nuit.
Les trois femmes poursuivirent leur chemin durant deux heures, jusqu’à arriver devant deux petits chalets éclairés. Anna préféra chercher un autre endroit, mais Sunniva rappela qu’elles marchaient depuis cinq heures aujourd’hui, et insista pour entrer dans la petite cabane, l’autre étant une boutique et donc fermée. Anna tenta de la retenir, arguant qu’elle savait qui y habitait, mais Sunniva n’en avait que faire. Mais en poussant la porte, elle comprit, et eut un sentiment fortement mitigé. Revoir son père aurait dû la réjouir, son visage se crispa légèrement, mais pas autant que celui d’Anna. De toute façon, Kristoff ne se réjouit pas non plus, au contraire, il n’avait pas oublié comment il s’était senti poussé à la porte treize ans auparavant. Les retrouvailles s’annonçaient tendues.
KRISTOFF : Que venez-vous faire ici ? J’ai déjà dit que je ne retournerai pas au château.
ANNA : C’est tout ce que tu trouves à dire, alors que tu revois ta fille pour la première fois depuis des années ?
SUNNIVA : Ne commencez pas à vous écharper de nouveau. Vous devriez avoir oublié depuis le temps. Papa, nous sommes seulement de passage pour la nuit, après on repart. Nous retraçons le parcours d’Elsa…
KRISTOFF : Et tant que j’y pense, personne n’est restée au château ? Anna, tu as encore laissé le royaume entre les mains d’un inconnu ?
ANNA : Tu me crois vraiment idiote à ce point ? Non, j’ai fait venir Lars. Tu as quand même un minimum de confiance en lui ?
(Sunniva profita que la discussion ait tourné pour prendre son père à part.)
SUNNIVA (lui chuchotant à l’oreille) : A ce propos, ne pourrais-tu pas juste me rendre un service en retournant au château ? Je n’ai pas confiance en cet homme.
KRISTOFF : J’allais le faire, justement. Tu croyais que je faisais confiance à quelqu’un qui venait des Îles du Sud ?
SUNNIVA : On se fiche de savoir d’où il vient ; de toute façon, il ne connaît pas le royaume. Vas-y, va reprendre ta place.
KRISTOFF (à Anna) : Bon, je repars, je ne vous dérange pas plus longtemps.
(Une fois Kristoff ressorti, les trois femmes s’assirent autour du feu.)
ANNA : N’y prête pas trop attention, ton père a toujours eu ce sale caractère.
SUNNIVA : Pourquoi parlait-il d’un inconnu ?
ANNA : Oh, eh bien, en partant retrouver Elsa, j’avais laissé le royaume au prince Hans. Kristina, tu dois bien le connaître, puisque c’était ton oncle.
KRISTINA : Eh bien, non, je ne connais presque rien de lui, papa n’en parlait presque jamais. Ils devaient être jaloux ou se détester ou je ne sais quoi.
SUNNIVA : Ça ne répond toujours pas à ma question. Qu’est-ce qu’il a fait au royaume ?
ANNA : En fait, avant Kristoff, j’avais eu un coup de foudre pour Hans, mais il voulait juste s’emparer d’Arendelle, en éliminant Elsa, voilà tout. Mais Ian avait fait bien pire, juste pour se venger.
SUNNIVA : Qui ça, Ian ? Je ne comprends pas, ils étaient si nombreux que ça ?
KRISTINA : Une fratrie de douze, avec plus ou moins des groupes. Je crois qu’ils avaient écarté Hans parce qu’il était le dernier, mais que Ian était toujours avec lui.
ANNA : Oui, et pour se venger, il était venu à Arendelle avec son allié pour manipuler Elsa et la faire chuter. D’ailleurs, je voulais justement t’en parler. Ne laisse pas tes pouvoirs te dominer, et surtout ne laisse personne t’influencer.
SUNNIVA : Ah, c’est parce qu’ils étaient attirés par ses pouvoirs et qu’ils voulaient les lui faire utiliser contre elle ?
KRISTINA : Sunniva, je peux te parler en privé, s’il te plait ?
***
Depuis leur départ de la cité, Sunniva n’avait pas changé son regard sur Kristina. Ce voyage initiatique l’aurait on ne peut plus réjouie, si cette « gênante » adolescente ne s’était pas invitée inopinément au cortège. Et pour quelle raison, d’abord ? Quelles étaient ses intentions ? Sunniva ne la connaissait pas, Anna à peine. Et elle venait d’un royaume qui évoquait des mauvais souvenirs à Arendelle. Mais surtout, Anna avait accepté sa présence sans réfléchir, sans penser à sa fille. Sunniva gardait un œil excessivement méfiant sur la princesse, qu’elle voyait comme un poids, celle qui l’empêchait de profiter pleinement de son bonheur. Mais Anna les incita quand même à se rapprocher, estimant que Sunniva devait socialiser avec d’autres personnes, même si cela l’irritait de se retrouver seule en tête-à-tête avec Kristina.
SUNNIVA : Tu cherches une justification à pourquoi tu t’es invitée comme ça, sans réfléchir ?
KRISTINA : Je sais que ma présence t’embête, mais après tout, il suffisait de refuser, non ?
SUNNIVA : Je t’écoute. Pourquoi tu tenais à nous accompagner, alors que ce qu’on cherche ne te concerne pas ?
ANNA : Ne commence pas, Sunniva. On a encore du trajet à faire demain, et je veux que ça se fasse dans un climat détendu.
SUNNIVA : Mais enfin, maman ! Tu as pensé à moi au moment de la faire venir avec nous ? Je voulais que ce voyage soit juste entre toi et moi !
ANNA : C’était trop compliqué de dire « Je ne veux pas qu’elle vienne » ? Et puis, il faut que tu apprennes à côtoyer d’autres personnes que moi, si tu ne veux pas te retrouver complètement isolée comme a fini Elsa.
KRISTINA (à voix basse) : Wow, les relations mères-filles, c’est quelque chose de pas simple.
SUNNIVA : Toi, je te déconseille de te mêler de nos affaires.
ANNA : Et allez, c’est reparti. Tu es décidément intenable, Sunniva.
(Kristina attrape vigoureusement Sunniva par le bras et l’éloigne d’Anna.)
KRISTINA : OK, je n’ai pas le droit de rentrer dans vos affaires. Mais à ta place, j’éviterais les conflits avec ta mère. Tu sais pourquoi ? Parce que tu as la chance qu’elle soit là. Moi, la mienne, elle a disparu. Jamais je ne pourrais la revoir.
SUNNIVA (tente de contrôler ses nerfs) : Désolée. Je ne pouvais pas savoir.
KRISTINA : Je voulais seulement savoir, essayer de comprendre ce que c’était qu’une relation mère-fille.
SUNNIVA : Mais ne pouvais-tu pas choisir un autre moment pour ça ?
KRISTINA : Ben, pas vraiment, comme nous ne pouvons pas souvent venir à Arendelle, je m’étais dite que je sauterais sur l’occasion. Tu peux au moins comprendre ça ?
SUNNIVA : Ouais… Ouais, je peux faire mine de comprendre.
Finalement, la nuit se passa sans accroc, si ce n’était le vent qui passait à travers les planches du chalet. Le lendemain matin, au moment de repartir poursuivre le voyage, l’ambiance était bien plus tranquille. Les filles discutaient plus, surtout Kristina et Sunniva. Le petit groupe prenait chaque fois plus de hauteur, jusqu’à arriver au milieu des nuages. Mais plus elles montaient en altitude, plus Anna fatiguait et plus son souffle semblait diminuer. Sunniva finit par la prendra par la main pour l’entraîner derrière elle. Mais elle se fatiguait aussi, elle ne voyait plus le bout du périple et demandait plusieurs fois à sa mère ce qu’il y avait au bout, en dehors d’une surprise.
Mais en arrivant au bout, Sunniva comprit. Et resta bouche bée, les yeux écarquillés. Jamais elle n’avait pensé que l’on pouvait bâtir un si grand édifice que le palais de glace d’Elsa avec leurs pouvoirs. Elle grimpa les marches du long escalier très lentement, à la fois émerveillée et anxieuse, mais encouragée par sa mère à rejoindre la grande porte d’entrée. Mais en se retournant, elle remarqua que Kristina était restée au pied de l’escalier.
SUNNIVA : Pourquoi tu ne viens pas avec nous ? Allez, monte.
KRISTINA : Non, c’est gentil mais je vais rester ici, si c’est important pour toi.
SUNNIVA : Oh, tu ne vas pas rester en bas tout seule. Allez, rejoins-nous !
Kristina accepta finalement de les rejoindre et elles entrent ensemble au milieu de l’immense palais. Sunniva leva les yeux et regarda la pièce avec le même émerveillement que lorsque sa mère avait découvert le palais, vingt ans auparavant. Kristina restait en retrait mais n’en était pas moins
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