matin, la brise entourait notre petite famille, voilà un an que nous vivons ensemble. La meute grandit, non pas en nombre, mais en âge. Et les enfants devinrent plus indépendants, plus forts. Nous devenions une vraie meute.
« Loki… »
Encore toi ? Pas là!
« Crois-tu tout savoir ? »
Bien sûr que non, et je ne le veux pas !
« Tu verras… Loki… »
D’accord ! D’accord ! Mais pas ce matin !
« Petite ? »
Mon dieu, je me suis trop agitée, il va se rendre compte de ma folie !
« Oui chéri ?
-Tu sembles quelque peu déboussolée…
-Ne t’en fais pas, j’oublie parfois que je suis devenue sauvage.
-D’accord.
-Mais tu me rassures. Ta présence me rassure.
-Je t’aime.
-Moi aussi. »
Acceptée, enfin, je suis acceptée. La petite Loki va peut-être pouvoir revivre finalement, dans cette famille.
Du moins, c’est ce que je croyais, ce matin-là, avant que n’arrivent les grands loups. Ils venaient de loin et étaient messagers, beaucoup d’entre eux avaient disparus lors d’un grand voyage, leur meute accueillait quiconque pouvait prétendre au titre de grand loup.
Je jouais joyeusement avec mes enfants ce jour-là, mes petits louveteaux, et je sentis la terre trembler sous mes pattes.
Voilà autre chose !
« Madame ? »
Deux grands yeux jaunes me regardent.
« Excusez-moi, Madame ?
-Quoi ?
-Pardonnez mon intrusion, mais mon frère et moi cherchons des loups dignes de notre meute.
-Pourquoi cela ?
-Nous avons perdu bon nombre de nos frères durant un long voyage, nous avons traversé l’océan et les terres gelées pour entrer sur le territoire des caribous d’Europe.
-C’est impressionnant !
-Nous avons entendu parler d’une nouvelle meute formée dans la forêt, nous aimerions que vous nous y guidiez.
-Vous l’avez devant vous.
-Ces chiots ?
-Ce sont mes enfants dont vous parlez !
-Cela explique beaucoup de choses. Non, nous ne cherchons pas une meute de chiens.
-Mon mari est un loup de sang pur !
-Il semblerait que ses enfants n’aient pas hérité de cela. »
Je grognai, refusant l’offense qui m’était faite ! Pour qui se prenaient-il ? Je n’étais pas de lignée pure mais j’étais tout de même louve quelque part !
« Chérie ? Avec qui parles-tu ? »
Cendres ? Mon amour de loup gris, mon petit menteur allait leur clouer le bec.
« Que voulez-vous ?
-Ils recherchaient notre meute, mais nos enfants ne sont pas assez loup pour eux. »
La suite du dialogue ne me concernait plus, je devais laisser Cendres régler le problème.
« Vous recherchez des loups ?
-Oui, mais pas des chiens, Monsieur, des loups.
-Je comprends, vous savez, mon ancienne meute a souvent accepté des chiens.
-Ca explique votre lignée peu prestigieuse… »
De quoi parlent-ils ?
« Lequel de vos parents était-il un chien ?
-Mon père. Mais cela n’importe pas.
-Qu’est-il devenu ?
-Il est retourné en ville, son nom était Troisième Voix.
-Oui. Je vois ! Lignée prestigieuse finalement ! Les plus beaux loups de la forêt de Nôme !
-Vous nous acceptez, alors ? »
Loup ? Chien ? Son père vivait en ville ?
« Bien entendu.
-Votre alpha est bien particulier, de ne vouloir que des loups purs.
-Elle ne nous a rien dit, en réalité, elle voulait juste des loups dignes de ce nom. »
Mes enfants étaient possédaient donc autant, si ce n’est plus, de sang de chien que de sang de loup ?
« Et quelle est votre meute ?
-La meute d’Aleu. »
Ma sœur ?! Je ne peux pas y aller ! Non ! Non !
CHAPITRE 7
Pourquoi suis-je encore en exil ?
J’aurai pu les suivre… Retrouver ma sœur. Mais j’avais appris bien trop de choses ce jour-là, et je ne le supportais pas.
« Tu sais, petite, ce n’est pas la première fois que nous accueillons des chiens… »
C’était le jour de notre rencontre, et je n’ai pas su lire en toi. Tu m’as menti, Cendres. M’as-tu mentis ?
Non.
Tu ne m’as rien dit, c’est tout. Et je ne suis pas assez forte pour faire la différence entre un chien et un loup…
« Loki ? »
Tais-toi ! Loki n’existe plus depuis bien longtemps ! Et elle n’a pas réussi à renaître. Pourquoi ne trouve-je pas une famille ?
« Loki n’est pas morte. »
Si !
« Pas encore. Loki doit apprendre. »
Apprendre quoi ? Ce qu’est la souffrance ? Elle le sait ! Laisse-moi partir… encore…
Mais je devais apprendre. Et pour cela, je partais. Ma route croisa trois familles, toutes me tournèrent le dos. Etais-je pour autant condamnée ?
Je laissais mes enfants derrière moi, ma sœur saurait en prendre soin, et je me dirigeai vers la ville. Un grand retour. Mais je n’irais pas vers la meute, les paroles de Nina résonnaient encore en moi, et me blessais plus que jamais.
Non. Il fallait d’abord que je parle à mon père.
« Papa ? »
Est-il bien ici ? Je ne le trouve pas ! Pourtant, ce vieux bateau est sa demeure. Mais peut-être est-il avec ma mère ?
Je fis demi-tour. Mes parents ne m’avaient pas vu depuis des années, je doutais même qu’ils me croient vivante, mais il fallait que j’affronte leur jugement.
« Maman. Papa.
-Loki ? Que fais-tu ici ? »
Entendre mon nom me fit frissonner. Pendant un moment, je cru même entendre cet écho de folie qui vivait en moi.
« Ce n’est pas une manière d’accueillir sa fille. »
Je savais pertinemment que mes accusations étaient ridicules, je pouvais lire l’inquiétude dans leurs yeux. Ils m’avaient cru morte, j’étais devant eux. Mon pelage obscurci par la maturité et la vie sauvage, je portais sur moi l’odeur de la forêt, des loups, et mes longues journées de marche et de chasse avaient laissé leurs empruntes sur ma peau.
« Tu vas bien ? Où étais-tu ? Je t’avais bien dit de…
-Je n’ai pas suivi tes conseils, je n’ai pas à le faire, je cherche autre chose.
-Quoi ?
-Je ne le sais pas encore.
-Tu devrais rester avec moi, c’est plus sûr, et te laver, aucun humain ne voudra d’un chien qui…
-A mon expérience ?
-Non, ton apparence…
-Elle est le résultat d’années d’exil.
-Exil ?
-J’ai connu trois familles. Les hommes. Les chiens. Les loups. Aucune n’est la mienne.
-Les loups ?! Tu as été voir les loups !
-Cela n’avait pas dérangé ton père… ni Aleu.
-Aleu ? Comment le sais-tu ?
-J’ai rencontré des loups de sa meute. Ils s’occupent de mes enfants désormais.
-Tes enfants ? »
Cette fois, c’était à ma mère de prendre la parole.
« Oui, mes enfants. »
Elle semblait inquiète, peut-être déboussolée. Elle n’avait pas vraiment eu le temps de me voir grandir… En réalité, elle ne m’avait pas revu depuis le jour où un enfant m’a adopté.
« Je dois partir. »
Où ça ? Voulez-vous le savoir ? Vous ne devez pas me rechercher.
Une nouvelle page de mon exil s’ouvrit. Hommes, chiens, loups. Je devais trouver moi-même ma voie.
« Loki. »
CHAPITRE 8
La fuite, semble-t-il, me sied parfaitement. Exile, encore l’exil. Quel est cet espoir vain qui me guide ? Trouverai-je un jour cette famille ?
Je ne savais pas où j’étais, j’étais bien trop perdue dans la neige et j’avais trop couru. Pendant des heures. Des jours. Peut-être des mois. Je ne m’arrêtais que lorsque mes pattes ne pouvaient plus me porter et que la faim se faisait trop forte.
Je devais fuir, me trouver un monde.
Il y avait des montagnes tout autour de moi, une sorte de désert blanc prisonnier de l’hiver s’imposait à mon regard. Bien sûr, une immense forêt se dressait devant moi, mais je n’y entrai pas, je devais me trouver un refuge.
« Loki. »
La nuit tombe…
« Loki. »
Et tu ne dors toujours pas.
« Tu fuis la facilité, Loki. »
Cette voix est stupide. Pourquoi suis-je encore en train de t’écouter ?
Oui, je la trouvais stupide, agaçante, pourtant, je la suivi encore. Elle me mena à une ouverture, dans la montagne, ma nouvelle tanière. Non ! Ma première tanière.
J’entrai dans ce trou, mon refuge, mais on ne voyait rien à l’intérieur. Il y régnait une chaleur agréable et un silence qui entourait délicatement mon esprit.
Je vais enfin dormir.
De doux rêves colorés m’envahirent cette nuit-là, et la voix se tut. Loin de ce monde qui me refusait, je me sentais bien, vivante. Seule, éternellement seule.
Et le lendemain, après avoir chassé et mangé, je me terra à nouveau dans ce sombre ventre.
Ma naissance.
Mon départ.
Ma famille.
Je suis une tare au sein de ce monde.
Indifférence.
Sang.
Mort.
Je suis une maladie de la
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