sommes la famille d’accueil des chiens égarés et chiens errants, tu es la bienvenue ici. »
Je baissais un peu ma garde, mais il me fallait rester vigilante.
« Suis moi, je pourrais te présenter aux autres… »
Il me distança, je ne le suivais pas, je ne pouvais pas encore faire confiance en cet étranger.
« Aller, viens petite ! »
-Je ne suis pas si jeune que ça.
-Tu l’es bien plus que moi, petite.
-Qui êtes-vous ?
-Tu auras tout le temps de le découvrir, mais présente toi d’abord, qui es-tu ?
-Je suis fille de huskies.
-Je vois bien que tu es une husky, petite ! Et cela va nous aider d’ailleurs, mais je te demande ton nom !
-Je m’appelle… »
Non, définitivement non. Je ne pouvais pas me risquer à lui dévoiler mon identité, je n’étais plus Loki. Loki était morte, enterrée.
« Alors ! Tu réponds petite ?
-Je n’ai pas de nom.
-Tu es sauvage donc ? Nous ne faisons rien pour les sauvages…
-Non ! Non ! Ce n’est pas ça ! J’ai eu une famille…
-Et alors ?! Ils ne t’ont pas nommé ?
-Si ! Si ! Mais ce n’est plus moi…
-Ah ? Bon et bien, d’accord, nous te trouverons un nom… suis moi ! »
Je l’ai suivi, je n’avais pas vraiment le choix et il me mettait en confiance, un peu. Il m’emmena au cœur de la vieille décharge, là où d’autres chiens, généralement moins maigre et plus propres que lui se tenait.
« Les enfants ! Je vous présente une petite errante, comme vous. Elle n’a pas de nom, tâchons de lui en trouver un. »
Et il me présenta chacun de ceux qu’il appelait, les enfants.
Blitz Krieg était une magnifique chienne, un colley pour être exacte. Elle avait un pelage bleu, tacheté de noir et de blanc et provenait d’un grand élevage mais avait très vite était abandonnée en raison de son manque de charisme et ses petits défauts. Elle tenait son nom de la rapidité à laquelle elle chassait et se battait.
Jix, lui, n’appartenait à aucune race. C’était un simple bâtard dont le poil marron et crème brillait et abondait, son collier de fourrure noir lui donnait de l’élégance et sa queue courbée lui accordait de la grâce mais, malheureusement pour lui, ses maîtres avaient eu un bébé.
Vengeur était un bâtard aussi, il avait du sang de lévrier et de doberman, il était assez cocasse, très charmant mais possédant un sens de l’humour particulier. Son nom lui avait été donné par son maître, le considérant comme un animal de combat.
Mais le cas le plus étrange était tout de même celui de Nina… car Nina était une représentante de la gente féline, elle était considérée comme un coach selon les dires du grand maître de l’équipe.
« Mais vous, comment vous appelez vous ?
-Petite, mon nom ne se connaît qu’avec le cœur.
-Et que faites-vous ici ?
-Nous survivons, mais plus encore, ceux qui croisent notre chemin ont une chance de s’en sortir…
-Et les autres ?
-Ah… les autres… les autres… »
Je supposais que son silence était la meilleure réponse, la plus évidente aussi…
« Et qu’allons nous faire maintenant ? Survivrez-vous avec un membre de plus ?
-Notre meute a connu bien plus de membre, petite.
-Que sont-ils devenus ?
-De vrais chiens…
-Et vous ?
-Les enfants partiront aussi un jour.
-Et vous ?
-Moi je dois rester. Il faut veiller sur ceux qui sont comme toi, petite. Faire d’eux des chiens domestiques, leur trouver une famille. »
Soudain, je réalisais le sens de toutes ses paroles, cette meute atypique n’était en fait qu’une sorte de centre d’entraînement… et j’en faisais désormais parti.
« Un vrai chien… »
Je ne savais pas encore très bien ce que je voulais à cette époque, mais j’aurai suivi cet être sage jusqu’au bout pour m’en sortir enfin… et l’entraînement débuta…
CHAPITRE 3
J’étais enfin heureuse, auprès d’une famille aimante que je savais aimer. Enfin capable d’obéir, de marcher au pas et même de faire des courses. Les enfants de la famille m’adoraient. C’était merveilleux, et tout ça grâce à un petit entraînement qui m’avait guidé vers le droit chemin, serai-je assez reconnaissance pour…
« Petite ! »
Quoi ?
« Petite ! Réveille-toi ! »
Que se passe-t-il ? Une odeur ? Uhm… Des poubelles ? M’aurait-il suivi jusqu’ici ?
« Petite ! Debout ! »
J’ouvre enfin les yeux… La lumière ! L’odeur… Je suis encore dans cette décharge, je ne dois pas sentir la rose à dormir dans ce nid de germes… Mais soit, ce n’était qu’un rêve, je ferai tout de même les efforts nécessaires.
« Petite, c’est ton premier jour ici, je vais évaluer tes capacités. »
Mes quoi ?
« Ne me regarde pas comme ça, il faut que je sache comment ton dressage va s’effectuer. »
Un chien dressé par un chien, on aura tout vu !
« Aller, viens, avale ça et viens ! »
Il m’avait laissé un rat, je n’allais évidemment pas cracher dessus, la faim était trop forte pour faire la fine bouche. Après ce maigre repas, je n’avais pour autre choix que de rejoindre la petite meute, craignant cette évaluation.
« Aller petite, tu vois cet enfant, montre nous comment tu te comportes avec lui. »
Je m’approchai timidement du jeune humain, la queue et le corps raide, il me vit. Il courut vers moi, tendant les bras, en hurlant, c’était abominable pour moi. Il voulut poser sa main sur moi mais je refusai la caresse, m’éloignant d’un bond et grognant. J’étais prête à mordre, il n’essaya pas de me rassurer et parti en courant. Comment ignorer qu’à ce moment-là, je venais d’échouer à ma première épreuve ?
Le vieux berger allemand vint me voir, suivi de près par la petite meute.
« Et bien petite, tu es bien farouche ! Ne t’en fais, nous changerons cette habitude. »
Ma seconde épreuve était plus simple, il s’agissait d’une épreuve d’obéissance. Mais face aux chiens qui m’avaient sauvée la vie, il m’était impossible de lutter, je fis mine basse et accepta chaque ordre. Mon épreuve était réussie, certes, mais il allait falloir m’apprendre à obéir face aux hommes.
Puis, vint la dernière épreuve, il me fallait cohabiter quelques minutes avec un autre chien. C’était à l’heure où Dingo, mon frère, sortait. Je fit tout pour retarder cette étape, consciente que brûler ma couverture serait suicidaire, personne, non personne, ne devait savoir que du sang de loup coulait en moi. Ce choix fut mon dernier échec. Ne pas se présenter à une épreuve est toujours négatif, croyez moi. Mais j’avais évité Dingo, et c’était le principal.
« Petite, il va te falloir du temps ! Tu es inapte à vivre avec d’autres chiens et ne sait pas te tenir avec un humain… »
Je ne suis pas faite pour cela…
« Mais ne t’inquiète pas, Petite, j’en ai vu d’autres ! »
Ah bon ?
« Maintenant Petite, je te conseille de raconter ton histoire à Nina. Elle sera ta confidente. »
Je ne comprenais pas l’intérêt de parler de ma vie à une chatte, aussi intelligente soit-elle. Bien entendu, je n’avais pas le choix. Nina, madame Nina… Qui suis-je pour vous ? Sachez que j’ai tué un chien, mordu mon maître au sang et refuser pendant des années de suivre un seul ordre, de vivre comme animal de compagnie… J’étais l’apathie de la maison. Ce n’est pas grave, me dirait-elle. N’est-ce pas ?
Alors oui, je lui ai tout raconté… Unique confidente, gardienne de mon secret, de mon identité, de la vieille Loki qui était morte deux jours auparavant. Après tout, secret partagé est bien moins lourd.
Mais qu’allais-je devenir ? Car je le savais, mon histoire lui serait utile, elle devait me connaître pour concocter un petit plat, un nouveau régime, la manière dont j’allais enfin devenir un chien.
« Tu seras un vrai chien, Petite. Tu dois juste écouter la voix qui est en toi.
-Il n’y a pas de voix en moi.
-Tu l’entendras. »
Tu l’entendras…
CHAPITRE 4
Je dormais. Cela faisait déjà quelques mois que je ne rêvais plus à une famille, mais à la journée qui m’attendait. Les exercices étaient difficiles, non pas par leur répétition, mais parce qu’il me fallait lutter contre
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