Et il est complètement fou...Le doberman courait à en perdre haleine. La pluie le trempait jusqu’aux os, lui brouillait la vue. Peut être, au final, était-ce les larmes qui lui montaient aux yeux ? Il se sentait perdu. D’un côté, il y avait Jack, qui avait sûrement raison, et de l’autre, Fanny, qui était égarée. Il se sentait séparé entre deux mondes, deux mondes devenus bien distinct, deux mondes qui n’en avaient formés qu’un seul il y a peu.
Le tonnerre gronda. Erod arrêta sa course dans une flaque, au beau milieu de la cour. Les yeux plissés, il regarda autours de lui. La pluie battante ne le laissait pas voir grand-chose. Cependant, il parvint à distinguer le grillage qui longeait le bord de la falaise. Il baissa les yeux au sol et s’observa dans la flaque à ses pattes. Les gouttes d’eau déformaient son visage rongé par le chagrin. Il n’avait rien du chiot joyeux qu’il avait été. Il n’était plus lui-même depuis tout ça… Le doberman leva son regard, le ciel déchaîné déferlant sur lui toutes les larmes qu’il aurait aimé laisser couler lui même. Fronçant les sourcils pour voir à travers la brume le trou qui lui permettait de descendre son petit sentir, le doberman se mit à marcher, épuisé par la tristesse. Une fois qu’il eut trouvé par où passer, il s’introduisit avec énormément de mal, pour la première fois depuis qu’il empruntait ce passage… Il avait beau avoir maigri, la tristesse le rendait maladroit, et il s’était accroché aux fils de fer barbelés. Une fois qu’il s’eut détaché violemment, en chutant à terre, il resta immobile sur le sol, la pluie le martelant toujours. Il leva son regard vers la corniche qui surplombait la mer. Et il la vit. Fanny…
Se relevant, il marcha en tanguant légèrement. Une fois qu’il fut derrière la louve, doutant de sa vue, il demanda :
« Fanny ? »
Mais il n’obtint aucune réponse.
Il fronça les sourcils. Peut être que le ciel était trop bruyant pour qu’elle ne l’entende. Augmentant d’un ton, il reprit :
« Fanny !! »
Puis, voyant que sa question restait de nouveau sans succès, il se mit à hurler de nouveau le nom de la louve.
L’interpellée se retourna enfin. Ses yeux brillaient. Elle voulut lui faire comprendre que c’était de rage en découvrant ses crocs à sa vue, mais c’était bel et bien de tristesse. Elle ne savait réellement plus ce qu’elle faisait, elle avait perdue toute conscience des choses, elle était devenue une vraie machine à tuer…
« Fanny, ne m’en veux pas, c’est moi, Erod.
-Va-t-en ! »
Elle se retourna vers le large.
« Fanny je…
-Pars, Erod. Pars, ta présence me brûle.
-Je t’aime. »
La louve baissa son visage au sol. Elle fronça les sourcils. Elle voulait pleurer. Mais elle ne pouvait pas se le permettre.
« Je t’aime, Fanny ! » Reprit le doberman.
La louve fronça les sourcils, montra les crocs.
Elle se retourna d’un coup et grogna.
« Va t’en ! Je ne t’écoute pas, Erod ! VA T’EN ! »
Le doberman fit un pas en arrière, et reposa sa patte fermement au sol. Il planta son regard dans celui étincelant de la louve, qu’il distinguait avec difficulté dans ses conditions météorologique. Il ne partirait pas.
Fanny aboya agressivement dans sa direction, avançant d’un pas. Le doberman ne broncha pas. Elle grogna et se mit à hurler :
« Mais casse toi ! Qu’est ce qui te retient ?!
-Mon amour pour toi. »
Il avait encore raison. Fanny se rappela toutes les fois où il lui avait coupé le sifflet. Il venait de recommencer, et ça l’avait tellement surprise qu’elle avait cessé de grogner. Se rendant compte de cette baisse d’attention, elle remontra les crocs.
« Je ne joue plus ce ptit jeu avec toi !
-Je ne joue pas.
-Pars ! Tu sais bien que j’n’ai pas envie de te tuer !
-Je suis à toi. Tues moi si ça te fait plaisir. »
La louve se redressa. Il était… à elle.
« Erod… je… Ne prends pas ce risque, repars. »
Son agressivité avait disparu. Elle espérait réellement qu’il partirait. Elle voulait être seule, surtout pas avec lui qui la perturbait tant.
« J’ai besoin de toi, Fanny. Je ne partirais pas. Je ne peux pas continuer comme ça ! »
La louve bondit et le plaqua au sol, dans l’eau de pluie.
« Erod, je ne plaisante pas ! Je n’veux pas rester avec toi, va-t-en !
-Tues moi… si tu ne veux pas de moi. Je ne partirais pas sache-le. »
La louve grogna. Elle le saisit par la patte et le projeta vers la mer.
« Tu veux vraiment finir là dedans ?! » Menaça-t-elle.
Elle voulait lui faire peur. Elle voulait qu’il s’en aille. Elle n’avait pas la force d’en finir avec lui. Elle se disait plus courage qu’elle ne l’était.
Le tonnerre gronda au dessus d’eux. Erod se releva.
« Si c’est que tu veux alors oui. »
La louve le regarda, les larmes aux yeux. Elle se jeta sur lui et tous deux tombèrent de la corniche, sous la pluie battante…
Je vous laisse de plus en plus dans le suspens j'adore ça