la mort de Mfalme : tout laissait à penser que Mohatu serait l’héritier. La valeur royale qui coulait dans le sang de Choyo s’était éteinte avec son père, et personne n’avait semblé le regretter, car au temps de son règne les choses étaient bien différentes, et pas spécialement en bien.
Mais aujourd’hui, le remord envahissait le prince au pelage sombre. La tradition lui imposait un paradoxe, une contradiction : en la respectant, il l’enfreindrait, quel que serait son choix … Le silence qui régnait désormais était le témoin du dilemme qui s’imposait aujourd’hui, dilemme que jamais personne n’avait vraiment souhaité soulever. Mais contre toute attente, Choyo rompit ce silence.
— Paix, Mohatu. Je sais ce qui te ronge, et chacun sait ici que c’est injustifié. Si ton père n’avait pas veillé sur moi, je serais mort à l’heure qu’il ait. Chukara était cruel et tyrannique … son sang ne mérite plus de régner … pas après tout ce qu’il a pu faire …
— Mais c’était ton père …
— Non, ce n’était pas mon père … il n’a jamais été un père pour moi.
Affirma Choyo, coupant Mohatu dans sa phrase. Chacun savait qu’avant Mfalme régnait le terrible Chukara, un roi avide de pouvoir prêt à beaucoup de chose pour obtenir ce qu’il désirait. Sa compagne, Nemessis, était morte en donnant naissance à son unique fils, Choyo, qui n’avait été pour lui, au fils du temps, qu’une série de déceptions. A la mort de Chukara, Choyo c’était retrouvé seul, et Mfalme avait alors pris soin de lui, devenant le père qu’il n’avait jamais eu.
— Tu le mérite plus que n’importe qui ici, Mohatu.
Un léger silence s’installa, tandis que le soleil continuait de se lever. Nia se leva afin de rejoindre les autres lionnes, qui commençaient lentement à émerger de leur sommeil tant mérité et si réparateur. Les deux lions eux restèrent assis face au levant.
— Un jour, tu le regretteras, Choyo … et je ne veux pas que notre amitié se brise, pas pour cela …
— Elle ne se brisera pas, Mohatu. Cela fait bien longtemps que le trône ne m’est plus destiné.
A son tour, Choyo finit par se lever, tout en ajoutant :
— C’est l'attitude et non l'aptitude qui détermine la grandeur ... tu feras un très bon roi, j’en suis persuadé.
Puis, il laissa le lion au pelage sombre seul. Choyo s’approcha de la grotte, s’arrêta devant l’entrée.
— Levez-vous ! Nous avons un couronnement à fêter !
La voix du lion résonna dans l’antre.
2. King Mohatu
C’est ainsi que Mohatu devint le premier roi de la Terre des Lions, terre qui s’avérait bien plus riches et accueillante qu’aucun lion n’avait pu l’imaginer. Comme le voulait la tradition, les hyènes furent chassées du territoire afin de garantir la sûreté des terres de Mohatu. Le nouveau monarque appliquait à la lettre les lois qu’imposait son feu père, faisant ainsi perdurer l’Equilibre du cycle de la vie. Lors d’une de leur chasse, les lionnes découvrirent un étang, où l’eau était fraiche et abondante. Une immense jungle bordait également la Terre des Lions, où vivaient panthères, oiseaux, insectes … à l’est, dans l’ombre des montagnes, se trouvait une partie de territoire qui, à leur visite, avait semblé inhabité … il s’agissait d’un cimetière d’éléphants, où des squelettes géant de pachydermes gisaient. Le lieu leur avait, à tous, fait froid dans le dos, et ils s’étaient promis de ne pas y retourner de si tôt.
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— C’est merveilleux, n’est ce pas … Mohatu semble si heureux. Je ne l’ai jamais vu aussi bien qu’aujourd’hui …
Dit un jour Nia, tandis qu’elle marchait aux côtés de Choyo en direction de l’Etang.
— Mfalme serait si fier de lui …
— Oui, c’est certains. Il marche dans les traces de son père …
Répondit le lion au pelage orangé, un sourire bienveillant aux babines.
— Il ne lui manque plus qu’une reine … ajouta-t-il en plaisantant … mais qui donc pourra faire chavirer ce si noble cœur !
— Oui, qui donc …
La voix de la jeune lionne sembla se perdre un instant. Cette légère défaillance n’échappa pas à Choyo, qui jeta un regard interrogateur à Nia
— Qu’est ce … qu’est ce que tu veux dire ?
Demanda le lion. Sa voix trembla légèrement, comme si, dans son esprit, un combat avait eu lieu : devait-il poser cette question ? La réponse n’était-elle pas évidente ? Mais Nia resta un moment silencieuse, continuant sa marche, comme plongé dans ses pensées. Le cœur de Choyo se mit à battre fort, très fort, trop fort.
— Oh, rien. Rien du tout.
Répondit enfin la lionne, se reprenant soudainement. Elle afficha un sourire chaleureux à Choyo, dont la marche devint soudainement plus fluide, comme si son corps venait de se décontracter d’un seul coup.
— Ah … tu … tu m’as fais peur. Pendant … pendant un instant, j’ai cru que tu voulais devenir sa reine !
Expliqua le lion, riant nerveusement. Ils étaient presque arrivé à l’Etang désormais, et les deux amis décidèrent de faire la course jusqu’à l’étendue d’eau, dans lequel ils plongèrent bruyamment.
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— Ô Mohatu … quand annoncerons-nous la bonne nouvelle aux autres ?
La nuit était tombée et les étoiles brillaient de milles feux ce soir là. Assis l’un contre l’autre, Nia et Mohatu observaient l’horizon, le regard plein d’espoir. Plusieurs cycles avaient passé depuis que le clan était arrivé sur la Terre des Lions.
— Je ne sais pas … j’ai peur pour Choyo et Sayaga … j’ai peur qu’ils se sentent … délaissés …
Expliqua le roi au pelage sombre, tout en frottant son museau contre celui de la lionne, de sa lionne.
— Ô Mohatu … tu te préoccupes toujours tant des autres …
Fit remarque Nia en enfonçant sa tête dans l’épaisse crinière de Mohatu.
— Il est temps pour toi de vivre maintenant. Un jour, Choyo fondera sa propre famille, et il ne t’attendra pas pour cela. Quant à Sayaga, elle est encore jeune, et je suis sûre qu’elle sera ravie d’apprendre qu’elle aura bientôt un petit frère ou une petite sœur …
Mohatu soupira doucement, ne trouvant rien à répondre. Dans sa jeunesse, Nia avait eu une petite lionne qu’elle avait nommé Sayaga, fille qu’elle avait plus eu par accident que par réelle envie. Un soir, elle avait rencontré un jeune et beau lion, un peu plus vieux qu’elle, il l’avait charmé et la nature avait fait le reste. Sayaga avait trouvé en Choyo un père, celui qu’elle n’avait jamais eu, son vrai père étant un nomade. Le lendemain de sa rencontre avec Nia, il avait quitté le territoire, pour ne plus jamais revenir. Sayaga avait grandis avec sa mère, et était depuis devenue une jeune adolescente discrète et réservée.
— Très bien ... nous l’annoncerons demain, après le levé du jour.
Informa Mohatu. Pour toute réponse, Nia enfonça à nouveau son nez dans la crinière du lion.
Le lendemain matin, tout le clan s’était réuni devant la grotte que formait le Rocher de la Fierté, attendant les paroles du roi. Chacun était impatient de savoir ce que Mohatu avait à dire.
— Mes amis si loyaux … annonça le roi … j’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Nia va devenir ma compagne, et votre reine. Et … le clan comptera bientôt un nouveau membre.
Un brouhaha joyeux s’éleva alors soudainement, et un sourire se dessina sur les visages de Mohatu et Nia, qui recevaient d’ores et déjà toutes les