit seul en forêt. Inquiète, sa mère partit le chercher.
Ensuite Nirgal commença une séance d’entraînement avec les jeunes d’un an, Kitok inclut. C’était dur, comme d’habitude, Nirgal était impitoyable et extrême exigeant. Il ne s’adressait à eux qu’en hurlant et en les insultant, et il les poussait à bout. Et gare à celui qui montrait des signes de faiblesse !
Kitok était épuisé, vidé, d’avoir couru aussi vite et aussi longtemps, mais Nirgal était là qui lui criait dessus !
Mais soudain les autres chiens l’appelèrent en urgence : Steele était revenu, mais seul, et il était en état de choc.
Nirgal partit le voir immédiatement, Kitok et les autres le suivirent malgré la fatigue.
Steele était effondré, il essayait de se réconforte auprès de Terna, la mère de Kitok, qui était très douce. Mais quand son père arriva, il fit partir Terna et interrogea son fils sans aucun ménagement.
- Où est Melas ? Qu’est-ce que tu as fait ?
Mais Steele ne répondit pas.
- OÙ EST-ELLE, RÉPOND-MOI !
- Elle… elle est morte… je suis désolé père, … je ne voulais pas. Dit Steele en sanglotant.
Nirgal parut un instant désappointé, mais il se reprit tout de suite.
- Elle est quoi ? Qu’est-ce que tu as fait ? QU’EST-CE QUE TU AS FAIT ?
Nuvak essaya de le calmer.
- Nirgal, écoutez ! Calmez-vous, votre fils à subit un choc et …
- TA GUEULE TOI ! JE T’AIS PAS SONNÉ !
- Père, je suis désolé… dit Steele.
- ARRETE DE PLEURNICHER, DIT-MOI CE QUI C’EST PASSÉ !
- C’est les loups… ils l’ont tué.
- Je… heu… ET COMMENT C’EST ARRIVÉ ?
- Je ne voulais pas, je vous le jure père.
- Oooooh, tu ne me sers à rien, aller dégage minable !
Et Nirgal le bouscula rudement, puis il dit aux autres :
- Gardez-le-moi au chaud, je m’en occuperais à mon retour, et en entendant : Réunion générale ! Je veux que tous les chiens, petits et grands, soient autour de la place principale quand je reviendrais.
Puis il s’élança sur la piste, se servant de son odorat pour remonter le chemin pris par Steele. Ses autres enfants le suivirent.
Steele se réfugia dans un coin, il pleurait comme une madeleine. Kitok comprenait que Steele venait de perdre sa mère et il était triste pour lui.
Les autres chiens discutaient.
- J’aimerais pas être à sa place quand le père Nirgal va revenir, ça va chauffer dur !
- Sa mère est morte quand même, il aura pitié de lui, non ?
- Pitié ? Nirgal avoir pitié ? Alors ça j’aimerais bien le voir, surtout si Melas est morte à cause de lui !
Quelque temps plus tard Nirgal revint, ses fils et filles, qui l’avaient accompagné, le suivaient, et étaient tous en train de pleurer. Régulièrement Nirgal se retournait et leur criait dessus pour qu’il se montre fort.
Puis il arriva sur la place où se réunissaient les chiens.
- STEELE ! Cria-t-il, furieux.
Steele sortie de sa cachette, tout tremblant, accompagné par d’autres chiens.
- Met-toi au milieu de la place, lui dit-il, et vous laissez-le, ordonna-t-il aux autres.
Steele se plaça seul à l’endroit indiqué.
- Je ne l’ais pas fais exprès père, je vous en pris pardonnez-moi, dit Steele en pleurnichant.
Mais Nirgal fonça sur lui et le percuta violemment avec son large poitrail. Steele fut projeté à plusieurs mètres, et cria de douleur.
- TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU AS FAIT, TU AS TUÉ TA MÈRE !
Steele se releva péniblement, puis il dit.
- Je ne le voulais pas.
- TAIS-TOI ! TAIS-TOI ! TAIS-TOI !
Nirgal lui fonça dessus et le mordit cruellement à l’épaule, le sang gicla. Steele tomba à terre, Nirgal lui sauta dessus, les pattes de devant jointes et raidies comme pour cassez la glace, et il le frappa au ventre, juste sous le sternum. Steele en eut le souffle coupé.
Nirgal se tourna alors vers tous les chiens qui étaient en spectateurs, il s’adressa à eux, et plus particulièrement aux jeunes :
- Vous voyez ce qui se passe quand ont désobéit à mes ordres ! Notre chère Melas est morte à cause de ça, et maintenant Steele va le payer !
Puis il s’adressa à son fils.
- RELÈVE-TOI !
La suite fut terrible pour Steele, à plusieurs reprises Nirgal le mordit, ou bien il le percuta en prenant de l’élan, le frappant avec les pattes de devant ou la tête, comme le ferra Steele avec Balto quelques années plus tard. Et pendant ce temps il n’arrêtait pas de l’insulter, de lui dire qu’il était une larve, qu’il n’était pas digne d’être son fils ni même d’être un chien de traîneaux. Steele se retrouva ensanglanté, et certains crurent que Nirgal allait le tuer ! Mais il n’en fit rien, finalement il le laissa au milieu de la place, gémissant sur le sol rouge de sang.
Kitok avait tout vu, et il était choqué d’une telle violence et d’un tel manque de pitié. Il se promit de ne jamais être comme ça envers ses enfants.
Mais surtout il se promit aussi de toujours être compréhensif et tolérant envers les autres.
Par la suite, l’antipathie entre Nirgal et son fils devient telle que les responsables durent faire partir Steele de la ville. Il fut vendu à un grand conducteur de traîneaux, et il avait de bonne raison de croire qu’il deviendrait un excellent chien de tête !
Kitok ne le revit jamais.
Le troisième grand événement se produisit un jour de début d’été.
Kitok allait rendre visite à Boris dans la carrière, quand tout d’un coup il entendit ce dernier l’appeler en criant. Il partit en courant et vit alors que deux oursons polaires essayaient d’attraper Boris. Kitok compris tout de suite qu’ils étaient affamés et semblaient donc vouloir faire de Boris leurs repas, même s’ils semblaient beaucoup hésitants et peu motivés.
Il leurs fonça dessus en criant, espérant leur faire peur. Les deux oursons, de taille très inégale, s’enfuirent aussitôt en courant.
- Moi en avoir assez de me faire attaquer ! Dit Boris.
- Tu es un gibier, lui dit Kitok en rigolant. Je t’avais dit de faire attention.
- Vraiment ?
- C’est normal. Tu sais, chez moi aussi mon instinct me dit de te sauter dessus et de te tuer chaque fois que je suis à coté de toi.
- QUOI !
- Mais ne t’inquiète pas, je contrôle mes instincts.
- Mais quand même !
- Pfffff ! Pour en revenir à eux deux, que font des ours polaires si jeunes ici ? Ils ont dû perdre leur mère.
- Sûrement, Bébé ours quitte maman ours bien plus tard !
- Il faudrait peut être les aider ? Je sais qu’ils t’ont attaqué, mais quand je les ais vus faire ils semblaient vraiment mal à l’aise, comme s’ils agissaient à contre cœur.
- Non, eux rester seul, et nous aussi.
- Tu es sûr ?
- Parfaitement !
- Enfin, on en reparlera.
Et en effet, ils en reparlèrent un peut plus tard.
Kitok et Boris entendirent d’autre chien aboyer. En allant voir ce qui ce passait, ils découvrirent, de loin, que les deux oursons c’était réfugié dans un arbre, visiblement poursuivit par un groupe de chiens, parmi lesquels figurait Nirgal.
- Les chiens vont les tuer ! Il faut les aider, dit Kitok.
- Et affronter Nirgal ? Il te mettra en morceaux.
- Mais il faut les sauver !
- C’est trop dangereux, toi pas pouvoir sauver tout le monde.
- Mais on ne va pas rester sans rien faire !
Puis Kitok sembla réfléchir.
- Attend, c’est bientôt l’heure à laquelle l’équipe de Nirgal va travailler pour la mine, ils vont peut être partir ?
Et effectivement, au bout d’un moment ils furent appelés par les mineurs et partirent.
- Je vais les voir, dit Kitok.
- Non, laisse-les.
- On ne peut pas les abandonner ! Désolé Boris, mais c’est plus fort que moi.
Et avant que Boris n’ait eu le temps de répondre, Kitok partit en courant et arriva au pied de l’arbre.
Les deux oursons étaient terrorisés mais Kitok parvint à les convaincre de descendre, puis il les présenta à son ami.
Boris et Kitok firent ainsi la connaissance de Muk et de Luk, et ils décidèrent de les garder avec eux.
Ce jour là Kitok compris qu’il ne devait pas se fier à l’espèce pour juger les autres, même s’ils semblent hostiles à première vue.
Kitok ce dit que désormais, à chaque fois qu’il rencontrerait quelqu’un d’une autre espèce, il prendrait le temps de réfléchir afin d’être sûr de ne pas commettre d’erreur.
Mais pourtant peut de temps après…
Deuxième partie.
Kitok venait d’avoir trois ans, c’était le début de l’automne.
Ses parents avaient suivit leurs maîtres quand ils avaient déménagé, ce qui fait qu’il était désormais seul avec Boris, Muk et Luk.
Il travaillait pour le transport du courrier, et il faisait des voyages épuisant, entrecoupé de période de repos. C’est pendant un de ces repos que se produisit le quatrième grand événement de sa vie, de très loin le plus important.
- Tu viens ? On va à la chasse avec les hommes, lui demanda un autre chien.
- Non ! Tu sais très bien que je n’aime pas ça.
En effet, Kitok détestait la "chasse" telle que la pratiquaient les humains. Cela lui semblait inutile et même cruel, au contraire de la chasse "naturelle" que lui et les autres chiens faisaient parfois pendant les voyages, quand ils avaient vraiment faim.
Mais l’autre se montra persuasif.
- Mais là c’est différent, c’est une chasse au loup. Nos hommes ont repéré une petite meute qui est un peut trop prés de la ville, et ils ont besoin de nous pour la détruire.
- Ah bon, des loups ! Répondit Kitok.
- Je viens de te le dire.
- Sérieux, on va chasser des loups ?
- Ouais ! Ca va être super, tu vas voir.
Kitok se souvint de la mort de Melas, elle était tellement douce et gentille, il en avait été très triste, presque comme si c’était sa propre mère. Alors il était joyeux de pouvoir faire la chasse à des loups. Ceci dit, il eut comme un pressentiment, il ne savait pas pourquoi mais il avait l’impression que ça pourrait ne pas être si bien que ça.
Puis il chassa cette idée de sa tête. Les loups sont des monstres, il avait entendu toutes les histoires que l’on racontait sur eux, et il n’avait pas de raisons de penser qu’elles pouvaient être fausses ! Il paraîtrait même, horreur absolue, que les loups s’attaquent aux hommes ! Et ça Kitok ne pouvait pas l’admettre.
C’est ainsi qu’il se retrouva en train de traquer, avec d’autres chiens, un couple de loup adulte avec cinq louvarts. Il les avait entrevus à un moment, la femelle était blanche comme la neige, le mâle était gris foncé et très grand, les louvarts étaient gris, sauf un qui était aussi blanc que sa mère et plus grand que les quatre autres.
En fait Kitok avait un rôle passif, c’était la première fois qu’il chassait le loup (et même la première fois qu’il chassait tout court avec des hommes), et il se contentait d’observer pour les éventuelles prochaines chasses.
A un moment les loups se séparèrent, la louve blanche partit seule de son coté et essaya de faire diversion et d’attirer les chasseurs vers elle, pour permettre à son compagnon et à ses petits de s’enfuir.
Mais cela ne marcha pas. Les chasseurs s’étaient divisés en trois groupes : Un suivit la louve, tandis que les deux autres pourchassèrent le reste de la meute, et ils réussirent à la prendre en tenaille.
Kitok courrait à environ une centaine de mètres derrière le mâle et des louvarts, quand soudain des détonations retentirent devant lui : L’autre groupe avait rejoint la meute !
Quand il arriva sur place le loup adulte était mort, et les cinq louvarts étaient acculé contre une butte.
Pour Kitok se fut un choc. Le loup abattu ressemblait trop à un chien, et les louvarts étaient si jeunes, et apeurés, ils ne ressemblaient en rien à ce que disent les histoires sur eux ! Il se demandait même s’ils ne s’étaient pas trompés et avaient pris une famille de chien pour une meute de loups !
- Ce sont bien des loups ? Demanda-t-il à un autre chien.
- Bien sûr que se sont des loups, imbécile !
- Et les jeunes, ils vont les libérer ?
L’autre chien pris un air effaré.
- Tu es fou ou quoi ? Ce sont des loups ! Ils ont l’air effrayé comme ça, mais ce serait devenu des bêtes cruelles et sanguinaires une fois adultes.
- Qu’est ce que les hommes vont faire ?
- Ils veulent en garder un je crois, et après ils liquideront les autres.
Kitok en eut le souffle coupé.
Les chasseurs choisirent de garder le grand louvart blanc, et soudait l’un d’entre eux tira sur un des louvarts gris, dans la tête ! Kitok n’en croyait pas ses yeux. Malgré ce qu’on venait de lui dire, il avait espéré que les jeunes serraient épargné, et c’est avec horreur qu’il vit ensuite les trois autres froidement abattus de la même manière. Il en fut écœuré comme jamais.
Le louvart blanc était complètement terrorisé, il resta passif quand les chasseurs lui attachèrent les pattes avec des cordes, après l’avoir muselé pour qu’il ne ronge pas ses liens. Ils avaient décidé d’aller aider le troisième groupe qui traquait la louve, et, pour ne pas s’encombrer, ils laissèrent le louvart derrière eux, avec l’intention de venir le chercher une fois sa mère tuée.
Les chasseurs du premier groupe, trop peu nombreux, c’étaient fait semer par la louve, qui apparemment avait compris que la diversion n’avait pas marchée. C’est pourquoi les deux autres groupes leurs venaient en aide après les avoir retrouvés, et la traque continuait avec les chiens.
Mais Kitok se sentait vraiment mal, les loups qui venaient d’être tué n’avaient même pas un an, il l’avait sentit à leurs odeurs, comme pour des chiens. Les remords commençaient à le ronger, il aurait tellement aimé se racheter, mais comment ? C’est alors qu’il pensa au louvart survivant. Peut être que s’il le libérait il pourrait s’en sortir avec un peut de chance ? Car il se doutait que son avenir avec les hommes risquait d’être bien sombre.
Il pris sa décision, il ralentit l’allure jusqu'à ce qu’il soit hors de vue des chasseurs et des autres chiens, il pourrait toujours dire qu’il s’était perdu. Puis il fit demi-tour, et retrouva le louvart.
Quand il arriva prés de lui, ce dernier se mit à grogner. Cela inquiéta Kitok, car ce louvart était bien grand, il avait déjà la même taille que lui !
Lorsque Kitok s’en approcha, ses grognements redoublèrent et prirent une intonation plus féroce, et il avait un regard terrible. Comme il n’y avait plus d’homme sur les lieux, il n’était plus paralysé par la peur. Comment allait-il réagir une fois libre ? Vu sa taille il aurait pu se montrer dangereux ! Mais Kitok prit le risque.
- Calme-toi, je viens te libérer, lui dit-il.
Puis il coupa avec ses dents les cordes qui attachaient ses énormes pattes, d’abord celle de devant, puis celle de derrière, et pendant ce temps le louvart n’arrêta pas de grogner tout en restant immobile. Mais dés qu’il fut débarrassé de ces liens, il se mis debout, posa le bout de son museau à terre et avec les pattes de devant il arracha, en la poussant vers le bas, la corde qui lui maintenait la gueule fermée.
Et tout d’un coup Kitok se retrouva devant animal libre de ces mouvements et qui lui montrait les crocs à moins d’un mètre de lui ! Et là il se sentit vraiment petit.
- Je ne te veux pas de mal, du calme, je…
En un éclair le louvart partit en courant, si vite qu’il en devenait flou !
Kitok faillit presque s’évanouir quand la tension retomba en lui !
Mais il ne fallait pas, il risquait d’avoir des ennuis si les chasseurs le retrouvaient ici. Alors il partit rejoindre les autres. Plus tard, quand ils découvrirent les cordes coupé là où ils avaient laissé le louvart, les chasseurs crurent qu’il fut libéré par un autre membre de la meute qui avait dû leurs échapper, peut être la louve blanche qu’ils n’avaient pas réussie à rattraper ? Mais jamais ils n’auraient imaginé qu’un chien puisse les trahir !
Le soir, de retour en ville, Kitok ne parvint pas à trouver le sommeil, il repensait à cette louve, il n’osa pas imaginer ce qu’elle a dû ressentir suite à la perte de son compagnon et, surtout, de ses enfants ! Il s’imagina à sa place, et il fut pris de frissons.
Il revoyait les quatre louvarts gris, effrayés et paniqués, et qui semblaient bien inoffensifs, se prendre une balle dans la tête chacun, et la terreur dans leurs yeux quand ils ont compris ce qui allait leur arriver.
Il était tellement mal à l’aise qui n’en parla pas à Boris, il n’alla même pas le voir d’ailleurs.
Il se rappelait la promesse qu’il s’était faite : être tolérant envers les autres. Et bien il avait trahi cette promesse ! Le fait d’avoir été influencé par les histoires qu’il avait entendues sur les loups ne constituait pas une excuse à l’intolérance qu’il avait fait part envers eux.
Et après la rencontre avec Muk et Luk il croyait avoir compris qu’il ne fallait pas juger trop vite ceux qu’il ne connaissait pas. Pourtant, il avait jugé ces loups comme étant des bêtes immondes alors même qu’il ignorait tout d’eux !
Il voulait partir à la recherche de la louve et de son dernier petit, pour leur venir en aide. En effet ils se retrouvaient seuls et ce serait bientôt l’hiver, lequel risquait d’être très difficile pour eux.
Mais le pouvait-il ? Il avait un travail ici, il était loyal envers les humains. Soudain il pensa à une chose : c’était des humains qui avaient organisé ce carnage ! Lui qui avait jusque là une confiance aveugle envers eux… il tomba de haut ! Et puis il avait participé à la chasse, il se sentait responsable du massacre auquel il avait assisté.
Non, il fallait qu’il la retrouve, il fallait qu’il l’aide.
C’est ainsi que, dés le lendemain matin, il partit à sa recherche.
Il retourna à l’endroit où il avait libéré le louvart blanc, et là ce fut horrible. Avant de partir, les chasseurs avaient dépecé le loup adulte et quatre autres jeunes, puis ils avaient laissé leurs cadavres sur place. A la vue de ces cinq corps sanglants Kitok fut pris par une soudaine envie de vomir. Mais il se rappela pourquoi il était ici, il fallait qu’il pense aux vivants maintenant.
A partir de cet endroit maudit il suivit la piste du louvart, que les chasseurs avaient abandonnée car ils avaient trop de retard sur lui. Les humains sont de vrais balourds, ils sont lents, ils ne peuvent pas ce déplacer très longtemps, ils se fatiguent si vite ! Comme il était seul Kitok pouvait ainsi avancer rapidement et très longtemps, sans ce soucier de ne pas distancer des chasseurs qui doivent rester en vue.
L’odeur du louvart était mêlée à une autre, celle de la louve ! Une fois son petit retrouvé, elle avait dû faire le chemin inverse et retourner voir son compagnon et ces autres enfants, après le départ des chasseurs. Quel choc ça a dû être pour elle quand elle a découvert ce spectacle !
Malgré sa vitesse, à la nuit tombée, Kitok ne les avait toujours pas retrouvés. Il marcha aussi longtemps qu’il le pu, puis il se roula en boulle pour dormir, épuisé, sous un arbre.
Pendant la nuit il entendit des hurlements au loin, il y avait deux loups dont un qui avait une voix jeune. C’était eux ! Kitok en était sûr. Il voulut partir tout de suite, mais il se ravisa : il était déjà trop fatigué, il n’aurait pas pu les rejoindre. De plus, quelque instant après, d’autres hurlements se firent entendre dans une autre direction, et cette fois il y avait trois loups ! Si Kitok tombait sur eux ça pourrait aller très mal pour lui.
Les hurlements continuaient, Kitok les écoutait. Ceux de la louve et du louvart portaient en eux une telle tristesse ! Il n’avait jamais connu une expression du chagrin aussi intense, ces cris de détresse et de désespoir l’atteignirent droit au cœur. Kitok était au bord des larmes, et, même après que ces hurlements se soient tût, il eut vraiment du mal à s’endormir malgré la fatigue.
Le lendemain il repris sa traque, et en début d’après-midi il les trouva.
La louve et son fils étaient couchés dans une petite clairière, ils paraissaient très tristes.
Kitok s’avança sans se cacher, et quand la louve l’aperçu elle entra dans une rage folle !
- TARAK METS-TOI À L’ABRI ! Cria-t-elle à son fils. ET TOI NE LE TOUCHE PAS ! Dit-elle à Kitok.
Elle pris un air terrifiant, retroussant ses babines, hérissant ses poils et grognant aussi fort qu’elle le pouvait. La colère et le désespoir semblaient lui donner une force énorme !
- Du calme, du calme, je ne veux pas vous faire du mal…
Mais la louve lui sauta dessus. Kitok n’eut qu’une fraction de seconde pour réagir, il décida de se soumettre et se laissa tomber sur le dos. La louve le percuta de plein fouet, et elle lui donna un coup de dent sauvage dans l’épaule !
Pour Kitok la douleur fut atroce, mais sa manœuvre de soumission fut payante, la louve lâcha prise et ne le mordit pas à nouveau. Mais elle restait au-dessus de lui, menaçante, les crocs à quelques millimètres de sa gorge. Son attaque avait été fulgurante, Kitok aurait été incapable de se défendre si elle avait voulu le tuer !
- Maman, c’est lui. Dit timidement le louvart.
- Quoi ? Dit-elle, la voix déformée par la rage.
- C’est lui qui m’a libéré l’autre jour.
- Oui c’est moi.
Et Kitok expliqua en détail comment il avait fait, cela correspondait à ce que Tarak avait raconté à sa mère. Et ça sembla la calmer, mais elle restait sur ses gardes.
- Au moindre geste suspect je te mets en pièce ! Dit-elle d’une voix coléreuse.
Puis elle s’écarta de lui et Kitok pu se relever. La louve en colère était terrifiante, mais qu’est-ce qu’elle était belle !
- Je suis venu pour vous aider, dit Kitok à la louve.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle.
- Ben, avant-hier vous avez perdu votre compagnon et…
- Comment le sait-tu ? Coupa-t-elle sur un ton hargneux.
- Euuuuh… en fait c’est que…
Tout d’un coup la louve tressaillit et sembla sur le point de lui sauter dessus à nouveau.
- TU AS PARTICIPÉ À LA CHASSE ? … TU AS TUÉ MES ENFANTS ?
Tarak aussi semblait prêt à l’attaquer ! Kitok se mit à parler précipitamment, presque en paniquant :
- Je ne faisais qu’observer, c’était la première fois que je participais à une chasse, et ce sera la dernière. Je vous jure que si j’avais su je n’y serais pas allé, mais ça n’aurait rien changé. Enfin si, je n’aurais pas été là pour libérer votre fils !
Ils continuaient à le regarder lourdement, Kitok pensait qu’il allait mourir maintenant, déchiqueté par les deux loups !
- Je vous promets que je ne recommencerais plus jamais une chose pareille… Je vous en supplie, ne me tuer pas !
Mais heureusement la louve sembla comprendre.
- Tu as sauvé mon fils, c’est vrai, et je te suis reconnaissante, c’est pour ça que je te laisse en vie.
Puis tous d’un coup elle se mit à partir, et son fils l’imita.
- Où allez-vous ?
- Loin d’ici.
Kitok se mit à les suivre.
- Je viens avec vous !
- Non, retourne chez toi. Dit la louve.
- Je veux vous aider, je… je veux me racheter.
Tarak se retourna.
- T’as entendu ma mère, CASSE-TOI !
Mais Kitok continuait à parler.
- Je me sens coupable, J’aurais tellement aimé sauver les autres quand j’ais compris ce qui aller se passer.
- TAIS-TOI ! Dit la louve en s’arrêtant. Suit-nous si tu veux, mais on ne t’attendra pas, si tu n’es pas capable de nous suivre, on t’abandonnera.
Puis elle s’approcha de Kitok, plongea ses yeux dans les siens, et elle lui dit lentement, détachant bien chaque mot, et avec un ton effrayant et glacial :
- Et si jamais tu nous apportes des ennuis… je te tue ! … C’est clair ?
Kitok fut pétrifié de terreur, et s’est tout juste s’il pu prononcer quelques mots.
- He… Oui… c’est clair.
Puis la louve et son fils reprirent leur chemin, sans un mot.
Et Kitok les suivit, malgré sa blessure à l’épaule. Il arriva à discuter un peut avec eux, et finit ainsi par apprendre le nom de la louve : Aniu.
Au bout d’un moment ils s’arrêtèrent pour dormir.
Mais avant cela, les deux loups se mirent à hurler. C’était le même hurlement que la nuit précédente, et de prés il semblait encore plus triste.
Les chiens de traîneaux hurlent souvent comme les loups, mais Kitok se rendait compte que ce n’était qu’une pâle imitation des hurlements des loups. Le chant qu’il entendait prés de lui était incomparablement plus beau et plus harmonieux.
Les chiens ne savent pas pourquoi ils hurlent, ils le font d’instinct, mais les loups eux savent pourquoi. Kitok devinait qu’il y avait un message dans ces hurlements, mais il ne réussit pas à le comprendre. Cela fait trop longtemps que les chiens n’utilisent plus ce langage, ils l’ont oublié.
Kitok ne pu s’empêcher de se mettre à hurler lui aussi. Ce fut une catastrophe ! Son cri était en total désaccord, et en comparaison il paraissait… minable, il n’y a pas d’autre mot. Aniu et Tarak s’interrompirent tout de suite, et ils le fusillèrent du regard, l’air de dire « qui t’a demandé de brailler comme ça ? » Kitok ne recommença pas et il laissa les deux autres reprendre leur chant.
Après ça ils se couchèrent. Tarak se blottit contre sa mère, comme un bébé, alors qu’il était déjà plus grand qu’elle ! Il semblait encore traumatisé par ce qu’il avait vécu ! Tous deux semblaient former une seule masse blanche.
Mais quand Kitok essaya de se coucher avec eux ils le rejetèrent brusquement, lui montrant deux magnifiques dentitions ! Il dû dormir à l’écart, mais, de là où il était, il entendait Aniu pleurer.
Il avait toujours entendu dire que les loups étaient des bêtes primitives, des brutes épaisses sans pitié, dépourvues d’intelligences et d’émotions. Tout cela était faux, il s’en rendait compte maintenant. Les loups sont certes plus "rustiques" que les chiens, mais ils sont intelligents, ils ont des sentiments.
« Qu’est-ce qu’elle est belle » se disait-il ! Il ne pouvait pas s’empêcher d’y penser. Kitok du se rendre à l’évidence : il tombait amoureux !
Durant la nuit Tarak se mit d’un coup à crier comme un fou, Kitok sursauta, puis il entendit Aniu.
- Du calme, n’est pas peur, je suis avec toi. C’est juste un cauchemar.
- Pourquoi maman, pourquoi ? Dit Tarak en sanglotant.
Plus que jamais Kitok s’en voulait, il aurait dû empêcher les hommes de faire ça ! Il jura de les protéger tous les deux et de les aider à passer l’hiver.
Puis il pensa à son maître, à son travail. Il était fidèle à eux, mais pouvait-il abandonner Aniu et Tarak !
Les hommes, pour qui il travaillait, pourraient le remplacer facilement, par contre rien ni personne ne pourrait remplacer les enfants d’Aniu qui sont morts !
Mais il ne renonça pas aux hommes pour toujours, il savait que ceux qui ont fait ce massacre n’étaient pas les mêmes que ceux avec qui il travaillait, et que tous les hommes ne sont pas comme ça, du moins il l’espérait. Il pensait ainsi retourner chez lui dés la fin de l’hiver.
Aniu était jeune, et depuis la disparition de son compagnon elle se sentait si seule ! C’est pour cela que petit à petit elle acceptait la présence de Kitok au coté d’elle.
Tarak moins, il se souvenait que Kitok l’avait sauvé bien sûr, mais maintenant il se souvenait aussi de l’avoir vu avec les autres chiens au moment du massacre de ses frères et sœurs, et cela le déranger beaucoup. Kitok craignait qu’il finisse par l’attaquer.
De plus il grandissait si vite, chaque jour il devenait plus fort ! Rapidement il égala en taille Nirgal et Steele, puis il les dépassa largement.
Une nuit, alors qu’il était couché, presque endormit, Kitok entendit tout d’un coup chuchoter à son oreille :
- Ne touche pas à ma mère, sinon je te découpe en morceaux !
Puis Tarak retourna se coucher. Kitok ne l’avait pas entendu se lever, ni s’approcher de lui. En fait, il aurait pu le tuer quand il voulait, et pendant un bon moment, à chaque fois que Kitok se couchait pour dormir, il se demandait si Tarak n’allait venir l’égorger dans son sommeil ! Mais il ne le fit jamais.
Kitok devait également faire face à un autre problème : la nourriture.
Il avait du mal à chasser aussi bien qu’un loup, il était bien moins rapide qu’Aniu, mais par contre il pouvait faire autre chose. Aller voler dans les villes par exemples. Il y avait deux citées à proximité : Nome et Dickson, et selon leurs déplacements il allait "se ravitailler" dans l’une ou l’autre.
Il n’aimait pas trop faire ça, mais il pensait à eux deux, il leur devait bien ça !
La première fois que Kitok leurs amena un chapelet de saucisses, Aniu et Tarak furent très surpris.
- C’est quoi ce truc ? Ca sent l’homme.
- De la nourriture que j’ais piqué en ville. Ne t’inquiète pas, des tas de chiens font ça, je ne risque pas d’attirer l’attention sur moi.
- Ca sent le feu aussi !
- C’est cuit, mais s’est mangeable !
Il n’était retourné qu’une seule fois dans sa ville natale, et ce fut pour informer Boris, Muk et Luk de la situation. Il réussit à les convaincre de changer de ville, pour être plus prés de lui. Il valait mieux en effet qu’ils restent loin de Nirgal et des autres chiens, étant donné que Kitok ne pouvait plus les protéger tant qu’il devrait aider Aniu et Tarak, quitte ensuite à faire le voyage inverse au printemps.
Ils partirent donc s’installer à Nome, pour cela Kitok avait trouvé une bonne cache dans un vieux bateau à l’écart de la ville. Mais Aniu et Tarak ignoraient leurs existences, et ce n’est qu’à l’occasion de ses tournés de ravitaillement que Kitok allait les voir.
Les chiens de Nome avaient remarqué que Kitok était un étranger, mais il leurs avait fait croire qu’il avait perdu son maître. Ce qui était vrai d’une certaine manière, puisque Kitok avait dû le quitter pour suivre Aniu. Il pu ainsi se faire accepter sans éveiller de soupçons, et parvint même à se faire des amis, comme le saint-bernard nommé Doc.
Avec le temps Aniu et Kitok devinrent plus proche, et quand Aniu entra en chaleur elle fut très attirée par lui. En fait, elle recherchait instinctivement la proximité d’un mâle. Tarak était bien trop jeune, alors que Kitok était parfaitement adulte ! Tous deux commençait à dormir ensemble.
Un soir, Kitok se coucha carrément contre elle. Puis il commença à lui lécher le museau et la figure, Aniu fit de même avec lui, ensuite ils commencèrent à ce frotter leur tête l’une contre l’autre. Et d’un coup Aniu se leva et Kitok l’imita, puis ils continuèrent à se frotter l’un contre l’autre pendant un moment, avant que Kitok ne se mette à lui mordiller la nuque.
Et l’inévitable finit par se produire : Aniu et Kitok s’accouplèrent !
Mais tout de suite après avoir commencé, Kitok se trouva nez à nez avec Tarak qui s’était approché sur le coté. Il le fixait droit dans les yeux, lui faisant comprendre qu’il n’aimait pas, mais alors pas du tout, ce qui se passait.
Kitok en fut impressionné, et même inquiété, mais maintenant qu’il avait commencé il ne pouvait plus s’arrêter. Heureusement, après avoir été rappelé à l’ordre par un grognement de sa mère, Tarak resta de marbre, se contentant de menacer en le fixant du regard. C’était extrêmement gênant pour Kitok, mais l’accouplement fut quand même mené à son terme.
Les deux amants finirent par se séparer, et ce n’est qu’à ce moment là que Tarak cessa de le fixe du regard et s’éloignant en émettant un grondement de désapprobation.
C’est alors qu’Aniu partit tous d’un coup en courant.
- Aniu, où va-tu ?
Pas de réponse. Kitok était vidé de ses forces, mais il lui partit à l’après. Au bout d’un moment il la retrouva en train de pleurer sous un arbre.
- Aniu, qu’est-ce que tu as.
- On n’aurait pas dû faire ça !
Puis Kitok compris.
- Tu m’aime, toi aussi, c’est ça ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?
- Je ne le voulais pas, je suis…
- Tu es une louve, et moi un chien. Tu ne pouvais pas admettre que tu m’aimais, car je ne suis pas un loup !
- Et toi ! Tu n’as rien dit non plus !
- Oui je t’aimais, mais si je te l’avais dit, toi et Tarak… J’avais peur que vous ne le preniez mal.
Chacun ignorait que l’autre l’aimait, car chacun avait gardé ça pour lui et n’en avait pas parlé ! C’est pour ça qu’ils n’avaient pas vu venir ce qui venait de se produire. Ils avaient été surpris, complètement.
A partir de ce moment ils s’aimèrent sans retenus, et ils s’accouplèrent à d’autre reprise, malgré la désapprobation de Tarak. Kitok n’osa pas lui parler, il présentait que ses nerfs étaient à vif et qu’il risquait de lui sauter dessus en cas de paroles déplacées.
Mais surtout cet événement posa un gros problème à Kitok, il ne pouvait plus partir maintenant qu’Aniu allait avoir des petits de lui.
Boris devient fou quand il appris la nouvelle.
- Mais comment toi pouvoir faire ça ! Que va-tu faire maintenant ?
- Rester avec elle, je ne vais pas l’abandonner avec ses enfants ! Avec MES enfants !
- Tu pourras jamais quitter elle !
- Boris, je l’aime.
- Ah ! De mieux en mieux.
- Je l’aime vraiment, et… je crois que même si je n’avais pas eu d’enfant avec elle je ne l’aurais pas quittée.
En effet Kitok se demandait s’il avait vraiment eu envie de la quitter.
Il se demandait même s’il retournerait vivre en ville un jour. Il regarda son collier : En l’absence d’entretien le cuir était tout moisi et craquelé, et l’anneau métallique était criblé de tâches de rouille.
Même s’il avait toujours envie de retourner chez les hommes il semblait redevenir en partie sauvage. En ville il côtoyait les humains sans problème, sans la moindre crainte. Mais quand il retournait en forêt, tout de suite il se montrait méfiant et se cachait ou fuyait dés qu’un homme approchait. Comme n’importe quel loup !
Il avait l’impression que sont coté domestique s’usait de la même manière que son collier.
Deux mois plus tard, Aniu donna naissance à quatre louveteaux.
Malheureusement l’un d’eux mourut quelques heures après, apparemment victime d’une malformation. Aniu le dévora, sous le regard médusé de Kitok : La nourriture est difficile à obtenir dans la nature, il ne faut pas gaspiller !
Mais les trois autres étaient en forme, Kitok et Aniu étaient très heureux.
Tarak un peut moins, il aurait aimé avoir de "vrais" petits frères et sœurs. Mais avec le temps il se laissa amadouer.
Kitok était fier, mais il s’inquiétait un peut pour leur avenir. Auraient-ils une place chez les loups ou chez les chiens ? Ne risquaient-ils pas de se retrouver à cheval sur deux mondes qui leurs seraient fermés ?
Mais d’un autre coté il s’était rendu compte que les loups sont plus forts et plus résistants que les chiens, ses petits seraient donc robustes.
Il se disait que s’ils iraient vivre avec les chiens, alors peut être que cette particularité pourrait leur servir, peut être qu’ils arriveraient ainsi à faire ce qu’un chien ordinaire ne peut pas faire, et sûrement que l’un d’eux pourrait faire de grandes choses.
Kitok en était certain.
FIN