La nuit commençait à tomber sur Arendelle en cette belle journée de fin d’été. Le soleil se couchait avec sa lueur couleur feu, telle celle des premières feuilles mortes qui choyaient au sol. Les villageois désertaient la grande place et rentraient chez eux. Plus loin, on pouvait entendre les tailleurs de glace qui descendaient des hautes montagnes, leurs traîneaux bien chargés de blocs translucides. Après leur passage, le royaume se rendormait, paisible. La brise légère sifflait en traversant les ruelles du royaume et s’échouait contre les façades boisées des maisons. Seule la lueur de la lune donnait un peu de lumière. Pas un bruit, pas un murmure, hormis le clapotis des eaux qui bordaient le royaume. Arendelle était eu repos.
En plein cœur de la nuit, pourtant, une de ses âmes s’éveilla. La lueur de la lune réveilla la petite princesse Sunniva. Pour la fille du couple princier Anna et Kristoff, c’était l’heure de s’amuser avec ses pouvoirs, les mêmes qui, auparavant, faisaient se répandre la neige et la glace des mains de la reine Elsa. Elle faisait la fierté de ses parents, et elle était fière de posséder ces pouvoirs. Hélas, par prudence, elle ne pouvait les utiliser que la nuit, à l’abri des regards. Ainsi, cette nuit-là, comme les autres, elle se précipita vers la chambre de ses parents, monta sur leur lit et dit à sa mère :
SUNNIVA (à voix basse) : Maman, allez, debout, debout !
ANNA : Sunniva, va te recoucher…
SUNNIVA : Mais c’est l’heure de jouer ! Allez, viens, maman !
KRISTOFF (à moitié endormi) : Ecoute ce que dit ta mère, Sunniva…
SUNNIVA : Mais regarde, maman, le ciel se réveille !
Devant l’insistance de sa fille, Anna ne put que s’incliner et se forcer à quitter le lit, tout en espérant secrètement que cela ne durera pas éternellement. Depuis les trois ans de sa fille, c’était devenu un rituel presque quotidien pour Anna de se lever à trois heures du matin pour emmener sa fille dans les montagnes. En fait, depuis la naissance de sa fille, Anna était devenue une mère aimante, et surtout prudente. Elle préférait que personne ne sache que Sunniva avait des pouvoirs.
Ensemble, Anna et Sunniva partirent dans les environs du royaume, à plus d’une demi-heure de marche du château, sur une terre qui n’avait pas encore été gagnée par les habitations. Comme toutes les nuits avant le lever du soleil, elles jouèrent à faire des glissades sur la glace projetée par Sunniva, à faire des bonhommes de neige ou encore à se lancer dans des batailles de boules de neige interminables. Et elles ne s’en lassaient jamais. Après une énième glissade en luge, Sunniva était bien essoufflée. Anna lui proposa alors de faire une pause.
ANNA : On s’est bien amusé, n’est-ce pas ?
SUNNIVA : Oh, oui, maman !
ANNA : Mais la prochaine fois, fais attention aux pierres. Fais voir ton genou… ça va, rien de trop grave. Mais on va rentrer au château soigner tout ça.
SUNNIVA : Oh non, maman, encore cinq minutes, allez !
Evidemment, Anna ne put refuser à sa chère fille de jouer encore un peu de temps. Mère et fille remontèrent en haut de la pente, mais cette fois, Sunniva, arrivée en bas, dans l’excitation, et sans qu’Anna n’aie le temps de la retenir, sauta fort au sol, les pieds joints en avant, ce qui eut pour effet de créer une épaisse et large couche de glace, sur laquelle elle-même glissa. Cela fit un grand bruit sourd, ce qui inquiéta très vite Anna. Sans réfléchir, elle prit Sunniva dans ses bras et se dirigea vers le château d’un pas pressé, en jetant l’œil sur toutes les maisons, de crainte que l’imprudence de Sunniva ait réveillé des villageois, ce qui ne fut heureusement pas le cas.
A l’intérieur du château, Anna coucha sa fille sans s’expliquer sur les raisons de leur retour prématuré, même si Sunniva le lui demandait continuellement, puis se remit au lit, un peu précipitamment puisque cela réveilla Kristoff, qui fit cependant mine de n’avoir rien entendu. Pourtant, Anna ne parvint pas à retrouver le sommeil, se demandant sans cesse comment tous allaient réagir.
Le lendemain matin, le petit-déjeuner se passa normalement, hormis que personne n’était très bavard et que Kristoff quitta prématurément la table, suspectant que quelque chose s’était passé pendant la nuit avec Anna et Sunniva. Il sortit sur le balcon et ne vit rien d’étrange, jusqu’à ce qu’il surprenne une conversation entre plusieurs villageois, justement regroupés près de la plaque de gel que Sunniva avait laissée. Il tendit l’oreille, tout en restant discret et en gardant l’œil sur le reste de la cité.
VILLAGEOIS 1 : Vous avez dû être réveillés par un bruit, vous aussi, n’est-ce pas ?
VILLAGEOISE 1 : Il a dû y avoir un rocher qui s’est détaché de la montagne pour faire ce bruit-là, ça ne peut pas venir du gel.
VILLAGEOIS 2 : Il faudrait demander à ceux qui y habitent, mais personne ne s’est plaint.
VILLAGEOIS 1 : Non, je suis persuadé que c’est cette plaque de gel qui a fait ce bruit.
VILLAGEOIS 2 : C’est cette plaque en elle-même qui n’est pas normale, il ne fait pas assez froid pour qu’il gèle.
VILLAGEOISE 1 : Oui, et même, ce serait les eaux qui seraient d’abord gelées ; or regardez, l’eau coule parfaitement.
(A ce moment-là, Kristoff rentra à l’intérieur, et tomba nez-à-nez sur Anna)
KRISTOFF : Comment ça s’est produit ?
ANNA : Mais… je l’ignore, on jouait simplement à glisser sur la montagne et… elle a sauté et… voilà, je ne peux pas dire plus.
KRISTOFF : Enfin, Anna, pourquoi tu te laisses aller à ses jeux au lieu de…
ANNA : Je fais mon possible pour qu’elle soit heureuse, tout simplement.
KRISTOFF : Tu ne penses pas qu’il vaudrait mieux consacrer ce temps-là à l’aider à maîtriser ses pouvoirs, plutôt que de la laisser les répandre partout ?
ANNA : Tu voudrais peut-être que je l’enferme comme mes parents ont enfermé Elsa ? Pas question !
KRISTOFF : Je ne te demande pas de l’enfermer, mais simplement d’être présente pour elle.
ANNA : Ah ben c’est sûr, c’est toi qui dis ça, toi qui passe tes journées dans les montages, tu me reproches de ne pas être assez présente ?
KRISTOFF : Eh ben tu sais quoi ? J’y retourne, dans les montagnes, là où je me sens vraiment être moi-même.
ANNA : Je ne te retiens pas, on ne verra pas la différence.
Kristoff, visiblement excédé, ne fit pas mentir sa parole et sortit directement du château, sous le regard noir d’Anna. Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est que Sunniva les avait entendus, cachée derrière un mur. Leur dispute lui fit monter les larmes aux yeux. Anna, en l’entendant sangloter, la prit fort dans ses bras, et lui chuchota : « Ne t’inquiète pas, je serai toujours là pour toi ».
***
Les années passèrent, et Anna passait le plus clair de ses journées à chérir sa fille. Les reproches de Kristoff, qui n’est plus jamais revenu au château, ne l’ont pas effrayée, et elles continuèrent de longues années à jouer avec les pouvoirs de Sunniva, qui apprenait tant bien que mal à les maîtriser. Il faut dire qu’elle les eut longtemps vus comme un jouet, sans jamais savoir d’où elle les tenait. Ce n’était pourtant pas faute de demander, notamment une fois, alors que Sunniva avait 8 ans, où elle se trouvait dans la salle des portraits avec sa mère et demanda qui était la femme avec la robe bleu ciel. Une question qui resta sans réponse, Anna estimant qu’elle était trop jeune pour comprendre. La jeune souveraine ne trouvait pas le cœur d’en parler, même si c’était important pour le bien-être de sa
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