lutter contre moi-même. Je n’étais plus qu’une ombre, et il me fallait voir la lumière.

Ce matin-là fut différent.

« Petite, Petite »

Ne me réveille pas maintenant… Je ne veux pas…

« Petite… »

Mais ce n’était pas sa voix, lorsque j’ouvris les yeux, il n’y avait rien autour de moi. J’étais seule. Mais alors pourquoi avais-je entendu cette voix ? Je descendis très vite de mon monticule d’ordures pour retrouver les autres chiens, ils dormaient tous… Tous, à l’exception de lui qui restait introuvable. Nina vint me trouver.

« Suis-moi, Petite, je dois te parler. »
-Qui a-t-il ? »
-Je ne peux pas t’en parler ici, suis-moi. »

Je la suivis jusqu’à la lisière de la forêt, je ne comprenais pas ce qu’elle voulait de moi.

« Loki… »

Je grognai, ce nom n’étais plus le mien.

« Calme-toi, jeune chienne… Et dis-moi, pourquoi es-tu réveillée ? »
-Je ne pouvais plus dormir, j’ai entendu une voix qui m’appelait. »
-Ah ? Très bien. »

Elle ne m’en dit pas plus et me tourna autour. Elle m’observait minutieusement, comme pour trouver le défaut qui était en moi.

« Tu n’as pas été stérilisée, n’est-ce pas ? »
-Quelle importance ? »

Elle ne me répondit pas et me regarda dans les yeux, comme pour y voir la moindre la poussière.

« Il te faudra apprendre le contrôle de tes pulsions, bientôt. »

Je ne comprenais pas ses mots. Que me voulait-elle ?

« Tu as deux ans, n’est-ce pas ? Peut-être un peu plus. »
-Et bien, oui… »
-Très bien. Un petit peu en retard donc, mais cela va changer… »

De quoi me parlait-elle ?

« Tu as entendu cette voix donc ? »
-Toi aussi ?
-Il y a longtemps, oui…
-Qui était-ce ?
-Tu ne le sais pas encore, n’est-ce pas ? Pars dans la forêt, jeune louve, pars. »

Louve ? Mais je ne suis pas une louve ?

« Pars, suis ton instinct le plus sauvage. Nous ne voulons plus de toi. »

Cette phrase résonnait en moi et me rappelait mes mésaventures avec les humains. Ne serai-je donc jamais appréciée à ma juste valeur ? Je sentis des larmes couler le long de ma fourrure hivernale et je posai une dernière fois mon regard troublé sur Nina, mais la petite chatte s’éloignait déjà…
Alors la colère me gagna, refusant la tristesse et, sans m’en rendre vraiment compte, je fuyais. Très loin.
Ni les hommes, ni les chiens ne voulaient de moi, et Nina m’avait trahie. Non, Nina, je ne suis pas une louve, tu n’as pas à me dire une chose pareille, tu le sais très bien, j’ai progressé ! J’ai progressé !

« Petite ! »

Ne me parles pas, tu n’existes pas !

« Loki ! »

Loki n’est plus depuis longtemps, pourquoi m’appeler encore ? Je dois partir ! Vite !
Et des pas, ces empreintes sur le sol qui étaient les miennes ne me ressemblaient pas. Pourquoi étais-je si sauvage ? Moi qui suis si fatiguée… Epuisée… Et pourquoi fait-il noir ?

« Petite ? »

Qui est-là ?

« Tu vas bien petite ? »

Je m’agitais un peu, une chose humide faisait le tour de mon visage. Aurais-je rêvé ?

« Réveille-toi, réveille-toi ! »

Une forme noir était penchée sur moi, et je ne voyais que de grandes oreilles pointues. Blitzie ? C’était une voix féminine…

Non… Des loups !
Je me levai brusquement, les oreilles pointées en arrière, le regard hagard se faisant violent.

« Tu n’as rien à craindre, et tu devrais te reposer. Tu as fait un malaise. La forêt n’est pas un endroit pour les jeunes chiens.
-Qui êtes-vous, répondis-je sur un ton froid.
-Des loups, de la meute de Sumi. »

Des loups… Je n’avais pas rêvé, je venais d’être abandonnée une seconde fois et, au fond de moi, je savais pertinemment que cette nouvelle famille me rejetterait elle aussi.
Je me fit plus indolente, peut-être apathique, et accepta leur maigre repas sans joie aucune. La vie pour moi n’était donc que rejet et aucun chemin ne m’était destiné.

« Tu sais, petite, ce n’est pas la première fois que nous accueillons des chiens… »

Cette voix était celle d’un grand loup gris, comme le reste de sa meute. Il était fier et robuste, la meute l’appelait Cendres, car son pelage était cendré de noir autour des yeux, sur le museau et sur son dos, ses pattes quand à elles étaient d’un blanc pur. Lorsque je le vis, je me sentis immédiatement différente, quelque chose en moi brûlait, mon cœur s’emballait et je ne pouvais plus rien voir d’autre que ses yeux bleus.

« Je m’appelle Cendre, et toi ? »

Je baissai les yeux, émis un petit rire nerveux.

« Je m’appelle L… en fait, je n’ai pas de nom… »
-Ah ! Et bien nous feront sans, nous t’appellerons Petite. »

Depuis ce moment, je ne quittai plus Cendres, mais cette sensation de brûlure, bien qu’associée à une légèreté puissante, s’imposait de plus en plus à moi, et je ne savais plus quoi faire, si bien qu’au bout de deux journées, je me mis à hurler, je me croyais de nouveau folle.

« C’est la première fois, n’est-ce pas ? »
-Que quoi ?
-Que tu te sens comme ça ?
-Oui, je dois être folle…
-Je ne pense pas, non, tu veux juste un peu d’amour… Qui aimes-tu, Petite ?
-Toi. »

CHAPITRE 5

Une année venait de s’écouler, le soleil brillait par delà les arbres de la forêt et j’étais posée dans une grotte, au chaud, sous le regard protecteur de Cendres. Nous avions quitté la meute quelques temps auparavant pour fonder la nôtre, et de notre union venait de naître trois petits louveteau, gardant en eux un peu de sang de chien. Ils étaient tous adorables et j’étais certaine que notre meute serait grande et forte.
Oui, c’est vrai, j’avais radicalement changée, j’étais devenue une mère et une épouse calme, attentive. Ma sauvagerie avait entièrement disparue.

« Ils sont beau, n’est-ce pas Petite ?
-Oui… Ils te ressemblent…
-Tu sais bien que ce n’est pas vrai… »

Il avait raison, les petits me ressemblaient beaucoup, mais des marques cendrées apparaîtraient bien vite sur leur pelage brun-roux.
Cendres me lécha amoureusement le museau puis nous nous reposâmes, protégeant jalousement nos petits.

« Loki. »
Encore cette voix ?
« Loki ! »
Tais-toi ! Tais-toi ! Je suis heureuse maintenant !
« Non Loki… Non… »
Mais qui es-tu à la fin ?Et pourquoi ? Pourquoi cette voix revenait-elle donc maintenant ?
« Suis-moi, Loki, suis moi… »
Je ne dois pas… Je ne devrais pas… Mais ma curiosité est bien trop forte, et je suis le son délicat de cette voix profonde. Elle me guide près d’une clairière. Où suis-je ?
« Petite, écoute moi. »
Oui ?
« Petite, je connais ton nom. »
Je l’avais remarqué…
« Pourquoi vis-tu ici ? Loki ? Loki ? »
Quoi ? Quoi ? Je vis ici parce que j’ai fondé une meute avec Cendres, un loup gris magnifique et tendre qui m’a accepté !
« Loki ! Loki ? »
Mais que me veux-tu à la fin ?
« Loki, tu n’es pas sauvage, tu ne l’es pas… »
Non, je ne l’étais pas mais je le suis devenue !
« Des Terres gelées les grands loups viendront et la vérité éclatera… »
Mais de quoi me parles-tu encore ?
« Loki… Loki… »
Non ! Non ! Non ! Je ne suis plus Loki, je vis auprès de Cendres, tout le monde m’appelle Petite depuis bientôt deux ans, je dois partir ! Tais-toi ! Tais-toi ! Je ne veux plus fuir !
Je ne veux plus fuir…

Les semblants de la lune
Sont pour moi un éclat
De rêve aux milles pas
Des semblants de la lune.

Fuite pour fuite.
Elle cherche loin du temps
La violence d’un enfant
De présence douce et riante,
Une pauvre langue mourante
Qui fuit pour fuite.

Pâleur d’un astre
Qui ignore sa conscience,
Sa folie n’a de danse
Qu’une symphonie de sanglot.
Fuyons l’astre

Et ses rayons d’argent.
Sous nos pattes
Le curieux sang
Déposera le temps
Entre nos pattes.

Le jour se levait doucement, quelques rayons de soleil entouraient la grotte de notre meute, la voix n’était plus qu’un souvenir.

Mais j’entendais encore un sage chien, celui qui m’avait abandonné, dire, « tu l’entendras… »


 

CHAPITRE 6

Je n’ai jamais été ignorante, je ne savais pas, c’est tout.
C’était un matin, la brise



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Vent du nord
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20 Mars 2015
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