fille.
Mais plus Sunniva grandissait et plus Anna réduisait sa présence auprès d’elle, justifiant qu’elle était assez grande pour s’épanouir par elle-même. Et puis elle devait surtout s’occuper de son royaume, dont la stagnation depuis plusieurs années avait fait naître chez certains de la méfiance et même des reproches, ce qui ajoutait déjà à la pression de celle qui devait tout apprendre ou presque sur le terrain. Elle passait beaucoup de temps isolée dans un bureau à lire des archives de l’époque de feux ses parents, sans savoir que cela affectait Sunniva, elle qui avait hérité du sens aigu de la famille de sa mère et du caractère complique de son père. Elle s’est sentie délaissée, alors qu’elle n’avait que sa mère comme famille.
C’était aujourd’hui que Sunniva, ayant atteint la majorité, devait être faite héritière au trône d’Arendelle. Pour l’occasion, toute la cité avait été décorée de bannières et guirlandes blanc nacré. Les villageois, pourtant, ne se précipitaient pas vers le château, la grande majorité était surtout animée par la curiosité, étant donné que Sunniva n’apparaissait que rarement en public. Ils n’avaient même jamais eu vent de ses pouvoirs glacés. Les quelques dignitaires ayant fait le déplacement étaient eux aussi très curieux de savoir qui seconderait Anna. Parmi eux se trouvait bien sûr Lars. La reine d’Arendelle et le prince des Îles du Sud avaient maintenu un contact régulier, et même dégelé leurs relations diplomatiques. Anna, vêtue d’une robe de tailleur gris-bleu, vint l’accueillir sur la grande place.
ANNA : Lars, quel plaisir de vous revoir !
LARS : Le plaisir est partagé. Nous avions hâte de revenir dans ce bel endroit. Il règne une ambiance assez festive.
ANNA : Et tu dois être Kristina, je suppose ?
KRISTINA : Vous supposez bien. Effectivement, cet endroit est magnifique. Et j’ai hâte de rencontrer Sunniva, je suis sûre qu’on peut bien s’entendre.
ANNA : Justement, je vais aller vor où elle en est. Lars, profitez-en pour lui faire visiter la cité.
Seule dans sa chambre, Sunniva avait revêtu une longue robe gris anthracite ornée de motifs dorés et blancs. Mais un sentiment mitigé la dominait, entre excitation et pression. La jeune princesse avait le sentiment de devoir se débrouiller seule, l’absence de sa mère à ses côtés l’irritait, elle se répétait sans cesse « Est-ce qu’elle va penser à venir me voir ? ». Juste au moment où elle allait la faire appeler, Anna entra dans sa chambre.
SUNNIVA : Ah, maman, tu es enfin là.
ANNA : Je voulais être sûre que tout allait bien, ma chérie.
SUNNIVA : Ben, ça irait mieux si tu étais là, mais bon. Comment je vais réussir à tenir, maman ?
ANNA : Par rapport à tes pouvoirs ? N’y pense pas. Il faut que tu te sortes cette idée de la tête. Sois sereine et tout se passera bien.
Et Anna sortit et rejoignit la chapelle pour y accueillir les invités, qui entrèrent calmement et sans chahuter. Il n’y avait pas de quoi rassurer Sunniva dans les mots de sa mère ; après sa sortie, elle soupira les dents serrées « Facile à dire, tu n’as pas de pouvoirs ». Pourtant, il fallait bien y aller. Sunniva descendit lentement les escaliers, d’un pas peu assuré, la mine craintive, mais les applaudissements des invités, émerveillés par sa beauté et sa grâce, lui firent esquisser un sourire. Mais alors que l’évêque prononçait un discours, Sunniva vit que le gel apparaissait sur le sceptre et le diadème qu’elle tenait dans ses mains, ce qui ne l’aida pas à surmonter la pression, et le stress lui monta, jusqu’à ce qu’elle craque et laisse échapper ses pouvoirs dans la salle.
Les invités furent secoués par le sort soudainement lancé, qui fit des dégâts. Tous les regards se portèrent sur Sunniva, des regards médusés, entre crainte et effroi, notamment Kristina. Tous se remémorèrent la nuit de peur où Elsa plongea le royaume dans l’hiver, et craignirent qu’un tel épisode puisse se reproduire, surtout qu’ils ne savaient pas l’existence des pouvoirs de Sunniva. La jeune princesse, voyant tous les regards braqués sur elle, on ne peut plus choqués, sentit un mélange de honte et de peur lui monter à la tête, et elle s’enfuit dans sa chambre et s’enferma à double tour. Anna pria les invités de quitter la salle et monta jusqu’à la chambre de sa fille. En entendant le bruit de la serrure, Sunniva s’énerva.
SUNNIVA : Laisse-moi tranquille !
ANNA : Pourquoi as-tu piqué une telle crise ? Je croyais que tu pouvais surmonter ça…
SUNNIVA : J’aurais pu surmonter ça, en effet, si tu étais un peu plus là pour moi !
ANNA : Il me semble que j’ai bien joué mon rôle de mère…
SUNNIVA : Ah oui ? Alors pourquoi tu as poussé papa à partir ? Et pourquoi tu m’as délaissé au fil du temps ? Hein, parce que je ne suis pas aveugle, j’ai bien vu que…
ANNA : Je t’arrête tout de suite ! Alors oui, ton père est parti, mais honnêtement, tu as vu une différence ?
SUNNIVA : On la sent, la différence ! Tu l’as fait partir parce que tu trouvais qu’il ne s’occupait pas assez de moi ? Et toi, qu’est-ce que tu as fait ensuite ? Je me suis retrouvé seule !
ANNA : Tu peux au moins comprendre que j’ai d’autres occupations, je ne peux pas passer tout mon temps avec toi, et puis il me semblait que tu étais assez grande pour te gérer toi-même. J’ai eu la preuve du contraire aujourd’hui. Elsa, au moins, avait résisté…
SUNNIVA : Qui ça, Elsa ? Pourquoi tu ne m’as jamais parlé d’elle ? Si c’est d’elle que je tiens mes pouvoirs, il fallait le dire tout de suite !
ANNA : Je te l’ai déjà dit, tu étais trop jeune pour tout comprendre. Il n’empêche qu’Elsa avait su gérer la pression seule…
SUNNIVA : Oui, ben ça ne l’a pas sauvée apparemment…
***
Anna ne supporta pas que sa fille lui rappelle si violemment la disparition de sa chère sœur, et ne put se retenir. Alors que Gerda passait dans le couloir pour ranger des couverts, elle entendit un grand « clac » venant de la chambre de Sunniva, avant qu’Anna n’en sorte et rejoigne sa chambre, en pleurs et sous le regard hagard de la gouvernante qui traduisait son sentiment mêlé de surprise et d’incompréhension. Jamais elle n’avait vu la reine d’Arendelle craquer de la sorte, mais Sunniva avait eu le malheur de raviver un très mauvais souvenir, et surtout sans aucune conscience. Celle-ci était recroquevillée dans le coin de sa chambre, en larmes, sonnée et enragée. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? C’est ce qui résonnait dans sa tête. Elle lança vers la porte un regard noir glacé de ses yeux turquoise. L’entente n’était déjà pas au beau fixe entre mère et fille, cette fois la rupture était consommée.
Et pendant plusieurs jours, l’ambiance au sein du château fut pesante. Personne ou presque n’osait parler, hormis pour des affaires importantes. Alors qu’elles parlaient souvent pendant les repas, Anna et Sunniva se toisaient dès qu’elles se croisaient ; Anna ne quittait que rarement le château, et restait souvent de longues heures dans un sombre bureau, le visage fermé, le regard fixé sur des papiers dont elle déchiffrait à peine le contenu, tant cela lui importait peu. Sunniva restait cloitrée dans sa chambre, si seulement elle osait en sortir, tantôt assise tantôt allongée sur son lit, à contempler la tapisserie, sans autre occupation que les livres qu’elle avait déjà lus trois ou cinq fois. Elle s’ennuyait entre ces quatre murs desquels elle se sentait prisonnière, et ruminait sa colère. C’était comme si l’âme du château avait disparu, il était toujours
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