d’une voix
faible :
- Ne vous occupez pas de moi, partez, sauvez vous!
Les
louveteaux restèrent où ils étaient. Ils ne pouvaient pas partir. Le
seul chemin était celui d’où ils venaient mais l’ennemi leur barrait la
route. Le fauve fini enfin par parler, s’adressant aux louveteaux :
- Je m’occuperais de vous après. J’ai horreur que l’on m’interrompe lorsque je suis sur le point de tuer.
Il
se retourna vers le loup, leva la patte puis sortit ses griffes de
nouveau. Les deux animaux en sang se regardaient. Le félin allait
frapper.
Une voix grave et ferme coupa l’élan du lynx.
- Laisse-le Linky
Le fauve se recula aussitôt. La peur et le respect envers l’animal qui venait de parler pouvaient se lire dans son visage.
Cet
animal était un superbe loup. Il avait un magnifique pelage gris
argenté, des yeux marron, et, autour de son cou, un pendentif noir en
forme de tête de loup. Cet animal ne pouvait être que le Grand Loup,
mais alors…qui était le loup blanc qui les avait sauvés ? Le Grand Loup
aida ce dernier à remonter puis chassa le lynx. Il remarqua la présence
des louveteaux quelques minutes après. Il les interrogea rapidement
d’une voix beaucoup plus douce et plus calme que celle de tout à
l’heure. Axou et Noura furent aussitôt rassurés.
- Que faites-vous ici jeunes loups ?
- On cherche le Grand Loup…et…on pense que c’est vous.
- Et pourquoi moi et pas ce loup ?
Il
désigna le loup blanc qui était méconnaissable. En effet, il avait
perdu son pelage blanc et brillant. Il était couvert de sang. Il en
avait surtout sur le dos où le lynx avait planté ses griffes et sur le
visage. La plaie où se trouvait son oreille n’avait cessé de saigner
durant tout le combat.
- On pensait que c’était lui au début mais, avec votre pendentif…
- Tu as vu juste. Je suis bien le Grand Loup. Mon véritable nom est Tikko. Ce loup qui vous a sauvé la vie est mon frère, Lokky.
- Il va s’en sortir ?
- Je pense que oui, mais il doit se reposer. Pourquoi me cherchiez-vous?
- Notre meute s’est faite capturée par les deux-pattes et on nous a dit de venir vous voir.
- Vous avez bien fait. Je connais un raccourci pour aller chez les deux-pattes. Savez-vous combien de temps nous avons ?
- Trois jours je crois.
- On aura le temps alors. Pour l’instant, vous allez manger et faire une longue nuit de sommeil.
Le
Grand Loup alla chercher un cerf qu’il avait chassé le matin même. Lui,
son frère, et les louveteaux partagèrent ce festin avant de s’endormir.
La nuit était presque finie lorsque quelque chose réveilla Axou. C’était Snap, il avait l’air affolé.
- Snap? Mais qu’est-ce qui t’arrives?
- On a un gros problème.
Le jeune loup ouvrit de grands yeux de surprise. Snap continua :
- Ils ont avancé l’exécution de la meute, elle se fera au prochain coucher de soleil.
- Je vais prévenir le Grand Loup.
- Ok, je te laisse alors. Bonne chance.
- Merci.
Le fantôme partit et le louveteau courut prévenir Tikko, le Grand Loup.
- Grand Loup ! Grand Loup ! Réveille toi !
- Quoi ?
- La meute…les deux pattes…coucher de soleil…
Axou n’arrivait pas à prononcer la moindre phrase mais Tikko comprit le problème. Il réfléchit un long moment.
- Si on part maintenant, on pourra peut-être les sauver, mais je ne te promets rien.
- Allons-y alors !
Le louveteau réveilla sa sœur. Lokky, le loup blanc, ne vint pas avec eux, il était encore trop faible.
- On descend par où ? Demanda Noura.
- Suivez-moi.
Le
loup gris argenté se dirigea vers le milieu de la plate-forme. Il se
mit à réciter des paroles incompréhensibles. Son pendentif s’illumina,
la terre se mit à trembler légèrement, et une trappe s’ouvrit juste
devant l’animal. Un escalier descendait jusque sur la terre ferme.
- C’est le chemin le plus court pour aller chez les deux-pattes.
- Ils sont justes après l’escalier ?
- Non, après nous allons marcher presque toute la journée et on arrivera dans la zone des deux-pattes.
Les louveteaux ne répondirent pas. Le Grand Loup entama donc la descente des escaliers, ils le suivirent.
Ils marchèrent jusqu’en fin d’après midi où un grillage leur barra la route. Derrière se trouvait la zone aux deux-pattes.
- Il faut creuser, répliqua le Grand Loup en commençant le travail.
Les
jeunes loups firent de même et rapidement ils purent passer de l’autre
côté. Ils avancèrent tous les trois en silence jusqu’au moment où Axou
brisa une branche avec sa patte. Un chien fut alerté par ce bruit. Il
s’approcha lentement dans un grognement en flairant l’air puis vit les
intrus. Le Grand Loup se plaça entre lui et les louveteaux.
- On ne veut pas d’ennuis, on veut juste savoir où sont les loups.
Le chien, comprenant qu’il n’était pas menacé, s’assied, et lui répondu tranquillement :
- Ils sont dans les cages là-bas mais un des loups est déjà dans la zone.
- Dans la zone ? Répéta Axou inquiet.
- La zone de mise à mort. Le loup qui s’y trouve va bientôt connaître une fin terrible.
- Vous n’êtes pas comme les autres chiens ? demanda Noura.
-
Non, c’est vrai. J’ai été élevé par des loups lorsque j’étais petit. Je
vous considère donc comme des frères. Je peux sûrement vous aider à
sauver votre famille mais tout le monde se trouve devant la zone.
- Combien sont-ils ? demanda le loup gris argenté.
- Cinq chiens et quatre hommes.
- Seulement cinq chiens ?
-
Oui, beaucoup sont morts ces derniers temps. Les hommes les tuent et ne
gardent que les meilleurs. J’en fais partie mais je n’attaque jamais
les loups, je reste toujours en retrait dans ces cas-là.
Un bruit
retentit près de la zone. Le chien dressa ses oreilles pour écouter. Il
savait ce que signifiait ce bruit. L’exécution du malheureux loup
allait commencer. Les loups et le chien se rapprochèrent discrètement.
- Je ne connais pas ce loup, murmura Axou, il n’est pas de notre meute.
Personne
ne répondit. Un homme entra dans une grande cage, là où se trouvait le
loup. Il avait une batte pleine de petits piquants dans la main. Quand
au loup, il était couché sur le sol et le regardait avec des yeux
pleins de tristesse et de souffrance. Il était maigre et son corps
était couvert de plaies. Le loup n’avait aucune chance, il attendait
son heure. L’homme s’approcha de lui et se mit à le battre. L’animal
était couvert de petits trous, il se vidait de son sang. Il n’avait pas
la force de se défendre ni même de hurler de souffrance. Il était
maintenant dans une mare de sang mais il vivait encore. L’homme sortit
de la cage, son bâton à piquants était plein de sang et de peau de
l’animal. Alors que le loup souffrait en silence, deux chiens furent
introduits dans la cage. Ils se chargèrent d’achever le loup.
- Au moins, il ne souffre plus, dit la petite louve encore les larmes aux yeux.
- Il faut se dépêcher, dit le chien, quand ils auront nettoyé la grande cage, ils recommenceront.
Les
cages aux loups n’étaient pas gardées mais ils les ouvrirent. Les
louveteaux reconnurent à peine leurs parents et Tork. Le Grand Loup se
mit à réciter des paroles incompréhensibles, comme le matin même, sur
la montagne. Son pendentif s’illumina, la terre trembla légèrement et
les cages s’ouvrirent une à une. Le loup gris demanda aux loups martyrs
s’ils pouvaient marcher. Ils répondirent que oui. Ils se dirigèrent
tous vers le trou sous le grillage. Le Grand Loup passa le premier,
suivi des louveteaux, des loups blessés puis du chien. Ce dernier
venait de passer lorsqu’il entendit un autre chien aboyer. Il donnait
l’alerte. Les quatre hommes et les quatre autres chiens arrivèrent et
partirent à leur poursuite.
La nuit était tombée. Le groupe entra dans une forêt obscure que le
Grand Loup et les louveteaux avaient traversé pour arriver jusque chez
les deux-pattes. Les chiens étaient à leurs trousses, les hommes un peu
plus loin. Le loup gris eut une idée :
- Je vais faire diversion. Vous, passez par là, je vous rejoindrai plus tard.
Les
autres loups et le chien prirent la direction indiquée par le Grand
Loup mais ils tombèrent nez à nez avec une route. Pendant ce temps, le
Grand Loup courait dans la direction opposée et hurlait pour attirer
l’attention des hommes et des chiens. Cela fonctionna. Deux hommes et
trois chiens se mirent à sa poursuite, les autres hommes et chiens
rattrapaient dangereusement la meute.
- Il faut traverser.
Les
mots que Bluk, le male alpha, venait de prononcer leur firent, à tous,
froid dans le dos, même à Tork. D’habitude, ce loup très solitaire mais
courageux, n’avait peur de rien. Le chien prit la parole :
- C’est
vrai que nous n’avons pas le choix. Allez-y d’abord, je vous rejoindrai
après. Je vais essayer de vous