J'avais déjà parlé un petit peu de cette nouvelle sur un de mes topics.
Moi a écrit:
Un ami qui m'est très cher m'a encouragée à tenter de publier. J'ai un gros projet mais si je publie ce sera pour m'exprimer et faire rêver, pas pour la célébrité ou les bénéfices.
Un jour on devait écrire une nouvelle de type Fantastique pour le Français. J'ai dis à mon ami que si j'avais 18, je commencerai un recueil de nouvelles. Début Juin, j'ai eu ma note. C'était un 18. Comme nous étions voisins de table, mon ami et moi nous nous regardâmes. Le projet était officialisé, le recueil était en route.
Actuellement il est en cours d'écriture. Donc je vise la publication, soutenue par mon proche.
Ainsi la présente nouvelle est celle qui a été notée par ma professeur. Elle est la première de mon recueil de nouvelles..
Bonne lecture. Voilà le début, le reste arrivera prochainement.
Nouvelle fantastique : "L'Absentéisme de l'âme"
I De nos jours, avoir un emploi est une nécessité avérée. "Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants, et ceux ne sachant pas enseigner aux enseignants font de la politique. Cela ne signifie pas qu'enseignants et politiciens sont impotents ou que l'impotence possède une place au soleil, mais que nous vivons dans un monde où les mots ont plus d'importance que les actes. Pour avoir un travail, les deux sont valables : la politique nécessite une langue habile, alors que - par exemple - un mécanicien n'a de potentiel "que" pour ce qu'il fait.
Moi ? J'ai été, autrefois, embauché par un petit garage s'occupant de la remise en état de véhicules. Vous vous imaginez sans peine que la gestion de véhicules ne se fait guère par la parole. J'ai, pour ma part, toutes les qualifications requises. De plus la passion était là. Mon intérêt pour les voitures s'est toujours montré vif. Hélas, toute passion est risquée. Ce 24 mai, j'étais sur la route, entamant le chemin qui devait me mener d'Angers - mon lieu de travail et d'habitation - jusqu'à Beaupréau, un petit village du département Maine-et-Loire, où vivaient mon oncle et ma tante. Je m'y rendais dans le cadre d'une visite familiale, en somme toute ordinaire.
Peu après mon départ, aux alentours de dix-huit heures, le soleil, roi du ciel, commençait à descendre de son trône, imbibant le paysage de sang et d'or. C'était comme si un dieu avait jeté une robe de cette même couleur d'or après l'avoir souillée de quelque sanglant crime. Cependant, des nuages glissaient çà et là, signe qu'une perturbation météorologique était envisageable.
Une heure plus tard, la nuit déploya son long manteau d'ombre, noire vision de ténèbres dansant avec pure précision. Avec elle arriva la pluie. Je fus ainsi contraint d'allumer mes phares pour percer cette insoutenable étendue d'ombre. Puis le brouillard prit part aux réjouissances. Malgré la lumière mise à ma disposition, conduire dans pareilles conditions s'avéra fort difficile.
Quelques secondes passèrent, puis une autre heure. Par chance, aucun accident, jusque là, n'était venu troubler ma progression. Mais l'homme est celui qui peut disparaître à n'importe quelle seconde, de ce fait, ma prudence subsistait. Je roulais doucement, veillant à ne rater aucun panneau d'indication, de peur de me perdre.
Une poignée de kilomètres plus loin, mes phares révélèrent une silhouette humaine. Étant serviable de nature, je m'arrêtai une fois arrivé à l'individu. Je fis descendre la vitre située du côté du siège passager avant, et l'homme passa la tête par l'encadrure de la porte. Il ne devait pas dépasser la quarantaine, du moins à la vue de ses traits que je vis à la faveur de la lumière de la petite lampe du plafond de mon véhicule. Gras, ses cheveux alourdis par la pluie, faute de protection, lui descendaient jusqu'à son cou massif qui servait de support à la tête. Il avait un long visage aux joues creuses avec une bouche de bonne taille aux lèvres épaisses. Ses yeux gris ponctués de bleu, lançaient de vifs éclats, tandis que les restes de ses sourcils, qui devaient avoir été rasés, recouvraient de fines cicatrices. Ce qui me frappa le plus chez cet homme, ce fut l'expression morne, navrée et lasse qu'il affichait, indicatrice de détresse. Il ne tarda point à prendre la parole.
- Bonsoir Monsieur, j'suis désolée de vous déranger, surtout avec ce temps là, mais ma voiture a eut un soucis, et je dois me rendre aux funérailles de feu mon père.. Voilà plus d'une heure que je gèle ici, mais personne n'a été assez sympa pour me prendre.. Pouvez-vous m'aider ?
J'hésitai à faire monter ce parfait inconnu dans mon véhicule. En pensant au deuil porté par cet être et sa famille, je pris la décision de le prendre.
- Où devez-vous aller ? demandai-je.
- Je dois me rendre à Beaupréau, les obsèques y ont lieu demain matin, mon père y habitait.
- C'est également ma destination. Montez, je vous emmène..
- Merci bien, j'vous revaudrai ça.
Ensemble nous reprîmes la route, laissant la voiture accidentée sur place.
- Votre nom ? lança mon compagnon.
- Je me nomme Auguste Quarelin.
- Moi, c'est Norbert Valtrard.
Le trajet dura trois quarts d'heure encore, puis le village se dévoila enfin, nous y pénétrâmes.
II J'eus à peine le temps d'entrevoir une forte lumière. Juste après cela, ma Ford fut violemment projetée sur une poubelle proche. Nous ne dûmes notre salut qu'à nos ceintures, car l'impact n'avait pas été moindre. Je sortis du véhicule, suivi de Valtrard.
- Roh la la, mazette, l'est bien amochée votre petite Ford !
Il n'avait point tort. De l'avant de ma machine, il ne restait guère de choses. Sans doute le responsable roulait-il à une vitesse immodérée, étant donné l'état de mon bien ? Bizarrement, rien n'indiquait que le choc comptait plusieurs impliqués. Pourquoi ce chauffard n'avait laissé aucune trace ? Pourquoi ne voyais-je pas ses phares courir au loin, alors que la route était parfaitement visible ?
La carrosserie voisine du moteur était éparpillée sur le sol, brillant sous la lune. Du liquide coulait par gouttes, tandis que la quasi-totalité des pièces, moteur compris, avait chutée auprès des roues.
- Je vous approuve, elle est bonne pour la réforme. Je la pense techniquement réparable, mais économiquement, c'est tout autre chose. La faire réparer coûtera plus chère qu'en acquérir une neuve..
Je me saisis de mon appareil mobile pour appeler mon oncle, ce fut sans succès. Nul ne répondit, il devait être sorti avec ma tante. Mais ne possédant pas les clés de leur domicile, je ne pouvais m'y rendre. Je devais donc attendre.
J'ouvris le coffre pour récupérer les affaires laissées dedans. Ce faisant, je déclarai :
- Monsieur Valtrard, rien ne vous empêche de partir. Vous pouvez aller là où l'on vous attend.
- Hé, vous laisser seul comme un chien alors que vous m'avez aidé ? Là non ! Appelez encore, si ça donne rien, vous viendrez chez moi.
- C'est aimable.
Pour tout dire, l'idée ne m'enchantait guère. Serviable, mais pas sot, l'Auguste ! La méfiance est de mise partout. Mais vu les circonstances, comment faire autrement ?
Après un nouvel appel s'étant soldé par un échec, je rassemblai toutes mes affaires et me résignai à suivre l'homme aux sourcils rasés.
Sa présence avait quelque chose de mystique, de troublant. Elle était écrasante, comme si son souffle polluait l'air. Il donnait l'impression de toujours observer celui qui l'accompagnait, c'est à dire moi, du coin de l'oeil. Cela me fut fort désagréable, l'envie de détaler m'emplissait, mais mes jambes s'alignaient toujours à son pas, le suivant.
Mes paroles faisaient de même avec les siennes. J'approuvais tous ce qu'il disait. La peur me guidait-elle ? La crainte qu'il puisse me jouer un mauvais tour m'obsédait.
- J'voudrais bien que vous assistiez aux obsèques de mon père.
- Je serais là.
Oh, mais que m'arrivait-il ? Moi, aux obsèques du géniteur de ce maraud ! Et tandis que je confirmais ma présence, nous passâmes devant une jeune femme aux longs cheveux blonds.
- Si j'étais vous, je ne ferai pas ça, lâcha t-elle.
- Vous n'êtes pas moi, justement.
- Heureusement.
- Hé, ça peut te faire quoi s'il vient voir mon père ?
L'utilisation de ce "voir" me surprit énormément. J'avais peur de devoir être forcé d'admirer le cadavre. De plus, pourquoi Valtrard me vouvoyait-il, alors qu'il tutoyait la blonde ? La connaissait-il ?
- Après tout, c'est pas mon affaire. Si vous n'êtes pas fichu d'écouter des conseils, c'est votre problème.
Sur ce, la femme s'engagea dans une ruelle à gauche et disparut de notre vue.
- Les femmes, toutes les mêmes. On y est bientôt m'sieur.
Notre marche s'arrêta devant une petite maison à un étage aux murs jaunes, visiblement ancienne. La peinture était effacée par endroits, tandis que les quatre fenêtres, deux en bas, deux en haut, étaient dépourvues de volets, exceptée celle à droite de la porte d'entrée. Le vent faisait grincer ces uniques persiennes, qui effectuaient un linéaire mouvement de va et vient à chaque souffle.
La porte en bois était entièrement noire. S'il n'y avait pas cette petite lanterne suspendue à la façade qui l'éclairait, son unité avec la nuit aurait été parfaite.
Mon compagnon prit ses clés. Peut-être vivait-il seul, ou bien sa famille était sortie, comme mon oncle et ma tante ?
Le suivant toujours avec mon angoisse, je m'engouffrai avec lui dans l'entrée. Il appuya sur l'interrupteur de la lumière, rien ne vint.
- Mince ! EDF fait encore des siennes.. On s'croirait au Moyen-Âge avec nos bougies là.
L'obscurité ne semblait pas le gêner tant que cela. Selon moi, il avait simplement la flemme d'allumer une bougie au lieu d'utiliser un simple interrupteur. Si je n'avais point été là, il se serait contenté des ténèbres. J'eus beaucoup de peine à éviter les meubles présents dans l'entrée.
Norbert, lumière en main, alla dans la cuisine et éclaira une grande assiette posée sur une grande table dont je distinguais tout juste les formes. Mon hôte se comportait comme si tout était parfaitement éclairé, je le soupçonnais d'avoir allumé cette chandelle pour ne pas avoir l'air trop suspect.
Le contenu de l'assiette se composait d'un poulet dévoré à moitié et de quelques pommes de terres. Il n'y avait rien d'autre sur la table, quoique j'eus l'impression d'entrevoir une petite tâche rouge lorsque la lumière se déplaça. Cela vint aggraver le sentiment de malaise que j'éprouvais.
Valtrard prit place sur une chaise et il posa sa bougie. Soudain, il se munit d'un ustensile brillant et pointu. Oh, ce vaurien brandissait un couteau ! Quelle vile utilisation allait-il en faire ? Allait-il s'en servir contre moi ? Allait-il me tuer avec cet objet ? Allait-il me torturer ? Le souffle coupé, le sang battant aux tempes, sujet à des sueurs froides, j'attendis, cloué sur place tel un imbécile, m'attendant à souffrir, me préparant au choc.
Mais finalement, ce fut le poulet qui subit l'attaque. Ma grande peur passée, je tentai de retrouver mon calme.
- Prenez une chaise, vous allez tomber m'sieur. Vous avez quoi ?
- Rien rien, j'ai un peu le vertige après cette route et l'accident, rien de moins.. Euh de plus..
- Ah bah vous devez pas être habitué aux voitures vous..
Comme il se trompait mon bougre ! Il me pria une nouvelle fois de m'asseoir et j'obéis, redoutant les représailles. Puis Norbert me donna une assiette, une fourchette et un couteau. Il me servit une cuisse de poulet froide.
- Désolé, sans électricité j'peux pas faire chauffer grand chose avec ce que j'ai..
Manger froid me répugnait toujours. Ce fut sans plaisir que je mangeai, tentant toujours de dissimuler mon horrible malaise. Nos parts respectives achevées, je me levai, au moment même où mon téléphone se mit à sonner. Le numéro de mon oncle s'afficha sur l'écran.
- Allo ?
- Ah, Auguste, je parviens enfin à t'avoir. J'ai vu ta voiture à l'entrée du village, tu as eu un accident ?
- Oui, un chauffard m'a percuté, mais aucune trace de lui.