Le vent sauvage soufflait sur la savane. Les premières teintes orangées coloraient le ciel. Les animaux, en choeur, se déplaçaient, attirant toujours plus de leur confrères sur leur trajectoire. Dans l'air, on pouvait entendre, à condition de prêter l'oreille, un doux chant qui laissait prévoir la beauté des évènements. L'herbe haute frétillait, laissant passer insectes et petits animaux, tandis que les grands représentants de la faune s'entassaient sur les plaines. Harmonieusement rythmés, les prédateurs et les proies progressaient sous la lumière bienveillante de l'aurore. Du haut du ciel, deux anciens Rois, de magnifiques souverrains au pelage doré observaient le royaume qui fut le leur autrefois se mouver en parfaite symbiose. Simba et Mufasa rayonnaient, depuis le soleil jusqu'aux moindres reflets de l'eau. Les zèbres aidaient les tapirs, les éléphants portaient les oiseaux et les signes servaient de monture aux fourmis. Dans l'air, une odeur sucrée se répandit. Le chant devint un grand hymne à la nature. Une princesse était née.
Bientôt, à l'horizon, se découpa grand et fier, le Rocher du Lion. Tout au sommet, deux silhouettes, baignées d'exclusivité par une percée de bleu pâle, observaient le royaume en mouvement, un sourire fiché à leurs babines. Kovu et Kiara s'échangèrent un regard doux et amoureux. Elle songeait légèrement à regret qu'elle ne se tiendrait jamais là, en tant que Reine. Lui était ébloui par la beauté matinale des leurs et de sa lionne, dont le pelage doré était lentement bercé par le vent chaud. Tendrement, il appuya sur ses côtes d'une patte et amorça la descente jusqu'au point désigné aux lions pour la cérémonie de présentation. Kiara le suivit, souriante. Bien qu'elle fut quelque peu envieuse, elle était fière et heureuse pour Kopa et Vitani.
Ces derniers, d'ailleurs, étaient seuls dans leur tanière. Pour l'occasion, tout deux avaient dormi plus près de l'entrée, conscients que les cérémonies du genre débutaient lorsque les premiers rayons du Roi Soleil perçaient la voûte. Kopa, seigneur des terres depuis la mort de Simba, quelques semaines précédent cette matinée d'été, offra à sa Reine un coup de langue rassurant et affectueux. Car sa compagne et Reine, Vitani, était quelque peu nerveuse. Offrant des oeillades anxieuses à l'extérieur de la tanière, au bout du Rocher, plusieurs questions trottaient en sa tête, à savoir si le peuple aimerait ou non leur futur Reine. Mais suite au geste affectueux de son mâle adoré, elle conclut qu'en effet, rien ne pouvait arriver de si tragique. Zira et Scar n'étaient plus que de vagues souvenirs, le Royaume et les hyènes s'entendaient mieux qu'auparavant et les éventuels dangers étaient surveillés de très près et éliminés plus que rapidement.
À l'extérieur, les animaux barrirent, gazouillèrent, gémirent, battirent des pattes, des sabots, se secouèrent plumes et poils, faisant aller queues, pattes, oreilles, narines et langues dans plusieurs directions. Les sujets de Kopa étaient curieux, excités et ouverts. Vitani et Kopa se sourirent, heureux, et accueillirent bientôt Rafiki, qui les gestes plus lents et âgés que lors des générations précédentes, vint baptiser bien à sa façon la petite princesse étendue entre les pattes couleur sable de sa maman. Il sépara l'un de ses fruits au contenu rougeâtre en un craquement et étendit la substance à l'odeur sucrée sur la tête de la princesse, à l'aide de son pouce. Le couple, ému, le remercièrent de leur plus beau sourire tandis que les mains habiles de Rafiki soulevaient la petite du sol.
Dehors, le soleil brillait désormais de mille feux. Le silence se fit sur l'attroupement d'animaux, qui écarquillèrent les yeux, éblouis. La petite arborait un pelage d'une couleur crème rappelant vaguement la couleur du pelage de Zira et deux grands yeux bleus clairs qui voyageaient parmi le rassemblement, avide de rencontrer les regards de tout un chacun. Soudain arrivé au bout du Rocher de la Fierté, le babouin brandit bien haut la lionne nouvelle-née, ouvrant la marche à de nombreuses acclamations de bonheur et d'espoir. En retrait derrière lui, Kopa et Vitani vinrent se poster au vu de tout le monde, assis entre Kiara et Kovu, qui offraient des regards emplis de fierté aux alentours. Leur famille venait de s'aggrandir. Le royaume d'assurer sa dirigeance, sa continuité. Lorsque le signe revint vers la famille royale, c'est le coeur bondissant de joie que les quatre lions royaux le saluèrent de nouveau, les parents le remerciant une fois de plus. Pour toute réponse, il étreignit Kopa et respira un bon coup, laissant l'air sauvage s'insérer en ses poumons. Le soleil tapait sans être brusque sur la petite famille.
- Simba, Nala et Mufasa seraient fiers de vous, émit-il à l'adresse des cinq félins. Surtout de toi, précisa t-il en se penchant vers la petite, Ishaira.
Puis, il s'éloigna en direction de la savane, descendant silencieusement. Kovu le fixa tandis qu'il retournait de bon pas vers son arbre, distraitement. Vitani se releva, légèrement épuisée par tant d'efforts. Elle s'empara d'Ishaira en l'attrapant par la peau du cou, sans lui faire de mal et remonta jusqu'à la tanière, où elles s'étendirent, tout au fond, sur la plateforme rocheuse réservée aux dirigeants. Kiara quant à elle, alla donner un coup de tête taquin à son grand frère et fila au bout du rocher, rêveuse.
Un jour, ce sera mon tour d'avoir une petite. Peut-être même plusieurs petits, songea t-elle tout en observant l'horizon.
Elle fixa le ciel et crut bon d'ajouter en pensée, visant son père : Qu'en penses-tu ? Aurais-je été aussi bonne Reine que Vitani ? Ma petite princesse à moi aurait-elle été aussi bien accueillie ? Qui sait.
Elle fut tirée à la réalité par Kovu qui la rejoignit, léchant doucement le sommet de sa tête.
- À quoi penses-tu ? lui demanda t-il.
- À mon père, répondit-elle, à demi mensongère. Je me demande si j'aurais été bonne Reine, voilà tout.
- J'en suis certain. Mais dois-je te rappeler que c'est toi qui ait cédé ton poste royal à ton frère, Kopa ?
- Je le sais très bien... N'empêche. J'aurais aimé être... je l'ignore. Lorsque je vois tout ce qu'ils possèdent ! Un royaume, une petite magnifique, des amis sincères, des sujets loyaux.
- Héé, ça ira. Tu le sais très bien, l'interrompit le lion brun d'une voix compassée. Tu m'as, moi. Tu as tes amies, tes petites cachettes et tes secrets. Tu es une lionne, chasseresse et compagne formidable. Ton tour viendra.
Rassurée, Kiara s'appuya contre son lion non sans cesser d'admirer le paysage, dont les animaux s'étaient évaporés, retournés pêtre, chasser ou rigoler dans leur petit coin bien à eux. Plus loin dans la grotte, Vitani et Ishaira dormaient sous l'oeil bienveillant de Kopa. Le lion doré aux yeux bordeaux les regardaient tendrement.
Ma famille. Ma Reine. Mon royaume. Et maintenant, ma princesse. Que pourrait-il arriver de mieux ? pensa t-il, un sourire comblé aux babines, avant de se retourné, attiré par un grand gémissement de douleur.
L'une des lionnes, une dénommée Embaba, se tordait douloureusement sur le sol, secouée de spasmes. Son souffle était haché et son ventre, enflé, semblait lui procurer beaucoup de souffrance. Sa tête et ses oreilles s'agitaient en tout sens tandis que ses griffes cherchaient à s'enfoncer dans la terre. Instantanément, toutes lionnes furent à son chevet. Kopa quant à lui s'approcha doucement, sa grande tête inclinée en signe de douceur.
- Vas-y, souffle, tu y arriveras, encouragea l'une des lionnes.
Embaba poussait, soufflait et lâchait quelques grondements. Et quelques minutes plus tard, entre ses pattes au pelage nimbé de sueur, se tenait un beau petit lionceau doré qu'elle lavait des saletés de la mise bas. Sa langue âpre parcourait le petit avec une avidité et une rigueur nouvelle. Ses yeux bleutés le couvaient du regard. Quiconque aurait tenté de s'approprier le petit aurait sans aucun doute goûté au pire des châtiments. Kopa