éternité. Elles se regardèrent longuement dans les yeux.
ELSA : Sunniva… De là-haut, je t’ai longtemps imaginée… Et te voilà.
SUNNIVA : Jamais je n’aurais cru cela possible. J’aurais tellement aimé te connaître. Toi seule m’aurait aidé à grandir, toi seule m’aurait comprise.
ELSA : Je sais ce que tu ressens au fond de toi. Tu portes en toi un immense héritage. Sois-en fière.
SUNNIVA : Oui, j’ai conscience de cet héritage. Et il a un symbole. (Montre le pendentif.) Ce pendentif… C’est toi qui l’a créé, n’est-ce pas ? Je sais, avec le temps, il a fini par se casser…
ELSA : Je l’avais créé pour ta naissance. Tu n’imagines pas la fierté qui aurait été la mienne, si j’avais pu te l’offrir. Mais il est bien plus qu’un simple pendentif. C’est un symbole. Le symbole que tu seras toujours liée à moi.
SUNNIVA : J’ai toujours su que, d’une certaine façon, je descendais de toi. Tu aurais été comme une deuxième mère. J’aurais tant appris auprès de toi.
ELSA : Mais ta mère t’a bien raconté d’où tu viens. Elle t’a aidé à comprendre toute l’histoire.
SUNNIVA : Non, elle aurait pu en dire bien plus… (Elle lui montre le corps d’Anna) Mais je l’en ai empêchée. Promets-moi de veiller sur elle.
ELSA : Je le ferai. Mais tu n’y es pour rien… C’est moi qui l’ai menée à sa perte. Mes pouvoirs ont causé tous nos malheurs. Mais tu feras bien mieux que moi.
SUNNIVA : Et comment ? Qu’est-ce qui me permettra de ne pas connaître le même destin que toi ?
ELSA : Ne laisse rien ni personne te dominer, même pas tes propres pouvoirs. C’est ce qui m’a faite chuter. Et surtout… Tu es la reine d’Arendelle… N’oublie pas qui tu es…
Alors que Sunniva restait sans mot, les yeux écarquillés, la silhouette d’Elsa s’évapora lentement dans la brise, jusqu’à complètement disparaître, laissant seulement briller une grande étoile. Personne n’en croyait ses yeux. Les mots d’Elsa bouleversèrent Sunniva. Toutes ses certitudes étaient chamboulées, mais en même temps, elle savait désormais où elle allait et ce qu’elle devait faire. Le vent se mit à souffler dans la direction du royaume. Sunniva et Kristina échangèrent un regard, puis repartirent en fonçant vers Arendelle, en même temps que la neige se mit à tomber. Il n’y avait pas le temps de discuter, Sunniva devait reprendre sa place.
Arrivées à l’entrée du royaume, Sunniva et Kristina virent les villageois essayant toujours de forcer la grande porte d’entrée du château à l’aide d’une poutre. Les deux jeunes femmes en restèrent incrédules. Comment les villageois ont-ils pu être piqués d’une envie de révolte ? Sunniva n’avait jamais imaginé ce que le retour au château de son propre père avait pu engendrer. Mais elle n’allait pas en rester là, et Kristina et elle entrèrent dans le royaume. Un villageois se retourna et les vit, suivi de tous les autres. En voyant Sunniva portant le corps d’Anna, le choc les saisit, et des murmures se firent entendre. Tous s’écartèrent pour les laisser entrer dans le château. Une fois à l’intérieur, elles se dirigèrent immédiatement vers la chambre d’Anna, où Sunniva déposa son corps sur son lit. Mais elles avaient dû faire du bruit, car Kristoff entendit leurs pas et les rejoignit. A son entrée, Sunniva durcit le regard, tout comme Kristina. Personne ne dit un mot. Il s’approcha du corps d’Anna, la regarda longuement, et lança :
KRISTOFF : C’est une perte énorme. Mais la pauvre, elle était condamnée.
SUNNIVA : Ah, c’est donc les seuls mots qui te viennent à l’esprit en la voyant ?
KRISTOFF : Tu pensais que j’allais fondre en larmes et hurler au désespoir ? Non, désolé, ce n’est pas mon genre.
SUNNIVA : Tu n’as donc aucun cœur, en fait. Mais ce n’est pas grave, je le savais déjà depuis bien longtemps.
KRISTOFF : Attends, laisse-moi…
SUNNIVA : Finalement, ce n’est pas étonnant que tu nous aies abandonné, maman et moi. Déjà quand tu habitais au château, ce n’était qu’un dortoir pour toi, tu n’étais jamais ici, avec nous, avec moi. Et finalement, quand tu es parti, je n’ai pas vu de différence. Mais en plus, tu n’as même pas essayé de me revoir.
KRISTOFF : Te revoir, c’était revoir Anna. Et ça, ce n’était pas possible pour moi.
SUNNIVA : C’est bien ce que je dis, tu as toujours fait passer ta personne avant les autres, pendant que moi, j’avais besoin d’un père, une figure masculine qui serait présente pour me faire grandir. Quand je vois qui incarne mon père, je n’ai aucune fierté.
***
Sunniva fit un pas de détermination vers son père, mais Kristina l’arrêta instantanément et lui lança « Non, Sunniva ! Tu ne peux pas tuer ton père… C’est moi qui vais le faire ! ». La princesse des Îles du Sud laissa exploser toute sa colère emmagasinée depuis le meurtre de son père, et se jeta sur Kristoff. Mais la pauvre ne pouvait pas vraiment rivaliser avec la force du montagnard. La vision effraya Sunniva, car elle savait que ça se finirait mal, et elle ne pouvait voir disparaître ni l’une ni l’autre. Kristoff prenait logiquement l’ascendant sur Kristina, qui souffrait de plus en plus, le montagnard lui tordant même le bras, mais alors qu’elle se retrouvait maintenue à terre et malmenée par Kristoff, elle aperçut un couteau dans sa poche.
Elle parvint à s’en saisir, et trouva la force de se relever. Les positions s’inversèrent, Kristoff était au sol et retenait le poing menaçant dans lequel Kristina tenait le couteau. Mais sachant qu’elle ne pourrait rivaliser de force, elle finit par ruser, elle relâcha son effort, Kristoff lâcha son poignet, et Kristina en profita instantanément pour lui donner le coup de grâce. Il n’y avait désormais plus de menace, Kristoff étant allongé au sol et ne répondant plus de rien. Kristina se releva, regardant toujours le montagnard d’un œil noir, et lâcha « Pour mon père ». Mais en se retournant vers Sunniva, la panique l’envahit. La princesse d’Arendelle avança à ses côtés, jeta un œil sur le corps gisant de son père, et soupira « Un mal pour un bien ». Elles quittèrent la chambre tranquillement pour rejoindre celle de Sunniva, et se prirent dans les bras, dans le silence total.
Quinze jours plus tard, les tourments qui avaient agité le royaume s’étaient dissipés. Arendelle vivait de nouveau dans la sérénité, et même dans la joie ce jour-là. Un jour de fête se préparait. En effet, des domestiques accrochaient des bannières dans toute la cité, et des navires arrivaient dans le port, et des souverains étrangers en descendaient. Les villageois se dirigeaient avec eux vers le château, dans une certaine excitation mais toujours sans créer de désordre. Dans la chapelle, certains invités déjà installés chuchotaient abondamment. Sur le côté de l’autel, vêtue d’une large robe de satin, Kristina attendait impatiemment. Bien sûr qu’elle avait été conviée à l’événement du jour. Elle ne prêtait même pas attention aux invités, elle n’attendait qu’une personne.
Dans le même temps, Sunniva se préparait dans sa chambre ; elle avait revêtu une mince et longue robe bleu nuit surmontée d’une épaisse cape mauve, et avait coiffé sa longue chevelure dorée en chignon. En se regardant dans la glace, le trac commença à la prendre. Elle prenait sur elle pour ne pas penser à la dernière fois où elle s’était présentée dans la chapelle. Cette fois, il ne se passerait rien de mal, elle aurait confiance en elle et saurait se gérer. Avant d’atteindre la chapelle, elle fit un détour par la salle des portraits, s’arrêta devant l’un d’eux, leva les yeux et lança : « Je suis prête ». Quand elle entra dans la chapelle, tout le monde se leva, Kristina se retourna et lui adressa un grand
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