plus.

 

            Une semaine après leur vive altercation, Sunniva ne décolérait toujours pas. Personne ne pouvait la persuader qu’elle avait inconsciemment blessé sa mère. Non, pour elle, Anna s’était emportée sans raison, et cela ne faisait qu’assombrir leurs rapports. Au moins pouvait-on lui accorder le fait qu’elle ne le savait pas. Alors qu’elle triait ses affaires, une des rares choses qui lui étaient permises, en fouillant dans une petite boite… Elle le retrouva. Ce fameux collier bleu translucide dont elle n’avait aucun souvenir. Sunniva contint tout de même sa surprise et chercha à comprendre quelle était son origine. Elle vit alors, dans le pendentif en forme d’étoile, son nom en lettres majuscules. Là, elle ne pouvait plus se cacher. « Ce collier signifie quelque chose. Si personne ne veut me le dire, je vais le découvrir moi-même », chuchota-t-elle. Elle s’empressa vers le bureau où se trouvait Anna et en ouvrit vigoureusement la porte. Les dents serrées, Anna ne leva même pas la tête.

 

ANNA : Je suis occupée.

SUNNIVA : Oui, ben je pense que ton occupation peut attendre, j’ai autre chose de plus important.

(Sunniva brandit le collier sous les yeux d’Anna, qui leva la tête en gardant le regard noir.)

SUNNIVA : Ce collier… Je veux des explications. Vu sa petite taille, je devine qu’il a été fait pour ma naissance, n’est-ce pas ?

ANNA : En effet, mais…

SUNNIVA : Et donc ce n’est pas moi qui l’ai confectionné. Sinon, je m’en serais souvenu.

ANNA : D’accord, mais où veux-tu en venir ?

SUNNIVA : Suis-je réellement la seule dans ce monde à pouvoir créer la neige et la glace ?

 

            Anna ne répondit pas mais elle accepta. Enfin elle allait mettre des mots sur l’histoire d’Elsa face à sa fille. Sans dire un mot, elle l’emmena dans la salle des portraits et la mit face à celle dont elle n’avait jamais rien su. Elle était seule, droite dans sa robe bleu ciel, et l’expression de ses yeux bleus touchait directement celui qui observait son portrait, et plus encore pour Sunniva. Il y eut un long silence entre elle et sa mère, l’une à côté de l’autre, aucune ne sachant par où commencer. Puis Sunniva brisa le silence.

 

SUNNIVA : Pourquoi tu ne m’as jamais parlé d’elle, alors qu’elle seule aurait pu me comprendre ?

ANNA : Je ne sais pas… J’avais peur, justement, que tu l’admires tant au point de me délaisser…

SUNNIVA : C’est pourtant ce que toi-même, tu as fait avec moi.

ANNA : Je te l’ai déjà répété plusieurs fois, tu étais devenue assez grande pour t’autonomiser… Bref… Certes, c’est elle qui avait les mêmes pouvoirs glacés que toi, mais c’est moi ta mère.

SUNNIVA : Qu’a-t-il pu se passer pour qu’elle disparaisse si soudainement… Sans que je ne puisse la connaître ?

ANNA : Ce serait long à t’expliquer…

SUNNIVA : Ah non ! Je ne veux plus de cette excuse ! (Baisse d’un ton) Je veux savoir ce qu’elle a vécu… Je veux savoir d’où je viens.

ANNA : D’accord, un jour, je prendrais le temps…

SUNNIVA : Mais tu ne comprends pas ! JE VEUX COMPRENDRE ! Et maintenant ! Il me semble que j’ai déjà trop attendu. Je veux suivre ses traces.

 

            Devant l’insistance de sa fille, Anna accepta. Dès le lendemain, elles partiraient au cœur des montagnes dans ce qui ressemblerait à un devoir de mémoire. Sunniva, comme elle le souhaitait depuis longtemps, allait enfin marcher sur les pas de celle qu’elle voyait comme un modèle, et connaître tous les événements qui ont mené à elle. Mais pendant qu’elles partiraient en expédition, qui allait veiller sur Arendelle ? Anna n’allait sûrement pas répéter l’erreur qu’elle commit déjà avec Hans. De toute façon, elle avait déjà un régent tout trouvé. Ni une ni deux, elle fit dépêcher Lars, qui débarqua avec sa fille.

 

ANNA : Merci d’avoir pu venir aussi vite, Lars.

LARS : Il n’y a pas de mal. Mais quelle raison vous pousse à me confier le trône aussi précipitamment ?

ANNA : Je dois partir avec Sunniva mais je vous expliquerai plus tard.

KRISTINA : Pourrais-je me joindre à vous pour ce voyage ?

(Le visage de Sunniva se crispa légèrement.)

ANNA : Euh… Bien sûr. Mais vous serez donc seul au château ?

LARS : Ce n’est pas un mal pour moi.

ANNA : Bon, eh bien, allons-y.

SUNNIVA : Oui, ne perdons pas de temps.

 

***

 

            Et voilà les trois femmes parties pour un périple sur les traces de celle qui aura eu à peine le temps de retrouver sa sérénité, mais surtout qui n’aura pas pu retrouver la joie passée partagée avec sa chère petite sœur. Nul doute qu’Elsa aurait été fière de côtoyer celle qui, d’une certaine manière, incarnait sa descendance, mais surtout, elle seule aurait pu comprendre réellement la situation de Sunniva. Si cela ne pouvait pas répondre à toutes ses questions, ce devoir de mémoire aiderait au moins Sunniva à comprendre la portée de ses pouvoirs, mais aussi ses dangers. Quant à Anna, ayant déjà vécu ces péripéties, elle pourrait les aborder avec plus de recul et y mettre des mots plus objectifs, ayant fini par comprendre la personnalité complexe de sa regrettée sœur.

 

            Pourtant, une troisième femme s’était jointe à elles. Quel intérêt avait Kristina à les accompagner, au lieu de rester avec son père pour l’aider à maintenir Arendelle ? Peut-être voulait-elle seulement mieux les connaitre, mais alors cela pouvait attendre. Et pourquoi Anna avait accepté sans réfléchir sa compagnie ? Peut-être voulait-elle éloigner Sunniva de sa solitude, réparer l’erreur de l’avoir délaissée, ou même lui trouver une amie. Mais dans ce cas, si elle pensait faire plaisir à sa fille, elle se trompait complètement. Sunniva n’avait pas ouvert la bouche depuis leur départ du royaume, et jetait fréquemment un regard en coin sur Kristina, ce que la princesse des Îles du Sud avait du mal à saisir.

 

            En jetant un œil aux alentours, Anna arrêta le petit groupe au niveau d’une falaise dégagée de la forêt, d’où l’on pouvait voir toute la cité d’Arendelle. Elle demanda à Sunniva de s’approcher. La vue émerveilla la jeune princesse. Kristina hésita puis les rejoint, tout en restant à l’écart de Sunniva.

 

ANNA : Tu vois le royaume, tout en bas ? Essaye de le visualiser enseveli sous la neige.

SUNNIVA : C’était tant la catastrophe que cela ?

ANNA : Oui, c’était comme si le royaume avait été abandonné pendant des décennies. Les toits étaient recouverts de neige, le sol gelé, et des stalactites se formaient même.

SUNNIVA : Ce devait être horrible, surtout pour les gens qui étaient coincés là-bas. Je n’imaginais pas qu’Elsa ait pu créer un tel cataclysme. Mais comment, enfin pourquoi en était-elle arrivée là ?

KRISTINA : Oui, normalement, entre sœurs, vous deviez être très fusionnelles, non ?

ANNA : C’était le cas, jusqu’à ce qu’on soit séparées. Un jour, j’ai eu le malheur de ne pas l’écouter, et elle m’a blessée, justement avec ses pouvoirs. A partir de là, tout a changé.

SUNNIVA : Mais quand vous vous êtes retrouvées, que s’est-il passé ? Vous auriez dû vous réjouir…

ANNA : Moi, j’étais réjouie. Mais Elsa s’obstinait à dire que rien ne serait comme avant. Si j’avais su, je ne l’aurais pas poussée à bout. Mais moi, je voulais qu’on retrouve notre complicité, alors qu’elle s’y refusait.

SUNNIVA : Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas : quand vous étiez enfants, tu savais qu’elle avait des pouvoirs. Tu l’avais oublié ?

ANNA : Euh… En quelque sorte. Mais j’expliquerai ça plus tard. La nuit commence à tomber, trouvons un endroit pour y passer la



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