maladie de la Terre.

Folie.
Abandon.
Fuite.

Et je n’ai plus d’identité.

Cette voix.
L’exil.
Solitude.

Cette vie a-t-elle réellement été la mienne ?
Il me fallait réfléchir. Une telle vie n’avait pas de sens. Et je devais bien avoir une place en ce monde.

Ma première famille fut aimante, je recevais caresse et gourmandise à volonté, je dormais sur une belle couverture de laine et je pouvais sortir à ma guise.
Mais il y avait des lois en contre parti. Et ses lois… ces lois… Les avais-je déjà suivi ?
Petite, pleine de bonne volonté, j’avais suivi ses règles stupides. Je marchais au pas, donner la patte et jamais ne m’opposait à mes maîtres.
Mais cela ne dura pas.
Et, grandissant, je développai une indifférence puissante, passant ma journée à somnoler dans leurs chambres, rien ne m’intéressait. Surtout pas ces courses stupides, je n’étais pas leur esclave, je n’étais pas leur chien.

Mais j’ignorai à ce moment que cette indifférence deviendrait une folie, ma folie. Et je ne savais pas que je deviendrai meurtrière.

Oui. J’étais une meurtrière, j’avais tué un chien sans raison. Parce que je ne le comprenais pas, nous ne nous comprenions pas. Il arrive parfois que deux êtres qui se ressemblent n’aient pas le même langage.
Ce n’est pas le quart de loup qui est en moi qui m’a rendu si instable, ce jour-là, je payais juste pour mon indifférence.
Et je n’avais jamais rien fait pour cueillir le bonheur. Ce n’était peut-être pas le mien. Mais je n’avais jamais rien fait. Et j’avais payé. Parce que j’avais mal. Parce qu’en réalité, c’était moi, la fautive.

Et ma deuxième famille ?

Des chiens errants, une petite meute charmante, accompagnée d’une chatte, qui apprenaient ensemble à devenir de vrais chiens. Nina. Vous ne vouliez plus de moi. Pourtant, j’avais fait des efforts…
J’ai fait des efforts…
Et je n’étais pas fautive.
Et je m’endormis sur cette pensée. J’avais commis des erreurs, j’avais tenté de les réparer. Point.
Ils auraient du me laisser une chance.
Mes yeux se fermèrent sur cette journée, sentant sur leur ciel un faible rayon.

La lumière entrait. Ma tanière ?

 

CHAPITRE 9

Il est des choses que seul l’isolement peut nous enseigner. Ni la souffrance, ni la joie ne peuvent nous apporter la vérité sur le sens réel de nos expériences, de notre vie.
J’étais dans ma tanière. Depuis longtemps déjà, je ne savais plus réellement qui j’étais, à quel monde j’avais appartenu. Je n’avais ni identité ni monde, je n’avais plus que mon esprit fou pour que se dévoile, enfin, devant moi, un chemin de lumière.

Ma vie.
Ma folie.
Mes meurtres.

Ma troisième famille fut peut-être celle qui m’apporta le plus bonheur, elle était née d’un amour violent. J’avais quitté l’indifférence de ma première folie, et avec l’amour, j’étais emportée vers la déraison. Plus rien ne comptait autour de moi, j’avais Cendres. Cendres, mon amour. Un loup cendré, une moitié de chien, un animal encore sauvage, capable de sophistication et d’élégance. Il avait la bienveillance et la discipline de ceux qui ont été en contact avec les hommes mais gardait l’instinct et l’adresse des loups. Il me plaisait, et il me plait toujours.
Qu’ai-je fait de ces moments heureux passés en sa compagnie ? Je les expédié ailleurs, sans moi. J’ai fui ma propre famille, abandonné mes enfants… Pour un mensonge, c’est vrai… Non. J’ai fui parce que ce loup qui devant moi se dévoilé chien, ce loup qui a suivi ma sœur et sa meute, m’apparaissait soudainement comme un démon, l’un de ces chiens errants.

Nina.

J’ai fui une famille parce que je suis instable. Ma seconde folie… J’ai fui une famille parce qu’elle ressemblait à une autre.
Finalement, je n’ai jamais rien eu de bon en moi, seule la folie s’exprimait à travers mon amour et seule, elle m’emportait vers la fugue éternelle.

Une famille. Deux familles. Trois familles.

Et pourtant si seule.
Il est vrai que je les avais tous abandonné, croyant que c’était moi, la pauvre petite Loki, qui avait pourtant disparue, qui été rejetée.
Mais il en restait une. Une qui m’avait lâchement abandonnée, une qui m’avait rejetée après m’avoir secourue. Une qui m’a fait comprendre, ce jour-là, que même errants, les chiens n’étaient pas mes semblables.

Et mes parents. Mes parents. C’est vrai. Ma troisième famille. Petite folle que tu es ! Loki ! Loki ! Tu n’es même pas capable d’aimer tes parents ! Mais ils m’avaient abandonnée, je n’avais que huit semaines… Abandonnée ? Vivant dans la même ville, oui. Abandonnée à une famille que tu as délaissée ! Pauvre Loki ! Et regardes-toi ! Seule. Dans ton trou. Tu ne fais que te parler à toi-même depuis des mois ! Et tu ne sais plus rien ! Ignorante que tu es !
Je ne l’aurai jamais admis, pourtant je n’étais pas malheureuse. Je rejetai les autres bien plus qu’ils ne me rejetaient. Maman. Papa. Et vous tous, mes frères et sœurs. Je les avais abandonnés lors de ma dernière fugue.

Et c’est dans cette grotte, ce trou qui formait ma tanière que je comprenais mes actes. Parce que je n’avais jamais été malheureuse, parce que je n’avais jamais été assez forte pour écouter cette voix.
Ne me l’avait-il pas dit ? « Tu l’entendras. »
Mais cette voix s’est tue désormais, je l’ai tuée, enterrée, trop souvent rejetée. Et je vis ma folie seule, haïssant amèrement ceux qui ont osé me trahir.

Avez-vous entendu la voix de Loki ? Dans sa folie elle hurle.

 

CHAPITRE 10

Ce matin-là, la lumière me réveilla. Elle apparaissait de plus en plus dans ma tanière. Et moi, je n’étais plus qu’une ombre. Toujours ce jeu étonnant. Alors je marchais. Dehors. Mais le froid m’apparaissait ennemi et je n’avais pas faim. Je ressentais ce besoin lourd, étrange, de revenir auprès de cette chaleur qu’était ma tanière. Mon foyer. Et le jeu recommença.

Loki. Loki. Loki.

Tu as été bien folle, n’est-ce pas ? De croire que tu connaissais tout, de croire que tu n’étais plus… Mais c’est bien de cette folie qu’est emprunte ton nom.

« Oui Loki. »
Tu es de retour ? Je ne t’attendais plus.
« Loki est sur la bonne voie. »
Mais Loki aimerait penser… Tais-toi !
« Mais Loki pense. »
Uniquement dans le calme de sa tanière.
« Mais Loki, ne sais-tu pas qui tu es ? »
Une folie. Une ombre. Une chose sans domicile, sans identité, sans appartenance. Un être errant. Je suis Loki, juste Loki, et pourtant, ce n’est pas moi.
« C’est parce que tu me deviens. »
Quoi ? Répond moi ? Pourquoi était-elle repartie… Je n’avais pas compris sa phrase. Peut-être n’avait-elle plus de mots, il me restait bien mon esprit.

Et mes parents. Abandonnés. Et les hommes. Abandonnés. Et les loups. Abandonnés. Et ma famille. Des cendres…
Ma vie n’était qu’abandon. Abandon de ma part. Et les chiens errants ne voulaient plus de moi, où était-ce moi qui ne voulait plus d’eux ?
Je ne savais plus réellement ce que je savais, des doutes obscurs s’étaient posés sur mon esprit fou, le rendant plus instable encore que celui de Loki la meurtrière.
Ma vie s’accordait-elle avec mes croyances ? Je n’avais pourtant pas été abandonnée. Bien que Nina… Oui… Non… Je ne sais plus. Que Nina m’avait-elle dit ?

Elle avait parlé de cette voix. Et il me semblait, à ce jour, que ce fut la raison pour laquelle elle m’abandonna. Des mots me revenaient. J’ignorais pourquoi, cela me brûlait… « Apprendre. » « En retard. » « Tu ne le sais pas. »

Il était temps d’ouvrir les yeux. Un être qui veut se débarrasser de vous ne prend pas le ton du maître, il ne vous ordonne pas d’apprendre, il ne vous dit pas, calmement, de la voix la plus claire de partir, de suivre vos instincts. Nina avait fait cela. Mais le chef de la meute n’était pas Nina. Elle était donc messagère, disciple même, peut-être. Et elle connaissait ce chemin, ce chemin que peu on emprunter, peut-être même certains n’en étaient-ils jamais revenus.
J’avais été enfant, ignorante et je découvrais le monde à travers les yeux



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Vent du nord
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20 Mars 2015
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