Prologue :
L’antilope passait tranquillement. Elle passait, isolée du reste du troupeau, solitaire dans la savane africaine. Elle mangeait depuis plusieurs heures, elle était repue et détendue. La proie parfaite. L’hyène joua silencieusement des mâchoires, salivant d’expectative tendue à l’extrême telle la corde d’un arc. Comme tous ceux de son espèce, elle chassait très rarement, préférant souvent se repaître d’une charogne abandonnée, mais cette fois-là était un cas de force majeure, d’autant plus que la proie ne semblait pas bien difficile à attraper. Son souffle rauque parvint soudain à l’antilope qui tressaillit d’une oreille. Et l’hyène sut que c’était le moment, l’instant, la seconde où tout se joue, aussi bien la vie que la mort. Et la proie, pour la première et la dernière fois de sa vie réagit une fraction de seconde trop tard. Déjà les griffes et les crocs du charognard temporairement passé prédateur se refermaient sur sa gracieuse nuque. Soudain, comme en écho à son glapissement de douleur retentit un rugissement effroyable, tout près d’elles, bien plus près qu’elles ne l’avaient jamais entendu, faisant fuir les animaux à la ronde. Une ombre gigantesque s’étendit sur elles et l’hyène comprit que de prédateur, elle risquait fort de passer à son tour au rang de proie. Devant elle se dressait un grand lion furieux. Elle recula, la nuque aplatie de terreur, crachotant de colère et de frustration, sans quitter des yeux le nouveau venu. De haute taille, le poil doré et l’épaisse crinière noire, il avait de grands yeux en amande d’un bleu surprenant. Ceux de l’hyène, bleus également, se rétrécirent de haine quand elle reconnu le grand fauve.
-- Sa majesté Ahadi, roi de la Terre des Lions, articula-t-elle furieusement.
Celui-ci gronda et, d’un coup de crocs, acheva l’antilope agonisante avant de relever la tête vers son antagoniste.
-- Que fais-tu sur mes terres, hyène ?
Il parlait d’une voix grave, à la fois feutrée et sévère, coupante comme le glaive de la justice.
-- De sa justice, songea l’hyène en essayant de prendre une attitude digne.
-- La Terre des Lions est un territoire libre, reprit-elle à voix haute. Chaque animal a le droit d’y chasser comme bon lui semble.
-- Excepté les vôtres, hyène.
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L’antilope passait tranquillement. Elle passait, isolée du reste du troupeau, solitaire dans la savane africaine. Elle mangeait depuis plusieurs heures, elle était repue et détendue. La proie parfaite. L’hyène joua silencieusement des mâchoires, salivant d’expectative tendue à l’extrême telle la corde d’un arc. Comme tous ceux de son espèce, elle chassait très rarement, préférant souvent se repaître d’une charogne abandonnée, mais cette fois-là était un cas de force majeure, d’autant plus que la proie ne semblait pas bien difficile à attraper. Son souffle rauque parvint soudain à l’antilope qui tressaillit d’une oreille. Et l’hyène sut que c’était le moment, l’instant, la seconde où tout se joue, aussi bien la vie que la mort. Et la proie, pour la première et la dernière fois de sa vie réagit une fraction de seconde trop tard. Déjà les griffes et les crocs du charognard temporairement passé prédateur se refermaient sur sa gracieuse nuque. Soudain, comme en écho à son glapissement de douleur retentit un rugissement effroyable, tout près d’elles, bien plus près qu’elles ne l’avaient jamais entendu, faisant fuir les animaux à la ronde. Une ombre gigantesque s’étendit sur elles et l’hyène comprit que de prédateur, elle risquait fort de passer à son tour au rang de proie. Devant elle se dressait un grand lion furieux. Elle recula, la nuque aplatie de terreur, crachotant de colère et de frustration, sans quitter des yeux le nouveau venu. De haute taille, le poil doré et l’épaisse crinière noire, il avait de grands yeux en amande d’un bleu surprenant. Ceux de l’hyène, bleus également, se rétrécirent de haine quand elle reconnu le grand fauve.
-- Sa majesté Ahadi, roi de la Terre des Lions, articula-t-elle furieusement.
Celui-ci gronda et, d’un coup de crocs, acheva l’antilope agonisante avant de relever la tête vers son antagoniste.
-- Que fais-tu sur mes terres, hyène ?
Il parlait d’une voix grave, à la fois feutrée et sévère, coupante comme le glaive de la justice.
-- De sa justice, songea l’hyène en essayant de prendre une attitude digne.
-- La Terre des Lions est un territoire libre, reprit-elle à voix haute. Chaque animal a le droit d’y chasser comme bon lui semble.
- Mon nom est Raka !Le roi poussa un grondement de mauvais augure. Comme cette créature osait-elle lui tenir tête ? Celle-ci poursuivit cependant courageusement :
-- Du temps des rois Dakoma et Yodu, lions et hyènes vivaient en paix. Mais depuis que Mohatu et vous nous avez expulsés dans ce cimetière d’éléphants, nous n’avons plus rien à manger. Nous…
-- Du temps de ces usurpateurs, répliqua Ahadi, vous aviez changé la Terre des Lions en une contrée aride et désolée, une Terre d’Ombre. Bon, ajouta-t-il voyant que la hyène allait encore répliquer, cela suffit. Je n’ai pas de temps à perdre avec ceux de ton espèce. Retourne sur tes terres et n’en sort plus, ou craint ma colère.
Sur ce, il saisit le cadavre de l’antilope entre ses crocs et se détourna, commençant de s’éloigner. Toute fierté oubliée, Raka se jeta à sa suite en suppliant :
-- Votre majesté ! Attendez ! Je sais que la reine va bientôt accoucher et que vous devez chasser pour votre future famille. Mais moi, voyez-vous, je viens de donner naissance à une petite hyène – c’est une fille – elle est adorable – elle s’appelle Shenzi…
Les mots se bousculaient dans sa bouche. Agacé, le lion s’arrêta et se retourna vers elle. Il s’aperçut qu’en effet, son ventre paraissait lâche et flottait sur ses hanches squelettiques, comme celui d’une femelle venant d’accoucher.
-- Je n’ai qu’elle, poursuivait Raka. Vous comprenez, elle a besoin de manger – et moi aussi. Il faut que je rapporte du gibier. Vous comprenez, sire. Vous et moi sommes dans la même situation.
-- Assez ! coupa Ahadi qui n’appréciait guerre de se voir comparé à la hyène. Vous n’avez que le sort que vous méritez. Et si cette petite crève, cela ne fera que de la vermine en moins. Estime-toi heureuse que je ne la fasse pas orpheline le jour de sa naissance.
Et sur cette menace, il reprit l’antilope et se détourna à nouveau. Comprenant qu’il était inutile de supplier d’avantage, Raka, oubliant toute prudence, laissa alors éclater toute sa haine qu’elle avait jusque là essayé de dissimuler derrière un masque obséquieux et s’écria :
-- Maudit sois-tu, Ahadi, même pas héritier direct du trône de Mohatu ! Que les enfants des enfants qui vont te naître soient tous orphelins et que…
Un effroyable rugissement de colère lui coupa la parole et elle s’enfuit, terrifiée, sans demander son reste.
***
La silhouette du Rocher des Lions grossissait au fur et à mesure que le roi Ahadi se rapprochait de son foyer, l’antilope entre ses crocs. Sa queue battait violement ses flancs, aussi bien pour éloigner les mouches attirées par l’odeur du sang que pour témoigner de l’exaspération du grand lion. Il ne s’était pas montré injuste, se martelait-il. C’était la loi. Celle du grand Cycle de la Vie. Et puis, les hyènes avaient tellement fait de mal aux siens ! D’accord, cela datait de plusieurs générations, mais il savait que les hyènes ne changeaient pas. Depuis que son beau-père, le grand roi Mohatu, les avait exilées, la Terre des Lions avait enfin pu renaître. Ce n’était pas le moment de les laisser la détruire à nouveau.
Mais, au fur et à mesure que le Rocher des Lions se rapprochait, Raka et les hyènes disparurent complètement de son esprit pour laisser place à une excitation qui faisait battre son cœur à tout rompre. Uru, sa chère lionne Uru, avait-elle enfin accouché ? Quand, aux premières lueurs de l’aube, la reine avait été saisie par de violentes contraction, les lionnes l’avait chassé loin du Rocher ainsi que Mohatu, eux les seuls mâles du clan, car le secret du don de la vie, de la naissance d’un autre être vivant, était connu par les femelles et par elles seules. Les mâles ne savaient pas, ne devaient pas savoir comment se déroulait ce sublime instant, la toute première étape d’une créature dans le Cycle de la Vie.
Oui, Ahadi pensait à Uru, et il avait peur. Uru. Elle lui avait tant apporté. D’abord, son amour, sans lequel il ne pourrait pas vivre. Ensuite, le titre de roi, la reconnaissance et l’affection d’un clan, d’une famille, un sens à sa vie auparavant faite uniquement de luttes. Et à présent un lionceau. Un héritier.
« Ou une héritière » ne put-il s’empêcher de penser en souriant d’attendrissement. Puis il reporta son attention sur le Rocher des Lions, à l’entrée de la caverne, où il n’y avait personne. Le roi se mordit les babines d’anxiété. Les lionnes étaient sensées sortir de l’abri quand le lionceau était enfin né. A présent, le soleil était déjà haut dans le ciel, et toujours rien. Pourvu que… Soudain, il vit émerger de l’ombre la robe tachetée d’Elana, la mère de la petite Sarafina, et celle, plus sombre, de Rika, qui avait donné naissance peu de temps auparavant à la petite Zira. Et elles étaient suivies de leurs filles, ainsi que des autres lionnes. Le roi Ahadi poussa un rugissement de joie et s’élança vers le Rocher, oubliant derrière lui son antilope.
oute prudence, laissa alors éclater toute sa haine qu’elle avait jusque là essayé de dissimuler derrière un masque obséquieux et s’écria :-- Maudit sois-tu, Ahadi, même pas héritier direct du trône de Mohatu ! Que les enfants des enfants qui vont te naître soient tous orphelins et que…
Un effroyable rugissement de colère lui coupa la parole et elle s’enfuit, terrifiée, sans demander son
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