Il tenta de revenir sur ses pas, tout en gardant son adversaire de face, les bras tendu sur son épée. L’immense bête parut amusée, elle savait qu’il ne faisait pas le poids. Tout à coup, l’adolescent se sentit bousculer, le dragon venait de le faire basculer en arrière avec sa queue. En position d’impuissance, le garçon essayait de se protéger au maximum.
La tête du Cauchemar Monstrueux se rapprocha lentement, prête à croquer Harold. Ce-dernier donnait de vains coups d’épée qui n’atteignirent pas l’animal. Il n’y croyait pas, mais la peur le poussa à se retourner sur le ventre, et à ramper pour fuir le danger. Le dragon prit un élan, la gueule ouverte, mais lorsqu’il fondit sur le jeune viking, sa tête reçu un choc et dans la seconde, il porta la patte à son œil d’où s’échappait un flot de sang. Harold ne sut ce qu’il c’était passé, il ne chercha pas à comprendre et se mit à courir le plus loin possible. Il passa devant l’arbre d’où il venait, et remarqua l’absence de sa partenaire. Il chercha la princesse rousse des yeux, balayant la clairière. D’autres dragons étaient encore en train d’arriver, le feu avait pris dans la forêt, et les reptiles saccageaient tout ce qu’il pouvait. Le Cauchemar Monstrueux releva la tête, à la recherche du responsable. En effet, quand il retira sa patte qui masquait son visage écailleux, Harold découvrit avec horreur une flèche en plein dans l’œil de l’animal. Soudain, une seconde flèche percuta le grand reptile à peu près au même endroit. Cette fois, le garçon brun vit d’où la flèche partait. Mérida était perchée dans les branches de l’arbre, elle était magnifique, les cheveux flamboyants flottant dans le vent, les yeux fixés sur son adversaire, l’allure héroïque. Elle s’apprêtait à tirer une autre flèche lorsqu’un grondement se mit à résonner. Comme tout à l’heure, le sol se mit à trembler, des flots de terre explosèrent et un long coup gris argenté sortit de terre.
Le Murmure Mortel s’était déplacé et se tenait maintenant à quelques mètres à peine de la rouquine. Celle-ci se retourna, les yeux écarquillés, le visage figé par l’effroi. Tout se passe très vite, Harold eut à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait. Le dragon aux petits yeux et à la mâchoire énorme fondit sur Mérida à toute allure. La jeune fille redescendit aussi vite qu’elle put dans les branchages, mais l’immense mâchoire pleine de dents s’affaissa sur l’arbre dans un éclat de poussière et de bois. Le choc renversa Harold qui échoua un peu plus loin. Il se redressa, débarrassant ses yeux de la poussière qui embuait sa vue. Il voyait le Murmure Mortel donner des coups de dents contre le monticule de bois, le sang de l’adolescent se mit à bouillir en lui. Il saisit son épée et se précipita vers le dragon menaçant. Dans un cri de rage, Harold prit un élan et bondit en direction du cou de la bête. L’épée au-dessus de sa tête alla se planter dans la nuque argentée du reptile. Le jeune viking la retira, et s’attaqua à la tête du dragon qui s’égosillait sous la douleur. Blessé, la bête tenta de répliquer en tendant sa patte aux griffes immenses vers son adversaire, mais ce-dernier, dans une poussée d’adrénaline, trancha la gorge du Murmure Mortel. Le grand dragon eut un dernier soupir suraigu avant de perdre la vie. Une agitation grandit dans la clairière, les dragons perdaient le contrôle, certains, effrayés par la perte d’un membre de leur espèce prirent la fuite, tandis que d’autres cédaient à la panique et détruisaient tout sur leur passage, et se battaient entre eux.
Harold lâcha son arme. Elle tomba et dévala le monticule de bois dans un fracas métallique. L’adolescent se laissa tomber, assit au milieu des ruines de l’arbre mort, les bras pendants, le visage embrumé de colère, balafré de tristesse. Il ne faisait plus attention au chaos qui régnait désormais autour de lui. Le bruit des combats, l’atmosphère étouffante, le feu qui dévorait toute la clairière. La fumée finit par le prendre à la gorge et, toussant douloureusement, il bascula sur le côté. Ses yeux cherchaient une trace de Mérida dans les décombres. Il sursauta presque lorsqu’il aperçut la main pâle de sa dulcinée. Dans un dernier effort, il souleva quelques gros morceaux de branches, et se laissa plonger sans connaissance à côté de la jolie rouquine, avec comme derniers souvenirs, une étrange détonation dans le ciel, et le doux visage aux yeux clos de la jeune fille.
Chapitre 6
« Vous pensez qu’ils vont s’en sortir, Nanaka ?
- Le jeune homme à plusieurs brûlures intenses, il va mettre du temps avant de cicatriser, il a aussi respiré beaucoup de fumée. Je fais de mon mieux, mais seul le temps leur viendra en aide.
- Et pour la fille ?
- Elle a eu plus de chance. Son corps a été mieux préservé de la fumée, mais elle à de nombreuses blessures et coupures. Ne vous inquiétez pas, Amélia, ils survivront. »
Trou noir. Il ne savait pas depuis combien de temps ça durait. Il était enfermé dans un sommeil profond, mais depuis peu, il percevait des sons, des odeurs. Peu à peu, ses sens étaient revenus. Il ressentait une terrible sensation de brûlure. Il avait l’impression que ses poumons se contractaient et se tordait à chaque fois qu’il inspirait. Il entendait l’agitation autour de lui.
« Alors, c’est pour bientôt ? »
Cette voix ne lui était pas inconnue. Comme il était encore prisonnier de son corps engourdi, il eut tout le loisir de réfléchir à quel moment il avait entendu cette voix.
« Oui, il commence à réagir aux tests. Il devrait se réveiller d’ici un jour ou deux.
- Parfait, il va nous dire ce qu’il à trouver sur l’île.
- Bagheera, tu n’as pas intérêt à lui sauter dessus dès son réveil ! Laisses lui le temps de se remettre. Tu m’as bien comprise ? »
Harold imagina la réaction de la panthère noire, impatiente d’avoir des réponses. Le trou noir commençait à la happer de nouveau. Il était moins fréquent, et durait moins longtemps qu’il y a quelques jours. D’ailleurs, depuis combien de temps était-il là ? Cette notion il était devenu totalement inconnue ces derniers temps.
« Ça y est, il se réveille ! Regarde Krokmou, Harold ouvre les yeux ! »
La voix si reconnaissable de Stoïk encouragea le garçon brun à puiser dans ses réserves. Il était comme un enfant lors de la naissance, son combat pour reprendre possession de son corps était douloureux et éprouvant. Il sentit son père lui empoigner la main, afin de l’aider. Après de nombreux efforts, Harold se tira enfin de son coma et se redressa sur son lit. Les plaies lui rappelèrent aussitôt son état critique et le chef viking dû se retenir de serrer son fils dans ses bras. Il essayait tant bien que mal de cacher ses larmes de joie derrière sa barbe foisonnante.
« Je suis si heureux que tu sois en vie ! J’ai eu terriblement peur pour toi, mon fils.
- Hum, papa ? Comment je suis arrivé ici ?
- Eh bien, encore une fois, ton dragon a prouvé sa valeur. Tu étais déjà dans un sale état quand il t’a trouvé, mais on a eu de la chance. Oh par Thor tout puissant si tu savais comme je me suis fait du mauvais sang alors que tu ne te réveillais pas ! »
Cette fois, il ne put pas se retenir. Le viking aux gros bras étreint son fils et le serra fort contre lui. Le garçon gémit de douleur, il dû repousser son père comme il put pour s’en débarrasser. Confus, Stoïk s’excusa mille fois auprès de son fils unique et s’éloigna du lit, laissant place au dragon noir qui attendait patiemment. Le Furie Nocturne bondit sur le lit et entreprit d’examiner son meilleur ami avec ses grands yeux verts. Puis il s’affala sur Harold, lui donna de grands coups de langues, et posa sa tête sur son ventre en ronronnant. Le jeune viking caressa la tête pleine d’écailles de Krokmou en le remerciant de l’avoir
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